Les taux directeurs de la BCE et l’économie réelle

Les taux directeurs de la BCE et l’économie réelle

Depuis la naissance des marchés financiers, les banques centrales ont été et sont toujours des acteurs majeurs sur le marché des taux. Leurs principaux objectives: maintenir le pouvoir d’achat et la stabilité des prix. Avec la création de la zone euro, l’Europe s’est vu obligée de créer une banque centrale commune à toute la zone euro. Créée le 1er juin 1998, trois taux directeurs ont été définis : le taux de refinancement, le taux de dépôt et enfin le taux de prêt marginal.

Le taux le plus important de la BCE est appelé « le taux de refinancement ». Il est utilisé pour des opérations d’ « open markets » c’est-à-dire chaque semaine la BCE propose de fournir des liquidités aux banques au taux de refinancement. Libre choix aux banques d’emprunter ces liquidités.  Comme pour chaque opération de prêt-emprunt, l’emprunteur doit payer un taux d’intérêt; ici il est question du taux de refinancement défini par la BCE. L’ensemble des banques de la zone euro peuvent emprunter chaque semaine au taux de refinancement. Cet emprunt s’effectue dans le cadre d’une « opération d’échange » c’est-à-dire que la BCE fournira le montant demandé à la banque avec comme garanti des actifs  variables que la banque lui aura transféré. Une semaine plus tard, la banque rembourse le montant majoré des intérêts calculé sur le taux de refinancement et reçoit les actifs qui ont servi de garanti à la BCE. Ainsi, les banques peuvent emprunter des liquidités chaque semaine. Cependant, en cas de non-remboursement par la banque, les actifs sont gardés par la BCE pour éviter d’enregistrer une perte. Bien évidemment ce taux n’est pas figé dans le temps. Il peut varier suite aux décisions prises par la BCE chaque mois. Nous pouvons ainsi constater qu’une variation de ce taux aura un impact sur les taux d’intérêts que les banques proposeront aux particuliers et aux entreprises. Un taux bas permettra donc d’augmenter le volume des crédits et ainsi relancer l’investissement et le taux d’inflation. Inversement, un taux haut aura pour conséquence de limiter les crédits et donc les investissements.

Notons qu’il existe deux autres taux directeurs également définis par la BCE qui ont un impact sur l’économie réelle: le taux de dépôt et le taux de prêt marginal. En effet, deux différences les distinguent du taux de refinancement: la première concerne la maturité. Ces deux derniers taux sont définis sur une maturité quotidienne. La seconde porte sur la facilité. Chaque banque peut utiliser ces taux à n’importe quel moment alors que le taux de refinancement est utilisé uniquement dans le cas où la BCE rend disponible des liquidité disponibles aux banques.

Le taux de dépôt correspond au taux versé par la BCE aux banques déposant du cash dans ses coffres. Ces dépôts sont appelés des réserves obligatoires. Les banques doivent constituer ces réserves sur une période de 6 semaines appelées période de constitution. Leur niveau est calculé sur la base du bilan des banques. La rémunération de cette réserve se calculera avec le taux de dépôt. Une quelconque variation de ce taux aura une incidence sur les taux proposés aux particuliers. Un taux de dépôt bas incitera donc les banques à prêter aux particuliers et aux entreprises permettant une rémunération meilleure.

Le taux de prêt marginal correspond, quant à lui, au taux versé par les banques à la BCE dans le cadre d’opérations de refinancement non classiques. En effet, ce taux est appliqué aux banques souhaitant obtenir des liquidités rapidement. Bien évidemment, il faut que ces liquidités soient remboursées le lendemain. La BCE n’effectue cette opération qu’en garantie de collatéral.

Depuis le 16 Mars 2016, les taux directeurs de la BCE sont à leurs plus bas. Le taux de refinancement est à 0%, le taux dépôt à -0,40% et enfin le taux de prêt marginal à 0,25%. Ces taux tirés vers le bas ont un impact direct dans l’économie réelle. Par un taux de refinancement à 0%, les banques peuvent maintenant emprunter et rembourser sans payer d’intérêts. Par conséquent, le coût de refinancement diminue. Parallèlement, le taux de dépôt à -0,40% incite les banques à ne pas garder leurs liquidités dans les coffres de la BCE. En effet, ce taux négatif signifie que les banques doivent payer la BCE pour garder le cash. Par conséquent, comme nous le montre le graphique ci-dessous, le volume de crédit a fortement augmenté depuis la baisse des taux de la BCE.

Taux directeurs BCE

Nous pouvons observer que l’évolution du PIB est corrélée avec l’évolution des crédits bancaires. Avec des taux très bas, nous constatons que les crédits bancaires pour les ménages, le secteur privé et les sociétés  non-financières augmentent permettant ainsi de participer à la croissance du PIB. Cette augmentation permet aux entreprises d’avoir une capacité d’investissement beaucoup plus importante comme nous le montre le graphique ci-dessous :

Taux directeurs BCE

Qui dit plus d’investissement, dit plus de mains d’oeuvre. En effet, pour réaliser des profits sur les investissements, les entreprises ont besoin de plus de personnels. Nous voyons donc apparaître ici la notion de chômage. Par la croissance des liquidités disponibles sur le marché et des investissements, le taux de chômage diminue comme nous le prouve le graphique ci-dessous :

Taux directeurs BCE

Par le biais de ces trois exemples, nous constatons que l’évolution des taux directeurs définis par la BCE joue un rôle majeur dans l’économie réelle. Mais attention à ne pas augmenter le risque sur ces prêts permettant à la banque une certaine rémunération. En effet, avec des taux d’intérêts bas, les crédits augmentent permettant aux ménages de plus consommer et aux entreprises d’investir. La hausse rapide de la demande de crédit va donc provoquer une hausse des prix et donc de l’inflation. Simultanément, les risques de défauts de paiement augmenteront car la capacité de remboursement dépendra de plus en plus de la hausse des prix. C’est pour cela que les banques doivent à tout prix bien analyser la donnée économique de l’inflation pour ne pas enregistrer des pertes.

Matthieu DOMALIN
MATTHIEU DOMALIN
PROFILE

Posts Carousel

Leave a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked with *

Cancel reply

Leave a Reply

Latest Posts

Top Authors

Most Commented

Featured Videos