VOLUNTIS: trop tôt, trop optimiste, trop ambitieux!

La société créée il y a dix sept ans se présente comme une « digital biotech », secteur en vogue sur les marchés boursiers américains et qui de ce fait obtiennent des ratios de valorisation très généreux. En fait, il s’agit d’éditeurs de logiciels destinés à aider les patients à suivre leurs traitements dans le cadre de maladies chroniques, de traitements lourds tels que pour le cancer. Des autorisations sont nécessaires du fait de l’impact sur la santé, en tant que dispositifs médicaux, le risque étant dans la délivrance des soins. Ces dispositifs peuvent bénéficier d’un remboursement plus ou moins importants selon les pays et les systèmes de santé. Ils ne peuvent être délivrés que sur prescription médicale. C’est en fait la seule différence avec un éditeur classique. La barrière à l’entrée n’est pas celle d’une biotech ou d’une pharmaceutique classique.

Le principe de base avancé par la société est que les prescriptions sont mal suivies du fait d’effets secondaires pénibles (cas des cancers) ou de la lassitude (nécessité d’un suivi quotidien permanent).

La société dispose aujourd’hui de deux logiciels pour les diabètes de type I et II. Ils permettent une télésurveillance via un portail web permettant un suivi par le médecin afin d’ajuster la dose d’insuline et de gérer les effets secondaires. Le patient envoie leur taux de glycémie et leur fréquence de prise d’insuline. Le dispositif fonctionne pour toutes les marques d’insuline et est autorisé en France par la Haute Autorité de Santé.

D’après les premières données cliniques, 80% des patients atteindraient leur cible d’hémoglobine glyquée à six mois de suivi du traitement contre seulement 40% sans le logiciel. En France, la société dispose d’un accord exclusif avec Sanofi qui en assure la distribution avec son insuline Lantus, produit vedette de Sanofi. Voluntis touchera 30% de redevances sur les ventes du dispositif.

Un autre exemple de sources de revenus est l’accord singé avec une mutuelle américaine, le seul pour l’instant, mais qui est riche d’enseignement, même s’il s’agit d’une petite structure à l’échelle américaines avec 850 000 assurés. Les assurés ayant recours à l’insuline faisant partie de la liste de WellDyne Rx verront systématiquement prescrire le dispositif VOluntis. EN effet, une bonne observance du traitement du diabète aurait pour effet une économie de 4 690 dollars par an du fait que des complications seraient évitées.

Par ailleurs, la société développe des dispositifs similaires pour l’oncologie afin d’améliorer le suivi des effets secondaires qui sont souvent à l’origine de l’abandon ou d’un suivi insuffisant de la thérapie.

La société qui a delà levé 43 millions d’euros depuis sa création procède à une levée de fonds de 32 millions à l’occasion de son introduction en bourse. EN 2017, la société a affiché des revenus de 8M qui sont des paiements d’étape par ses partenaires et la perte annuelle s’élève à 10 M. Ce qui signifie que la levée de fonds représentera un peu moins de deux années de fonctionnement à ce rythme. L’EBE serait à l’équilibre en 2020, voire positif. La société vise un CA de 50 M en 2021 ce qui permettrait l’atteinte de l’équilibre opérationnel « dès 2022 ».

Nous ne sommes pas en mesure de commenter ces chiffres, aucune analyse financière n’ayant été distribuée sauf à quelques personnes référencées comme c’est désormais l’usage en dépit de la recherche de progrès en matière d’information et d’efficacité des marchés voulue par l’Europe et son texte Mif2. Cette pratique nous rappelle les transactions faites sous les colonnes par les « pieds mouillés » au Palais Brongniart il n’y a pas si longtemps. Si ce n’est que cette pratique du marché non réglementé est désormais protégée par les juristes.

En dehors de l’absence d’information financière, les réserves suivantes amènent à exprimer de fortes réserves sur l’opportunité de souscrire.

Tout d’abord cela suppose que le patient est équipé d’un smartphone et est en capacité de l’utiliser.

Ensuite, quel sera le degré d’adoption du dispositif. Une fois adoptée, pendant combien de temps le patient se pliera t-il à cette discipline. Il est frappant de constater qu’à l’heure des objets connectés, le patient doit procéder à une lecture de son taux de glycémie puis le reporter sur son smartphone. Fastidieux et peu moderne. Combien de personnes persévèrent par exemple à reporter les données sur un document papier ? pourquoi en serait-il différemment avec ce dispositif ?

Quid de la rémunération du médecin pour le suivi ? En France, la rémunération se fait sur les consultations. Toutefois, il faut reconnaitre que nous avons enfin un ministre de la santé plus moderne, pragmatique et professionnel qui est prêt à moderniser un système qui relève d’analyses économiques dépassées. Les médecins généralistes sont de moins en moins nombreux et disposent de moins en moins de temps.  A supposer que l’on supprime le numerus clausus, la situation ne pourra pas s’améliorer d’un seul coup.

Le scandale actuel de Facebook vient opportunément rappeler l’enjeu de la confidentialité et de la valeur des données de santé. Il y a là un véritable risque.

Enfin, si le diabète est LA maladie du 21ème siècle, il n’est pas certain que des mesures ou de nouveaux traitements ne parviendront pas à l’endiguer. Par ailleurs, il existe des systèmes concurrents dont la pompe connectée. Les capteurs d’insuline, qui connaissent à l’heure actuelle un très fort succès auprès des patients, les premiers concernés et finalement décideurs, informent sur la dose d’insuline à prendre. Sans violer la confidentialité des données et de manière jugée simple par les diabétiques.

Si l’on croît dans ce projet, il est certainement trop tôt pour juger de son succès potentiel. D’autant plus que la valorisation est ambitieuse avec une capitalisation boursière de 128 M maintenant pour une CA de 50 M visé en 2021.

Trop tôt, trop ambitieux, trop cher.

Antoine NODET

Antoine NODET

Antoine NODET, analyste financier de formation, 30 ans de pratique des marchés financiers, conseille les entreprises dans leur stratégie financière et les aide dans leurs problématiques d'évaluation et de levée de fonds. De formation franco-américaine, il est diplômé d'intelligence économique de l'IHEDN et enseigne au CNAM et à L'ELSLCA ainsi que dans différentes formations à l'international.


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