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Depuis les années 1850 et la révolution industrielle, la croissance de la population mondiale ne cesse d’augmenter. En 2017, il y a environ 7,6 milliards de personnes dans le monde dont 962 millions de plus de 60 ans. D’après un rapport de l’ONU, il y en aura 11,18 milliards dont 3,1 milliards de plus de 60 ans d’ici la fin du siècle. La croissance représentera donc plus de 222% pour cette tranche de la population contre 47% pour la population globale. Lisez donc : L’activité liée au troisième âge, un marché d’avenir.

Si l’on compare ces chiffres, avec les données de l’activité économique liée au troisième âge, on constate qu’il y a un fort potentiel sur ce marché. Ainsi, selon le directeur gestion thématique monde chez CPR AM Vafa AHMADI, « depuis plus de 15 ans, les sociétés liées au vieillissement présentent un taux de croissance du chiffre d’affaires et des résultats en moyenne supérieurs au reste de l’économie (entre 1 et 1,5%) et un coût du capital inferieur ».

De la même façon, la Bank of America Merill Lynch estime aujourd’hui à 7 000 milliards de dollars l’industrie du silver age et elle pourrait atteindre les 15 000 milliards de dollars d’ici à 2020, soit une augmentation de plus de 200%.

marché

Même si ces données économiques restent des projections,  le marché retient  le potentiel de croissance de l’activité liée au troisième âge en rapport avec les  données démographiques. A cette tendance structurelle  du  silver age, s’ajoute son pouvoir d’achat lié à l’importance du patrimoine  détenu par cette tranche de la population et qui vient renforcer l’hypothèse d’une évolution positive de ce marché.

Ce sont là les raisons pour lesquelles l’activité du troisième âge intéresse les marchés financiers. Depuis quelques années, on constate l’apparition de plusieurs fonds OPCVM/SICAV spécialisés sur l’activité du silver age. Ces fonds regroupent principalement les secteurs d’activités de la santé, des services financiers et des consommations cycliques qui apportent des solutions au plus de 55 ans.

Les principaux fonds consacrés à ce secteur en France sont Generali Investments Sicav SRI Ageing Population, CPR Global Silver Age (europe), CPR Silver Age(monde), LO Funds – Golden Age, Schroder International Selection Fund Global Demographic Opportunities, Robeco Global Consumer Trends Equities et Performance Vitae.

Pour conclure, on peut aussi ajouter une composante psycho comportementale à ce sujet avec l’évolution des générations et des mœurs. Les enfants ne vivent plus forcément près du foyer parental en raison de l’augmentation de la mobilité et des moyens de télécommunication. Il est maintenant possible « de prendre soin de ses parents  à distance ». Ainsi il n’est pas rare aujourd’hui d’avoir des personnes de plus de 60 ans seules ou avec leur conjoint(e) ayant besoin de soins ou de services d’aide à domicile et n’ayant pas ou peu la possibilité de se déplacer.

Les solutions proposées par les sociétés du silver age prennent alors tout leur sens car s’adaptent à ces nouveaux paramètres et permettent une prise en charge de ces personnes à domicile. De plus, il y a un réel besoin d’autonomie pour ces personnes, ce qui est susceptible de faire apparaître des services innovants s’appuyant notamment sur des nouveaux usages d’intelligence artificielle en plein développement.

On peut prendre l’exemple d’une personne ayant besoin d’une assistance 24h/7j, cela peut être difficile financièrement à assumer et pratiquement infaisable de trouver une solution autre qu’une maison de retraite mais pourra être accompli sans effort par un robot à un coût inférieur et peut-être dans des conditions plus satisfaisantes pour la population concernée, l’insuffisance des effectifs et des moyens dans les maisons de retraite étant régulièrement pointée du doigt.

 

Sources : Bank of America Merill Lynch, ONU, Morningstar
http://www.morningstar.fr/fr/news/148800/profiter-du-%C2%AB-papy-boom-%C2%BB-avec-une-gestion-th%C3%A9matique.aspx
http://www.lemonde.fr/planete/article/2017/06/22/la-population-mondiale-atteindra-9-8-milliards-d-habitants-en-2050-selon-l-onu_5149088_3244.html

 


Antoine NODETAntoine NODETmai 24, 2018
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La société créée il y a dix sept ans se présente comme une « digital biotech », secteur en vogue sur les marchés boursiers américains et qui de ce fait obtiennent des ratios de valorisation très généreux. En fait, il s’agit d’éditeurs de logiciels destinés à aider les patients à suivre leurs traitements dans le cadre de maladies chroniques, de traitements lourds tels que pour le cancer. Des autorisations sont nécessaires du fait de l’impact sur la santé, en tant que dispositifs médicaux, le risque étant dans la délivrance des soins. Ces dispositifs peuvent bénéficier d’un remboursement plus ou moins importants selon les pays et les systèmes de santé. Ils ne peuvent être délivrés que sur prescription médicale. C’est en fait la seule différence avec un éditeur classique. La barrière à l’entrée n’est pas celle d’une biotech ou d’une pharmaceutique classique.

Le principe de base avancé par la société est que les prescriptions sont mal suivies du fait d’effets secondaires pénibles (cas des cancers) ou de la lassitude (nécessité d’un suivi quotidien permanent).

La société dispose aujourd’hui de deux logiciels pour les diabètes de type I et II. Ils permettent une télésurveillance via un portail web permettant un suivi par le médecin afin d’ajuster la dose d’insuline et de gérer les effets secondaires. Le patient envoie leur taux de glycémie et leur fréquence de prise d’insuline. Le dispositif fonctionne pour toutes les marques d’insuline et est autorisé en France par la Haute Autorité de Santé.

D’après les premières données cliniques, 80% des patients atteindraient leur cible d’hémoglobine glyquée à six mois de suivi du traitement contre seulement 40% sans le logiciel. En France, la société dispose d’un accord exclusif avec Sanofi qui en assure la distribution avec son insuline Lantus, produit vedette de Sanofi. Voluntis touchera 30% de redevances sur les ventes du dispositif.

Un autre exemple de sources de revenus est l’accord singé avec une mutuelle américaine, le seul pour l’instant, mais qui est riche d’enseignement, même s’il s’agit d’une petite structure à l’échelle américaines avec 850 000 assurés. Les assurés ayant recours à l’insuline faisant partie de la liste de WellDyne Rx verront systématiquement prescrire le dispositif VOluntis. EN effet, une bonne observance du traitement du diabète aurait pour effet une économie de 4 690 dollars par an du fait que des complications seraient évitées.

