Jerome BLANCHETJerome BLANCHETNovember 2, 2018
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12min880

La sortie du Royaume-Uni de l’UE ne permettra plus l’utilisation du passeport européen pour prester les différents services bancaires et financiers (prêt, financement, activité de trading, gestion d’actifs et d’investissement) du Royaume-Uni vers les États membres de l’UE et inversement. La question est particulièrement problématique pour les contrats de marché utilisant les conventions-cadres, contrats-chapeaux qui constituent le cadre contractuelle de plusieurs relations sous-jacentes pouvant s’élever à plusieurs milliards d’encours selon les contreparties. Nous nous intéresserons ici au sort des contrats de dérivés qui représente le nom

  1. Quel avenir pour les Conventions-Cadres de dérivés ?

Les opérations sur dérivés sont conclues par des contrats (appelés confirmations). Ces contrats peuvent être soit conclus séparément, chacun avec leurs spécificités soit s’inscrire dans le cadre d’un contrat plus global appelé Convention-Cadre (la notion de « contrat cadre » est prévue à l’article 1111 du Code civil). Les Conventions-Cadres utilisées le plus couramment dans les relations internationales sont les Conventions-Cadres ISDA de droit anglais.

Or, notamment dans les relations UE-UK post Brexit ces opérations seront affectées. En effet, si les opérations ont pu être valablement conclues à la date de leur conclusion, certains événements inhérents à la vie desdits contrats sous-jacents soulèveront des questions quant à la nécessité de disposer d’un agrément afin d’effectuer ces dernières et potentiellement, dès lors, une impossibilité de réaliser ces prestations en l’absence dudit agrément.

En pratique, on constate une migration des activités du Royaume-Uni vers la France, matérialisée contractuellement par des transferts des Conventions-Cadres hors du Royaume-Uni par le biais d’accord de « novation ».

Ces « Novations Agreements » de droit anglais, permettent de transférer les opérations d’une entité (londonienne) vers une autre entité (de l’UE) afin de bénéficier de son agrément. En droit français, il est également possible de transférer des contrats d’une partie à une autre selon plusieurs procédés contractuels similaire, mais non en tout point, au droit anglais.

Plusieurs mécanismes existent donc en droit français, seules ici la novation et la cession, les plus utilisés, sont abordées :

  • la novation qui peut être assimilé à un mécanisme de substitution se décline sous trois formes : novation par changement de créancier, la novation par changement de débiteur et la novation par changement d’obligation. Dans tous les cas, la novation éteint les obligations existantes entre les parties au contrat initial et en crée de nouvelles. Les obligations étant distinctes, elle entraîne la discontinuité des contrats et potentiellement l’impossibilité de les continuer aux conditions antérieures.
  • la cession qui peut être assimilé à un transfert existe, elle aussi, sous trois formes : la cession de créances, la cession de dettes et la cession de contrat. A la différence de la novation, la cession, ne crée aucune discontinuité et les obligations continuent donc d’exister mais entre des parties différentes.

En tout état de cause, la continuité ou la discontinuité des contrats engendrera des conséquences fondamentalement différentes notamment :

  • fiscales,
  • comptables,
  • règlementaire,
  • économiques,
  • juridiques, et
  • financière.

En sus des possibilités offertes par le droit français, certaines instances ont, dans le cadre du Brexit,  proposé une solution innovante un prévoyant un contrat dit de « réplication », à savoir un contrat répliquant à l’identique les opérations conclues entre une entité au Royaume-Uni et contrepartie dans l’UE entre deux autres entités. Si ce mécanisme paraît, en théorie très rentable, la technicité du procédé rend la rédaction et la négociation aussi délicate que la renégociation d’un modèle déjà connu de l’ensemble des acteurs de la place.

Il convient donc de prendre la mesure de chacune des solutions offertes dans le marché et de les étudier au cas par cas. Il n’est donc pas possible à l’heure actuelle au regard du droit positif sans intervention (prévue notamment en France) du législateur d’affirmer que les contrats de dérivés continueront d’exister et d’être exécuter sans heurts post Brexit.

  1. Le Brexit est-il un prétexte à la renégociation des contrats ?

Le transfert des opérations créera de toute évidence au vu des leviers que les entités européennes possèdent désormais de renégocier les contrats. Notamment de choix le droit et la juridiction applicable à la Convention-Cadre. L’ISDA a, à cet effet, publié en 2018 deux nouvelles Conventions-Cadres ISDA régies, l’une par le droit irlandais, l’autre par le droit français permettant d’adapter sur mesure les futures relations internationales entre l’UE et le Royaume-Uni.

Mais la renégociation ne s’arrêtera pas à ces seules clauses, il conviendra surtout s’interroger lors du transfert des opérations sur la pertinence d’un « simple » transfert ou sur la nécessité :

  • d’auditer les portefeuilles d’opérations en cours et à venir,
  • de dresser la typologie de la documentation contractuelle utilisée,
  • d’analyser les impacts règlementaires, comptables et fiscaux[1] liés au choix du mode de transfert,
  • d’analyser les conditions de reconnaissance (reconnaissance des accords de compensation – netting et d’accord d’échanges des sûretés – collateral) et d’exécution des contrats à l’étranger, et
  • d’allouer les ressources matérielles et humaines nécessaires à la renégociation de ces contrats et à leur gestion à la suite du transfert.

Outre la négociation du droit et/ou des juridictions applicables, le transfert d’opérations pourra aussi être l’occasion de renégocier certains autres paramètres juridiques ou financiers comme :

  • les devises éligibles et de calcul,
  • le collatéral éligible,
  • les indices de référence,
  • etc.

 

  1. Le cas particulier des dérivés compensés en chambre de compensation « CCP »?

La compensation en chambre de compensation (clearing) implique l’utilisation d’un mécanisme issu du droit civil continental permettant l’extinction d’obligations réciproques entre deux parties. C’est la chambre de compensation qui effectue le calcul des expositions sur dérivés et qui se charge de compenser les opérations. Les CCP sont régies par des règlements intérieurs « rulebook » validés/homologués par les autorités de marché. Selon les modalités du règlement de la CCP auquel les contreparties adhèrent, la constitution de sûretés financières entre les parties (marges initiales et/ou de variation) afin de sécuriser les expositions encourues au titre des contrats de dérivés est parfois prévue dans les contrats de compensation, notamment pour les dérivés de gré à gré compensés en chambre.

En l’absence d’accord post Brexit, les CCP anglaises ne disposeront plus d’agrément pour réaliser la compensation.

Une proposition de règlement européen relatif aux CCP[2] reprenant les dispositions fondatrices du règlement EMIR établit désormais une distinction entre trois catégories de CCP :

  • les CCP d’importance non systémique,
  • les CCP d’importance systémique, et
  • les CCP d’importance systémique dont l’ampleur est jugée trop importante pour être soumises aux conditions des autres CCP d’importance systémique.

Les CCP jugées d’importance systémique ne pourront prester leurs services dans l’UE qu’en respectant des conditions très strictes définies par la proposition de règlement.

Néanmoins, les CCP dont l’importance systémique sera jugée trop importante ne pourront bénéficier des mêmes conditions de reconnaissance prévues pour les CCP d’importance systémique, mais pourront néanmoins solliciter une demande d’agrément. Or, il restera loisible aux institutions européennes (notamment la Commission ou l’ESMA) de ne pas octroyer cet agrément à certaines CCP.

En conclusion, le Brexit sera l’occasion de revoir l’ensemble de la documentation contractuelle relative aux dérivés et aux autres contrats cadres (repos – prêts/emprunts). Le timing est néanmoins discutable car d’autres chantiers d’importance sont en cours (mise à jour des benchmarks, mise à jour des prospectus), une véritable analyse stratégique (coûts/risques) des opérations à venir est nécessaire, l’inertie n’est pas une solution !

[1] Cf. travaux de l’ISDA sur la fiscalité lors du Brexit.

[2] Proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil en date du 13 juin 2017 modifiant le règlement (UE) nº 1095/2010 instituant une Autorité européenne de surveillance (Autorité européenne des marchés financiers) et modifiant le règlement (UE) nº 648/2012 en ce qui concerne les procédures d’agrément des contreparties centrales et les autorités qui y participent, ainsi que les conditions de reconnaissance des contreparties centrales des pays tiers : EMIR REFIT.


Julien DELMARREOctober 11, 2018
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5min910

Ces derniers temps, nous avons eu le droit au résumé de la dernière assemblée générale des Nations unies: l’arrogance de Mr Trump d’un côté et la leçon donnée par Mr Macron.

Le président américain a été raillé car il a commencé son discours par faire l’énumération de tout ce qu’il avait réussi à faire sur le point économique. Mais intéressons-nous réellement à ces points et voyons les différences avec l’économie française.

Mr Trump, a été élu avec un programme ambitieux sur l’économie. Création de plus de 25 millions d’emplois, objectif d’une croissance de 4% par an, en moyenne, durant son mandat, etc.

Sur le plan de la croissance économique, l’année 2018 table sur une croissance d’environ 4,2%. Ce chiffre a été confirmé par les excellents résultats du second trimestre américain.

A contrario, Bercy a annoncé revoir à la baisse sa feuille de route pour l’année. L’objectif été placé à 2% et l’on parle d’un (très) difficile 1,7% pour l’année. Bien Sûr, l’on nous parle de la conjoncture économique non favorable avec une forte croissance: hausse du baril du pétrole ou encore les grandes grèves qui ont paralysé le pays.

Soit, donnons la présomption au gouvernement. Mais, un indicateur est très intéressant pour jugé de l’économie (et ceci quelle que soit la conjoncture économique), c’est le sentiment des consommateurs. Cet indicateur donne le ton sur comment se sentent les consommateurs, ménages dans le pays. Ainsi, chaque mois, on interroge les consommateurs, ceci peut nous donne le pouls du secteur économique vis-à-vis du pays, de la conjoncture, de la politique, des incertitudes, des projections, etc.

L’indice américain est le Conference Board, il est actuellement à 138,4 (chiffres de septembre 2018). Ce qui le place à des chiffres de son année record: 2000. Jamais on n’avait vu une telle dynamique depuis près de 20 ans. Les Américains sont sereins, consomment, ce qui relance l’économie et permet de faire baisser le chômage. Ce qui lui-même permet d’augmenter les rangs des consommateurs, etc. Les Etats-Unis sont donc actuellement dans un cercle vertueux. Et il n’a jamais été aussi grand, depuis le début des indicateurs.

Parallèlement, la France, l’indicateur d’Eurostat et même l’on peut élargir avec l’indice allemand qui rythme le sentiment européen, le ZEW sont en chute libre. Puis, le début de l’année 2018, on a perdu presque 5 points de confiance. Une première depuis 2012.

De plus, la situation est plus inquiétante côté français avec la tenue du déficit public et de la dette publique. La France a annoncé, même avec une accélération de l’économie française lors du dernier trimestre, le déficit annoncé (et imposé par Bruxelles) de 2,3% ne sera pas atteint. On parle de, minimum, 2,6%. Ce qui risque de faire atteindre la barre de notre dette nationale à 100%. C’est-à-dire, qu’il faudrait un an de PIB pour rembourser l’intégralité de notre dette. Une barre symbolique qui fait peur aux marchés financiers et à Bruxelles.

Pour ne pas atteindre cette barre la France a même annoncé le plan (#Pacte)  de vendre ses participations dans trois de ses joyaux: la Française des Jeux (FDJ), Engie et l’Aéroport de Paris (ADP). Ce désinvestissement permettrait d’obtenir plus de 10 milliards d’euros. 10 milliards qui serait indispensable pour passer l’oral à Bruxelles et rassurer les marchés financiers.  


