Quelles politiques monétaires en Europe en 2018 ?

Quelles politiques monétaires en Europe en 2018 ?

la croissance repart dans la zone euro mais attention à ne pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. La politique monétaire accommodante menée par la banque centrale Européenne connaitrait une évolution, marquant ainsi la fin d’un cycle de récession économique qui a duré près d’une décennie. De nombreux experts s’attendent à ce que les autorités en charge de la gestion monétaire lèvent le pied  sur les politiques non conventionnelles en 2018.

S’il y a quelle chose qu’on pourrait affirmer avec certitude, c’est que 2018 ne sera pas comme 2017. En Europe, la croissance semble de retour. Ainsi, la zone euro s’inscrit dans une embellie économique mondiale  déjà visible en Chine (6,8% de croissance en 2017), et de façon plus marquante aux Etats-Unis où le taux de chômage à atteint un plus bas historique à 4%. Le prix du pétrole continue sa progression au profit des pays producteurs. Ce contexte favorable a entrainé certaines banques centrales à remonter leur taux d’intérêts. C’est le cas des Etats-Unis qui a amorcé la hausse de son  taux directeurs en 2015. En novembre 2017, c’était au tour de la banque  d’Angleterre de leur emboité le pas. Les relèvements des taux sont également intervenus au Canada en début de cette année. Les politiques non conventionnelles ne sont plus désormais que l’apanage de la Banque Centrale Européenne. On voit donc mal comment la politique monétaire en Europe pourrait se poursuivre sans une remonté de taux.

Politiques monétaires

Graphique de l’évolution des taux directeurs en Europe et les États-Unis

Le début de normalisation des taux a débuté en 2015 aux États-Unis. La Fed relevait son taux de 25 points de base. Du coté de l’Europe, la BCE abaissait son taux à zéro. Depuis, le spread des taux directeurs entre les États-Unis et l’Europe n’a cessé de s’élargir. Il a atteint 1, 5 point de base aujourd’hui. Si la croissance devrait dépasser 2% (prévision du Fonds Monétaire International) en Europe en 2018, de nombreux analystes pointent du doigt quelques facteurs de risques à surveiller. C’est le cas de Christian GINOLHAC de Gaspal Gestion qui estime qu’ « une surchauffe de l’économie américaine, source d’une baisse du taux de chômage et de pressions inflationnistes » risque d’entamer les efforts de redressement économique au niveau mondial. Éric BLEINES de Swiss Life Banque Privée souligne la nécessité de tenir compte du taux de change et des risques politiques : « la hausse de l’euro pourrait mettre à mal la reprise de la confiance en zone euro. Il en irait de même si les élections italiennes se passaient mal. Enfin, une inflation inattendue ou des tensions politiques, sources, par exemple, d’une hausse du prix du pétrole, seraient mal accueillies ». Pour Philippe UZAN de Edmond de Rostchild AM, les principaux risques seraient « principalement un emballement des taux. On peut y ajouter une baisse prononcée des marchés américains qui affecteraient inévitablement l’Europe ».  

Les changements prévus à la tête de la BCE

A partir du 22 janvier 2018, la BCE entamera son renouvellement par l’ouverture des candidatures pour remplacer le portugais Victor CONSTANCIO, vice-président de la BCE qui termine son mandat le 31 juin 2018.  Au cours des deux prochaines années, de nouveaux visages arriveront au sein de l’institution de Francfort. Outre le départ de CONSTANCIO, des changements sont également à signaler au niveau du directoire. Le belge Peter Praet, membre du directoire et économiste en chef quittera ses fonctions en au printemps 2019. Il sera suivi de la française Danièle NOUY, Présidente du conseil de supervision dont le mandat arrive à l’expiration le 31 décembre 2018. Dans la foulée, le français Benoit CŒURE, responsable des opérations de marché et membre du directoire abandonnera ses fonctions en octobre 2019, tout comme le directeur de la BCE, l’italien Mario Draghi.