Par ailleurs, la société développe des dispositifs similaires pour l’oncologie afin d’améliorer le suivi des effets secondaires qui sont souvent à l’origine de l’abandon ou d’un suivi insuffisant de la thérapie.

La société qui a delà levé 43 millions d’euros depuis sa création procède à une levée de fonds de 32 millions à l’occasion de son introduction en bourse. EN 2017, la société a affiché des revenus de 8M qui sont des paiements d’étape par ses partenaires et la perte annuelle s’élève à 10 M. Ce qui signifie que la levée de fonds représentera un peu moins de deux années de fonctionnement à ce rythme. L’EBE serait à l’équilibre en 2020, voire positif. La société vise un CA de 50 M en 2021 ce qui permettrait l’atteinte de l’équilibre opérationnel « dès 2022 ».

Nous ne sommes pas en mesure de commenter ces chiffres, aucune analyse financière n’ayant été distribuée sauf à quelques personnes référencées comme c’est désormais l’usage en dépit de la recherche de progrès en matière d’information et d’efficacité des marchés voulue par l’Europe et son texte Mif2. Cette pratique nous rappelle les transactions faites sous les colonnes par les « pieds mouillés » au Palais Brongniart il n’y a pas si longtemps. Si ce n’est que cette pratique du marché non réglementé est désormais protégée par les juristes.

En dehors de l’absence d’information financière, les réserves suivantes amènent à exprimer de fortes réserves sur l’opportunité de souscrire.

Tout d’abord cela suppose que le patient est équipé d’un smartphone et est en capacité de l’utiliser.

Ensuite, quel sera le degré d’adoption du dispositif. Une fois adoptée, pendant combien de temps le patient se pliera t-il à cette discipline. Il est frappant de constater qu’à l’heure des objets connectés, le patient doit procéder à une lecture de son taux de glycémie puis le reporter sur son smartphone. Fastidieux et peu moderne. Combien de personnes persévèrent par exemple à reporter les données sur un document papier ? pourquoi en serait-il différemment avec ce dispositif ?

Quid de la rémunération du médecin pour le suivi ? En France, la rémunération se fait sur les consultations. Toutefois, il faut reconnaitre que nous avons enfin un ministre de la santé plus moderne, pragmatique et professionnel qui est prêt à moderniser un système qui relève d’analyses économiques dépassées. Les médecins généralistes sont de moins en moins nombreux et disposent de moins en moins de temps.  A supposer que l’on supprime le numerus clausus, la situation ne pourra pas s’améliorer d’un seul coup.

Le scandale actuel de Facebook vient opportunément rappeler l’enjeu de la confidentialité et de la valeur des données de santé. Il y a là un véritable risque.

Enfin, si le diabète est LA maladie du 21ème siècle, il n’est pas certain que des mesures ou de nouveaux traitements ne parviendront pas à l’endiguer. Par ailleurs, il existe des systèmes concurrents dont la pompe connectée. Les capteurs d’insuline, qui connaissent à l’heure actuelle un très fort succès auprès des patients, les premiers concernés et finalement décideurs, informent sur la dose d’insuline à prendre. Sans violer la confidentialité des données et de manière jugée simple par les diabétiques.

Si l’on croît dans ce projet, il est certainement trop tôt pour juger de son succès potentiel. D’autant plus que la valorisation est ambitieuse avec une capitalisation boursière de 128 M maintenant pour une CA de 50 M visé en 2021.

Trop tôt, trop ambitieux, trop cher.


Hugo KAISERHugo KAISERmai 17, 2018
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L’Investissement Socialement Responsable (ISR) est riche de 300 ans d’histoire. A l’origine de l’ISR on trouve la volonté d’investir conformément à ses valeurs. Cela va se traduire essentiellement par le refus de financer certains secteurs mais aussi la volonté de soutenir les plus démunis. Le mouvement religieux philanthropique ‘Quaker’ refusait par exemple d’investir dans l’armement et le commerce des esclaves et prônait l’intégrité et la solidarité. Le développement de l’ISR a été mouvementé mais bien réel et majoritairement porté par l’émergence de nouvelles approches tels que les critères ESG, pour Environnement, Social, Gouvernance, ou les thématiques du développement durable grâce à une mobilisation autour du changement climatique. Mais l’ISR reste pour la majeure partie des investisseurs une notion encore bien trop floue. S’il devait se résumer en un mot, on pourrait convenir d’employer le mot : utilité. En effet, il s’agit du principe même qui encadre ce style de gestion car il permet de rendre utile l’investissement pour la société. Ce terme, qui parait bien vendeur, se doit être accompagné d’une obligation de transparence.

Certains jugeront comme destructeur de performance l’ajout de critères extra-financiers dans la gestion d’actifs, quand d’autres critiqueront l’aspect purement marketing de l’ISR. Afin de contrecarrer ces jugements hâtifs, il semble essentiel de remettre au premier plan le périmètre dans lequel s’inscrit l’ISR et les avantages apportés par ce style de gestion.

Le but de cet exercice n’étant pas de prêcher les convaincus, mais plutôt d’amener au goût du jour une alternative à la gestion d’actifs traditionnelle malheureusement encore trop portée sur le court-terme et les rendements immédiats.

Certaines approches s’intéressent davantage à ce que produit l’entreprise, d’autres à la façon dont elle se comporte.

  • Les approches se focalisant sur les biens ou services proposés par l’entreprise sont notamment :
    • l’exclusion: pour des raisons éthiques, liées au développement durable ou à la santé publique par exemple, certaines activités sont exclues : tabac, armement, énergies fossiles, nucléaire, etc.
    • les thématiques durables: certains thèmes ou secteurs sont structurellement privilégiés car considérés comme contribuant positivement au développement durable : énergies renouvelables, efficacité énergétique, eau, etc.
    • l’impact investing: cet investissement vise, outre la performance financière, à obtenir un impact environnemental ou social concret par exemple en permettant à certaines communautés défavorisées d’améliorer leur niveau de vie : microfinance, projets d’accès à l’énergie, développement de l’agriculture dans les pays émergents, etc.
  • Les approches se focalisant sur le comportement des entreprises sont notamment :
    • le Best in Class: après un examen détaillé des politiques environnementales, sociales et de la gouvernance des entreprises constituant l’univers d’investissement, les entreprises les « plus responsables » de chaque secteur sont retenues.
    • Le Best in Class n’implique pas de déviations sectorielles a priori mais de nombreuses variantes de celui-ci comme le Best in Universe ou le Negative Screening en implique.
    • Les filtres normatifs: ils visent à écarter les entreprises ne respectant pas certaines conventions internationales comme le Pacte Mondial des Nations-Unies.
    • L’engagement: plutôt que d’exclure les entreprises présentant des faiblesses sur certains aspects ESG, le gestionnaire va engager un dialogue structuré avec celles-ci pour tenter de faire évoluer leurs pratiques.