Landry CHAVEAULandry CHAVEAUAugust 3, 2018
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4min990

La croissance français pour l’année 2018 a ralentie sur le premier semestre. Après deux trimestres à 0.7% en 2017, les deux premiers trimestre de 2018 ont progresser à raison de 0.2%. L’INSEE à revue sa prévision de croissance à la baisse. Des voies s’élève pour en accuser directement le président de la République actuellement en exercice. Mais avec l’agitation tant interne à la France que sur la plan international, Emmanuel Macron est-il véritablement le seul coupable ?

L’INSEE affirme que les mesures prise par le gouvernement ont retirer 0.3 point de pouvoir d’achats au français. En effet la hausse de la CSG est entré en vigueur dès janvier 2018. Mais la baisse des charges salariales censés la compenser, se fait un deux temps. Une premières baisse en janvier une deuxième en octobre. De ce fait la hausse du pouvoir d’achats de janvier à octobre s’avère limitée. Divers actions étaient destinés à soutenir le pouvoir d’achats : baisse de la taxe d’habitation, extension du crédit d’impôt pour l’emploi, transformation de l’ISF… Mais certaines de ces mesures n’ont pas été mise en œuvre ( baisse de la taxe d’habitation ) et les autres ont été plus qu’annulés par la hausse de prélèvement indirecte et notamment une augmentation de la fiscalité sur les carburants. Cependant d’autres facteurs semblent avoir eu un impacte négatif sur la croissance.

En premier lieu le retour de l’inflation dû notamment à des hausse des matières premières. En juillet l’indice des prix a augmenté de 2.1% sur un an dans la zone-euro et de 2.3% en France. Hausse essentiellement du à la celle du prix de l’énergie (+ 14.3% sur un an) du fait de la hausse du prix du gaz et des produits pétroliers. Il est certain que cela ne stimulera pas la croissance. Mais son augmentation semble plus un phénomène globale s’étendant sur l’ensemble de l’union Européenne que le seul fait de la politique mener en France. En effet le cour de bourse du pétrole n’a cesser d’augmenter depuis janvier 2016.

D’autre part la consommation à ralentit entre avril et juin 2018 affecter par la grève de la SNCF. La consommation des biens s’étant replié de 0.3% et celle des services a stagné à 0.1%. « La grève SNCF impacte lourdement notre capacité à transporter les céréales en France », explique Soufflet, une entreprise agroalimentaire.

Enfin début juin le président Américain imposait des taxes sur l’acier et l’aluminium de 25% et 10% et menace de portés d’augmenter de 25% celles sur les importations automobiles. Bien que pas encore mis en œuvre cette dernière perspective à déjà produit des effets néfastes. Lectra témoigne « Le protectionnisme, c’est la préoccupation majeure du moment », reconnaît le PDG Daniel Harari. Au premier trimestre ses commandes ont chuté de 54%.

Il apparait donc que la croissance faiblit en partie du fait de la politique actuellement suivit par le gouvernement. Mais le contexte national et internationale semble également peser sur la reprise économique.

Sources :

http://www.lepoint.fr/economie/le-pouvoir-d-achat-des-francais-ampute-de-4-5-milliards-d-euros-en-2018–20-12-2017-2181585_28.php

http://www.lepoint.fr/economie/conjoncture-ces-indicateurs-qui-virent-a-l-orange-29-08-2018-2246675_28.php

https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/08/20/le-retour-de-l-inflation-menace-le-pouvoir-d-achat_5344098_3234.html

https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/07/03/guerre-commerciale-en-amerique-du-nord-nos-commandes-ont-soudain-chute-de-90_5325114_3234.html


Edouard CHANSAVANGEdouard CHANSAVANGJuly 22, 2018
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14min1090

More information can be found on ZeroHedge or more “traditional” media, but the quick bottom line is that real estate in China seems to be relatively positively correlated with its stock market (pictures 2 and 3).  Chinese equity seemed to have led slightly ahead the timing of the beginning of the bullish (bubblish) trend towards the end of 2014 as Chinese real estate in every cities from all 4 Tiers became buoyant soon after during the beginning of 2015. It must be stressed that most Chinese households hold nearly 75% of their wealth stacked in real estate, while American people have their wealth mostly invested in financial products (picture 1).

Source: ZeroHedge

Source: ZeroHedge

Shanghai Composite (Weekly): Compare the Chinese real estate and equity markets (March 11, 2018)

There are plenty of news related to Chinese real estate special situations and it is well known that the Chinese government attempted several times to curb down price. However, in January 2018, price tags started to decrease for the first time since May 2015 – which corresponds to the peak of the Chinese stock market bubble that became more apparent after the introduction of, you guess what, the European Quantitative Easing.

Source: ZeroHedge

Interestingly enough, soon after the Chinese president Xi Jin Ping  modified the constitution to become a potential “eternal” president, the drafting of a bill for property taxes in China was made public almost concomitantly. This coincidence appears to be too good and well-timed to be true. Are we finally sitting on the top of the cycles (fundamentally and technically speaking) as many “specialists” have already foreseen?

Xi Jin Ping’s focus on corruption crack-downs could have been extremely strategic so that opposing political powers and elites would be forced to step down. This could have given free reins to the man and its companions to keep the power and, ultimately, control market cycles in a global way.

It is also very noteworthy to mention that the Chinese Central Bank’s head Zhou Xiaochuan was replaced for the first time in 15 years on March 19, 2018 by Yi Gang, an US-educated Chinese man who also taught at Indiana University – Purdue University Indianapolis. Other institutional shifts and changes happened to appear almost concomitantly in China, such as the merger of bank and insurance regulators that would grant nearly all the power to its central bank.

Now, check the last update of the chart of Chinese equities after I wrote the first line on March 11, 2018:

S

Shanghai Composite (Weekly) as of July 9, 2018: More than -20% since its peak in January

The Chinese stock market has tumbled and lost more than 20% of its nominal value so far since its last peak of the year on January.

This market could become very bearish as already expected previously. Let’s see how everything will end.

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Another crunchy piece of news concerns the acceptance of the US president Donald Trump to meet the North Korean leader Kim Jong-Un. This setup was naturally not “random”, otherwise everything in life would be too simplistic and easy.

A fashion trend about Korea hype has been continuously building up for many years. Korean students are known to be working and studying really hard, despite some negative impacts that it brought up under the will of the Korean conglomerates (Chaebol) to control its people. This also helped the Korean to improve the country’s economy albeit all the sacrifices that have been made. The well-being of the country’s people is generally improving, and their Purchasing Power Parity will soon (in 2020?) be above those of the French and the Italian, according to the International Monetary Fund (IMF). Moreover, that increase in focus on Korea was further spurred by the 130th Anniversary of the French – Korean diplomatic relationship in 2016. Korean people are travelling around the world, especially in Europe, more than ever. That is the “new” Asia-Pacific trend.

Among too many other things, this naturally leads to the discussion on North Korea and the claim by many experts of the potential that it could create should it reunite with its old sister, South Korea.

Source: abcnews.go.com

One key word besides the meeting of the American and North Korean leaders is cycle timing. We do not know what will happen. Not yet. But there is in fact another extremely important point that has not been widely discuss so far: rare earth minerals are abundant in North Korea and China, especially one: Neodymium. Without delving into further details, it is said that Toyota has discovered a new way to create magnets for its hybrid cars that would be much cheaper and less dependable on this “rare-earth metal” which is also used in the construction of wind turbines, semi-conductors and so on. This “geopolitical” move is indeed clearly more economic than ever. The Olympic Games that were held in February 2018 in Pyeongchang, South Korea, are probably another good excuse.


https://uk.reuters.com/article/uk-toyota-magnet/new-toyota-magnet-cuts-dependence-on-key-rare-earth-metal-for-ev-motors-idUKKCN1G4132


Enver PINTO VEZAJuly 20, 2018
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13min1130

D’après les dernières données de la Banque mondiale, le Produit Intérieur Brut (PIB) nominal du Brésil s’élevait à 1,8 billion USD en 2016, et un taux de croissance moyen du PIB de 2,6% depuis 2000, plaçant le pays parmi les 10 économies les plus importantes du monde.

Malgré la récession économique en 2015 et 2016, ainsi que les turbulences politiques internes, interrompant plusieurs années de croissance soutenue, le pays reste parmi les 10 premiers bénéficiaires de l’investissement étranger direct dans le monde. D’après la Banque Centrale du Brésil, au cours de l’année 2016 les flux d’investissement direct se sont élevés à 81 milliards USD.

Les perspectives à moyen terme du Brésil dépendront du succès des nouvelles réformes du gouvernement fédéral visant à maîtriser les dépenses publiques, à contrôler l’inflation et à promouvoir les entreprises et les emplois. L’augmentation de la productivité et de la compétitivité restent le principal défi pour le pays pour réaliser une croissance plus élevée à moyen terme. Concernant l’année 2018 le Fonds Monétaire International prévoie une croissance du PIB aux alentours de 2,3%.

Foreign Direct Investment and Current Account (US$ billion)

Source : Central Bank of Brazil

L’attractivité du marché brésilien résident en quelques caractéristiques :

MARCHE DOMESTIQUE

Le Brésil possède l’un des plus grands marchés de consommation au monde, avec plus de 207 millions d’habitants. D’après la Banque Mondiale, le progrès économique et social du Brésil entre 2003 et 2014 a permis de sortir 29 millions de personnes de la pauvreté et les inégalités ont fortement diminué. Le niveau de revenu des 40% les plus pauvres de la population a augmenté en moyenne de 7,1% (en termes réels) entre 2003 et 2014, contre 4,4% pour l’ensemble de la population.

ECONOMIE DIVERSIFIEE DOTEE D’UN VASTE MARCHE

Le Brésil possède une superficie de 8,5 millions de km2 le situant dans le cinquième pays du monde par sa superficie. Comme cité précédemment le pays possède un marché interne qui représente environ 207 millions d’habitants, dont 82% en zone urbaine. La classe moyenne représente environ 100 millions d’habitants soit 48,16% du total de la population.

Le pays a une large diversité d’industries, mais les plus grandes entreprises fabriquent des avions et exploitent du pétrole et des mines. Trois entreprises telles que Embraer, Petrobras et Vale, étaient autrefois des entreprises publiques qui ont été privatisées.

Le Brésil possède à la fois des ressources minérales et une des meilleures conditions au monde pour l’agriculture, avec un sol riche et un climat tropical permettant une croissance tout au long de l’année. Le Brésil est le plus grand explorateur mondial de café, de sucre, de poulets, de betteraves et d’oranges.

MAIN-D’ŒUVRE QUALIFIEE

D’après le guide pour l’investisseur Brésil (2017), le pays est composé d’une population active de 15 à 64 ans (environ 70%), ce qui laisse des bonnes opportunités aux entreprises qui cherchent à embaucher. Les adultes brésiliens avec une éducation représentent environ de 20% du total de la population active. D’après cette guide les taux de scolarisation dans les universités et les écoles techniques a augmenté de 18% en 2011 à 50% en 2014, devant des pays comme la Chine (43%) et l’Inde (25%).

OPPORTUNITES D’INVESTISSEMENT

Secteur agroalimentaire

Le Brésil est devenu l’un des plus grands producteurs et exportateurs dans le monde au cours des deux dernières décennies grâce à une agriculture moderne, efficace et compétitive. Le Brésil dispose d’un environnement et de conditions propices pour augmenter sa production alimentaire, combinant la plus grande disponibilité d’eau douce de la planète et l’une des plus grandes terres fertiles du monde, avec 388 millions d’hectares de terres fertiles et productives, dont 90 millions ne sont pas cultivées. D’après l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la population mondiale devrait atteindre environ 9,5 milliards de personnes posant des défis difficiles en ce qui concerne l’approvisionnement alimentaire.