Arrivée pour la plupart en pleine crise de la dette souveraine, cette équipe a contribué largement à la mise en place du quantitative easing à travers le rachat massif d’obligations publiques et privées. Ces politiques non conventionnelles ont contribué à sortir l’Europe d’une crise d’endettement et a relancé la croissance économique. Ces départs semblent ainsi marquer la fin des politiques accommodantes. Le recours massif à la planche à billets de l’ère Draghi avait été particulièrement mal vécu par les allemands. Ils estimaient que la BCE centrale, en intervenant direct sur les marchés financiers était en dehors de son mandat. Les prochains mois seront suivis par de nombreuses tractations entre les ultra-orthodoxes allemands et les pragmatiques du Sud. Il est donc clair que l’Allemagne voudrait tourner la page d’une longue période d’assouplissement budgétaire débuté aux États-Unis au lendemain de la crise financière de 2008. Si les allemands réussissent à faire main basse sur la BCE, cela n’augurerait pas les lendemains meilleurs pour les pays d’Europe du Sud encore loin d’être immunisés d’une éventuelle crise de la dette souveraine. Ce n’est pas parce que la croissance repart qu’il faudra déjà crier victoire. Un raidissement brutal du taux d’intérêt directeur pourrait replonger une partie des pays de la zone euro dans une nouvelle crise de dette souveraine. Attention ! Il faudrait donc mener avec tact et délicatesse cette vague de remontée de taux de façon à éviter un « krach » sur les obligations.

Les entreprises européennes peu valorisées, l’impact de la reforme fiscale de Trump

Si les entreprises américaines sont très valorisées, ce n’est pas le cas en Europe où les valorisations demeurent moins tendues. Une correction en faveur des entreprises du vieux continent n’est pas à écartée si les publications ne sont pas bonnes aux États-Unis. Elle pourrait être amplifiée par une hausse des taux d’intérêt directeur de la BCE.

Si la réforme fiscale aura dans un premier temps, un impact négatif sur les comptes des entreprises du S&P 500, ce ne sera pas le cas d’ici la fin de l’année. De nombreux analystes ont révisé à la hausse leur prévision de bénéfice pour 2018. Selon Factset, ils tablent désormais sur un résultat net par action en croissance de 13,5% cette année grâce des économies réalisées sur des impôts. Ainsi, le taux d’imposition va baisser de 35% à 21%. La reforme fiscale représenterait également une aubaine pour les entreprises européennes souvent très investies en Amérique du Nord. C’est le cas de certaines capitalisations du CAC 40 telles que LVMH, Essilor, Natixis, Capgemini, Publicis Groupe, Danone et Air Liquide qui réalisent entre 20 et 45% de leur chiffre d’affaires dans cette région du monde. Cependant, la poursuite de la croissance en 2018 ne sera pas un long fleuve tranquille.  

L’équation politique loin d’être résolue

Sur le plan politique, les élections législatives prévues en mars 2018 en Italie seront à suivre avec une grande attention.  Selon les sondages, la coalition de droite constituée de Forza Italia, le parti de Silvio Berlusconi et la ligue du Nord, parti d’extrême droite emmené par Matteo SALVINI devance le Parti démocrate de Matteo RENZI. Ce dernier avait échoué en décembre 2016 suite au rejet de son referendum portant sur la reforme de la constitution italienne. Les chiffres de sondages créditent la coalition de droite de 35% devant le mouvement 5 étoiles, une autre formation populiste qui obtiendrait environ 28,5%. Le parti démocrate arriverait en troxième position avec 24% de voix. Si ces chiffres se confirmaient au soir du 4 mars 2018, il serait difficile d’envisager la formation d’un gouvernement majoritaire. Ce qui pourrait par conséquence, ouvrir à une longue période d’incertitude en Italie déjà marquée par une instabilité économique. La zone euro pourrait également pâtir de cette nième crise si ces incertitudes politiques venaient à se confirmer.

Le pétrole repart à la hausse mais la prudence reste de mise

Au cours du second semestre 2017, le prix du baril de Brent a progressé de prés de 50%, et s’établit aujourd’hui sur ses plus hauts depuis 2015 à 70 dollars. Cette hausse du prix de l’or noir reflète une reprise de confiance dans les pays émergents. Les entreprises productrices comme Total profitent de cette remontée de prix. Cependant, il ne faut pas crier victoire trop tôt. Les tensions dans la région du Moyen-Orient demeurent perceptibles. Elles pourraient saborder la dynamique de croissance mondiale déjà amorcée. Du coté de l’OPEP, une autre bonne nouvelle est tombée cette semaine. L’Arabie Saoudite a annoncé de poursuivre sa coopération avec ses partenaires au-delà de 2018 en vue de réguler la production mondiale de pétrole.

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