Bien entendu toutes ces approches peuvent être combinées ce qui peut complexifier encore la compréhension de la démarche. Mais alors pourquoi existe-t-il autant de façons de faire de l’ISR ?

  • Chacun a sa propre idée de ce qui est socialement responsable :
    • La plupart des investisseurs français ont une vision positive ou neutre du nucléaire contrairement à leurs voisins.
    • Les divergences sont également nombreuses sur l’armement : est-ce un moyen de défendre et de protéger ou un risque pour la paix?
    • Les questions sociales ou environnementales peuvent revêtir une importance différente selon l’institution que l’on représente, ou nos convictions et valeurs.
  • Gérants et investisseurs responsables poursuivent des objectifs différents:
    • Matérialité ou responsabilité : certains se focalisent sur les problématiques ESG qui peuvent avoir un impact sur la valeur de l’entreprise et donc sur un nombre restreint de critères tandis que d’autres favorisent une vue holistique de l’entreprise que les enjeux soient matériels ou non.
    • Conviction ou budget de risque : des convictions ISR fortes peuvent entrainer des déviations sectorielles significatives qui ne permettent pas toujours de respecter les contraintes d’allocations et de budget de risque des investisseurs institutionnels.

Cette complexité qui résulte de l’histoire de l’ISR et des différents besoins des investisseurs peut être, de prime abord, perçue comme rébarbative mais elle constitue en réalité pour l’investisseur une opportunité d’investir sur un fonds ISR correspondant réellement à ses attentes et répondant à la question : Qu’est-ce qui est important pour vous ?

  • Le risque de réputation: choisissez un fonds intégrant à minima un filtre normatif.
  • Obtenir une performance qui ne soit pas trop éloignée de celle de l’indice de référence tout en étant ISR : privilégiez une approche Best in Class sans ajout de filtres d’exclusion ou normatifs.
  • Eviter certains risques ESG de long-terme: optez pour une démarche Best in Universe ou Negative Screening ou, à minima, pour une démarche Best in Class centrée sur la matérialité.
  • Avoir un impact en termes de développement durable : orientez-vous vers l’impact investing et les thématiques durables.
  • Bénéficier d’opportunités financières liées à des changements structurels : privilégiez les thématiques durables.

Selon une méta-analyse combinant 2200 études réalisée en 2015 par Friede, Busch et Bassen, environ 90% des données concluent que l’utilisation de critères ESG dans la gestion d’actifs ne pénalise pas la performance financière de l’entreprise. Plus important encore, la grande majorité des études rapporte des résultats supérieurs comparés à la gestion d’actifs traditionnelle.

Les facteurs ESG sont d’importance stratégique dans la gestion d’actifs, une approche d’optimisation des risques ESG au sein d’une allocation d’actifs contribue à accroitre le potentiel de performance tout en minimisant les risques. Une comparaison entre différents portefeuilles diversifiés a montré de manière encore plus probante que le risque des portefeuilles pouvait ainsi être réduit d’environ un tiers.

Il est donc possible d’avoir un impact positif grâce à ses investissements, les rendre utiles à la société, sans contrepartie en termes de performance.


Romain DEI TOSavril 10, 2018
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Sur le papier le nouveau standard de comptabilisation des contrats de location (ifrs 16) est un ajustement non « cash » qui ne change pas grand-chose. Cependant, cette nouvelle norme va impacter de manière conséquente les agrégats et les ratios financiers ainsi que la perception du déplacement du risque.

ifrs 16

Les marges EBIT (earnings before interest & tax) sont artificiellement gonflées, les multiples EV/EBIT déformés, les EPS ajustés à la hausse ou à la baisse et les bilans sont envahis par des actifs et des dettes relatives aux biens en location. Cet article a donc pour objectif de mettre au clair les impacts concrets de la norme ifrs 16 aussi bien financiers qu’opérationnels et d’identifier les secteurs les plus touchés par ce nouveau dispositif comptable

En ce début d’année 2018, l’heure est à la prévision et à la compréhension des débats qui vont agiter la planète financière.  La valorisation des sociétés cotées reflétant les anticipations et les valorisations des opérateurs, il ne fait aucun doute que la nouvelle norme ifrs 16 sera l’un des sujets de cette année boursière.

Publiée en janvier 2016, la nouvelle norme ifrs 16 sur les contrats de location sera applicable au 1er janvier 2019. Brièvement, cette nouvelle norme de l’IASB transforme des engagements hors bilan, les locations simples, en actifs et en dettes. Cette nouvelle règle comptable est un véritable séisme puisque, selon PWC, une entreprise cotée sur deux serait concernée, ce qui représenterait près de 3000 milliards d’euros d’engagement hors bilan liés aux contrats de locations.

Les actifs concernés sont les actifs immobiliers, les véhicules, les usines, les équipements et les outils de production. La considération de ces anciens engagements hors bilan est donc un enjeu majeur et a déjà été à l’origine de faillite. En 2011, la librairie américaine Borders totalisait des engagements hors bilan liés à ses locations de magasins de 2,8 milliards de dollars, ce qui représentait sept fois la dette inscrite au bilan.[1]

Explication de la norme IFRS 16 et impacts sur les états financiers

Pour les bailleurs, La distinction d’IAS 17 entre les contrats de location financement et les contrats de location simple est maintenue, et leur comptabilisation substantiellement inchangée.

L’IFRS 16 est un changement majeur pour les preneurs (locataires). Auparavant, les loyers liés aux contrats de location simple, étaient comptabilisés hors bilan et impactaient le compte de résultat par les charges de loyer et le bilan sur la trésorerie.

Dorénavant, les locataires comptabiliseront la plupart des contrats de location directement au bilan, sur le modèle de comptabilisation de location financement (aussi connu sous le nom de crédit-bail ou capital lease). Seuls pourront être exemptés les locations inférieures à 12 mois et les biens de faible valeur unitaire (inférieure à 5000 euros). Ainsi, une location est finalement considérée comme un contrat d’achat d’actifs avec une durée de vie finie générant une dette pour l’acheter.

Quels sont les impacts de ce changement sur les états financiers des preneurs ?

  1. Bilan

Pour le bilan, les paiements dus liés aux contrats de location simple (aujourd’hui comptabilisés en engagement hors bilan) seront comptabilisés directement au bilan pour leur valeur actualisée sous forme de dette financière.