Le Brésil est l’un des rares pays encore en mesure d’augmenter sa superficie plantée, puisqu’il dispose de 115 millions d’hectares de terres disponibles selon la Société brésilienne de recherche agricole (EMBRA-PA), laissant une marge de croissance considérable pour le secteur agricole du pays. Le pays se situe actuellement dans une phase de croissance concernant l’utilisation des terres. Par exemple, les surfaces plantées en soja devraient atteindre 41,2 millions d’hectares d’ici 2025, contre 31,5 millions en 2015 selon les estimations de l’Institut brésilien de géographie et de statistique (IBGE).

Solutions énergétiques et environnementales renouvelables

D’après l’Agence internationale de l’énergie (AIE) le brésil est le huitième producteur mondial d’électricité, générant 560 milliards de kilowattheures d’électricité en 2016.

Favorisée par un territoire vaste et diversifié, 80% de la capacité de production d’électricité du pays provient de sources renouvelables, contre une moyenne mondiale de seulement 23%. L’énergie hydroélectrique représente à elle seule 65% de la capacité totale du pays en énergie électrique, selon la société fédérale de planification énergétique EPE.

Les sources renouvelables alternatives, telles que les éoliennes et le solaire ont encore une part relativement faible (mais croissante) : environ 15% en 2015. Les énergies renouvelables devraient représenter 45,2% du total énergétique brésilien en 2024, soit plus que les 39,4% enregistrés en 2014. La bagasse de canne à sucre, l’éthanol, l’énergie éolienne, l’énergie solaire et le biodiesel continuent de croître en termes absolus.

Pétrole et gaz

Selon les projections de l’OPEP, la production brésilienne de pétrole et de gaz naturel liquéfié, devrait passer de 3,6 millions de barils par jour en 2021 à environ 4,0 millions à partir de 2025, permettant au pays de se positionner comme le troisième producteur de pétrole et de gaz parmi les pays non membres de l’OPEP, derrière seulement les États-Unis et la Russie.

Selon les prévisions de l’OPEP, la consommation mondiale de pétrole brut passera de 95,4 millions de barils par jour (mb/d) en 2016 à 111,1 millions en 2040. Cela signifie que l’industrie pétrolière et gazière brésilienne sera un secteur prometteur pendant longtemps, à la fois pour l’approvisionnement et la demande.

CONCLUSION 

Le Brésil reste une option pour les investisseurs souhaitant diversifier leurs risques en investissant dans l’un des principaux marchés émergeants. La classe moyenne brésilienne continuant à accroitre permettra aux entreprises se trouvant dans ce marché de profiter de résultats prometteurs à moyen terme. Les nouvelles classes moyennes brésiliennes restent principalement avides d’électroménager, d’informatique et de prêt-à-porter.

Sites Internet consultés

https://woo.opec.org/index.php/oil-demand

http://www.epe.gov.br/pt/publicacoes-dados-abertos/publicacoes

http://www.investexportbrasil.gov.br/investment-guide-brasil-2014-0?l=en

http://www.bresil.ird.fr/la-mediatheque/fiches-d-actualite-scientifique

http://unctad.org/en/pages/PublicationWebflyer.aspx?publicationid=1782

https://sistemas.mre.gov.br/kitweb/datafiles/Londres/en-us/file/com-investmentopportunities.pdf

http://investimentos.mdic.gov.br/public/arquivo/arq1513959382.pdf


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27min1520

«Ni le réel n’est entièrement rationnel, ni le rationnel n’est tout à fait réel» C’est de cette citation d’Albert Camus, tirée de l’Homme Révolté, que l’on peut
s’apercevoir que la question de la rationalité pose problème dans son essence même.

En effet, outre l’aspect économique du terme, une réflexion philosophique portant sur la déontologie de ce concept semble émerger. Elle pose la question de la limite de la rationalité et jusqu’où sommes nous prêt à la pousser sans pour autant étudier un individu dénué de toutes sensations, de tous sentiments, et n’évoluant uniquement que dans un environnement rationné par un diktat de relations mathématiques et schématiques qui encouragerait une uniformisation des éléments cognitifs constructifs du comportement propre à chaque individu.

Il convient donc de se placer dans une optique éthiquement acceptable et de considérer le consommateur, sujet de l’étude, et les facteurs psycho-sociologiques qui lui sont inhérents. Pour l’économiste, un individu est rationnel lorsqu’il a pour objectif la maximisation de ses intérêts compte tenu des contraintes.
Cependant, la définition même de la rationalité ne peut se réduire à la simple formalisation d’un choix cohérent. En effet, ce concept sous entend une recherche du choix optimal compte tenu des contraintes propres à chaque individu.

Selon cette définition, le choix rationnel serrait celui qui maximise la satisfaction du consommateur en prenant en compte les contraintes qui lui sont imposées qui le plus souvent est celle d’un budget limité.

Il découle de cette théorie plusieurs notions comme celle de la fonction d’utilité sur laquelle porte la maximisation au sens mathématique du terme.

Cette hypothèse va légèrement plus loin puisqu’elle implique que les individus sont capables de classer et d’ordonner leurs préférences en fonction de leur degré de satisfaction retirée.

Toutefois cette notion complexe faisant appel à des concepts mathématiques sibyllins est supposée intégrée et en quelque sorte inée dans l’esprit du consommateur. Il est donc légitime de se demander si le consommateur peut répondre d’une telle difficulté d’analyse du champs des possibles ou, autrement dit, si le consommateur supposé rationnel dans la théorie l’est aussi dans la pratique.

De nombreux concepts tendent à diviser le problème d’une rationalité parfaitement appliquée en ensembles étant eux-mêmes à l’origine de travaux qui dépassent le cadre purement économique. En effet, on ne peut parler de rationalité des agents économiques en omettant toute la dimension psycho-sociologique qui entoure l’individu. Cela reviendrait à réduire le concept à une application mathématique trop sommaire qui cacherait des notions d’une utilité cruciale à la compréhension de processus décisionnel du consommateur.

Il convient donc, avant de se pencher sur une forme plus évoluée de la rationalité qui prend en compte des facteurs plus réalistes, de déterminer la notion même de rationalité telle qu’elle est exposée par la théorie néoclassique et la formalisation de son archétype: l’Homo-economicus.

I. La rationalité néoclassique ou le choix individualiste et méthodologique

La théorie néoclassique se définit par une approche que l’on qualifie d’individualisme méthodique. Selon ce principe, les interactions entre les individus et le monde qui les entoure doivent pouvoir être rattachées aux comportements individuels. En d’autres termes, toute implication de phénomènes économiques ou sociaux n’a aucune influence sur la décision finale du consommateur puisqu’il est lui même doté d’une faculté d’analyse rationnelle lors du problème de prise de décision qui lui permet de juger de ses préférences sans prendre en considération quelques événements extérieurs, n’interférant pas avec sa position de décideur.

Cependant, réduire l’Homme à cette seule dimension revient à rationaliser la société toute entière et soulève le problème d’un dysfonctionnement qui ne serait pas explicable par la simple généralisation du comportement cohérent.

A. L’Homo-oeconomicus : point de départ à la rationalité individuelle
L’hypothèse de la rationalité économique est indispensable à la théorie néoclassique, puisque cette dernière s’appuie sur les comportements des acteurs pour aboutir à un équilibre économique d’ensemble.

C’est en partant du constat que la rationalité motive les comportement que les néoclassiques théorisent l’attitude l’homme économique qui devient l’archétype par excellence de l’être rationnel.

L’homo-oeconomicus est donc un être doté de facultés prodigieuses au service de la recherche de son intérêt individuel. Parfaitement omniscient, il jouit d’une pleine liberté de décision et poursuit rationnellement ses objectifs, qu’il souhaite maximiser sous certaines contraintes. Supposés rationnels, ses choix sont cohérents et sont guidés par le calcul. Cette hypothèse de comportement repose sur le fait que les individus serraient toujours sophistiquées et rationnels, sans prendre en compte certain fait typiques hérités de leur histoire ou liés à sur environnement proche.

Parler du consommateur comme un homo oeconomicus revient à lui attribuer certaines caractéristiques et notamment à intérioriser dans le comportement humain des relations mathématiques innées. Tout d’abord, en initiant la les relation de transitivité, indispensable pour effectuer un choix rationnel, la théorie néoclassique suppose que l’Homme est capable naturellement d’ordonner ses préférences. Des préférences qui ont elles même un certain niveau d’utilité que le consommateur cherche à maximiser, ce qui induit dans un second temps que le consommateur devient aussi la faculté de percevoir cette abstraite notion.

Enfin, l’Homo-oeconomicus est un homme informé, il connait tout de son choix et compare sans cesse les informations qu’il se procure avec d’autres pour être sur d’avoir eu connaissance de toutes les possibilités concernant le choix qu’il s’apprête à réaliser. Il a pour but final que ce dernier soit le plus rationnel possible, c’est à dire celui qui donne un niveau d’utilité maximale en respectant les contraintes individuel du consommateur.

Ainsi, la somme de toute les utilités individuelles d’une société est considérée comme le bien être social.

B. La rationnalité, un impératif envers la société
Les néoclassiques démontrent donc que le « bonheur » individuel, cette recherche que de nombreux penseurs et philosophes ont étudié, passe par un total égoïsme puisque l’homo économicus agit seul et ne se préoccupe pas des conséquence de son choix dans la société étant donné qu’il sait qu’en maximisant son utilité individuelle il contribue au bien être social, et que tous adoptent une même posture.

Faire son devoir rationnel est donc à la source d’un contentement collectif mais découle parallèlement d’une exigence individuelle, ce qui place la rationalité de
l’homoeconomicus comme un impératif catégorique, que l’on pourrait alors rapprocher de la vision kantienne d’un bonheur vu comme un devoir envers autrui de constituer sa propre satisfaction.

Or, les néoclassiques envisagent la rationalité non pas comme une possibilité mais bien comme une réelle caractéristique du comportement humain, fondamentale à l’élaboration de la théorie marginalise. En effet, c’est en partant du constant que le comportement individuel est un comportement voisin de celui de l’homo économicus que s’articule toute la théorie néoclassique et que se forme l’équilibre.

Si l’homme n’était pas rationnel, s’il cédait à ses impulsions du moment ou décidait d’ignorer autre chose que l’instant présent, son comportement ne serait plus
prévisible,donc l’idée même d’une convergence d’intérêts ne pourrait plus exister. MA la rationalité économique implique un homme calculateur, qui examine chaque possibilité en fonction de résultat qu’il peut en attendre: si ce type de comportement est plausible pour un chef d’entreprise, qui dispose de la possibilité de faire appel à des conseils et qui sait qu’en cas d’erreur son entreprise peut disparaitre, c’est assez contraire à l’expérience quotidienne pour les consommateurs.

Au terme de cette première partie, il ressort que la théorie néoclassique fait du comportement rationnel du consommateur la clé de voute des développements
économiques qui suivront. Un tel point de vue nous permet donc de définir la rationalité comme une obligation plus qu’une possibilité. Mais cette notion d’impératif est balayée par le fait qu’elle représente un trait inné du comportement du consommateur.

