Cameroun : Dynamiser une économie dotée d’un grand potentiel

Cameroun : Dynamiser une économie dotée d’un grand potentiel

S’il est vrai que le Cameroun regorge d’importantes ressources, il n’en est pas de même de leur transformation industrielle. L’industrie reste présente, mais demeure, jusqu’à présent, dans un état embryonnaire. Nourrir son peuple est indispensable, et le Cameroun le fait pour l’instant mieux que d’autres pays. Cependant, il ne suffira pas de continuer à pratiquer une agriculture rudimentaire, mais il faudra ainsi passer à l’étape supérieure qui consiste à accroitre les gains de production par le biais de la mécanisation. Cette mécanisation est possible par à travers le capitalisme. Dans le mot capitalisme, il y a le capital, qui peut être défini comme l’ensemble des équipements. C’est un puissant outil de production à côté du travail. Ces deux facteurs demeurent fondamentaux pour mettre en place un système de production. Cependant, ce dernier pourrait être plus efficace si l’intensité capitaliste était plus forte comme dans certains pays de la Scandinavie. L’amélioration du bien-être des peuples passent donc par une nécessité d’accroitre le capital dans l’économie. Pour l’instant, c’est loin d’être le cas dans l’économie camerounaise. On ne le dira jamais assez l’économie camerounaise dispose d’un vaste potentiel de croissance. Mais jusqu’ici, les idées ont peut-être manquées pour permettre au pays de sortir la tête de l’eau. Or les idées ne sont plus à inventer mais à les transformer, à les mettre en application.

Des progrès de la science ont permis aux pays occidentaux jadis pauvres, de s’affranchir du sous-développement. Ces progrès se sont diffusés largement ces dernières années, comme on peut le constater en Asie. Cette région du monde autrefois plus pauvre que l’Afrique, est devenue épargnante nette, c’est dire qu’il y a dorénavant un excès d’épargne en dans la région. Si la crise des années 1980, liée à la baisse des prix des matières, a conduit de nombreux pays africains au creux de la vague, les leçons n’ont pas encore été tirées de cette récession issue d’un choc d’externe. On constate que de nombreux pays sur le continent continuent à vendre des matières premières à l’état brut. Cette crise avait conduit des pays dans une phase d’austérité où aucun investissement n’était plus possible. Cette contraction de l’économie des années 1980 avait révélé l’impossibilité de bâtir une croissance durable sur un modèle d’exportation des matières premières. La valeur ajoutée résidant dans les gains de productivité issue des activités de transformation.

Si les entreprises occidentales s’achètent à des prix 20 fois supérieure à leur actif économique, qu’en serait-il d’un pays doté d’un fort potentiel de croissance ? Par rapport aux entreprises, les pays ne disparaissent pas même s’ils existent un risque de défaut. Cependant, avec des chiffres de croissance pour la plupart supérieure à 5%, il y a de quoi s’intéresser à certaines investissements sur le continent. Pour l’instant, il n’en de rien même si des investisseurs asiatiques commencent à s’implanter davantage.

L’équation de l’investissement peut-être à la fois complexe et simple. L’amélioration du bien-être des peuples est possible à condition que des dirigeants à la tête des pays soient des visionnaires, comme le soulignait Socrate dans République VII: « À défaut d’avoir des rois philosophes, il faut que les philosophes soient rois ». L’Afrique a tout pour réussir, mais, sur le terrain, ce n’est pas le cas. Qu’est-ce qui fait défaut ?

L’idée de croissance est d’abord une question d’inspiration interne. Cette volonté de se développer voit le jour dans les entrailles des dirigeants locaux. Le modèle de développement qui réussira le mieux sera celui pensé par les gens qui président aux destinées de l’Afrique. Le continent se développera comme ses enfants l’auront pensé. Quelle Afrique voudrons-nous donc laisser à nos enfants en 2050, en 2100 ?

S’il n’y a pas de projet, ou si ce dernier est mal ficelé, il n’y aura jamais de progrès. L’Europe n’a pas attendu de recevoir des « aides » de telles parties du monde pour se développer. Les Etats-Unis ont continué de repousser les limites de la recherche pour finir première puissance mondiale. À chaque nation convient un modèle de développement initié par les dirigeants locaux.

Le capitaliste, c’est le capital, ce sont les machines, bref c’est de l’argent. Celui qui détient le capital est capable de s’affranchir des catastrophes (maladies, tremblements de terre, ouragans, etc.). L’idée du capitaliste devrait être présent de plus en plus dans tous les cerveaux en Afrique. Le capitalisme, c’est de l’industrie qui est à son tour crée de la recherche. La recherche est soutenue par l’État et c’est la base de toutes formes de développement. La grande question est de savoir où trouver le capital.

Le capital peut-être autant difficile à lever que facile à recouvrer. Celui qui répondra à cette question s’affranchira du spectre du sous-développement. Le capital se trouve, et c’est de bonne guerre que les routes, les ponts, les écoles, les hôpitaux soient construites en Afrique afin de répondre aux besoins de base des populations comme mentionnés dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme en 1948.

Le capital et la recherche sont éléments fondamentaux pour la construction d’une nation. Cependant, ce n’est pas une condition suffisante. Il peut arriver qu’un pays dispose à la fois du capital et de la recherche, mais peine à s’émanciper. Au Cameroun, le capital fait défaut mais ce n’est pas pour autant qu’il n’est pas présent. L’idée de la recherche est la voie royale pour accéder à un minimum de progrès. La croissance économique est bénéfique à toutes les strates de la société. La réalisation du progrès apporte de la prospérité. Il y a plus à gagner à progresser au lieu choisir de se laisser prendre dans le piège d’une trappe à pauvreté.