En contrepartie, le preneur comptabilisera à son actif un droit d’utilisation du bien qui correspondra à la dette financière liée à la location du bien majorée éventuellement de paiement avant contrat et/ou de coûts liés au démantèlement et la restauration du bien. L’actif en question sera amorti de manière linéaire et la sera dette réduite par les paiements des échéances prévues dans le contrat.

Selon Pierre Phan Van Phi, associé chez EY, « Ce sont environ 85% des contrats de location qui vont dorénavant arriver au bilan sous la forme de cette dette et de cet actif,…, et peuvent atteindre selon les secteurs jusqu’à 20% du total des bilans »[2]. On peut d’ores déjà voir les impacts évident sur les ratios d’endettement, d’efficacités actifs et des capitaux employé ainsi que les implications que cela peut avoir sur le compte de résultat.

  1. Compte de résultat

IFRS 16 a pour conséquence majeure de modifier la nature des charges et leur rythme de comptabilisation. Les anciennes charges de loyer, correspondant plus ou moins au paiement cash des loyers au bailleur, deviennent des charges d’amortissement (liées à la comptabilisation d’un nouvel actif au bilan) et des charges d’intérêts financiers (liées à la hausse de la dette financière).

Ainsi, la marge EBITDA (earnings before interest, tax, depreciation & amortization)  devient finalement la marge EBITDAR (R pour rent, « loyer »). La suppression des charges de loyer gonfle donc mécaniquement la marge EBITDA.

Les charges d’amortissement seront elles majorées de l’amortissement du droit d’utilisation qui devrait rester stable pour l’ensemble de la durée de vie du contrat sauf si ce dernier est renégocié.

La marge EBIT, elle aussi, se retrouve artificiellement amplifiée puisqu’elle n’est plus amputée des charges de location complètes mais seulement de la partie amortissement. Les charges financières intervenant après, ces dernières enflent de manière substantielle au début du contrat mais se réduiront au fur et à mesure du paiement des loyers.

Finalement l’impact sur les bénéfices, la bottom line, ne sera pas égale en fonction du profil de la société. En effet, les sociétés en croissance, qui augmentent de manière importante leur nombre de contrats en location, verront leurs bénéfices réduits à court terme tandis que les sociétés matures qui voient leur nombre de contrats diminuer ou arriver à maturités verront leurs bénéfices gonfler.

  1. Tableau des flux de trésorerie

Finalement l’impact sur les flux de trésorerie est simple à comprendre. Les flux d’exploitation vont augmenter grâce à la hausse de l’EBITDA ou des charges d’amortissement tandis que les flux financiers vont se voir amputer de la charge supplémentaire d’intérêts.

Conséquence d’IFRS 16 sur les ratios d’analyses financières et de valorisation

IFRS 16 n’a pas d’impact « cash » direct, les sommes payées au bailleur demeurent intactes. L’étude des conséquences sur les trois états financiers a d’ores et déjà démontré que les marges EBITDA et EBIT sont artificiellement augmentées. Mais qu’en est-il des autres ratios et agrégats ?

Tout d’abord, il est clair que l’endettement des sociétés concernées risque d’augmenter de manière conséquente. Ainsi les ratios de liquidité et de levier financier (Gearing, dette nette/EBITDA) vont fortement se détériorer les premières années du contrat puis amorcer une phase d’amélioration tout au long de sa vie grâce à la réduction progressive de la dette liée au paiement des loyers.

La question ici est de voir si cette augmentation ne met pas en péril la stabilité financière de la société et sa solvabilité sur les premières années des contrats de locations. Cette hausse importante de la dette pourrait par exemple pousser les sociétés à reporter certains investissements ou repenser leur politique d’allocation du capital. De plus le ratio de couverture de charges d’intérêts devrait également se détériorer sur les premières années du contrat mais de manière moins importante puisque la marge EBIT va également être augmentée.

Sur les ratios d’efficacité opérationnelle plusieurs impacts pourront être observés. Le ratio de rotation des actifs mesurant le chiffre d’affaires par euro d’actifs utilisés, va se dégrader du fait de la hausse des actifs liée au droit d’utilisation comptabilisés.

De la même manière, le ROCE (return on capital employed) mesurant l’efficacité de l’allocation du capital, se verra dégrader sur les premières années des contrats de locations étant donné la hausse du capital employé disproportionnée par rapport à la hausse de l’EBIT. Ainsi, ces ratios nouvellement retraités montreront de façon plus précise l’efficacité des entreprises ayant recours de manière massive à la location.

En termes de valorisation, l’EV (entreprise value) va augmenter en fonction de la dette générée par les contrats de location. Ainsi l’EV/CA des entreprises ayant recours à la location va s’apprécier de façon claire. En ce qui concerne le ratio EV/EBITDA le constat est bien moins clair. Ce ratio sera fonction du ratio loyer/EBITDA et de la durée de location. Pour illustrer ce propos, voici deux cas extrêmes :

  1. La société a un ratio Loyer/EBITDA élevé et une durée de contrat réduite. L’EBITDA va croitre de manière importante, l’EV augmentera faiblement ainsi le ratio EV/EBITDA sera réduit
  2. La société a un ratio Loyer/EBITDA faible et une durée de contrat longue. L’EBITDA va croitre faiblement. L’EV augmentera de façon conséquente. Ainsi le ratio EV/EBITDA augmentera

En ce qui concerne le PER, l’impact de la norme IFRS 16 est relativement réduit. Cependant, ce ratio sera dépendant de la situation de la société. Dans le cas des sociétés matures, le PER sera légèrement plus faible du fait de l’augmentation partielle des bénéfices comme indiqué précédemment.

Les industries impactées par IFRS 16 et les implications opérationnelles potentielles

Il va sans dire que les secteurs à regarder attentivement sont les secteurs où la location est une pratique courante et importante. Les secteurs du retail alimentaire et non alimentaire vont cristalliser l’intérêt de la communauté financière.

Mais ce ne sont pas les seuls secteurs. Le secteur de l’aéronautique (notamment les compagnies aériennes), le secteur des transports en général, l’hôtellerie et le secteur des maisons de retraites seront fortement touchés par cette transformation.

Ainsi un risque de « derating » important pèse sur les acteurs de ses industries ayant des marges faibles, des locations longues et des bilans déjà biens « leveragés ». Cela ne fait pas les affaires d’un acteur tel que Steinhoff déjà empêtré dans un scandale comptable et criblé de dette.

Les implications opérationnelles possibles sont multiples. Aujourd’hui l’avantage de la location est que l’actif est complétement disponible pour le business de la société mais reste majoritairement en dehors du bilan. Cette avantage disparaît complétement avec IFRS 16. Afin de réduire leur levier financier certains acteurs seront contraints de céder des actifs.

