A l’heure de la mondialisation: Délocalisations et autres implantations, les conséquences sur l’économie et l’emploi des pays développés

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Depuis le début du commerce international les entreprises avaient tendance à effectuer leur production dans leur pays d’origine et à exporter leurs produits à l’étranger. Mais du fait de la mondialisation, les entreprises ont pu se développer à l’international et produire dans d’autres pays que leur pays d’origine grâce à des usines implantées dans ces pays. A cause de la crise économique de 2009 et de la différence des coûts de production et de main d’œuvre, certaines entreprises se sont trouvées obligées de délocaliser leur production dans des pays plus propices pour pouvoir survivre. Cependant ce phénomène n’est pas sans danger pour l’emploi dans les pays développés.

Au fur et à mesure que la mondialisation prend de l’ampleur à l’échelle internationale, le phénomène de la délocalisation prend de plus en plus son sens. En effet, les firmes issues des pays développés sont attirées par l’idée de produire à l’étranger mais cela reviendrait à se séparer de leurs employés et cela aurait ainsi pour conséquence une hausse du chômage dans les pays développés, aujourd’hui si décrié en temps de crise économique mondiale. Les entreprises sont donc confrontées à un dilemme entre le choix de l’emploi et celui de la sauvegarde de l’activité en la poursuivant à l’étranger.

Des précisions concernant la délocalisation

Les caractéristiques de la délocalisation

La principale motivation pour qu’une entreprise accepte de transférer ses activités, capitaux, emplois dans d’autres régions du monde reste la recherche d’un avantage compétitif. Cet avantage peut être lié à des coûts relativement plus bas (main d’œuvre peu coûteuse, fiscalité moins élevée, flexibilité du travail…), à la recherche d’un pôle de compétence technologique ou enfin à la recherche d’infrastructures plus adaptées.

La délocalisation a pourtant une connotation négative dans les pays développés car elle est souvent synonyme de hausse du chômage ou de dumping social (concurrence déloyale de la part des travailleurs issus des pays en voie de développement vis-à-vis de ceux issus des pays développés).

Ce phénomène peut pousser tant au protectionnisme de la part des pays développés, car ils s’estiment en concurrence déloyale avec les pays émergents, qu’à la poursuite du libre-échange en améliorant continuellement son attractivité économique et sa compétitivité par rapport aux autres pays.

Enfin, les pays subissant des délocalisations sont en général les pays industrialisés et les pays bénéficiant des délocalisations sont en général les pays émergents mais il arrive qu’un pays industrialisé comme la France puisse accueillir une délocalisation, dans le secteur de l’automobile par exemple avec Toyota. Les secteurs les plus touchés sont généralement le secteur automobile, le textile, la pharmacie et l’industrie de composants électroniques.

Un phénomène lié à la mondialisation des économies…

Avec la mondialisation des économies, les firmes occidentales ont voulu s’attaquer à de nouveaux marchés riches en consommateurs comme la Chine ou l’Inde. Pour cela, elles se sont rapprochées de ces marchés en implantant tout ou partie de leur processus productif grâce à des délocalisations partielles ou des implantations totales. La délocalisation reste aussi l’un des meilleurs moyens pour réduire les entraves à l’exportation (existence de barrières douanières ou de quotas d’importation dans le pays) et limiter les problèmes dus à la variation du taux de change. Dans certains secteurs, la délocalisation dans les pays émergents est devenue une obligation pour rester compétitif sur le marché. Ainsi l’un des enjeux de la délocalisation reste de pouvoir proposer des prix compétitifs par rapport à la concurrence grandissante des produits chinois ou venus d’Asie du sud-est.

La délocalisation s’inscrit parfaitement dans le prolongement des théories Classiques du commerce international. En effet, ces théories montrent que pour produire un bien il faut avoir un avantage comparativement aux autres à le produire (selon les théories de Ricardo). Ainsi dans ce cas bien précis, les entreprises décident de produire dans des pays qui ont un avantage en termes de coût de main d’œuvre, d’exonération d’impôts ou de législatures moins contraignantes.

La mondialisation a donc bouleversé les stratégies des entreprises car pour minimiser leurs coûts, elles doivent désormais s’internationaliser en s’installant à l’étranger quel que soit les conséquences pour les pays subissant ces délocalisations.

qui a des conséquences fortes pour les économies des pays développés

Comme nous l’avions dit précédemment, le terme de délocalisation ne bénéficie pas d’une bonne popularité dans les pays industrialisés car il est souvent associé à une hausse du chômage mais ce phénomène touche plus généralement toute l’économie du pays touché.

