French, Interview

L’analyse et le décryptage de l’offre économique de la présidentielle par Arnaud Scarpaci associé gérant chez Montaigne Capital

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Arnaud Scarpaci est diplomé d’une maitrise de sciences de gestion de l’université de Dauphine depuis 2002, du troisième cycle Finance, Trading et Négoce International de l’ESLSCA depuis 2004 mais aussi du DU AUREP Gestion de Patrimoine de l’Université de Clermont Ferrand depuis 2015. Après des premières expériences en banque d’investissement au sein de SG DEAI au département produits dérivés actions et chez Natexis au desk activités taux et change clientèle large corporate, il a intégré le groupe Reuters en 2005 avant de rejoindre en tant qu’Associé Gérant la société Agilis Gestion spécialiste de la gestion quantitative et systématique. Depuis Novembre 2012, suite à la fusion Montaigne Capital -Agilis Gestion, il est maintenant Gérant de Portefeuille sur les FCP de la nouvelle structure et conseille la clientèle investie en assurance vie et mandats de gestion.  C’est en sa qualité qu’expert et professionnel du monde des affaires qu’il a décidé de répondre à notre questionnaire:

Les finances publics sont parmi les sujets majeurs de cette campagne. Quelles sont selon vous les solutions les plus pragmatiques pour traiter cette problématique ?

Au quatrième trimestre 2016, le ratio de la dette publique en France atteignait 97.4% du PIB (par comparaison l’Allemagne se situe à 75%) mais lorsque l’on rapporte la dette publique française aux recettes publiques, ce ratio atteint 180%.

Le problème qui se pose à la France et aux Etats de la zone euro est comment concilier croissance et réduction de la dette publique.

Le problème de la dette publique depuis quelques années est repassé au second plan par rapport à la croissance dans la mesure où la politique non conventionnelle de la BCE à travers son quantitative easing a permis de baisser la charge des intérêts. La question va se reposer quand les taux d’intérêts vont remonter notamment pour les Etats périphériques et la France.

Il est donc important de choisir aujourd’hui le type de modèle : un modèle où le surcroit de croissance peut compenser la hausse de l’endettement (modèle suivi par D.Trump) ou au contraire à défaut songer à réduire la dette publique avant que les taux ne remontent.

Pour réduire la dette publique à un niveau national, il faut dans un premier temps baisser les dépenses publiques en réformant le secteur public (à l’image du cas de la Suède qui a divisé son ratio dette publique/PIB par deux entre 1997 et 2011), revoir le système de la sécurité sociale en luttant contre la fraude, contrôler les dépenses de retraite. Le problème de la France se pose par rapport au déficit structurel (recettes publiques insuffisantes par rapport aux dépenses)

Une autre solution est également de profiter du regain d’inflation pour accroître les recettes fiscales via la TVA indexée sur les prix. L’idée est donc de faire augmenter l’inflation plus rapidement que les prestations sociales versées.

Enfin, sur un niveau plus européen, la création d’un Trésor Européen permettrait en étant face à la BCE de « flécher » les financements de la BCE vers les investissements en Europe afin de mettre en place une Europe fédérale.

Le chômage n’a jamais été aussi haut en France. Le monde de l’entreprise est accusé de tous les torts. Quels sont selon vous les solutions à apporter pour changer cet état d’esprit en terme de philosophie et de politique d’investissement au sein des entreprises ?

Pour changer la perception du monde de l’entreprise, je pense qu’il faut désormais intégrer trois notions : la réglementation croissante dans le secteur financier notamment, le développement croissant des technologies et du phénomène de digitalisation et enfin l’aspect fiscal pesant actuellement sur les entreprises françaises par rapport aux entreprises anglo saxonnes qui se traduit par une fuite des cerveaux vers ces pays.

Sur l’aspect réglementation, les exigences en termes de fonds propres ne cessent de grimper. Mais en parallèle, les dispositifs comme le CICE (crédit impôt pour la compétitivité et l’emploi) sont un levier pour déclencher des recrutements de salariés et effectuer des investissements technologiques. Le CICE a profité à la grande distribution mais les banques n’ont pas joué le jeu et ce dispositif n’a pas été transmis de la sphère financière à la sphère économique.

Sur l’aspect de la digitalisation, l’arrivée des robo advisors et des robots plus généralement va provoquer des vagues de licenciement massives dans les banques mais aussi dans les autres secteurs. Il est donc important de préparer les employés à plus de flexibilité mais aussi devenir plus multi-tasking par le biais de formation. On peut observer aujourd’hui notamment dans les banques d’investissement que beaucoup d’employés restent cantonnés à une tâche précise et cela est la principale menace des prochaines années.

Enfin, sur l’aspect fiscal, le taux d’impôt sur les sociétés en France est de 33% alors que les Etats Unis envisagent de le passer à 15%. Il est important de souligner aussi que les recettes fiscales en France liées à l’IS représentent 12% des recettes totales. Le taux d’IS passera à 28% d’ici 2020 selon la loi de finance 2017 ce qui permettra aux entreprises françaises d’être plus compétitives mais la marge par rapport aux pays anglo saxons est encore grande.

Pour certains candidats l’Europe et l’Euro sont accusés de tous les maux. Quelle est votre opinion vis-à-vis de la construction Européenne et quels sont, selon vous, les chantiers qui restent à pourvoir ?

Le plus urgent à l’heure actuelle est de profiter du rétrécissement des spreads entre les taux des Etats périphériques et de l’Allemagne pour mettre en place aujourd’hui une Europe Fédérale. La faiblesse actuelle des taux est de nature à favoriser la croissance. Il faut profiter que le focus est moins mis sur la situation de la dette pour harmoniser les systèmes fiscaux afin de protéger la compétitivité des entreprises en zone euro et de réorienter les flux d’investissement de la BCE vers l’Europe via un Trésor Européen et enfin de garantir auprès des banques le suivi des flux de la sphère financière vers la sphère économique pour faciliter le crédit aux entreprises.

Quelle est, selon vous, la politique économique qu’il faut mettre en place afin de garantir la réussite du prochain quinquennat ?

L’accalmie sur la crise de la dette ne sera que passagère et il faut profiter de la faiblesse des taux pour réduire la dette publique (par la réduction des dépenses publiques sur les dépenses de santé et la refonte du système des retraites, l’inflation générée par la croissance), s’affirmer au niveau européen pour la mise en place d’une Europe Fédérale pour permettre une meilleure compétitivité des entreprises européennes et françaises.

Merci, Monsieur, pour vos réponses.

Interview conduite par Ismail HAJJI, membre de la rédaction

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