On peut imaginer par exemple, dans la grande distribution un mouvement de cessions de magasins. Mais d’autres acteurs ayant un levier maitrisé pourraient en profiter pour racheter des actifs. Il en va de même pour l’hôtellerie et les maisons de retraites. Cet impact pourrait faire l’affaire des promoteurs d’immobilier commercial grimés par la remontée de taux d’intérêts.

impact ifrs 16 sur les états financiers
Young businessman l

En ce qui concerne la durée des contrats, il y a fort à parier qu’un mouvement de renégociation des contrats de location va avoir lieu. Les contrats de plus longues durées vont engendrer une dette plus importante et donc des charges financières plus conséquentes au début des contrats.

La variance de l’impact des contrats longs sera plus importante sur les comptes de résultat. Ainsi, les contrats seront surement plus courts afin de limiter la taille des charges financières. Les entreprises vont surement renégocier également leurs conditions d’emprunt avec leur banque afin de s’assurer de ne pas faire sauter leur covenant.

Cependant, tout n’est pas perdu pour les sociétés. Un moyen de contourner l’impact de cette norme est de transformer certains contrats de location en contrats de service qui sont toujours des engagements hors bilan.

Ainsi, même si cette nouvelle norme de l’IASB n’a pas d’impact cash, elle est synonyme de chamboulement pour plusieurs industries. Ce big bang bilanciel sera à analyser avec la plus grande attention et le levier des sociétés sera une nouvelle fois au cœur des débats surtout dans le retail, le transport, l’aéronautique, l’hôtellerie et les maisons de retraites.

[1] Pichelot.N (2017), « Norme IFRS 16 : quand 2.800 milliards de dollars de locations passent au bilan » Les Echos 13/07/2017

[2] EY (2017), « Norme IFRS 16, Comment se préparer à son application ? » (en ligne), EY


Ayouba KELIMAAyouba KELIMAmars 19, 2018
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  1. major producing countries and production levels

Sugar is produced from sugar cane or beet. A distinction is made between brown sugar (Free On Bord side on the New York market) and white sugar (Free On Bord side on the London market). There are more than 130 sugar producing countries in the world. However, 10 countries account for about 78% of world production, including Brazil (23%), India (15%), EU-28 (9%), China (6%), Thailand (6%), the United States (5%), Mexico (4%), Russia (4%), Pakistan (3%) and Australia (3%).

 

>The specifications for sugar listed in London are:

  • Contract size: 50 tonnes
  • Quotation price: dollar and cent per tonne
  • Quotation deadline March (H), May (K), August (Q), October (V), December (Z),

 

>The specifications of sugar listed in New York

  • Tcontract size: 112,000 pounds (1 pound =0.453592kg)
  • Quotation price: us dollar per pound
  • Quotation deadline March (H), May (K), July (N), October (V)

 

The price of sugar is influenced by certain fundamentals, in particular the evolution of stocks, production forecasts, climatic conditions and any other geopolitical events that may disrupt the supply chain, in this case armed conflicts, strikes, etc.

In 2017, the price of brown sugar fell sharply (-11%). The abolition of production quotas imposed by the European Union on 1er October 2017 has not been conducive to improving things. It has led to a massive arrival of sugar on the international market. The latter is already saturated by a sharp increase in world production, whether in Brazil, Asia or India, and the decline in agrofuels made from sugarcane.

 

 

<However, analysts continue to monitor the price of ethanol, which is a very important driver of sugar prices. Brazil is a major producer of ethanol from sugar, traders will look closely at the break point between the price of ethanol and the price of sugar. Any impact in Brazil is highly significant on the world sugar market.

 

  1. b) Analysis of USDA bi-annual report

 

 

The production of ethanol from sugar cane in Brazil is a factor to be integrated into fundamental analysis. But the share of Brazilian production devoted to ethanol production is low, averaging 0.35 million tonnes over the last three years. The influence of this data on prices is small in a context where the expected level of production is high.

c- Technical analysis of the future sugar market quoted in London (Daily chart)

From the point of view of technical analysis, all moving averages (20, 50 and 100) are on a downward trend. There has been a downward trend since May 2017. This trend is in line with the analysis of the fundamental data related to production forecasts, which were based on lower consumption and higher production. However, there was a price change between November 2017 and January 2018 in a channel characterized by the range phase formed by price levels between $399.30 and $350.90. The next publications, particularly those to be published in May 2018, will provide a more precise market orientation by the end of the year.

Source: Zonebourse.com


Williams TEPINHIWilliams TEPINHImars 14, 2018
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Oil is the main source of energy in modern society. It is also a source of war and pollution and our dependence on black gold divides public opinion. The use of oil is very different: indeed, the more developed a country is, the more the use of oil is dedicated to transport. In addition, the oil shocks of the XXème siècle allowed leaders of developed countries to understand that oil should be better used where it is not possible to replace it. Oil is used everywhere. It is the foundation of consumer society. Its cost was very cheap for a fossil commodity until recently, it is present in our economy as an essential, almost irreplaceable product. It is both a source of energy and a highly prized raw material. We begin to be aware of it when its price increases, because its impact is felt in our movements, our food, our comfort, our tranquility.

>Production, consumption and reserve of oil

World oil consumption is growing rapidly. It increased by 11% between 1970 and 2000, and it is estimated that it will increase by a further 30 to 40% by 2030. This is the result of a combination of several factors:

A GALOPPING DEMOGRAPHY: the world population will increase to 9 billion between 2020 and 2050. Even if the countries with the highest population growth are not the most industrialized, this population growth will have an impact on global oil consumption.

THE EMERGENCE OF NEW INDUSTRIALIZED COUNTRIES: Some countries, such as China and India, which together represent about a quarter of the world’s population, are in full economic development. Their expansion generates high oil consumption. By 2030, it is estimated that oil consumption in these emerging countries will account for 50% of world consumption

EXPANSION OF THE TRANSPORT SECTOR: 97% of transport depends on petroleum products. The globalisation of the economy and trade implies a significant development of the transport sector. It is estimated that transport currently accounts for 50% of oil consumption; this proportion is expected to rise to 60% by 2030. In other words, oil consumption for the transport sector alone is expected to increase by about 35% by 2030

LE LACK OF COMPARABLE ALTERNATIVES :

There are few alternatives comparable to oil. Those with the greatest potential will only be able to replace oil if there is a willingness or a need to break with oil-based traditions. This is why agrofuels are widely supported by oil companies: they allow them to maintain control over distribution networks, and from a use point of view, agrofuels represent only a technological evolution. They do not change consumer behaviour, and that is what interests those who master distribution networks.