Trouver les déterminants de l’équation de la croissance ne suffit pas. Il faudrait également réfléchir à l’épineuse question des choix d’investissements. Assurément, investir dans la recherche prendra la suite du capital, et permettra à ce dernier de se multiplier. Lorsqu’on y regarde de prés, le capital comme nous l’avons mentionné plus haut, est représenté par des machines, et des machines à leur tour son produite par la recherche. Une fois de plus le tandem recherche/capital se vérifie. Mais est-ce possible d’investir dans tous les secteurs ?

Au lendemain des indépendances, l’industrialisation au Cameroun était sur une bonne voie. La crise des années 1980 a mis un coup d’arrêt au dynamisme de son économie, qui était en plein essor. Beaucoup d’entreprises de l’époque avaient été ainsi contraintes de mettre la clé sous la porte. Les politiques d’ajustement structurel avaient eu raison de nombreuses industries. Ces plans d’austérité imposés par les institutions de Bretten Woods pour sauver ces pays, ont littéralement changé la perception du développement des économies africaines et particulièrement celle du Cameroun. Les plans quinquennaux cédaient la place à des politiques court-termistes, qui ont freiné l’idée d’une vision de développement à long terme. Le Fond Monétaire International avait donc choisir de resserrer la vise en Afrique Subsaharienne, là où aujourd’hui, la Banque Centrale Européenne ou la Fed aurait intervenu massivement en injectant de la liquidité. Les économies africaines s’étaient donc retrouvées noyées pendant des années de crise au point d’en oublier la signification du mot investissement. Si les politiques d’investissement contribuent au développement économique, ce n’est pas pour autant qu’elles sont toujours bien orientées.

Energie : Le sang qui coule dans le corps

Le premier investissement à mon sens à réaliser est celui de l’énergie. La production énergétique est comme du sang qui irrigue le corps. Des entreprises pour fonctionner ont besoin d’énergie. Cet investissement est donc crucial pour toute nation qui ambitionne de se lancer sur le chemin de la croissance. La résolution de l’équation énergétique entrainera à moyen terme des phénomènes de spillovers dans l’économie. C’est l’énergie qui fera fonctionner les usines de production et de transformation, et ce de façon industrielle. Elle alimentera d’autres secteurs économiques tels que l’agriculture et les services. Selon moi, l’énergie figure parmi les premiers secteurs régaliens par essence. Il devrait donc nécessairement figurer au premier chef des programmes politiques des candidats potentiels à la tête du pays. Sur ce point, le Cameroun enregistre un déficit énergétique chronique de l’ordre de 100 MW, avec une demande qui croit de 7,5% par an.

L’autre secteur d’investissement est la production des véhicules utilitaires. Sur ce plan, le gap de développement entre le nord et le sud est immense. Le besoin en infrastructures est criard. Il faudrait construire des autoroutes, des chemins de fer, des ponts, des aéroports, des ports, etc. Les véhicules utilitaires sont des outils fondamentaux pour le secteur des BTP, qui est d’une importance capitale. Le développement du BTP contribuera à révolutionner la fourniture des services publics tels que l’eau, l’internet, l’énergie, etc. Les liaisons entre des grands centres urbains et l’arrière pays seront rendues possible au profit du secteur touristique. En effet, le Cameroun ne dispose pas toujours d’unités de montage de véhicules utilitaires tels que des camions, des « Caterpillar », de tracteurs, des moissonneuses-batteuses, etc. La production de véhicules utilitaires sera nécessaire afin d’accompagner tout projet de développement sur place. Ces machines outils sont utiles à tous les secteurs de l’économie.

De son coté, le secteur privé est appelé à s’imposer, à proposer des investissements dans tous les secteurs de l’économie. L’État devrait impérativement jouer son rôle en accompagnant les acteurs économiques. Les entreprises privées seront jugées par leur capacité à innover, à produire de façon la plus efficace possible. Les meilleures solutions technologiques, qui seront en phase avec le contexte local, devront avoir davantage de crédit aux yeux de l’État. La concurrence entre les entreprises privées locales sera appelée à s’intensifier au profit des consommateurs.

Une fois l’équation de l’énergie résolue, les chaînes de transformations industrielles devraient impérativement voir le jour dans les domaines agricoles et particulièrement ceux des produits de rentes tels que le cacao, le café, le pétrole, l’hévéa, le coton.

La question qu’on pourrait se poser est de savoir s’il y aura suffisamment de ressources humaines qualifiées pour conduire accompagné cette transformation. À défaut de former le personnel sur place par le biais des joint-ventures, une des solutions consiste à attirer ces qualifications en proposant des salaires élevés. Cependant, il convient de noter que le système éducatif Cameroun n’est pour autant le plus mauvais du continent. De nombreux progrès ont été réalisés ces dernières années avec l’ouverture des facultés de génie industriel. La mini-révolutionne industrielle ne sera plus qu’à l’avantage de tous les acteurs économiques. L’économie sera donc de plus en plus tournée vers une production industrielle moins exposée aux risques de marché comme les matières premières. La Chine l’a bien compris en recentrant ces dernières années son modèle économique sur la consommation interne.

Une industrie locale forte synonyme d’excédents commerciaux

Si le capital devient abondant dans l’économie, la compétitivité du pays pourrait donc être exportée à l’international. Les entreprises tournant à plein régime pourront par conséquence proposer des produits finis, à forte valeur ajoutée sur les marchés mondiaux. Le pays va donc enregistrer à terme si ces produits se comportent bien, une balance commerciale excédentaire. La mondialisation ne fera plus peur à personne, le risque de crise ne sera plus d’actualité, puisse notre économie aura quitté la zone de trappe à sous-développement. L’économie camerounaise a donc beaucoup de choses à proposer au reste de la planète si ces investissements étaient réalisés.  

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