Des émergents à la peine

L’année 2018 est pour lors bien compliquée pour les économies émergentes. Comme le montre l’indice MSCI émergent, les actifs peinent à performer sur fond de tensions politiques et commerciales à travers le monde.

L’indice MSCI émergents en forte baisse depuis 2018

La principale source de tensions est le conflit commercial entre les Etats-Unis et ses principaux partenaires commerciaux. D.Trump l’avait annoncé avant et répété après son élection « America first ». Son envie de réduire à tout prix le déficit commercial des Etats-Unis l’a amené à taxer depuis peu les importations américaines en provenance du Canda, du Mexique, d’Europe et de Chine principalement afin d’empêcher les entreprises domestiques de délocaliser et forcer les américains à consommer américain. Cette menace protectionniste fait plusieurs dommages collatéraux dont font partie les économies émergentes.

De nombreux pays sont tributaires de la Chine. Ces tensions commerciales entrainent une hausse des prix et par conséquent un protectionnisme global. L’Australie principal producteur de minerai de fer à travers le monde a pour principal acheteur la Chine.

Le cours du minerai de fer a fini par céder aux tensions commerciales

Cependant, les récentes tensions ont contraint la Chine à être moins présente au sein du commerce international ce qui a pénalisé des pays comme l’Australie qui ont vu en conséquence leurs devises se déprécier fortement. Les pays émergents sont attrayants de par leurs taux généralement élevés ce qui permet aux investisseurs d’effectuer des « carry trades » (achat de la devise émergente puis placement à un taux qui rémunère davantage avant d’effectuer un retour en devise domestique). Ces opportunités sont devenues de moins en moins fréquentes au cours des derniers mois. Les deux principales raisons de ce phénomène sont :

• Des investisseurs plus averses au risque. Les émergents étant plus rémunérateurs car plus risqués, les investisseurs se tournent davantage vers les devises refuges (dollar US, yen ou encore franc suisse) en cas de crise.

• Un différentiel de taux moins évident. La hausse des taux US avec notamment le 10 ans au-dessus des 3% au cours du semestre a permis une nette hausse du dollar sur fond de hausse de l’inflation. Cela a entrainé une appréciation des anticipations de hausse de taux outre atlantique avec 4 hausses de taux de la Fed pricées en 2018 (2 ont déjà été appliquées et 2 autres sont à prévoir avant la fin de l’année). Dans ce contexte de divergence de politique monétaire entre la Fed et les autres banques centrales, le différentiel de taux US-Émergents s’est globalement affaibli. Les investisseurs se sont par conséquent tournés vers les actifs américains, ceux-ci étant moins risqués.

L’exemple de la Turquie

La Turquie en est l’exemple le plus récent. La hausse continuelle de l’inflation depuis décembre 2014 (au-dessus des 12% aujourd’hui) a entrainé une forte dépréciation de la lira turque de près de 20% contre dollar depuis le début de l’année. La réélection de R.Erdogan et sa volonté d’un contrôle total de la politique monétaire du pays n’ont fait qu’aggraver la situation. L’intervention de la banque centrale fin mai (hausse de 300 points de base de ses taux directeurs) n’a que peu contribué à soutenir la devise contre dollar. Ce phénomène est comparable à celui de l’Argentine qui a vu sa compétitivité chuter sur les marchés sur fond de forte inflation. L’intervention de la banque centrale argentine n’a pas permis d’empêcher la chute du peso contre dollar et les réserves de changes ne suffisent plus à soutenir la devise à travers la vente de dollar.

Au tour de l’Asie

La Chine a pendant longtemps soutenu l’ensemble des économies asiatiques comme le montre l’évolution (plus que corrélée) du yuan contre dollar.

Après avoir résisté jusqu’en juin, le CNY a finalement cédé face à la force du dollar

Les pays asiatiques étant globalement dépendants de la Chine, sa légère perte de compétitivité des dernières semaines suite aux tensions commerciales a pesé sur l’ensemble de l’Asie entrainant une chute globale des devises et des marchés actions.

Et maintenant?

L’apaisement des tensions avec la Corée du Nord et la riposte des partenaires commerciaux des Etats-Unis semblent jouer en faveur des économies émergentes qui devraient voir leur côte de popularité se relever auprès des investisseurs avec notamment une convergence de politique monétaire de la plupart des banques centrales avec la Fed. Attention tout de même aux prochaines échéances politiques (élections au Brésil, mid-term aux US) qui pourraient entrainer un retour des tensions qui serait néfaste aux économies émergentes.

Julien CASTELAIN

Julien CASTELAIN


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