We could mention hydrogen, in the same kind of problem of distribution networks (and production, because hydrogen is an energy carrier, just like electricity, and not a energy source).
Solutions for the production and use of decentralised energy sources, while they may be a viable alternative, are not preferred because they imply a change of habit for suppliers and consumers. If technology could offer us a new source of clean energy compatible with current uses and distribution methods today or in the near future, it would undoubtedly become the norm. But such energy sources do not exist: those that present themselves as such are only lures boasting biased qualities. It is generally « sufficient » to analyse their sectors as a whole in order to become aware of the aberrations they constitute, or the conditions under which they could really constitute (even partially) a credible alternative (and to become aware that these conditions are not respected)

> OIL-BASED ECONOMY OF COUNTRIES

When an economy is largely based on oil exports, it is certain that GDP (Gross Domestic Product) will increase or decrease according to the rise or fall in oil prices. After being stable for more than three years, around $110 oil began to fall in June 2014, reaching about $50 a barrel in December. Since the beginning of 2015, the tremors have been severe, the price is now around 60 dollars, such a variation has particularly serious consequences for the countries producing black gold.

Let us take the case of Venezuela the dependence on oil is extreme, oil represents 95% of exports and constitutes two thirds of the State’s revenues. The inexorable fall in oil prices had considerably reduced Venezuelan monetary receipts and dealt a terrible blow to imports, leading to the shortage of many essential products. All these factors have led to an uncontrolled rate of inflation, to the point that the Central Bank of Venezuela refuses to provide this year’s figures on price increases.

>OIL RUN AND WAR

The geopolitics of oil describes the impact of oil demand and supply on the policies of countries that consume and produce this essential raw material for today’s economic lifestyle. As the oil deposits are limited and their geographical location does not generally coincide with that of the consuming countries, oil resource exploitation is a source of tension. Consumer countries, generally with high power military, are then tempted to use powerful means of pressure (military or economic) to gain access to these resources. Oil, a highly strategic, has been frequently associated with international confrontations since the beginning of the xxe century.

In Iraq and Syria, the Islamic State of «  Caliph Ibrahim has seized vast oil fields and intends to exploit them as war booty.

For the peoples of this region, oil is not a « «  manne «  but an evil that corrupts leaders and, instead of strengthening states, weakens them permanently. The Iraq war willed by Bush was first and foremost a war for control over the country’s oil resources, in order to prevent China from having access to oil fields essential for its development. It actually led to the destabilization of all the States in the Region.
In Palestine, the battle for water resources is raging. The State of Israel and the settlers suffocate Palestine by opening or closing the tap as they see fit.
In Africa, the Mali war is not – unlike the humanitarian storytelling we are told – a war without economic stakes. The proximity of Niger’s uranium sites, exploited by Areva, as well as the exploitable resources in North Mali, are at the heart of this conflict.

GREENHOUSE GAS EMISSIONS BY (OIL) AND OTHER ENERGY

Fossil fuels are the main contributors to greenhouse gas emissions and therefore to the increase in temperature of the Earth’s surface that we have observed since the end of the 19th century.

In the major industrial countries, they provide most of the energy needed to manufacture consumer goods. That is to say their economic and strategic importance! The foreseeable decrease in their availability before the end of the century, first the oil, then natural gas, and finally coal, is worrying for the future of highly consuming countries.

SOUTHER A WORLD WITHOUT OIL?

Knowing that oil exploitation is a source of wealth and economic success,

But this energy is non-renewable and since its consumption continues to grow for growing needs, which could explain the increase in its production.

Oil discoveries are decreasing as they occur, even those found are in geographical areas where climatic conditions are extreme, requiring new drilling methods that are very advanced or even non-existent.

However, it is estimated that oil reserves have a finite consumption period, which already explains the presence of renewable energies, even if black gold remains irreplaceable.

Then a world without oil can put an end to our dependence on oil, which is present almost everywhere, this is our daily life. Oil companies will be or are even in the process of being confronted with this impasse, if the oil is over we will no longer be able to talk about oil companies because insurance companies do insurance, electricity companies produce electricity, and oil companies?

We must be courageous to say that they will disappear unless they diversify their activity beyond oil.

Several renewable energy companies are emerging and will multiply. The problem is that renewable energies are manufactured and their use depends only on climatic factors, such as the sun, wind etc.

Imagine a future where the means of transport have changed their operating configuration, no more turbojet engines with kerosene, no more propellant for rockets, the situation is getting more complicated. Will it be necessary to destroy any mechanical system working with black gold?

Then humanity will know a new phase, because depending on renewable energies would be eternal, and will change our habits

However, some countries whose economies depend on oil have begun to address the issue of energy alternation by directing their investment towards other activities in order to relay their economies. Profitability in oil production remains high, which is the cause of their economic boom. The question would be to know if they will then experience the same growth as they did during the black gold era?

Perhaps one thing could reassure us, since oil is often seen as the nerve of war and certain geopolitical tensions, and its absence could stabilize international relations.


Maya COUMESMaya COUMESmars 8, 2018
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La contractualisation des produits dérivés

L’association professionnelle internationale des swaps et des dérives (ISDA) est un acteur majeur du monde de la finance qui regroupe les principaux intervenants sur les marchés de gré-à-gré. Basée à New York, l’ISDA a pour objectif d’harmoniser les pratiques contractuelles internationales en matière de produits dérives en créant un contrat cadre standardisé [1]afin d’assurer la sécurité juridique de ces transactions. Le droit britannique est applicable à cet accord, mais semble désormais remis en cause depuis l’annonce du Brexit en juin 2016.

L’application du droit britannique au contrat cadre ISDA

L’application du droit britannique n’est pas surprenante dans la mesure où la « common law », système juridique particulièrement souple fondé sur la coutume et la jurisprudence diffère très largement de la « civil law » appliquée majoritairement en Europe et notamment en France. La souplesse de la « common law » a été motrice de premier choix car ce système permet d’englober tout type de transactions financières. Le second facteur ayant influencé le choix du droit anglais est d’ordre économique, il est ainsi nécessaire de rappeler que Londres conserve son rang de première place financière mondiale avant New York même après le vote en faveur du Brexit[2]. Cette prédominance de la « common law » se confirme par la reconnaissance des décisions des tribunaux anglais dans les Etats Membres en vertu du droit européen. Cependant, la sortie du UK en Europe semble redistribuer les cartes.