Cependant, de nombreuses interrogations expérimentales suivent ce constat. En effet, si dans la théorie, l’individu concentre toutes les caractéristiques de la rationalité, d’un point de vu empirique ce comportement ne semble pas être adapté à toutes les situations que peut rencontrer le consommateur dans sa prise de décision. Le simple fait qu’on lui accorde une faculté naturelle à mathématiser son choix sans prendre en considération les autres facteurs psycho-sociologiques bloque la compréhension du processus décisionnel pris dans son ensemble.

Aussi, l’économiste Herbert Simon a avancé l’idée d’une rationalité limitée, ou procédurale : plutôt que de chercher le meilleur choix parmi tous ceux envisageables, la rationalité limitée consiste à ne retenir que quelques choix possibles et à sélectionner le moins mauvais parmi eux. L’économie expérimentale a montré que, placé en situation d’incertitude avec d’autres, l’individu était loin d’avoir le comportement rationnel que le calcul suppose.

II. La rationalité limitée : le consommateur au centre du processus
La compréhension du comportement du consommateur, nous l’avons vu, est difficilement compréhensible en se focalisant seulement sur la théorie néoclassique
prônant la rationalité complète des individus. C’est dans cette démarche qu’il convient d’intégrer à notre étude un autre volet théorique, celui de la rationalité limitée. En développant cette théorie,Herbert Simon nous propose une vision plus réelle de ce trait particulier qu’est la rationalité, comme un critère que l’individu possède mais qu’il ne met à contribution que dans certaines situations particulières.

L’avantage de la rationalité limité, comparativement à la rationalité simple, est qu’elle prend en compte le cadre explicatif dans lequel s’inscrit la prise de décision. En d’autres termes, elle cherche à comprendre les procédures qui mènent l’individus au choix final et qui elles mêmes subissent une influence externes mais aussi internes. C’est cette double influence qui conduit à ce que Simon appelle « les prémices de la décision » dont l’objectif sera de réduire les limites de la rationalité.

A. Un consommateur cognitivement limité

Le concept de rationalité limitée a été forgé par Herbert Simon dans Administrative Behavior (1947). Cette nouvelle hypothèse de rationalité a permis de renouveler la manière dont les économistes ont analysé la décision en réintroduisant notamment la notion de contrainte temporelle et de contrainte cognitive.

La théorie néoclassique d’une rationalité simple engagent de nombreux critères trop abstraits et une parfaite connaissance, de la part du consommateurs, de toutes les éventuelles conséquences de son choix. Cela est trop complexe pour Simon qui expose que le concept d’homo économiques ne permet donc pas d’expliquer les choix dans certaines situations. De plus, selon la théorie précédentes, ces devisons non expliquées seraient qualifiées d’irrationnelles alors qu’elles correspondent bien à une situation de choix sous contrainte. Simon nous donne donc une vision plus respectable des capacités cognitives réelles des êtres humain en introduisant le concept de limite à la rationalité.

Tout d’abord, la première limite qui se pose concerne le recueil et le traitement de l’information. Si les néoclassiques prônent une totale maitrise de l’information, Simon, lui, propose une vision contraire et écrit que le simple accès à cette information se confronte à des barrières qu’il est difficile de franchir.

En effet, l’accès à l’information est limité pour le consommateur, ce dernier ne disposant pas de la capacité financière, temporelle ou même intellectuelle pour en devenir la complétude. Se procurer toute l’information disponible au moment du choix requière donc un trop gros investissement pour le consommateur qui ne dispose pas des ressources nécessaires pour cela. Il faut comprendre ici que le terme ressource fait écho au fait que le consommateur est limité par ses capacités financières et que s’informer lui coute cher, il ne dispose pas du temps requis pour engranger toute l’information (il est lui même un être limité dans et par le temps) et enfin, n’étant pas un expert technique dans de nombreux domaines, le consommateur peut ne pas avoir le capital humain nécessaire au décryptage
d’une information qui relèverait de la dimension technique.

Ce dernier point souligne l’importance de la limite cognitive des individus, qui ne leur permet pas d’agir de façon omnisciente puisqu’ils n’ont pas le savoir nécessaire au décryptage d’une information trop complexe. Il est donc difficile pour lui d’établir une trame objective de son processus décisionnel exprimé en terme d’optimisation. En revanche, ce qui semble possible pour lui est de traduire ses préférences traduite en terme de satisfaction qui elle même répond à des critères subjectifs et propre à chaque consommateur. On ne parlera plus d’optimisation puisqu’il arrête sa recherche d’information quand, aux vues des critères d’information en sa possession, il estime qu’un choix le satisfait plus qu’un autre, subjectivement.

Cependant, les préférences de l’individu ne sont pas clairement définit. En effet, l’enfant d’hier n’aura pas les mêmes besoins et les mêmes préférences que l’adulte d’aujourd’hui, lui même ayant des choix différents du senior de demain. Cela souligne le fait que les préférences du consommateur évoluent au cour de sa vie et en fonction des choix précédents qu’il a fait. Il est aussi possible que ces préférences soient contradictoires ou même qu’il ne soupçonnent meme pas leur existence. C’est pourquoi parler de préférences fixes et inflexibles peut paraître hors propos si l’ont respecte la conception subjective.

Dans cette optique, la théorie de la rationalité limitée intègre le fait que les préférences sont floues.

Dans l’optique d’Herbert Simon, les choix des individus sont toujours rationnels, ils font l’objet d’un processus de sélection en vue du meilleur choix subjectivement possible, mais cette rationalité est limitée par l’environnement. Cette conception limitée de la rationalité aboutit à considérer avec intérêt l’environnement dans lequel une décision s’inscrit.

L’environnement joue en effet comme une contrainte sur le comportement et la rationalité des acteurs. Dans une organisation, les individus sont incités à poursuivre les objectifs de l’organisation. Par conséquent, pour influencer un individu au sein d’une organisation, il faut parvenir à aménager son environnement de telle sorte que celui-ci ne constitue plus une limite, mais devienne l’outil de son dépassement.

B. L’environnement : un frein à la rationalité?
Si la théorie néoclassique fait de l’environnement entourant l’individu une entité qui n’entre pas en compte lors de la prise de décision, la vision de Simon, au contraire, en fait l’un des principaux acteurs.

En effet, tout au long de sa vie l’individu évolue dans une multitude d’organisations qui, chacune à leur manière diffuse des valeurs, des objectifs, des interdits qui conditionneront l’individus dans ses choix. Ainsi, famille, école, entreprises forment l’environnement propre à chaque individu dont Simon souligne la prépondérante place puisque ce sont elles qui cadre le choix des individus.

Cet environnement social exerce deux influences sur le comportement de l’individus : une influence interne et une influence externe.

L’influence externe revoit à des stimuli d’autorité ou de communication qui sont perçus par l’individus. Ce type de stimuli va permettre au consommateur de « se faire une idée » de ce que l’extérieur, c’est a dire son environnement, accepte ou refuse. Cela va considérablement influencer sa décision final dans son acte d’achat par exemple car l’individu, qui a reçu les mêmes stimuli que les autres individus présents dans l’organisation a laquelle il appartient, va anticiper et prévoir le comportement adoptés par autrui.

De plus, la communication au sein de l’organisation va permettre de transmettre un cadre décisionnel élaboré et adopté par tous les membres de cette organisation et qu’ils adoptent tous. On remarque alors que le contexte social prend tout son sens dans un problème décisionnel : la collecte d’information, les préférences ou bien les répercussions du choix ont une dimension qui dépasse celle de la simple individualité puisqu’il se construit dans un cadre social déterminé et qu’il influence ce même cadre.

L’influence interne de l’environnement constitue la partie la plus interessante sur le point psycho-sociologique. En effet, en réponse au stimuli d’autorité et de communication, c’est le caractère psychologique de l’individu qui est sollicité. Les organisations transmettant leurs critères forment la psychologie du consommateur qui prend la décision finale, mais toujours ou bien le plus souvent en accord avec ce qui lui semble le plus approprié, et cette notion est en connexion directe avec ce que l’individu à appris à être le plus approprié. Il parait alors évident que ce concept relève d’un environnement totalement
intégré à la manière dont le consommateur se perçoit ses perspectives et dont il se perçoit lui même.

Le cadre de la décision est le résultat d’un processus d’apprentissage qui permet d’objectiver les critères de satisfaction.

Parler de limites à la rationalité revient donc à souligner les limites cognitives propres à chaque individus. En effet, qu’il s’agisse de l’analyse de l’environnement dans lequel il évolue, ou bien de sa propre psychologie, le consommateur est confronté à certaines situation où le choix parait être éloigné d’une prise de décision totalement rationnelle dans laquelle il aurait une définition claire du problème exposé devant lui. Le problème nous dit Simon, est qu’il existe une dimension psycho-sociale qu’il est essentiel d’intégrer pour une meilleure compréhension du processus de choix, sans pour faire de la rationalité un moyen et non une fin à la prise de position quant à la décision finale.

Conclusion
En définitive, après s’être penché sur une vision théorique d’un homo-economicus étant l’incarnation même de la rationalité des individus, il ressort que ce concept parait restreindre la visibilité dans la compréhension des actions des agents. En effet, l’élaboration de ce principe entraine un rejet systématique dans l’irrationnel d’une série de comportements qui ne cadrent pas avec les préceptes de la sélection du choix optimal.

Une limite à la rationalité apparait alors. C’est donc en instaurant sa théorie d’une rationalité limitée que Simon prend en compte un aspect que les néoclassiques n’avaient pas intégrés : la non omniscience des agents et leur limites cognitives en situation de prise de décision. Cette posture tend à prendre en compte les comportements individuels dans leur dimension d’adaptation aux contraintes. Répondant aux stimuli envoyés par l’environnement dans lequel il évolue, l’individu agit subjectivement, en prenant en compte une série de facteurs psychologiques sociologiques et personnels.

Pour conclure, à l’interrogation portant sur la capacité de l’individu à être rationnel, la théorie classique ne voit aucune alternatives : l’individu se doit d’être rationnel puisque c’est ainsi que la théorie économique le perçoit. Cependant, à cette exigence Simon répond qu’une rationalité n’est envisageable seulement si elle prend en considération les limites à laquelle elle se borne. Autrement dit, bien que le consommateur puisse ne pas faire le choix qui semble le plus rationnel sur le plan mathématique, il est fort possible que ce choix satisfasse ses préférences, ce qui tend à une posture induisant les individus à considérer qu’ils ont toujours raison d’agir comme il le font.


Alassane MBENGUEAlassane MBENGUEJuly 19, 2018
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Un peuple pêcheurs avec des milliers de pirogues bigarrées qui colorent les plages témoignent de l’importance de cette activité. Originaire de Rufisque à 28 Km de Dakar, j’appartiens à la communauté lébou (traditionnellement pêcheur et sont concentrés dans la presqu’ile du cap vert (Dakar)). Dans mon Quartier Diokoul, Où plus de 65% de la population pratiquent ce métier qui est avant tout une passion pour eux ; j’assistait à la fabrication des pirogues artisanales qui se faisaient sur la rive. Au-delà d’une passion ce métier a des retombés économiques conséquentes, notamment une contribution de la production intérieure brute PIB.

Le Sénégal est l’une des destinations “pêche” les plus prisées au monde. C’est la diversité des milieux aquatiques sénégalais qui fait la diversité des espèces de poissons : les eaux froides de la Grande Côte, les fonds rocheux volcaniques de la presqu’île du Cap Vert, les eaux chaudes de Casamance, les bolongs du Sine-Saloum, etc. accueillent en grand nombre des requins, carangues, coryphènes, carpes rouges, marlins, espadons, truites de mer, thons, bars, barracudas, mérous, capitaines, etc.