Mise à part les problèmes impactant l’emploi et l’économie du pays que nous étudierons plus en détails ultérieurement, le phénomène de la délocalisation peut aussi avoir des conséquences au niveau social et au niveau politique.

Le niveau social est représenté par les nombreux licenciements que peuvent entraîner des délocalisations et par la perte d’image de ce phénomène pourtant inscrit dans la mondialisation. De trop nombreuses délocalisations dans un pays peuvent dérègler l’ordre social dans un pays car les employés se sentiront en concurrence déloyale avec les travailleurs venus d’Asie et leur mécontentement pourrait impacter sur leur productivité au travail.

Enfin, le phénomène de la délocalisation peut aussi faire réfléchir les gouvernements des pays industrialisés : vu le nombre croissant d’entreprises qui délocalisent dans des pays émergents, les gouvernements pourraient mettre en œuvre des politiques qui favoriseraient le protectionnisme pour protéger les industries vieillissantes touchées par les délocalisations. Nous pouvons nous baser ici sur les théories de la protection des industries sénescentes qui auraient perdu tout avantage compétitif et qui pourraient, grâce à cette protection, amortir le coût social lié aux licenciements économiques et faciliter la réallocation de la main d’œuvre vers d’autres secteurs plus compétitifs.

Ces nouvelles politiques si elles venaient à être mises en œuvre seraient cependant en contradiction avec la volonté de l’OMC de réduire et de limiter au maximum toute politique protectionniste. Nous pouvons prendre l’exemple de l’industrie du textile en Occident qui est une industrie sénescente et qui se retrouve obligé de délocaliser en Asie pour rester compétitif face aux productions asiatiques peu coûteuses. Protéger ces industries serait alors une bonne solution pour qu’elles puissent redevenir compétitive sur le marché ou leur permettre de se transformer et ainsi toucher de nouveaux marchés.

Alors que les conséquences néfastes des délocalisations dans les pays industrialisés sont largement mises en avant, il nous paraît tout aussi intéressant de s’intéresser aux conséquences positives pour les pays émergents, bénéficiaires des investissements (IDE) venus d’Occident. En effet, les délocalisations permettent d’augmenter le niveau de vie de ces pays et de créer de nouveaux emplois. Prenons l’exemple de la Chine : l’Etat chinois s’est engagé à revaloriser tous les deux ans les salaires des travailleurs pour faire face à la montée du niveau de vie.

Délocalisation et Economie

Une des conséquences économiques attribuées aux délocalisations est la désindustrialisation des pays développés comme la France ou encore la perte de compétitivité vis à vis des nouveaux concurrents venus des pays émergents. Cependant nous savons aussi que d’autres facteurs ont influencé la désindustrialisation des pays riches : la robotisation et la tertiarisation de l’économie par exemple.

Les délocalisations posent un réel problème aux économies des pays industrialisés car elles se situent pour la plupart dans les secteurs industriels qui restent des moteurs de la croissance. Si un pays se trouve privé de ces industries du fait qu’elles doivent délocaliser, le pays sera pénalisé économiquement et pourra se retrouver en phase de désindustrialisation ou en perte de compétitivité sur un marché désormais dominé par la concurrence venue des pays émergents (exemple du groupe industriel indien Tata qui rachète des firmes françaises comme Alti ou britannique comme Jaguar). Une corrélation entre les croissances fortes des pays émergents et leur capacité à attirer des grandes firmes multinationales semble intéressante. La délocalisation serait alors un facteur négatif de ralentissement de croissance dans les pays industrialisés.

Délocalisation et Emploi

Au début des années 1990, des rapprochements statistiques ont été effectués entre les chiffres des emplois perdus depuis le début des années 1970 dans l’industrie manufacturière des Etats Unis et d’Europe, et les chiffres des emplois créés dans ces mêmes industries en Asie du Sud-Est. La convergence de ces deux statistiques (6,5 millions dans les deux cas) est troublante et montaient déjà que la perte d’emploi dans les pays industrialisés était en grande partie due aux délocalisations. Depuis ces dix dernières années, la part des délocalisations dans les suppressions d’emplois des entreprises industrielles représente entre 10% et 20% pour les pays européens.

De plus, il n’y a pas seulement les licenciements économiques pour cause de délocalisation qui sont décriés mais c’est le phénomène tout entier qui subit une mauvaise réputation car il s’accompagne souvent également de la suppression d’emplois chez de nombreux sous-traitants directs ou indirects. Ainsi, si les sous- traitants réalisent la majeure partie de leur chiffre d’affaires grâce à l’entreprise qui délocalise, ils risquent fortement de déposer le bilan ce qui a pour conséquence de nouvelles suppressions d’emplois. Avec l’exemple de Renault qui a délocalisé une partie de sa production de voiture low-cost au Maroc, les débats sur la délocalisation sont repartis. En effet, cette délocalisation de la part du constructeur automobile français est mal perçue car 1,1 millions de voitures en moins seront produites en France, ce qui représente des centaines de personnes mises au chômage dues à cette délocalisation.

