French, Interview

La présidentielle par les yeux d’Alain Pitous, Directeur Général de Talence Gestion

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Alain Pitous est Directeur Général de Talence Gestion, une société de gestion indépendante, agréée par l’AMF. M. Pitous a travaillé dans le secteur de la gestion d’actif depuis 1986. Diplômé de l’EDHEC, il a commencé sa carrière dans une société de bourse à Lille.  Il a ensuite rejoint la Société Générale en tant que gérant de portefeuille obligataire. Par la suite, il a managé des équipes de gestions diversifiées, puis actions et taux jusqu’en 2009.  À ce moment-là il a activement participé à la création d’Amundi (Groupe Crédit Agricole) entité regroupant les activités de gestion de la Société Général et du Crédit Agricole.  Membre du Comité exécutif d’Amundi jusqu’en 2014, il a rejoint une aventure entrepreneuriale en intégrant Talence Gestion en tant que Directeur Général.  Talence Gestion, société de gestion entièrement indépendante, a deux métiers, la gestion de fonds essentiellement « actions » et la gestion sous mandat pour clients privés. Et c’est en sa qualité d’expert et de par son expérience que nous avons décidé d’avoir son avis sur l’offre économique pour l’élection à la Magistrature suprême.

Q: Les finances publiques sont parmi les sujets majeurs de cette campagne. Quelles sont selon vous les solutions les plus pragmatiques pour traiter cette problématique ?

À partir du constat actuel et sous réserve de bouleversement majeur du champ politique, aucune solution type « choc » n’est possible ; personne n’a de majorité pour de telles mesures. C’est pour cela que la seule solution valable est de fixer un cap, et de réduire progressivement la pente de progression de la dépense publique.

Exemple : fixer une hausse de la dépense publique inférieure à la croissance de 0.5%.

Q: Le chômage n’a jamais été aussi haut en France. Le monde de l’entreprise est accusé de tous les torts. Quels sont selon vous les solutions à apporter pour changer cet état d’esprit en termes de philosophie et de politique d’investissement au sein des entreprises ?

Là aussi on peut toujours espérer le grand soir mais cela reste illusoire. Les emplois aidés et les mesures de ce genre ne fonctionnent pas. Ce qu’il faut faire c’est agir massivement sur la formation parce que cela relève de l’urgence si on veut maintenir une paix sociale et remettre les chômeurs en situation d’emploi pérenne. En regroupant sous une seule autorité les budgets actuels qui sont alloués à la formation professionnelle, on pourrait peut-être faciliter une réinsertion des chômeurs longue durée et des jeunes sans diplôme dans le marché du travail. Ce sont ces catégories socio-professionnelles qui posent problème et qui courent des risques d’exclusion sans retour. D’autres mesures simples et qui ne coûtent pas trop à l’État sont envisageables sur les petites structures de moins 50 salariés. Ce qui encouragerait les chefs d’entreprises à la création d’emplois.

Par ailleurs il faut aussi agir en amont sur l’éducation. On a 150 000 jeunes qui sortent de l’école sans diplôme tous les ans soit 1.5 Millions de personnes sur les 10 dernières années. Pour y remédier il faut encourager l’apprentissage qui est également une manière de faciliter l’intégration des jeunes dans le monde du travail.

Et pour conclure, je pense que les 35 h sont une mesure handicapante pour la productivité de notre économie et la supprimer est selon moi une nécessité.

Q: Pour certains candidats l’Europe et l’Euro sont accusés de tous les maux. Quelle est votre opinion vis-à-vis de la construction Européenne et quels sont, selon vous, les chantiers qui restent à lancer ?

L’économie française souffre avant tout d’un manque de productivité et de qualité vis-à-vis de ses voisins Européens et le raisonnement qui attribue ce déficit à l’Europe est pour moi un raisonnement simpliste. Nous ne pourrons être crédibles vis-à-vis de nos partenaires Européens que si nous sommes capables de prendre le taureau par les cornes et faire face à nos problèmes.

La fiscalité et son corollaire la fraude fiscale constituent des sujets sur lesquels il faut légiférer d’urgence. Il est inconcevable selon moi que des entreprises qui génèrent du Chiffre d’Affaires dans un pays profitent de failles juridiques pour ne rien payer de leur dû fiscal dans un autre pays Européen. De la même façon, l’Europe doit agir sans trembler sur les fraudes fiscales pour une simple question de justice et d’égalité devant la loi. Politiquement des sujets comme ceux-là pourraient justifier une confrontation et la mise en place d’un rapport de force au sein de la communauté Européenne.

Q: Quelle est, selon vous, la politique économique qu’il faut mettre en place afin de garantir la réussite du prochain quinquennat ?

Pour moi, une politique économique « libérale » sur le plan économique est le facteur clés de succès du prochain quinquennat. Cela permettra à ceux qui ont en les capacités d’être libre d’entreprendre. Mais en contrepartie il ne faut pas oublier qu’on a 6 million de chômeurs et 9 millions de personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté dont les conditions sociales et économiques ne peuvent qu’empirer si on ne fait rien. Un équilibre entre l’état providence et une politique libérale doit être trouvé. Il faut garder à l’esprit que la France est la 5ème puissance économique mondiale. Notre pays se doit d’offrir des garanties de vie décente à ses citoyens y compris les moins privilégiés d’entre eux. Cela passe par l’accès au logement et la lutte contre la malnutrition. La question du handicap reste un sujet majeur à mes yeux. Il faut que l’État soit capable d’accompagner les 12 millions de Français souffrant d’un handicap afin de garantir des conditions de vie dignes à cette catégorie de la population.

Q: Merci beaucoup de vos réponses.

L’interview a été conduite par M. Ismail HAJJI, membre de la rédaction

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