Le gaz de schiste en France : une vraie alternative ?

0
14
Want create site? Find Free WordPress Themes and plugins.

Tout d’abord, définissons le gaz de schiste. Il s’agit d’un gaz naturel retenu à de grandes profondeurs dans des schistes, un type de roche à l’aspect feuilleté. A la différence du gaz et du pétrole, le gaz de schiste est emprisonné dans la roche elle-même. Donc, pour l’extraire, il faut opérer une fracturation de cette roche, en y injectant de l’eau sous pression mélangée à des additifs. Une opération à la fois coûteuse et très polluante pour l’environnement.

En juin 2011, le Parlement votait une loi interdisant l’utilisation de la fracturation hydraulique pour l’exploitation du gaz de schiste. Loi validée par le Conseil constitutionnel en juillet 2013. Mais seule la technique de la fracturation hydraulique est interdite, ce qui laisse ouverte l’exploitation du gaz de schiste par d’autres biais… qui n’existent pas aujourd’hui.

Car, en effet les enjeux sont bien présent : La consommation énergétique mondiale augmentera de 40 % entre 2009 et 2035 et les gaz et pétrole de schiste sont un possible combustible de transition en attendant l’essor des énergies renouvelables. En Pologne, en Chine, aux Etats-Unis (600 000 emplois), le gaz de schiste est exploité et en plein essor. Les réserves françaises sont énormes de quoi couvrir 100 ans de consommation. En France, les réserves du gaz de schistes sont 4 fois plus importantes que celles du gaz conventionnel (380 milliards de mètres cube, presque autant que le charbon).

La France importe 99% de son pétrole, 98% de son gaz. Cette dépendance énergétique n’est pas nouvelle. La nouveauté, c’est la flambée du brent et les répercussions qu’elle entraîne. L’an dernier, la facture énergétique a atteint un record de 62 milliards d’euros, 40 milliards de plus qu’au début du siècle. Elle représente 90 % du déficit commercial. Depuis 2005, les tarifs de l’énergie ont explosé: +18% pour l’électricité, +29% pour les carburants, +47% pour le gaz, dont les prix sont indexés sur ceux du pétrole. Cela ne va pas s’arrêter. La rareté des ressources, les tensions au Moyen-Orient, le coût croissant du nucléaire entretiennent le mouvement haussier. Le prix de l’électricité, par exemple, devrait augmenter de 50% d’ici à 2020. Pendant ce temps, près de 4 millions de ménages vivent en situation de précarité énergétique, consacrant plus de 10 % de leur budget au paiement des factures d’électricité et de gaz.

Avec le schiste, les réserves mondiales de gaz ont quadruplé. On les estime maintenant à 250 ans. Autre point positif, ces réserves sont géographiquement mieux réparties que celles du gaz conventionnel. Du pain bénit pour les pays qui veulent réduire leur dépendance énergétique, et pour les industriels qui rêvent d’un jackpot à l’américaine. Grâce au shale gas, les Etats-Unis sont désormais autosuffisants. Le pays est devenu un laboratoire grandeur nature. Pour Total notamment. Mais aussi pour GDF Suez. “Quand on est dans une situation économique comme aujourd’hui difficile [ …], ne pas se donner la possibilité de développer du gaz, c’est dommage”, déclarait fin août Christophe de Margerie. Le gaz de schiste, le PDG de Total y croit dur comme fer. Et comme la France lui est interdite, le pétrolier plante des drapeaux à l’étranger. Aux Etats-Unis, où il a pris 25 % de deux gisements du spécialiste Chesapeake, en Argentine, en Pologne, au Danemark (forages prévus début 2013), et même en Chine via un accord avec l’entreprise Sinopec

En tournant le dos au gaz de schiste, la France se serait privée d’une rente comprise entre 103 et 294 milliards d’euros sur trente ans, ainsi que de 120 000 à 225 000 emplois sur la même période, soit 1,5 à 2 points de chômage en moins. C’est ce qui ressort d’un rapport commandé en 2012 par Arnaud Montebourg, alors ministre du redressement productif, finalisé début 2014 mais jamais publié.
Le gisement du sud-est est le plus prometteur. Dans le scénario le plus probable, la quantité de gaz de schiste pouvant être extraite sur 30 ans dans cette région représenterait 170% de notre consommation attendue de gaz sur cette période. Son exploitation pourrait rapporter au minimum 66 milliards d’euros voire jusqu’à 224 milliards d’euros dans le scénario le plus optimiste.

Dans le bassin parisien, 2 milliards de barils de pétrole de schiste pourraient être extraits sur 30 ans, dans le scénario probable. Soit 13% de notre consommation de pétrole attendue sur cette période. Son exploitation pourrait rapporter au minimum 37 milliards d’euros et jusqu’à 70 milliards dans le scénario leplus optimiste.

Les compagnies américaines Toreador et Hess Oil, spécialistes du gaz de schiste, ont décroché une dizaine de permis pour rechercher des hydrocarbures dans le bassin parisien, notamment à proximité des villes de Mairy, Nogent-sur-Seine, Leudon-en-Brie et Château-Thierry. Malgré l’interdiction, les deux sociétés ont continué à rechercher du pétrole. Elles affirment avoir renoncé à l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels mais le tribunal de Melun a préféré interdire certains forages du fait qu’ils n’auraient pas pu être exploités sans recourir à la fracturation hydraulique.

Bruno Courme, directeur Europe du gaz de schiste pour Total, balaie cependant la question : “La question n’est pas de savoir s’il y a du gaz, mais de savoir si on peut le produire.” Car, pour le moment, seule la fracturation hydraulique permet de le faire. Cette technologie est interdite. Mais les processus ne cessent de s’améliorer.

Cette perspective fait hurler les écologistes. Pour eux, le shale gas, c’est d’abord une énergie fossile, une énergie du passé dont il faut se désintoxiquer. “Savoir que notre sous-sol possède d’énormes réserves de gaz de roche ne doit pas nous obliger à les exploiter, quels que soient les progrès techniques”, estime Noël Mamère. Les écologistes craignent aussi que l’exploitation, demain, du gaz de schiste, comme celui du pétrole au large de la Guyane, n’occulte les objectifs du Grenelle de l’environnement.

Paranoïa? Pas totalement. Les filières éolienne et photovoltaïque ont beaucoup souffert du poids écrasant de l’industrie nucléaire. Peut-on à la fois exploiter un gaz situé à plus de 2.000 mètres de profondeur, militer pour la sobriété et l’efficacité énergétique, et développer les renouvelables?

Thomas DELHOM

Did you find apk for android? You can find new Free Android Games and apps.

Leave a Reply