Un courant de protectionnisme financier

0
257

La crise des subprimes, la crise des dettes souveraines et enfin la crise de la zone euro ont quelques peu bouleversé une dynamique de globalisation financière enclenchée dans les années 1970 et 1980 respectivement aux Etats Unis et en Europe. Ces remises en question successives ont eu pour effet de faire naître une tendance (un courant de protectionnisme financier) « de replis sur soi ». 

Cette dynamique se fait ressentir à plusieurs niveaux : l’allocation de l’épargne privée à l’échelle internationale, le déploiement des activités bancaires à travers le positionnement multinational de groupes banquiers et enfin la monté en puissance de politiques nationalistes et contraignantes. Il est également légitime de se demander si cet élan est temporaire ; contrecoup des années de crise ou si il s’agit d’une évolution structurelle ; transition cyclique logique de l’histoire.

Depuis les lois de déréglementation financière, les capitaux privés transitent librement et bénéficient d’une importante palette de choix de placements possibles en fonction de la quête de rendement de diversification des investisseurs. Dans ces conditions, le lien entre épargne domestique et investissement domestique est faible.

protectionnisme financier

Or, selon les données de la banque centrale européenne, la corrélation entre épargne et investissement domestique n’a cessé de se renforcer dans les pays de l’OCDE depuis 2007, et plus particulièrement de manière forte dans la zone euro. Si l’on s’intéresse à la détention d’obligations émises par les Etats et les entreprises privées, les données du Fonds Monétaire Internationale montrent que la part des titres détenus par des résidents étrangers est passée de 29% au début de 2007 à 26% à la fin de 2012, alors qu’elle avait augmenté de 21 à 29% entre 2001 et 2007.

Le repli financier s’observe d’autre part dans l’évolution de l’activité bancaire. Si nous prenons l’exemple des banques européennes, après une forte internationalisation de leurs activités entre la fin des années 1990 et le début de la crise des subprimes, ces dernières ont vu leur part de ces activités redescendre fin 2013 à ce qu’elle était au début des années 2000.

Une partie de la dés internationalisation des activités interbancaires européennes s’explique par la baisse des financements internationaux reçus par les banques des pays en crise de la zone euro ; Grèce, Espagne, Portugal, et Irlande. Mais le mouvement est général, de l’Allemagne au Pays bas, en passant par la Belgique, la France ou l’Italie, tous les établissements de la zone euro ont reçu moins de financements et ont moins prêté à leurs confrères étrangers depuis six ans.

Cette méfiance de prêt entre les banques de la zone euro vient de la volonté de contenir le risque systémique, facteur majeur de la contagion de la crise américaine des subprimes à l’ensemble de la planète financière.

Nous notons enfin une montée de protectionnisme financier à l’égard des investisseurs étrangers motivés par les pouvoirs politiques. En ce lendemain des élections européennes de 2014, outre le taux d’abstention s’élevant à 56%, ces dernières sont marqués par une poussé des partis nationalistes et europhobes, lesquels ont remporté leur voix grâce à des discours prônant le relèvement des frontières, un contrôle sévère des marchés financiers et plus généralement une suppression du projet communautaire européen ainsi que de la monnaie unique.

Malgré le manque d’unité flagrant qu’il peut exister entre ces différents partis siégeant au parlement Européen, on peut s’inquiéter de la prise en considération de l’expression de cet électorat par les pouvoirs en place qui pourraient, à des fins de captation de voix proposer des lois allant dans leurs sens. C’est notamment le cas d’ un accord Franco-allemand proposant la taxation des transactions financières.

Cet accord a été largement véhiculé par le nouveau gouvernement français lequel a été élu entre autre sur un programme de critique des marchés financiers et de contrôle des flux. On se rappellera en outre en 2006 que le gouvernement Français a annoncé une série de mesures visant à protéger les entreprises françaises des OPA hostiles.

Le gouvernement français a défini une liste de secteurs stratégiques pour lesquels il souhaitait être informé en cas de menace de rachat par des fonds étrangers. Cette volonté politique se justifie par l’importance stratégique de conserver les compétences et savoirs faires liés aux secteurs de l’armement, des réseaux de télécommunication ou encore du nucléaire.

Malgré ces vents contraires, la dynamique de globalisation de l’économie mondiale continue de suivre une pente ascendante. Ces volontés de retour en arrière et de méfiance est symptomatique des périodes de crises. L’importance de ces inerties est proportionnelle aux violences et aux fréquences des crises que nous vivons depuis la chute de Lheman Brothers en 2007.

La baisse de l’activité internationale bancaire par exemple s’explique en partie par la volonté de réduire leur dépendance vis-à-vis des sources de financement et de placement étrangers, lesquels s’avèrent actuellement instables. De plus, la crise des dettes souveraines européennes et la défiance qu’elle a provoquée aux yeux des investisseurs Américains réduisent de manière structurelle l’accès aux ressources en dollars des banques Européennes.

Les dernières années ont été clairement marquées par un mouvement de démondialisation financière, cependant la très grande majorité des changements de réglementations opérés ces dernières années continue à aller dans le sens d’une plus grande libéralisation des investissements internationaux.

La part de ceux qui instaurent d’avantage de protectionnisme vis-à-vis des firmes étrangères progresse et cette tendance trouve naturellement son explication dans le cycle économique baissier que nous traversons actuellement. Il faut attendre encore pour apprécier le caractère irréversible ou non des évolutions en cours mais la tendance profonde de globalisation reste le principal vecteur économique de notre siècle.

Yann JANEL

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here