Une expansion spectaculaire au cours des dernières décennies grâce à l’impulsion des politiques publiques de développement basées sur une logique sectorielle productiviste. Plus qu’une activité économique, la pêche au Sénégal est une culture, une tradition. Elle est pratiquée par plusieurs communautés de pêcheurs utilisant plus d’une vingtaine de techniques de pêche suivant des stratégies qui varient saisonnièrement en fonction de facteurs biologiques et socioéconomiques. L’organisation du secteur est liée aux interactions entre les pêcheurs et leur environnement.

Sur le plan économique et social

Le secteur de la pêche joue un rôle important dans l’économie du Sénégal. Ouvert sur l’océan, le Sénégal dispose, d’un littoral de 718 km de cotes réputées parmi les plus poissonneuses du monde. Par ailleurs, le pays recèle un réseau hydrographique dense :

  • Le fleuve Sénégal (1700 km), avec cinq principaux affluents
  • Le fleuve Gambie long 1150 km dont 477 km en territoire sénégalais
  • Le fleuve Casamance (350 km)
  • Le fleuve Sine Saloum (130 Km)

La pêche continue de jouer un rôle capital dans l’alimentation des populations avec une contribution moyenne de près de 70% aux apports nutritionnels en protéines d’origine animale.

La zone maritime sénégalaise se caractérise par une grande diversité biologique. Les ressources exploitées comprennent quatre groupes dont les caractéristiques bioécologiques et l’importance socio-économique sont différentes. Il s’agit des ressources pélagiques hauturières, côtières, démersales côtières et profondes.

Les ressources pélagiques hauturières : Toute la filière thonière Sénégalaise et la pêche sportive reposent sur les ressources pélagiques hauturières.

Les ressources pélagiques côtières (plus de 70% des prises réalisées dans la zone économique Exclusive Sénégalais). Elles constituent l’essentiel des captures de la pêche artisanale ainsi que la part la plus importante de la consommation annuelle per capita en poisson des populations. Les ressources démersales côtières : comprennent principalement les crustacés (crevette côtière, langouste, crabe et la plupart des poissons dits nobles du Sénégal (sole, rouget, capitaine, mérou, dorade, des céphalopodes)

Elles supportent l’essentiel des opérations de pêche des chalutiers industriels et des embarcations de la pêche artisanale en raison de leur forte valeur marchande à l’exportation et sont à la base des activités de la plupart des industries de transformation et d’exportation installées au Sénégal.

Les ressources démersales profondes (crevettes, merlus) sont presque exclusivement pêchées par des chalutiers.

Les grands écosystèmes mondiaux d’upwelling

L’abondance de la pêche au Sénégal est liée à l’upwelling (remontée des eaux froides profondes des océans le long de certains littoraux)

Quatre grands systèmes d’upwelling bordent les façades Ouest des grands continents. En Atlantique, il s’agit des écosystèmes de Courant de Bengale dans l’hémisphère Sud (sur de l’Angola, Namibie, Afrique du Sud) et du courant des Canaries dans l’hémisphère Nord (Maroc, Mauritanie, Sénégal et Gambie).

Les écosystèmes d’upwelling fournissent plus de 40 % des captures de pêcheries mondiales alors qu’ils représentent moins de 3 % de la surface de l’océan. Les upwellings sont provoqués par des vents qui induisent des remontées d’eaux profondes, froides et chargées en sels minéraux. Ils sont à l’origine d’un apport important d’éléments nutritifs dans la couche homogène qui va permettre de développer et de maintenir une forte production biologique dans la zone côtière, mis à part les apports par les fleuves. Ce potentiel productif est beaucoup plus important que celui existant dans les zones océaniques où la grande part des apports en sels minéraux provient de la régénération de la matière organique.

Les Accords de pêche

Les accords de pêche entre le Sénégal et la Mauritanie

Alors que la Mauritanie laisse ses eaux au repos pour des mois et ce qui va permettre une production abondante de poisson, mais tel n’est pas le cas au Sénégal.

Ce qui entraine des frottements entre les deux pays, où dans les périodes de reproduction des eaux Sénégalaise, les pêcheurs sénégalais essaient de franchir les océans Mauritanienne pour pêcher Et cela entraine parfois des captures de pirogues, des emprisonnement et pire parfois des morts.

C’est une bonne chose de mettre en place des accords de pêche. Etant donné que le ministre de la pêche est parvenu à se retrouver et signer un accord pour que 400 pirogues sénégalais puissent aller chercher 500.000 tonnes de poissons en Mauritanie, en toute quiétude et en une année.

Paraphés par les ministres de la Pêche des deux pays, les nouveaux accords-cadres sénégalo-mauritaniens dans le domaine de la pêche permettront aux mareyeurs sénégalais de pêcher dans les eaux mauritaniennes et de débarquer leurs produits à Saint-Louis, région septentrionale du Sénégal.

A cette occasion, le ministre mauritanien avait réitéré aussi l’engagement des autorités de son pays à contrôler les quantités débarquées afin de préserver les ressources halieutiques de la Mauritanie.

La première source nationale d’exportation

Les produits de la pêche constituent la première source nationale d’exportation. Elle portait en 1996 sur 107 000 tonnes de produits finis, soit 160 à 170 000 tonnes de produits finis en équivalent frais, c’est à dire 40 % des captures débarquées au Sénégal (SOFRECO, 1998). En 1996, les recettes d’exportation des produits halieutiques ont atteint 160 milliards de CFA soit 247 millions d’euros. Le Bureau de Contrôle des Produits Halieutiques de la DOPM, estimaient les exportations en 1997 à plus de 111 400 tonnes, tous types de produit confondu, soit une hausse de 4% en volume par rapport à 1996 (augmentation des exportations de congelé Afrique) et à 108 000 tonnes en 98 (stagnation).

De la pêche à la transformation des produits halieutiques

La transformation artisanale stabilise le marché de poisson frais en demeurant un débouché important et sécurisant pour les pêcheurs en période de surproduction. Elle remplit aussi une fonction sociale très importante. Forte utilisatrice de main d’œuvre, elle emploie en grande majorité des femmes et contribue également de façon significative à la satisfaction des besoins alimentaires en protéines animales, surtout à l’intérieur des pays où le poisson frais est peu ou pas du tout disponible. Les produits de la transformation artisanale font, par ailleurs, comme le poisson frais ou congelé, l’objet d’une exportation vers les pays de la sous-région ouest-africaine (Mali, Côte d’Ivoire, Ghana, Burkina-Faso etc.), contribuant ainsi au développement des échanges commerciaux régionaux.

La principale source de protéines

Les habitudes de consommation sont à base de céréales. Toutefois, les produits de la pêche sont la principale source de protéines des sénégalais. Ils assurent 75 % de leurs besoins en protéines. Les sénégalais sont de grands consommateurs de produits halieutiques puisque ces derniers entrent dans la composition de nombreux plats et particulièrement de celle du plat national : le “céebu jën” (riz au poisson). En 1997, la consommation moyenne annuelle de poisson au Sénégal était de 26 kg/hab/an alors que la consommation moyenne mondiale est de 13,5 kg/hab/an. Cette forte consommation cache cependant des disparités : à Dakar, la consommation s’élève à 43 kg/hab/an alors qu’elle n’est que de 0,2 kg/hab/an à Kolda, au sud du pays, au centre des terres. Traditionnellement, la sardinelle peu consommée par les ménages urbains était transformée en kéthiakh (poisson fumé) par les femmes des pêcheurs et stockée jusqu’en période de soudure (hivernage) pour être consommée. De nos jours, avec l’importance de l’exportation des autres espèces vers les pays européens, les ménages utilisent également de plus en plus la sardinelle (produit frais) dans leur préparation. Le kétiakh semble également faire une percée dans les modes de consommation des dakarois, notamment des ménages pauvres, en substitution au poisson frais. Au-delà des valeurs nutritionnelles, ce produit peut s’adapter à toutes les bourses.

L’industrie des produits haut de gamme pour l’exportation

La transformation industrielle des produits de la pêche a une importance non négligeable sur l’économie nationale tant en termes de nombre d’entreprises, d’effectifs employés qu’en terme de chiffres d’affaires. La pêche a ravi depuis 1985 la première place, dans les exportations, aux arachides d’huilerie. Cependant cette contribution importante à l’économie masque une situation grave que la dévaluation a quelque peu améliorée.

Le Métorah, exporté vers le Burkina Faso provient principalement de Joal. En effet, des transformateurs burkinabés sont installés sur ce site. Ils disposent de leurs propres circuits de commercialisation. Ils vendent à des grossistes burkinabés. Les produits sont acheminés par camions jusqu’à Kayes puis par train jusqu’à Bobo Dioulasso. Ils sont ensuite dispersés sur les différents marchés du pays. Le volume de cette transaction a été estimé à 50 tonnes/an. Le Métorah, principalement du machoiron fumé est acheminé vers le Mali. Par exemple, des importateurs maliens basés à Dakar s’approvisionnent en Casamance. Les produits arrivent dans des paniers par bateaux au port de Dakar. Les produits sont ensuite transférés dans des cartons, puis acheminés par camions jusqu’à Kayes où ils sont chargés sur le train en direction de Bamako. Ils utilisent ces deux moyens de locomotion par souci d’économie. Le coût du transport en camion est moins élevé que celui du train.

Le marché à l’exportation hors Afrique

Profitant de la stimulation induite par la dévaluation du Fcfa, la pêche sénégalaise a développé ses exportations. Les produits halieutiques en constituent le premier poste d’exportation devant les conserves et les produits frais. Congelés entiers 40% Conserves de thon 29% Frais entiers 15% Congelés élaborés 10% Frais élaborés 3% Farine de poisson 3% Répartition des produits halieutiques exportés vers l’Europe. Gret Aperçu de la filière halieutique au Sénégal 14 Ainsi, un grand nombre d’établissements, plus d’une soixantaine, se consacrent à l’exportation de produits de la mer en frais ou congelés. L’Europe et notamment la France sont les principaux importateurs de produits halieutiques sénégalais, en particulier les poissons entiers congelés et les conserves de thon. Les principaux pays importateurs de produits halieutiques frais ou congelés, à savoir, l’Europe, le Japon et les Etats Unis continueront à être demandeurs de ces produits. On peut supposer que l’augmentation quantitative de la demande sera faible compte tenu de leur pression démographique réduite et de leur niveau de consommation déjà élevé. Actuellement, la demande en produits halieutiques à destination de ces marchés est estimée à 105 000 tonnes. Ces pays sont demandeurs de poissons à chair ferme et blanche (espèces démersales) entiers ou en filets, congelés ou frais. Certains produits transformés traditionnels sont exportés par les circuits informels vers les marchés ethniques des grandes villes européennes et des Etats Unis. Ces flux concernent essentiellement les poissons fumés ou séchés expédiés en petites quantités. Généralement, ce sont des particuliers qui voyagent avec quelques paniers de produits.

Conclusion

Cet aperçu de la filière met en évidence un réel dynamisme de la pêche artisanale. Or une part non négligeable des captures est transformée ensuite par des petites et microentreprises. Le secteur de la transformation joue donc un rôle essentiel dans la valorisation des produits, dans la diminution des pertes, dans l’approvisionnement des villes et des régions et plus précisément dans la couverture des besoins en protéines d’une grande partie de la population, grâce à l’accessibilité économique des produits et à leur durée de conservation qui permet une distribution très étendue sur tout le territoire sans équipement frigorifique. Parmi ces produits, le plus important est sans aucun doute le ketiakh (55% de la production), ce qui mérite effectivement de s’y intéresser.

