Un vent de déflation souffle sur l'Europe

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EU flags waving in front of European Parliament building. Brussels, Belgium

A peine la crise des dettes souveraines en voie de se terminer (ce qui est encore loin d’être le cas dans tous les pays dits « du sud »), qu’une nouvelle crise semble se profiler à l’horizon. En effet l’Espagne et l’Irlande vont retrouver leur entière souveraineté vis-à-vis des plans d’aide dans les semaines qui suivent. Ces deux pays ont choisi de repartir dans la nature sans filet de sécurité, un choix raisonné suite à l’amélioration de leurs secteurs bancaires et à une confiance des marchés retrouvées.

Néanmoins un nouveau phénomène est apparu ces derniers mois, celui d’une baisse des prix dans la zone euro. C’est une inflation constaté à 0,7% en octobre qui a tiré la sonnette d’alarme, un pourcentage bien éloigné de l’objectif de 2% d’inflation édicté par la BCE. Encore une fois, tous les pays ne sont pas logés à la même enseigne, l’Allemagne est à 1,2%(plus bas historique notable) et la France à 0,7% mais l’inquiétude se porte sur les pays qui ont subit des plans de rigueur drastique : L’Irlande, l’Espagne et le Portugal ont une inflation nulle, le cas de la Grèce reste encore le plus inquiétant ou la déflation est bien installée (-2%). On ne peut s’empêcher de penser au risque d’un spirale déflationniste comme celle qui touche le Japon depuis bientôt 20 ans et dont il semble extrêmement difficile d’en sortir. Cependant il convient de s’interroger si les deux situations sont bien comparables.

Tout d’abord analysons la source de cette baisse des prix. La plupart des économistes s’accordent à dire que cette baisse des prix est la résultante de celle des salaires dans les secteurs privées et publics des pays concernés. Ils sont néanmoins divisés quand aux mesures à prendre ainsi qu’à l’importance à accorder à cette nouvelle. La BCE a réagit en abaissant son taux de refinancement de 0,5% à 0,25%. Il semble que cette mesure sera peu efficace. En effet depuis des décennies les politiques monétaires ont de moins en moins d’impact du fait de la hausse de l’endettement public et privé(en effet plus on est endetté plus on risque de payer cher son emprunt et une faible baisse des taux de 0,25% ne suffit pas à modifier leur décision en matière d’investissement) mais aussi plus marginalement par le vieillissement de la population qui nécessite moins de crédit, soit étant déjà propriétaire soit trop âgé pour contracter un emprunt.

Mais plus grave encore, et ici on peut faire un parallèle avec les Etats-Unis et la planche à billet de la FED, le volume important de liquidités injectée dans le marché ne sert plus l’économie réelle et entretiens le risque que les investisseurs utilisent ces capitaux pour des actifs à plus fort rendement (obligations, immobiliers, actions), faisant artificiellement monter les prix  et créant des bulles spéculatives comme on l’a vu avec l’exemple des subprimes. Il existe aussi un risque de dépendance des marchés à cet argent facile que représente la liquidité au taux très bas. Une relance par l’économie réelle serait beaucoup plus solide et durable qu’une relance par un flot de liquidités. Il est donc fort probable que cette baisse des taux directeurs aura peu d’influence sur l’inflation.

Du fait de la monnaie unique, les pays de la zone euro sont dans l’impossibilité de dévaluer leur monnaie, c’est donc via une dévaluation interne à travers une baisse des salaires qu’ils espèrent retrouver leur compétitivité et ce n’est qu’une fois cela fait qu’ils pourront à nouveau ré augmenter les salaires et les prix repartiront à la hausse. Il s’agit du scénario optimiste cela dit qui est basé sur l’hypothèse d’une compétitivité retrouvée, car en effet une stagnation des prix voir une déflation ne serait pas sans conséquences sur les dettes étatiques. En effet jusqu’à présent les pays du sud empruntaient à des taux plus élevés qu’à l’heure actuelle mais il faut regarder l’inflation qui est directement corrélée afin de déterminer le taux réel. L’Espagne se vante d’emprunter à des taux historiquement bas de 4% mais avec une inflation à 0% le taux réel est supérieur à celui durant la crise.

En conclusion bien que la crise des dettes souveraines semble s’éloigner de la zone euro, cette nouvelle crise potentielle de la déflation pourrait la ramener quelques années en arrière. Ce scénario est tout à fait viable.

Thibault PARGUEY