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Jacques Cheminade : « La situation économique et sociale de la France est catastrophique »

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BONDS & SHARES a contacté les candiats à la présidentielle francaise pour contribuer à enrichir un débat concentré sur les enjeux économiques et financières. Jaques Cheminade est le premier des candidats qui nous a répondu. Il est le fondateur du parti politique Solidarité et progrès et candidat à la présidentielle française 2017. Jacques Cheminade est diplômé d’HEC Paris et de l’ENA et détient une licence de droit. Il a été fonctionnaire au ministère de l’Économie puis attaché commercial de la France à New York. Depuis 1996, il est président du parti politique Solidarité et progrès.

Quels sont, selon vous, les enjeux économiques les plus importants pour les Français ?

La situation économique et sociale de la France est catastrophique. La liste est longue ! Les personnes au chômage qui ont perdu tout espoir, les retraités vivants sous le seuil de pauvreté, les travailleurs qui souffrent au travail à cause d’une pression du chiffre toujours plus forte, les agriculteurs qui se suicident car ils travaillent sans compter pour un salaire de misère, les usines qui ferment, les personnes sans-abris… Une même logique dévastatrice est au fondement de ces exemples très préoccupants : celle de la rentabilité, de l’austérité, celle de la finance dévoyée que dénonçait F. Hollande en son temps et qu’il n’a pas combattue. Les Français ne sont plus maîtres de leur destin, c’est la finance qui est aux commandes et elle a infiltré sa logique dans toutes les strates de la société. Elle la déshumanise peu à peu. Voilà pourquoi l’enjeu économique majeur de la France est de se libérer de l’occupation financière, de la logique du gain à court terme. Le deuxième enjeu est le chômage, il faut d’urgence redonner du travail aux Français pour relancer la dynamique de la société et rendre notre système de sécurité sociale viable. Pour cela, le troisième enjeu est de rétablir une vision longue du développement de notre pays et du monde qui permettra de fixer des objectifs et d’avoir des projets créateurs d‘emplois.

En quoi votre programme peut-il répondre à ces enjeux ?

Je propose des solutions qui ont prouvé leur efficacité dans l’histoire. Comme Roosevelt en son temps, après la crise de 1929, nous mettrons en place une vraie loi de séparation bancaire qui nous protègera du jeu des grandes banques casino en interdisant que les Etats et les contribuables les renflouent. Ensuite, il nous faudra libérer le crédit en sortant de l’euro et de la BCE qui imposent ces politiques d’austérité aux états membres puis, nous créerons une banque nationale pour être libres d’allouer du crédit au financement de grands projets d’avenir porteurs d’emplois et de perspectives, en coopération avec les autres pays d’Europe et du monde. Nous traiterons notamment de l’urgence écologique à nettoyer les océans des plastiques que l’homme y a jetés. L’Afrique et son développement deviendront une priorité, nous mettrons fin aux scandales humanitaires récurrents qui touchent le continent, notamment les famines et la crise de l’eau. L’espace enfin devra constituer également un grand axe de développement pour notre pays : nos programmes spatiaux nous permettent des avancées considérables dans la médecine (avec le cœur artificiel ou encore la pompe à insuline), la téléphonie, dans le numérique, ce qui nous garantit un confort sur lequel peu d’entre nous seraient prêts à revenir, et surtout qui nous permettent d’accueillir les générations futures. Il nous faut poursuivre dans cette voie essentielle.

Quels sont pour vous les limites des programmes économiques de vos principaux concurrents ?

Un programme, la plupart des candidats en ont. Le problème c’est qu’ils n’ont pas de projet pour l’accompagner. Ils ont un programme sans vision d’avenir, une somme de mesures, de compromis pour que notre pays atteigne la fameuse règle d’or, les 3% de déficit, quitte, pour cela, à faire de l’humain une variable d’ajustement. Un projet au contraire, c’est avoir une certaine idée du monde et des grands axes de développement qu’il faut pour que les hommes et les générations à venir aient une vie meilleure. Voici la première limite commune à tous mes concurrents : l’absence de projet.

Dans le détail :

Emmanuel Macron : l’une des limites principales du programme économique d’E. Macron est l’absence de mesures radicales contre la finance. Sous la présidence Hollande, il a clairement cédé aux pressions des grandes banques en produisant une loi bancaire inutile et complaisante à l’égard de la finance, bien qu’en privé il était d’accord avec moi qu’il fallait réellement couper les banques en deux. En outre, il soutient l’uberisation du travail, qui permet à des plateformes Internet au-delà de toute législation du travail d’embaucher des travailleurs dont la précarité ne cesse de s’accroître. Enfin, si on se réfère à sa loi économique passée sous la présidence Hollande, l’exemple très parlant des bus Macron est symptomatique : c’est un retour clair en arrière qui creuse toujours plus les disparités entre les Français qui ont les moyens et ceux qui ne les ont pas.

Marine Le Pen : Comme E. Macron, M. Le Pen ne s’attaque pas véritablement à l’enjeu de la finance. En ayant choisi Bernard Monot comme conseiller économique, elle a trahi ses intentions et décrédibilise toute sa politique d’indépendance. En effet, celui qui est à l’origine de toute la politique économique du programme de M. Le Pen a clairement exprimé son positionnement à l’égard des marchés qui s’inquiétaient de la sortie de l’euro prônée par le FN: « Nous sommes très attachés à la stabilité monétaire des marchés. Je suis un homme des marchés» (Le Figaro). Finalement, M. Le Pen demeure est une vraie monétariste, une nationale monétariste dont la politique économique serait catastrophique.

François Fillon : F. Fillon est un ultra-libéral et bien qu’il soit d’accord pour dire que la France se trouve face à une grave crise financière, il axe sa solution sur la baisse drastique de toutes les dépenses publiques. C’est l’austérité économique : supprimer des postes de fonctionnaires, couper dans la sécurité sociale… contrairement à lui, j’estime qu’il n’y a pas de relance possible du pays sans des investissements massifs dans des grands projets de développement. F. Fillon, c’est le candidat de la BCE qui demande aux peuples de se serrer la ceinture à n’importe quel prix : la dette, même injuste comme en Grèce, est plus importante que l’humain.

Benoît Hamon : Le programme de B. Hamon révèle une volonté de s’adapter, de fixer un peu de social sur le système inique en place. Sa mesure phare du revenu universel ou la taxation des robots sont typiques de cela : il ne croit pas à la possibilité de créer véritablement de l’emploi en France ni à l’augmentation des salaires.

Jean-Luc Mélenchon : J-L Mélenchon s’oppose au monde de la finance et au capitalisme financiarisé. Cependant, dans la dernière ligne droite (meeting du 18 avril), afin de gagner en électorat il recule au sujet de la sortie de l’UE et de l’euro en disant que nous pouvons en modifier les Traités. Je ne pense pas que nous puissions modifier les traités : il nous faut sortir de ces traités pour reconstruire une vraie Europe. Par ailleurs, son programme a beaucoup trop verdi ! Il souhaite notamment sortir du nucléaire, ce qui serait une catastrophe pour la France. Le nucléaire est l’énergie de l’avenir à condition de miser sur le nucléaire propre de 4ème génération et la fusion nucléaire.

Merci, Monsieur, d’avoir répondu à nos question

Interview réalisée par Ismail Hajji et Bernd Oliver Bühler, membres de la rédaction de Bonds & Shares 

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