Auparavant les activités étaient bien réparties. Si la pêche demeure une activité exclusivement masculine, il n’en est pas de même pour la transformation jusqu’à présent presqu’exclusivement féminine. Les hommes n’intervenaient que dans certains tâches (transport du poisson de la plage aux sites de transformation, opérations d’étêtage et d’éviscération) confiées à des ouvriers saisonniers. Mais de plus en plus d’hommes s’intéressent à cette activité de transformation et investissent dans des équipements de plus grande capacité (fumoirs) qui leur permettent de capter les gains de croissance du marché.

Sources

DOPM – Direction de l’océanographie et de la Pêche Maritime

Ministère de la pêché du Sénégal

Des articles sur les produits halieutiques du Sénégal (IKAJEL)

Google

Wikipédia


William NDJENJEWilliam NDJENJEJuly 18, 2018
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Le Botswana est souvent désigné comme un pays à la réussite impressionnante, à la richesse insolente, et devant servir de modèle de développement à toute l’Afrique subsaharienne. Sont pour cela mis en avant les indicateurs économiques et les rapports d’ONG : désigné comme le pays le moins corrompu d’Afrique par Transparency International [1], son PIB en parité de pouvoir d’achat par habitant est supérieur à celui de la Chine ou du Brésil [2], il affiche une croissance de 9% par an durant les 40 premières années du pays et n’a pas connu de conflits majeurs. Toutefois, la plupart des travaux concernant le pays tendent à être idéalistes et souvent économicités, négligeant les dynamiques politiques qui ont marqué le pays avant et après son indépendance en 1966.

Parmi ces dynamiques importantes dans l’histoire du pays, l’une des plus significatives est la menace qu’a pu constituer l’Afrique du Sud pour l’intégrité territoriale et la souveraineté des entités ayant occupé le territoire suite à l’arrivée des Européens – à savoir le protectorat du Bechuanaland puis le Botswana moderne. C’est chose finalement assez logique, du fait du peuplement similaire de l’Afrique du Sud et du Botswana pré-coloniaux, les deux étant majoritairement habités par des groupes appartenant aux familles linguistiques Khoisan et Sotho.

De plus, les rapports et éloges mentionnés plus haut font la part belle à l’aspect économique de l’histoire et la réussite du Botswana alors que le rôle diplomatique du pays après son indépendance en a fait, progressivement, le leader de l’Afrique australe, avant que la fin de l’apartheid permette à l’Afrique du Sud d’endosser ce rôle.

Le protectorat du Bechuanaland : simple périphérie des Etats voisins ?

Dès 1885 et la proclamation du protectorat du Bechuanaland – ancêtre du Botswana –, les Britanniques tentent d’alléger au maximum le coût économique de leur domination sur le territoire, ce qui conduit à un double mouvement. Tout d’abord, les Britanniques ont ainsi eu tendance à déléguer leur autorité, notamment à la British South Africa Company de Cecil Rhodes [3]. Ensuite, les autorités coloniales se sont appuyées sur leur colonie d’Afrique du Sud pour la gestion du territoire, en employant par exemple des fonctionnaires sud-africains, plus facilement disponibles que ceux de métropole.

Ainsi, très rapidement après l’établissement du protectorat du Bechuanaland, la British South Africa Company de Cecil Rhodes cherche à obtenir des concessions sur le territoire du protectorat. En effet, Rhodes est le fondateur de la Rhodésie voisine, et cherche à établir une grande liaison qui irait du Caire au Cap, et qui passerait donc par le territoire du protectorat, dont la situation géographique fait donc, à ses yeux, la valeur. Les autorités britanniques concèdent ainsi plusieurs parties du territoire du protectorat à la British South Africa Company, et notamment des terres situées au Sud de l’actuelle bande de Caprivi que celle-ci convoitait pour y faire passer une ligne de chemin de fer.

Il est alors convenu que la majeure partie du protectorat doive, à terme, être mise sous l’autorité directe de la Company de Rhodes, ce que perçoivent rapidement les locaux. Or, ceux-ci connaissent les pratiques de domination par l’élite blanche mise en place en Rhodésie voisine, alors que le protectorat en place permettait aux autorités traditionnelles de conserver un poids important, l’administration britannique restant assez « légère ». Les chefs locaux se mobilisent donc pour faire part de leur opposition résolue à cette intégration, et en appellent aux autorités britanniques. Leurs demandes ne sont toutefois pas prises en compte, et l’importance de la British South Africa Company dans le protectorat ne cesse de croître.

Ce processus connaît toutefois un coup d’arrêt aussi décisif qu’inattendu en 1895. En effet, Leander Jameson s’appuie alors sur son ami Cecil Rhodes pour monter une tentative de coup d’État au Transvaal voisin, convoité de longue date par les Britanniques et les autorités du Cap. L’échec de cette intervention et le coup porté en conséquence à l’image ainsi qu’à la crédibilité britannique font tomber Jameson en disgrâce, lequel entraîne Rhodes dans sa chute. Dès lors, une incorporation du Bechuanaland à la Rhodésie n’est plus d’actualité.

Le protectorat reste toutefois convoité par l’Afrique du Sud, avec laquelle il entretient des liens de dépendance importants, qui viennent principalement de la volonté des Britanniques d’opérer une administration indirecte du territoire en s’appuyant sur la province de la colonie du Cap, de façon à alléger le « poids » du protectorat pour le colonisateur. Ainsi, la première capitale du Bechuanaland est établie à Vryburg, sur la frontière avec le territoire administré par le Cap. En 1895, la partie méridionale du protectorat, sur laquelle est située Vryburg, est intégrée à la colonie du Cap. Les autorités britanniques désignent alors Mafeking comme nouveau quartier général de l’administration, elle aussi située sur le territoire du Cap – elle est désormais capitale de la province sud-africaine du Nord-Ouest. Le Bechuanaland devient alors la seule colonie à être administrée depuis l’extérieur de son territoire.

De plus, en 1909 est voté au Parlement britannique le South Africa Act, qui planifie la réunion de plusieurs colonies britanniques dans le dominion de l’Union sud-africaine. L’article 151 de l’Acte d’union ainsi voté prévoit alors une intégration, à terme, du protectorat du Bechuanaland à l’Union sud-africaine. Le protectorat est dès lors incorporé à la Southern African Custom Union, centrée sur l’Afrique du Sud, et qui gère la collecte ainsi que la distribution des droits de douane en Afrique australe – 98% de ceux-ci reviennent finalement à l’Afrique du Sud. Cette incorporation future annoncée à l’Afrique du Sud a pour double conséquence l’absence d’investissement britannique et de mise en valeur du protectorat – du fait qu’il soit amené, à terme, à disparaître – et le renforcement de la dépendance au voisin sud-africain, désireux d’incorporer le Bechuanaland. Signe de cette nouvelle donne, le protectorat est alors placé sous l’autorité du Commonwealth Relations Office, en charge des dominions, et non du Colonial Office, et la chaîne de commandement va de Londres au Cap, avant de se prolonger jusqu’à Mafeking. Cette situation est d’ailleurs dénoncée par John Mackenzie, missionnaire et premier administrateur du protectorat, qui dit craindre que cela ne porte préjudice au « développement des capacités politiques » des populations indigènes, qui ne peuvent dès lors « bénéficier » de la politique bienveillante du Colonial Office.

Cet aspect était renforcé par la proportion extrêmement importante de nationaux sud-africains au sein de l’administration coloniale. En 1950, ils représentent onze des hauts fonctionnaires du protectorat, contre douze Britanniques, et seulement deux personnes nées sur place. Encore en 1960, ce sont 263 des 470 fonctionnaires coloniaux qui viennent de l’Afrique du Sud voisine. Cela s’explique par la volonté des Britanniques de limiter les coûts imputés au protectorat, et donc de recruter à proximité, quitte à augmenter l’influence sud-africaine. Interrogé sur la question en 1949, le Premier ministre Clement Attlee doit d’ailleurs s’en défendre : « As to where the [administrative] officers are drawn from is quite different from the suggestion that these protectorates are administered by the Government of the Union of South Africa »[4].

La dépendance du Bechuanaland envers son puissant voisin est particulièrement manifeste en matière d’éducation. Extrêmement lacunaire, le système éducatif du territoire ne comporte de plus pas d’échelon secondaire, ce qui force l’élite locale à se rendre en Afrique du Sud, et notamment à l’université de Fort Hare, pour poursuivre ses études. Cela contribue à l’émergence de ce que Joseph Nye appelle une « élite interterritoriale », base éventuelle d’une future société transnationale qui permettrait une incorporation facile du territoire à l’Union sud-africaine. Encore en 1961, les secondary schools du Bechuanaland préparent leurs étudiants à des examens pensés par le Joint Matriculation Board of the University of South Africa. Le secrétaire d’État aux colonies se contente alors de signaler que les responsables du système éducatif envisagent de passer à une certification de Cambridge. De même, le secrétaire d’État reconnaît en 1964 que les livres scolaires utilisés proviennent d’Afrique du Sud et non d’Angleterre. Cela s’explique tout d’abord par l’économie réalisée par « l’importation » de livres scolaires sud-africains plutôt que britanniques. Ensuite, par le fait qu’une partie importante du personnel enseignant du protectorat avait poursuivi des études dans le pays voisin, et était donc plus familière avec le matériel éducatif sud-africain qu’avec celui venant de métropole. Ces explications ne sont d’ailleurs que des indices supplémentaires de l’imbrication du système éducatif du protectorat dans celui de l’Union sud-africaine.

De même, les réseaux et moyens de communication, décisifs dans la délimitation d’un territoire autonome, étaient très largement dépendants de ceux du puissant voisin. Ainsi, le protectorat dépend de l’African Postal Union et de l’African Telecommunication Union, lesquels ont leurs bureaux à Pretoria. La seule radio du Bechuanaland est, de plus, émise depuis Mafeking et co-dirigée par l’Afrique du Sud. Ce n’est qu’en 1963 qu’une station de radio ouvre ses locaux sur le territoire du protectorat. De façon peut-être encore plus significative, les journaux les plus lus dans le protectorat – Rand Daily Mail, Die Transvaler, Dagbreek en Sondagnuus… oeg – sont des journaux sud-africains.

Enfin, sur le plan économique, on peut citer l’exemple de l’élevage. Plutôt que de développer, comme cela aurait pu être le cas, une importante industrie agro-alimentaire dans le protectorat, les Britanniques ont préféré faire de l’élevage bovin une « activité de réserve » [5] uniquement dévolue à alimenter l’agro-alimentaire sud-africain, et renforçant la dépendance du protectorat.

Toutefois, le protectorat, pris dans cette “toile d’interdépendance fonctionnelle” (Richard Dale), membre d’une union douanière dominée par l’Afrique du Sud depuis 1910, utilisateur du rand et cible des visées expansionnistes de son voisin, le protectorat n’a finalement pas été intégré à l’Union sud-africaine. Cela s’explique par le veto que les Britanniques ont, malgré l’Acte d’union et la proximité entre ces deux territoires, toujours opposé à ce projet notamment du fait de l’opposition des indigènes. En effet, désireux de conserver cette « administration légère » et une unité territoriale propre, les chefs locaux ont ardemment plaidé leur cause, comme lorsque trois rois de la majorité de groupes Tswana se rendent directement à Londres pour court-circuiter le Cap.

Ainsi, du fait de la promesse britannique de consulter la population locale sur la question, le Bechuanaland n’est finalement pas incorporé à l’Afrique du Sud, et obtient donc une indépendance fragile – du fait de sa dépendance envers l’Etat voisin – en 1966 avec le départ des Britanniques.