Les délocalisations sont donc un drame pour l’emploi dans les pays industrialisés tout en sachant qu’en temps de crise il est plus difficile de retrouver un emploi.

La délocalisation n’est pas un phénomène irréversible

Un phénomène en constante mutation

Comme nous l’avons déjà mentionnée auparavant les délocalisations ont pris leur essor avec le développement de la mondialisation et ces deux phénomènes sont normalement lié. Depuis les premières traces de la mondialisation dans les années 1980 jusqu’à aujourd’hui, cette globalisation économique a évolué tout comme les délocalisations. Ainsi, en 2014 des pays comme la Chine ou l’Inde n’apparaissent plus comme des eldorados pour les délocalisations car le niveau de vie et les salaires ont considérablement augmenté durant les dix dernières années : le salaire moyen des chinois dans l’industrie manufacturière a ainsi été multiplié par six entre 1990 et 2004 et l’augmentation continue.

Désormais, les firmes occidentales se tournent vers des délocalisations en Europe de l’Est ou en Asie du Sud-Est (Bangladesh, Vietnam…) alors que les entreprises chinoises commencent à investir en Afrique où la main d’œuvre est à des coûts inférieurs à ceux pratiqués en Chine. Une minorité de firmes se lancent dans l’aventure africaine comme H&M qui a décidé dès 2013 de venir chercher des fournisseurs en Ethiopie. La firme avait aussi pensé délocaliser vers le Vietnam mais le potentiel important de nouveaux consommateurs en Afrique les a fait changer de stratégie. Ils comptent très prochainement ouvrir des usines de production en Ethiopie où la main d’œuvre est bon marché : 34$ par mois en Ethiopie contre 473$ en Chine ou 70$ au Bangladesh.

La quête des entreprises des coûts les plus faibles n’exclut pas un retour dans les pays industrialisés car ces entreprises peuvent changer de stratégie en décidant de réinternaliser certaines productions pour regagner en qualité perdue en produisant à l’étranger. Ainsi le phénomène de délocalisation n’est pas irréversible pour les économies des pays industrialisés.

Seuls certains secteurs sont touchés

En effet, il existe des secteurs d’activités qui sont impossible à délocaliser car ils doivent respecter un certain gage de qualité pour leur produit et certaines compétences dues à l’expérience sont requises pour produire ces biens. Nous faisons ici allusion au marché du luxe qui se vend très bien en Asie (marques françaises type Louis Vuitton en Chine) mais dont les produits sont impossibles à fabriquer sur place.

Délocaliser représente un coût élevé

La délocalisation à l’étranger représente un eldorado pour toutes les FMN occidentales ou même certaines PME. Cependant il peut parfois être préférable de relocaliser dans les pays d’origine de ces firmes que de délocaliser car le coût du transfert reste important. En effet, délocaliser nécessite de posséder des usines de production, de les faire construire ou d’effectuer un partenariat avec des entreprises locales pour pouvoir utiliser leurs usines. Justement, ces partenariats très utilisés en Chine peuvent être un frein pour certaines entreprises qui refusent de s’allier avec des entreprises locales. De plus, si la production du bien nécessite un minimum de compétences et de qualité pour être produit, il vaudra mieux pour cette entreprise de rester dans son pays plutôt que de s’endetter pour pouvoir s’implanter à l’étranger.

Ainsi les délocalisations restent réservées aux entreprises de taille importante qui ont une trésorerie importante et de solides accords commerciaux avec des entreprises locales.

Un changement de consommation pour contrer les délocalisations

Pour stopper le phénomène des délocalisations et la montée du chômage dans les pays industrialisés, les consommateurs occidentaux ont aussi la possibilité de changer de type de consommation en privilégiant les biens produits dans le même pays. L’exemple de la production certifiée française ou « made in France » est un exemple parlant car il revient à avertir et éduquer le consommateur à consommer un certain type de bien pour préserver la production locale ainsi que les emplois par la même occasion. Cependant certains économistes rejettent cette pratique la qualifiant de protectionnisme déguisé en utilisant les consommateurs. Il n’en reste pas moins qu’en temps de crise les tendances protectionnistes refont surface et penser que protéger les économies occidentales contre la concurrence des pays émergents temporairement reste une question en suspens.

Benoit ANGLADE

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