La remise en cause du droit anglais applicable suite au Brexit

Le contrat cadre ISDA régit par le droit britannique prévoit que les juridictions anglaises sont compétentes pour régler un litige portant sur les clauses contractuelles stipulées. Le UK une fois sortie de l’Union Européenne sera considéré comme un pays tiers[3], ce qui implique qu’une contrepartie implantée dans un Etat Membre de l’Union Européenne qui souhaite voir une décision de justice prise par un tribunal anglais reconnue par son droit interne devra faire l’objet d’une procédure d’exequatur. L’exequatur est une procédure rendant exécutoire sur le territoire français une décision judiciaire ou une sentence arbitrale rendue à l’étranger[4]. Les dispositions applicables à la procédure d’exequatur varient en fonction du pays d’origine de la décision invoquée. Ainsi, on constate que cette nouvelle exigence issue de la sortie du UK de l’Union Européenne neutralise la souplesse de la « common law » appréciée jusque ici par l’ISDA. L’association se pose donc la question de choisir d’appliquer le droit français au contrat cadre ISDA.

Les alternatives en cours d’étude par l’ISDA

Des groupes de travail sur la question ont d’ores et déjà été crées par l’ISDA afin d’évaluer les enjeux et les modification à prévoir suite à l’approche de la réalisation du Brexit[5]. Les droits français et irlandais sont en liste pour la modification du droit applicable des contrats ISDA. De même, la création d’une Cour représentant 27 Etats membres compétente pour les litiges portant sur les contrats cadres ISDA régis par le droit britannique. Ceci faciliterait l’exécution des décisions de justice prise sur le fondement d’un manquement contractuel d’un contrat cadre ISDA.

[1] ISDA Master Agreement

[2] « Place financière : Londres en tête, Frankfurt bondit, » Guillaume Benoit, les Echos, 11/09/2017

[3] Non membre de l’Union Européenne

[4] Terence Richoux, avocat à la Cour

[5] https://isda.derivativiews.org/2018/01/08/brexit-and-the-isda-master-agreement/

 


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Il est probable que vous connaissiez déjà le Bitcoin, la crypto-monnaie numéro un en plein essor en 2016 et 2017, mais il faut savoir qu’il existe plusieurs autres de ces devises virtuelles dont les principales particularités sont de ne pas avoir de forme tangible, et surtout de ne pas répondre à un seul organisme mais plutôt à un protocole de contrôle sans frontière, en théorie accessible à partir de n’importe quel ordinateur.

Parmi les plus citées, on trouve Ether (ETH) et Ripple (abréviation : XRP). Si la première est elle aussi une monnaie électronique distribuée sous licence libre, la seconde, non contente de faire office de monnaie d’échange, se targue également d’accélérer les transactions internationales en travaillant en parallèle avec le système bancaire traditionnel, un système en apparence moins cher, plus rapide et sans risque.

La start-up californienne Ripple, créée en 2004, utilise un protocole de transaction dit en blockchain, basé sur sa propre monnaie cryptographique qui lui permet d’offrir des services comme l’échange de devises ou de matières premières et le transfert de fonds en temps réel. Comparé au Bitcoin, qui se concentre plus exclusivement sur l’aspect monnaie en encourageant les mineurs à fournir de plus en plus de puissance informatique au réseau, Ripple est d’abord un réseau transactionnel qui utilise sa crypto-devise pour accélérer les échanges (quelques secondes pour une transaction entre l’Espagne et le Mexique, par rapport à quatre jours pour les organismes bancaires traditionnels et quelques heures pour le Bitcoin).

Et les banques et gouvernements se bousculent pour tirer parti du système. La Banque Nationale d’Abu Dhabi fait par exemple appel à Ripple pour proposer des transactions transfrontalières rapides et économiques à ses clients. De quoi attiser la curiosité des traders en ligne qui ne veulent pas rater le coche : après tout, si le Bitcoin, l’ancêtre et concurrent de Ripple, poursuit doucement mais sûrement son ascension fulgurante sur les marchés, les avantages supplémentaires proposés par le second ne peuvent, là aussi, que stimuler une croissance fiable et rapide.

Alors, puisqu’il n’y a pas de mineurs, comment fait-on pour trader Ripple ? Selon des règles établies par Ripple, un milliard de XRP sont échangés chaque mois et si la valeur de la devise fluctue, l’avenir pourrait être prometteur pour ceux qui auront pensé à investir leurs dollars ou leurs euros dans quelques XRP.

On a longtemps douté des monnaies cryptographiques qui apparaissaient sur les marchés, et la moindre baisse de valeur s’accompagne d’un petit effet de panique auprès des investisseurs, réaction somme-toute compréhensible puisque les technologies utilisées par ces réseaux sont tellement nouvelles et high-tech qu’il est difficile de prévoir leurs mouvements futurs.

Pourtant, la récente alliance de Ripple avec MoneyGram ainsi que le déploiement du système par 11 des 100 plus grandes banques au monde ne peut que contribuer à un futur prometteur pour le XRP, et il faudra plus que les doutes occasionnels du marché pour l’arrêter.

 

Bibliographies :

Le Ripple peut-il détrôner le Bitcoin ? Forbes France, 2018.

Ripple’s XRP is the biggest loser of the cryptocurrency bloodbath Business Insiders, 2017.


Nicolas DUVOISINNicolas DUVOISINfévrier 25, 2018
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Que ce soit les grands cabinets d’audit ou les banques d’investissement ou encore les marchés financiers les plus connues, il semblerait qu’ils soient tous sur la même longueur d’onde : cette année 2018 connait un nombre de deals sans précédent et semble se poursuivre sur la même trajectoire.

Étonnamment, alors que la mondialisation se fait de plus en plus prégnante au fil des années, il appert après consultation des différents avis des plus grands institutionnels du M&A et du Private Equity (PE) que les plus gros deals auront toujours lieu dans les économies les plus développées et non dans les pays émergents (Chine exclus).

Malgré un début d’année réjouissant pour les opérations M&A annoncées, qui pour le premier semestre 2018 représentent $2500 milliards1, en hausse par rapport aux $2300 milliards de 2007, force est de constater que les différents événements en Europe ou aux Etats-Unis et en Chine – guerre commerciale, attaque & sauvetage d’Italia Telefonica par des fonds activistes, hausse décalée des taux d’intérêts entre la FED et la BCE, l’impact d’un éventuel Brexit qui tarde à prendre forme etc. – installent quelques doutes quant à la force des marchés financiers à moyen terme.

Ceci étant, la chute des marchés en février a été présentée par les experts comme une correction liée à la tendance haussière de 2017. Cette correction a permis de retrouver la volatilité perdue sur les marchés et on remarque aujourd’hui que celle-ci a été comblée sans pour autant pouvoir faire de plus haut significatif. La stagnation des cours des marchés traduit l’atmosphère d’incertitude dans laquelle les investisseurs se retrouvent, compte tenu des événements évoqués au paragraphe précédent.