De “simple appendice politique” de l’Afrique du Sud au développement d’une politique extérieure active (1966-années 1970)

En 1966, le Botswana ne semblait pas prédisposé à jouer un grand rôle, ni une influence significative sur le plan régional et international. Le Botswana Democratic Party (BDP) de Seretse Khama, qui arrive au pouvoir est alors un mouvement relativement jeune. Créé en 1961, il ne s’est pas fait connaître par ses positionnements sur l’apartheid en Afrique du Sud ni lors des regroupements tiers-mondistes. Le Botswana est aussi un des pays les plus pauvres du monde. De plus, les membres du BDP connaissent alors pour la plupart leur première expérience de politique internationale, puisqu’ils sont peu nombreux à avoir occupé des postes d’importance dans l’administration coloniale.

Alors que le Botswana est considéré comme un acteur négligeable sur la scène politique régionale à la fin des années 1960, il se convertit en un acteur reconnu dans les relations internationales les années 1970 en dépit de la forte dépendance envers son voisin sud-africain.

Le contexte politique et économique intérieur du Botswana sont déterminants dans la politique extérieure du pays. Afin de mieux comprendre la place qu’a acquis le Botswana sur la scène régionale, il convient donc de revenir sur la mise en place d’un système politique démocratique et le développement de l’économie. Le système politique est fondé sur la popularité d’une seule personne : Seretse Khama. Fils de Sekgoma Khama II, chef du peuple des Bamangwatos, il passe sa jeunesse dans les internats d’Afrique du Sud où il obtient son baccalauréat avant d’aller étudier à Oxford puis à Londres où il suit une formation d’avocat. Le cadre politique dans lequel son parti arrive et se maintient au pouvoir se caractérise par des élections libres et équitables. Même si le système politique a pu recevoir la dénomination de “libéralisme autoritaire” [6], notamment à cause de la faiblesse de la société civile botswanaise, de la docilité des médias, ou encore des problèmes de l’accès à la terre des San, d’autres auteurs comme Daniel Bourmaud [7] insistent sur l’attribution du label de démocratie pluraliste au Bostwana car des élections libres et concurrentielles s’y tiennent depuis l’indépendance. Ainsi, la démocratie botswanaise correspond au moins à la définition, comme l’a d’ailleurs écrit Jean-François Médard [8], minimale, c’est-à-dire procédurale de la démocratie.

Le contexte économique à l’indépendance est caractérisé par une extrême dépendance vis-à-vis de l’Afrique du Sud qui faisait douter de la viabilité même du Botswana. Cette dépendance, davantage prégnante encore pour le Lesotho et le Swaziland, s’illustre dans divers secteurs de l’économie botswanaise. Tout d’abord, au niveau des transferts de main d’oeuvre. Les migrations de travail vers l’Afrique du Sud avaient déjà commencé durant la période coloniale et peuvent se comprendre à la lumière du contexte spatial et géographique du Botswana. Le milieu naturel botswanais est en effet peu favorable au développement d’une activité économique dense : le “désert” [9] du Kalahari occupe 80% du territoire, les pluies sont faibles et irrégulières et les sécheresses récurrentes. La répartition démographique suit ces contraintes géographiques : au milieu des années 1960, les 600 000 habitants du Botswana sont majoritairement concentrés le long du Limpopo, fleuve qui marque la frontière avec le voisin sud-africain. Gaborone, la capitale, qui concentre environ 10% de la population est elle-même située à 15 km seulement de la frontière. Dans ce contexte démographique et à l’intérieur de frontières étriquées (malgré les possibilités qu’offre la superficie élevée de son territoire, le Kalahari est vide d’hommes), on comprend l’importance passée et présente des migrations de travail vers l’Afrique du Sud. Dix ans après l’indépendance du Botswana, on compte 40 000 travailleurs botswanais en Afrique du Sud.

De plus, la dépendance économique vis-à-vis de l’Afrique du Sud s’illustre dans le secteur diamantaire. La croissance économique du Botswana est en effet fondée sur l’extraction du diamant. L’exploitation du premier gisement, à Orapa dans le Kalahari, a débuté en 1971. Un deuxième gisement a été découvert dans la même région, à Letlhakane, et exploité dès 1981. Enfin, la mine de Jwaneng a commencé à être exploitée en 1982. Le lien économique ténu entre le Botswana et l’Afrique du Sud s’illustre aussi ici. En effet, la Debswana, qui contrôle l’intégralité de la production diamantaire dans le pays depuis 1969 est une coentreprise entre le gouvernement du Botswana qui la détient à 50% et le conglomérat diamantaire sud-africain De Beers pour les 50% restants. Cette dépendance est d’autant plus étroite que, même si la possession est partagée en parts égales, c’est la De Beers qui assure une des étapes essentielles du commerce des diamants : leur transformation. Néanmoins, le Botswana a pu s’appuyer sur cette richesse du sous-sol pour fonder son développement économique. Enfin, cette dépendance se réalise à un niveau plus pratique qui est celui de la commercialisation des diamants. Pays enclavé, le Botswana est obligé de passer par l’Afrique du Sud pour accèder aux grands ports commerciaux de l’océan Atlantique et d’utiliser les transports sud-africains pour faire la liaison avec le Mozambique et accéder à l’océan Indien.

Néanmoins cette dépendance est aussi vraie dans le sens inverse. Dans les années 1980, l’Afrique du Sud désirait contourner le blocus international qui lui était imposé dans le cadre de la contestation de l’apartheid. Des entreprises sud-africaines, majoritairement issues du secteur textile et de la production, s’installent donc à la frontière. Ce développement industriel couplé à l’exploitation du diamant qui assure au pays des recettes fiscales et des rentrées de devises permettent au Botswana d’apparaître comme une réussite économique dès les années 1980.

La réussite économique du Botswana et son label démocratique sont primordiaux pour comprendre le rôle que joue le Botswana au plan régional et international. Sa politique extérieure démontre peu à peu qu’il n’est pas un simple bantoustan de l’Afrique du Sud.

Seretse Khama, premier président du Botswana, développe une “politique d’équilibre” face à l’encombrant voisin du Sud. Il conduit en effet la politique étrangère de son pays tout en étant conscient des considérations d’ordre interne que nous venons de voir. James Polhemus a dénommé cette politique, la “non-springboard policy”. D’une part, Seretse Khama est conscient de la dépendance vis-à-vis de l’Afrique du Sud mais d’autre part, il affirme aussi très tôt sa position à l’égard du régime d’apartheid : “Le Botswana n’est pas une réserve tribale fondée sur l’exclusion ethnique et la séparation des races, mais une démocratie raciale qui rejette toute forme d’apartheid et de discrimination raciale où qu’elles soient appliquées”[10]. Il explique alors la difficulté de la position dans laquelle se trouve son pays en ces termes : “Botswana accepts that we are part of the Southern African economic complex and that the harsh fact of history and geography cannot be obliterated, for obvious reasons, we have to maintain normal friendly with South Africa” [11] . La situation du Botswana indépendant est de plus aggravée par les sécheresses que connaît le pays en 1960 et 1965. Près d’un tiers de la population dépend alors de l’aide délivrée par Oxfam et le Programme alimentaire mondial. La moitié du cheptel est décimée alors que l’élevage est une ressource de premier plan pour le Botswana. La dépendance financière vis-à-vis de la Grande-Bretagne continue jusqu’à 1972-1973 que ce soit pour des investissements dans le développement, les dépenses courantes ou maintenir l’équilibre du budget de l’Etat.

Dans ce contexte, Seretse Khama entreprend néanmoins d’affirmer la légitimité de l’État botswanais. Cela passe par l’adoption d’une politique étrangère active, dont s’occupe personnellement Khama. Même s’il ne se résigne pas à l’impuissance en raison de la dépendance envers l’Afrique du Sud [12], le Botswana est toujours vu comme une marionnette de l’Afrique du Sud par d’autres pays africains. C’est d’ailleurs pour cette raison que le Botswana ne rejoint pas tout de suite l’Organisation de l’Unité africaine (OUA). Il y a des préventions à son égard de la part de certains membres de l’organisation tels que celle de Kwame Nkrumah. Celles-ci viennent en partie de Philip Matante, un ex-cadre du Botswana People’s Party (BPP), proche du groupe panafricain de Casablanca, dont le dirigeant est justement Nkrumah. Finalement, le Botswana intègre l’OUA la même année que celle de son indépendance. Cette adhésion est décisive car elle envoie un signal aux autres Etats africains. Le Botswana parvient ainsi à limiter la puissance, notamment économique, de son voisin sud-africain, en se liguant avec les autres pays d’Afrique australe dirigés par la majorité noire. Cela permet au Botswana de limiter la portée de l’action en sous main de l’Afrique du Sud.

L’opposition à l’apartheid se réalise lors des forums internationaux et des discussions bilatérales notamment avec la Suède, le Danemark et les Etats-Unis. Cependant, le Botswana suit une politique pragmatique de survie nationale. Il ne peut pas s’opposer frontalement à l’Afrique du Sud, car son économie en dépend. Le pays tente en conséquence de s’opposer à l’établissement des mouvements de libération sud-africains. Devant le risque de représaille de la part de l’Afrique du Sud, l’OUA prend la décisions de tolérer ce choix. D’autant que le Botswana ne se prive pas de donner l’asile à tous les réfugiés politiques dont il ne craint pas qu’ils soient des militants armés. Ainsi, si l’appui à la lutte de la libération en Afrique australe est réel – en 1971, le Botswana accueillait 4 000 réfugiés d’Angola, d’Afrique du Sud, de Namibie et du Zimbabwe -, il se réalise de manière discrète et modeste. Seretse Khama se voit d’ailleurs décerner la médaille Nansen en 1978, reconnaissance symbolique de la politique d’accueil du Botswana sous sa présidence. On peut voir une récompense plus matérielle dans l’accord croissant de financement de la part d’organisations internationales et de certains pays (Etats-Unis, Canada, Grande-Bretagne, Norvège et Suède). Ces démocraties libérales sont en effet plus désireuses de financer un régime et une économie qui ressemble aux leurs, alors que la région est marquée par l’ombre de l’apartheid et la progression du socialisme en Angola et au Mozambique. Les bailleurs internationaux considèrent de plus que les financements sont utilisés en tenant compte de la rationalité économique, ce qui donne bonne réputation internationale au Botswana sur cet aspect.

Une politique extérieure orientée vers la stabilité et la coopération régionale : l’affirmation du Botswana comme acteur diplomatique et économique central dans la région (années 1970-1994)

A la fin des années 1970, les progrès économiques du Botswana sont certains et il semble que son indépendance vis-à-vis de l’Afrique du Sud s’affirme tout comme son rôle en tant qu’acteur central dans l’intégration et la stabilité de la région. La création des Etats de la Ligne de Front en opposition à l’Afrique du Sud et son implication centrale dans la création de la Southern African Development Coordination Conference (SADCC) en témoignent.

