TERA : la coulisse retrouve de l’air

La qualité de l’air est un sujet de préoccupation de l’opinion et un problème de santé publique toujours plus prégnant. Cela s’inscrit dans un contexte plus général contre le réchauffement climatique et la pollution. Toute la question est de savoir comment agir face au foisonnement d’idées et d’initiatives alors que les enjeux sont planétaires. De manière plus prosaïque, quel vecteur d’investissement est le plus pertinent et à quel prix ? TERA s’introduit en bourse pour trouver des investisseurs intéressés par sa démarche. L’enjeu n’est pas mince pour la place de Paris puisqu’il s’agit de la deuxième introduction de l’année.

TERA

Créée en 2001 et toujours détenue par ses quatre fondateurs, la société TERA intervient dans le domaine de l’analyse de la qualité de l’air.  Pour se développer, la société fait appel au marché dans le nouveau cadre de procédure simplifiée pour les offres ouvertes au public pour un montant inférieur à 8 millions d’euros.

L’essentiel du CA, 96%, est actuellement le fait d’analyse d’air réalisé en laboratoires pour le compte de bureau d’études (CEBTP, Ginger…) et de fabricants de composants électroniques (SOITEC, STMicroelectronics…). Cette activité représente des revenus récurrents. Ce sujet prend une ampleur croissante avec 30 000 analyses réalisées en 2018 contre 23 000 en 2017 et 20 000 2016, chiffres qui traduisent certes une croissance notoire mais également erratique.

Forte de son expérience, la société a développé des stations de mesure connectées. Ces stations sont proposées en location. L’EBITDA serait de 20%, supérieure par conséquent à l’EBITDA moyen actuel de 6.4%. Toutefois, en l’absence d’analyse financière et d’éléments prévisionnels consistants, il est difficile de savoir si ce niveau de marge d’EBITDA est suffisant par rapport au risque inhérent à ce genre d’activité et à l’intensité capitalistique.

Il est d’ailleurs à remarquer qu’à l’heure actuelle si l’EBITDA s’affiche à 282k€ pour 2018, le REX est lui négatif de 340k€ du fait des dotations aux provisions et amortissements, alors que la société n’immobilise pas sa R&D (17.5% du CA).

La société a développé un capteur de dernière génération dont le mérite essentiel est de ne pas connaître de dérives du signal au fil du temps, contrairement aux systèmes existants, et est capable de fonctionner dans un environnement humide avec un niveau d’analyse des particules fines, les plus nocives, inférieur à un microgramme par mètre cube.

Tera vient d’ailleurs de signer un accord avec un équipementier automobile dont le nom reste confidentiel pour s’adapter au système de filtrage des habitacles. Au-delà de ce premier accord, les capteurs de la société sont en tests chez plusieurs industriels ce qui devrait permettre de voir les commandes s’accélérer.

Enfin, la société développe des solutions digitales pour le suive de la qualité de l’air sur un « cloud » regroupant toutes les données collectées par un réseau de capteurs et de stations de mesures des collectivités. Un premier partenariat avec la vile de Marseille a été conclu.

Aucune analyse financière n’a été fournie et il est donc difficile de se prononcer. Toujours est-il que la rentabilité d’exploitation devrait se dégrader sous le double effet de dépenses de R&D et du développement des activités nouvelles et de l’internationalisation. La direction pense néanmoins que l’équilibre opérationnel sera maintenu. Le chiffre d’affaires qui est aujourd’hui de 4.2M devrait atteindre 7M en 2020. Et le résultat net devrait être positif en 2021.

La société cherche à lever entre 6M et 6.9M avec la clause d’extension. Il convient de noter qu’à l’heure actuelle les fonds propres sont négatifs de 1.2M, en partie du fait de la sortie des fonds d’investissement. La dette financière nette est de 1.5M, les autres dettes étant de 3.9M face à un actif circulant de 2.4 hors trésorerie.

Outre la restructuration du passif, la société annonce vouloir consacrer les fonds au développement de nouvelles méthodes d’analyse et d’applications numériques, au développement du réseau des stations de mesures, se développer à l’international en particulier la Chine et les Etats-Unis et enfin procéder à de la croissance externe.

Si le thème de la qualité de l’air est porteur et que nul ne saurait nier l’enjeu sanitaire, il n’en reste pas moins que tout a un prix. La société est valorisée pré-monnaie entre 8.4 et 9.76M d’euros. Si on retient le haut de la fourchette et un montant maximum de levée de 6.9M, on aboutit à une valeur des fonds propres de 16.66M d’euros. En bas de fourchette, la valorisation serait encore de 14.4 Millions d’euros.

Sur la base d’un CA de 4.2M, la fourchette est de 3.4 à 3.9 fois. Sur la base du 7M annoncé comme objectif pour 2020, entre 2 et 2.65. Quant au multiple de résultat…

De même que pour la décote de taille et de liquidité, même avec un flottant de 35 à 40%.

Post tenebras lux. Mieux vaut attendre la cotation et la publication d’analyses financières pour se positionner d’autant plus que si le thème est porteur, il existe un grand nombre de valeurs sur le marché français et international pour investir sur cette problématique. Et si on ne peut nier l’intérêt spéculatif, à ce niveau là la prime ne pourra qu’être faible. A moins que la croissance des résultats justifie les multiples. A voir lorsque les analyses financières seront disponibles. Dans l’immédiat, autant aller traiter à la coulisse avec les pied-mouillés et l’asymétrie de l’information.

Antoine NODET

Antoine NODET

Antoine NODET, analyste financier de formation, 30 ans de pratique des marchés financiers, conseille les entreprises dans leur stratégie financière et les aide dans leurs problématiques d'évaluation et de levée de fonds. De formation franco-américaine, il est diplômé d'intelligence économique de l'IHEDN et enseigne au CNAM et à L'ELSLCA ainsi que dans différentes formations à l'international.


Leave a Reply


A propos de nous

Bonds & Shares est une plateforme d’information participative à but non lucratif pour, à travers et par des experts en finance et en affaires.


CONTACTEZ-NOUS

APPELEZ-NOUS EN TOUT TEMPS



A la une



Newsletter


Categories