Le Private Equity toujours porteur…

Les événements macros n’ont, au premier trimestre 2018, semble-t-il, pas encore affecté le marché du Private Equity (PE) puisque le cabinet EY constate une hausse, à l’échelle mondiale, des closing de deals sur le premier trimestre 2018 comparativement au premier trimestre 2017.

marchés financiers

Source: EY Q1 2018 PE report

Cette bonne performance peut être due aux levées de capitaux exceptionnelles de l’année dernière, où les fonds de PE ont attiré plus de $640 milliards, ce qui a nécessité de faire travailler le capital ainsi levé. Cependant, les premiers chiffres pour le deuxième trimestre semblent moins prometteurs en ce qui concerne l’Europe avec un recul général des closing de deals sur la même période attribué à l’instabilité politique à laquelle certains pays, tels que l’Angleterre et l’Italie, font face.

Nonobstant cette vue en demi-teinte et compte tenu des incertitudes sur les marchés financiers, de plus en plus d’analystes recommandent d’alléger le portefeuille actions pour passer sur une gestion alternative où certains types de fonds alternatifs performent mieux que les fonds traditionnels sur un marché bearish.

Ces recommandations sont confortées par l’étude d’EY qui révèle que 55% des fonds existants de Private Equity chercheront cette année à créer un nouveau fonds avec, pour 60% d’entre eux, la certitude de voir ce fonds lever plus de capital que les fonds actuels.

Si les instabilités macros actuels persistent voire s’amplifient alors il se peut que la récession crainte par certains économistes se réalise, ce qui engendrera très certainement un désinvestissement d’une partie du capital investi dans les marchés financiers vers les marchés privés.

Et des deals M&A toujours plus gros…

Selon Bain & Capital mais aussi JP Morgan & Chase, les secteurs M&A les plus en vue aujourd’hui concernent les secteurs de la santé (Pharmaceuticals&Healthcare), de la technologie (Technology, Media&Telecommunication) ainsi que le secteur de la consommation (Consumer&Retail).

Cette tendance qui se dessine dans les secteurs susmentionnés est constaté par les activités de grands groupes qui sont aujourd’hui de plus en plus agressifs dans leur politique d’acquisitions tels que Philips à travers son plan Accelerate qui est d’acquérir diverses sociétés dans le domaine de la santé principalement, tout comme General Electrics qui désinvestit2 la sphère de la manufacture de matériels ferroviaires et d’éclairage pour se porter aussi sur le secteur de la santé.

Au-delà de ces sociétés nous constatons l’émergence de mega-deals en quantité de plus en plus importante comme l’acquisition de Shire par Takeda pour près de $77 milliards, le rachat de Script Holdings par Cigna à hauteur de $68 milliards ou encore la bataille entre Comcast et Disney pour acquérir le studio 21st Century Fox, qui s’élève pour l’instant, compte tenu de la dernière offre faite par Disney, à hauteur de $80 milliards.

Ce type d’opérations risque de s’intensifier d’autant plus depuis le jugement rendu aux Etats-Unis, en juin dernier, sur le dossier United States vs. AT&T, où le juge a estimé que l’acquisition de Warner Time par AT&T ne constitue pas une violation des règles antitrusts.

Les groupes cash rich mais réticents à lancer des opérations M&A d’envergure au risque de se faire épingler par le Department of Justice (DoJ) ou par la Securities Exchange Commission (SEC) passeront certainement l’arme à gauche, soutenu plus encore par des actionnaires très particuliers dont le rapport de JP Morgan&Chase fait référence : les activistes.

Cela fait écho au rapport de Deloitte, sur la problématique des deals M&A, qui rapporte que 65% des sociétés interrogées par leur étude souhaite utiliser leurs disponibilités pour entreprendre des opérations M&A contre 58% d’entre eux l’année précédente. Il ressort de cette étude que les corporates auront tendance, pour créer de la croissance, à plus compter sur la croissance externe qu’organique.

Conclusion

L’année 2018 semble prometteuse tant du point de vue du nombre de deals M&A et de leur importance mais aussi des deals de PE et ce malgré des marchés financiers quelque peu malmenés.

Plusieurs choses semblent se dessiner : tout d’abord la performance décevante des marchés actions influencée par les éléments macros qui, si la tendance continue dans ce sens, va voir le capital des marchés financiers passer vers les marchés privés, sur lesquels les fonds de PE, et plus largement les fonds alternatifs, opèrent.

Ensuite, la tendance semble converger vers une volonté manifeste d’acquérir des sociétés déjà matures, qui possèdent des multiples importants et non plus majoritairement des start-ups comme ce qui pouvait se faire par le passé – à quelques exceptions près, comme le secteur des Fintech. Les raisons à cela sont liées à un climat économique plus incertain, qui ne favorise pas la prise de risque, des disponibilités importantes et une régionalisation des deals.

En effet, les deals intercontinentaux semblent, de manière générale, se tasser et on peut se demander s’il n’y a pas là une volonté de protectionnisme compte tenu du climat politique international actuel.

De ce fait, si les deals sont de taille conséquente alors on peut penser que les effets de synergie seront plus importants et une attention toute particulière sera portée sur la qualité des due diligence pour estimer au mieux l’éventuel goodwill à payer.

Globalement, les secteurs de M&A et de PE semblent avoir de beaux jours devant eux malgré une conjoncture qui n’en reste pas moins tendue et un marché en pleine transformation.

Bibliographie

https://www.journaldunet.com/economie/magazine/1210252-private-equity-la-france-royaume-des-deals-au-premier-semestre-wansquare/https://www.ey.com/gl/en/industries/private-equity/ey-2018-global-private-equity-survey

http://www.bain.com/publications/articles/asia-pacific-private-equity-report-2017.aspx

https://www.jpmorgan.com/jpmpdf/1320744801603.pdf

https://www.bloomberg.com/news/articles/2017-09-26/siemens-to-merge-rail-operations-with-french-rival-alstom

https://www.lesechos.fr/06/02/2018/lesechos.fr/0301258729817_bourse—les-cinq-grandes-incertitudes-pour-2018.htm

https://www.ey.com/Publication/vwLUAssets/ey-pe-capital-briefing-april-2018/$FILE/ey-pe-capital-briefing-april-2018.pdf

AGEFI HEBDO N°621 du 5 juillet 2018, p.26-27

The Economist, p.58, November 18TH-24TH 2017 issue (General Electrics)

1 AGEFI Hebdo n°621 du 5 juillet 2018, p.26

2 A hauteur de $20 milliards d’ici 2020



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