Le Botswana est un acteur central dans la mise en place d’une opposition régionale diplomatique à l’Afrique du Sud. Le pays se dote d’une armée avec la loi de 1977 qui met sur pied une Botswana Defence Force (BDF) alors qu’il n’existait qu’une petite unité de police mobile jusqu’à là – le Botswana étant la seule ancienne colonie à ne pas hériter d’une armée coloniale. Cette loi répond en particulier aux raids de la Rhodésie et de l’Afrique du Sud sur son territoire. Elle marque aussi la volonté de s’investir davantage dans la sécurité du pays. L’opposition au régime sud-africain s’illustre davantage dans la création des Etats de la Ligne de front (en anglais, Frontline States, FLS). Le Botswana est l’un des trois membres fondateurs avec la Tanzanie et la Zambie de cette coalition qui se réunit à partir de la fin des années 1960 afin d’asseoir la coordination des efforts pour fournir un appui matériel, politique et diplomatique aux différents mouvements de libération. Ce qui rassemblait cette coalition était l’engagement de ces pays à mettre fin à l’apartheid et à la domination de la minorité blanche en Afrique du Sud et en Rhodésie. Sa création est institutionnalisée en avril 1975 lors de sa reconnaissance en tant qu’entité par l’Assemblée des chefs d’Etats de l’OUA. Ces trois Etats sont rejoints la même année par l’Angola et le Mozambique et en 1980 par la Namibie, lorsque ces pays obtiennent leur indépendance. Même si ces pays ne faisaient pas partie de l’Aire monétaire commune (en anglais, Common Monetary Area, CMA) qui regroupait l’Afrique du Sud, le Lesotho et le Swaziland, leurs économies étaient également directement liées à l’Afrique du Sud par la Southern African Custom Union (SACU), qui, comme nous l’avons vu, était responsable de la collecte et de la distribution des recettes générées par les droits de douane.

Néanmoins, les FLS ont soutenu et accueilli des groupes opposés à la domination blanche, non seulement en Afrique du Sud (le Congrès national africain, en anglais African National Congress, ANC), mais aussi en Namibie (l’Organisation du peuple du Sud-Ouest africain, en anglais South West Africa People’s Organization, SWAPO), qui était contrôlée par l’Afrique du Sud. Dès les années 1980, l’Afrique du Sud a utilisé sa force militaire afin de contraindre les FLS à arrêter leur soutien à ces mouvement, avec deux raids armés.

En effet, dans le cadre de sa politique de lutte contre les exilés de l’ANC, l’Afrique du Sud cherchait à convaincre – parfois en utilisant la menace – les pays voisins de signer des « pactes de non-agression », visant à limiter les attaques de l’ANC se servant de ces pays comme base. Le premier de ces pactes est secrètement signé avec le Lesotho en 1982. Lorsque le Mozambique signe à son tour, les militants quittent le pays pour le Botswana, ce qui ne fait que renforcer la pression sud-africaine sur le pays. Mais Quett Masire, alors président du Botswana, comprend bien que ces pactes servent, entre autres, de prétexte pour justifier une intervention militaire en cas d’attaque de l’ANC à partir du Botswana. Il exprime en mai 1984 ainsi son opposition définitive à la signature d’un pacte de ce genre, tout en réaffirmant la détermination des autorités à faire cesser les attaques prenant le pays comme point de départ. Archie Mogwe, ministre des affaires étrangères ajoute, “the mere presence of refugees in a country qualifies [that] country for an invasion from South Africa these day” [13]. Ainsi, le 14 juin 1985, en pleine nuit, des véhicules avec de fausses plaques d’immatriculation du gouvernement du Botswana, transportant une cinquantaine de soldats sud-africains entrent dans Gaborone. Leurs cibles sont dix bâtiments supposés être le lieu d’organisation d’attaques de l’ANC. Après un raid de 40 minutes, les soldats laissent derrière eux plusieurs morts, quatre bâtiments détruits, et les autres sévèrement endommagés. Ils repartent sans avoir rencontré de résistance.

Immédiatement, le Botswana mobilise ses soutiens internationaux. Le Royaume-Uni et les États-Unis rappellent leurs ambassadeurs en Afrique du Sud. Dès le 21 juin 1985, le Conseil de Sécurité adopte à l’unanimité une résolution condamnant le raid, demandant à l’Afrique du Sud de présenter des réparations – ce qui ne fut jamais fait –, et réaffirmant l’importance de l’accueil des réfugiés par le Botswana. Cela n’empêche pas l’armée sud-africaine d’organiser un second raid sur Mogoditshane le matin du 19 mai 1986. Là où le premier raid se voulait totalement discret, l’armée sud-africaine utilise cette fois des hélicoptères, largue des tracts de propagande, échange des tirs avec les soldats botswanais, et surtout frappe alors que des représentants du Commonwealth sont alors en visite dans la capitale, à moins de dix kilomètres de là. Pik Botha, ministre des Affaires étrangères sud-africain, parle alors de d’”opérations préventives”, visant à limiter les attaques “terroristes” en provenance du Botswana, invoquant l’exemple du bombardement de Tripoli par les Etats-Unis. Celles-ci étaient pourtant basées sur de “simple soupçons” [14] et servaient avant tout à forcer le Botswana à expulser ses réfugiés.

Les relations diplomatiques entre le Botswana et l’Afrique du Sud ne sont établies qu’en 1992, après l’abolition officielle de l’apartheid.

Sur le plan économique, le Botswana devient un acteur majeur de l’intégration régionale. Dès que l’indépendance du Zimbabwe est sûre d’être acquise conformément aux accords de Salisbury de mars 1978, l’attention des Etats de la Ligne de front se porte sur la réduction de la dépendance économique vis-à-vis de l’Afrique du Sud. Pour Mandaza et Torstensen, “l’expérience de la coopération politique des Etats de la Ligne de front facilita leur coopération dans le domaine économique et la création de la Southern African Development Coordination Conference (SADCC) en 1980” [15]. Cela s’explique par la participation des mouvements de libération nationale locaux à leurs activités qu’ont permise les Etats de la Ligue de Front, puisque cela permet ensuite une coopération plus importante avec les “nouvelles nations en devenir”.

Aussi, Seretse Khama a eu une grande importance dans le fonctionnement de la SADCC – devenue Southern African Development Community (SADC) en 1992 – et l’extension de ses compétences. Les autres présidents des Etats de la Ligne de front considèrent d’ailleurs eux-mêmes Khama comme le plus compétent pour s’occuper de la question de la SADC, du fait de sa capacité à gérer ses relations avec l’Afrique du Sud. La création de l’organisation lui revient donc, comme l’explique le Tanzanien Nyerere : “Seretse était un chef d’Etat très posé, plus facilement entendu sur ces questions car moins bruyant que certains d’entre nous. Nous voulions quelqu’un qui puisse défendre ce projet avec conviction” [16]. C’est donc logiquement que Gaborone est désignée comme siège du secrétariat de la SADCC, et Khama organisateur du sommet annuel des chefs d’Etats et de gouvernement.

Cette action fait du Botswana un acteur central dans la région. La volonté et l’habileté diplomatique des dirigeants sont cités par Balefi Tsie [17] comme la principale cause de l’émergence du Botswana sur la scène politique régionale et internationale. Le Botswana passe alors pour un acteur diplomatique central sur l’ensemble du continent. Cela se matérialise par l’aide apportée à l’arrêt de la guerre civile mozambicaine (1977-1992), ou par le rétablissement du régime démocratiquement élu au Lesotho en 1993. Hors de l’Afrique australe, le pays participe aussi à l’opération “Restore Hope” de l’ONU en Somalie.

Le Botswana jouit donc d’un respect international important, ce qui facilite l’octroi de financements internationaux pour les projets de la SADC.

De son accession à l’indépendance au début des années 1990, le Botswana a fait la démonstration qu’un “petit” pays peut parvenir à exercer un rôle non négligeable sur la scène politique mondiale. Illustration d’une vision pragmatique dans les relations internationales, le Botswana s’est aussi distingué durant cette période comme un acteur majeur de l’intégration économique de sa région. Son affirmation économique peut être vue comme une cause et une conséquence de son affirmation politique : l’influence politique doit beaucoup à la rigueur de sa gestion économique et ses positionnements en matière de politique étrangère sont aussi responsables de sa bonne réputation et donc de l’appui international dont il dispose pour son développement. Cette réussite économique et diplomatique se fait dans le cadre d’une relation ambigüe avec l’Afrique du Sud. Partenaire essentiel à la survie du Botswana après l’indépendance, c’est donc avec pragmatisme que cette relation est gérée dans le contexte de l’apartheid. L’établissement de relations diplomatiques en 1992 marque un tournant décisif dans le rapport entre les deux pays qui s’illustre encore plus après l’élection de Mandela en mai 1994.

Suite à la démocratisation de l’Afrique du Sud, la SADC paraît alors être l’instrument idoine pour mener à bien le développement économique du pays, la résolution des conflits dans la région et la mise en place d’une bonne gouvernance. L’Afrique du Sud devient en effet un partenaire de choix de plein droit. Le passage de relais à la présidence de la SADC en 1996 entre Masire et Mandela est l’exemple même d’une coopération renforcée qui s’annonce au milieu des années 1990.

 


Rihab HAFIDHIRihab HAFIDHIJuly 17, 2018
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7min950

Give me your tired, your poor, your huddled masses yearning to breathe free, The wretched refuse of your teeming shore.”

The New Colossus, engraved on the Statue of Liberty

Homo Sapiens have been relocating around the planet since the beginning of time. Estimates vary, but modern humans started to spread out from Africa around 80,000 to 60,000 years ago, and since then they have been moving all over the globe.

Here, we will try to look into international migration, and focus on voluntary economic migration in particular. In 1889, Georg Ravenstein wrote in his Laws of Migration : “Bad or oppressive laws, heavy taxation, an unattractive climate, uncongenial social surroundings, and even compulsion… all have produced and are still producing currents of migration, but none of these currents can compare in volume with that which arises from the desire inherent in most men to ‘better’ themselves in material respects.” Ravenstein wrote this during the Great Atlantic Migration, which began in the 1840s as large numbers of Europeans relocated to the Americas.

Immigration is, in many ways, a result of technological advances. Improved transportation like steamships reduced the cost and difficulty of travel, and the rapidly growing industries of the west needed foreign labor to keep producing.

Today, immigration is a major component of the economy and is one of the most contentious issues of almost every election. Most studies agree that immigration is beneficial for national economies and associate it to increases in GDP and in productivity. Its opponents, however, point to the costs that usually come along with immigration and that it might result into short term drops in wages and contribute to inequality by shifting money from labor to capital.

Harvard economist George Borjas wrote about a category of economic models he called the Immigration Surplus. Population growth through immigration increases the demand for goods, which can, in the long term, lead to more employment and higher wages. This can come at the cost of people who are already in the job market, as cheap immigrant labor can drive down wages. But the majority of economists point to this as a short-term effect, and that the overall growth in the economy driven by population growth will eventually push wages up.

Furthermore, the immigration of high-skilled workers has many advantages. Studies indicate that high-skilled immigrants are more inclined to innovation. Actually, foreign-born entrepreneurs register about 25% of new patents in the United States. The 1998 doubling of the quota for H1-B visas, which enable employers to hire high-skilled foreign workers, led to an average 15% of revenue increase for the American companies in question.

And that’s not just pie in the sky liberal thinking. Many non-partisan thinkers and economists believe that immigration reform granting easier access to a legal status would bring undocumented workers into the tax base, and thus leading to more growth in revenue and creating additional jobs.

If the debate over immigration were only about economics, there wouldn’t be much of a debate. But the world is a very complex place. Like any form of economic change, immigration causes anxiety and disruption to many communities. But in general, nations thrive on dynamic transformations that produce winners as well as losers. Such transformations stimulate growth. Certain societies with a dominating nationalist culture have opted for more controls and regulations on immigration and labor markets. They certainly have more stability, but less growth and fewer jobs. Economists have highlighted these issues, but they still cannot decide them. The resolution depends on a question that David Card once asked but our politicians have not yet come to answer: “What is it that immigration policy is supposed to achieve?”



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