Une mutation des marchés financiers drivée par les deals M&A et de Private Equity ?

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Que ce soit les grands cabinets d’audit ou les banques d’investissement ou encore les marchés financiers les plus connues, il semblerait qu’ils soient tous sur la même longueur d’onde : cette année 2018 connait un nombre de deals sans précédent et semble se poursuivre sur la même trajectoire.

Étonnamment, alors que la mondialisation se fait de plus en plus prégnante au fil des années, il appert après consultation des différents avis des plus grands institutionnels du M&A et du Private Equity (PE) que les plus gros deals auront toujours lieu dans les économies les plus développées et non dans les pays émergents (Chine exclus).

Malgré un début d’année réjouissant pour les opérations M&A annoncées, qui pour le premier semestre 2018 représentent $2500 milliards1, en hausse par rapport aux $2300 milliards de 2007, force est de constater que les différents événements en Europe ou aux Etats-Unis et en Chine – guerre commerciale, attaque & sauvetage d’Italia Telefonica par des fonds activistes, hausse décalée des taux d’intérêts entre la FED et la BCE, l’impact d’un éventuel Brexit qui tarde à prendre forme etc. – installent quelques doutes quant à la force des marchés financiers à moyen terme.

Ceci étant, la chute des marchés en février a été présentée par les experts comme une correction liée à la tendance haussière de 2017. Cette correction a permis de retrouver la volatilité perdue sur les marchés et on remarque aujourd’hui que celle-ci a été comblée sans pour autant pouvoir faire de plus haut significatif. La stagnation des cours des marchés traduit l’atmosphère d’incertitude dans laquelle les investisseurs se retrouvent, compte tenu des événements évoqués au paragraphe précédent.

Le Private Equity toujours porteur…

Les événements macros n’ont, au premier trimestre 2018, semble-t-il, pas encore affecté le marché du Private Equity (PE) puisque le cabinet EY constate une hausse, à l’échelle mondiale, des closing de deals sur le premier trimestre 2018 comparativement au premier trimestre 2017.

marchés financiers

Source: EY Q1 2018 PE report

Cette bonne performance peut être due aux levées de capitaux exceptionnelles de l’année dernière, où les fonds de PE ont attiré plus de $640 milliards, ce qui a nécessité de faire travailler le capital ainsi levé. Cependant, les premiers chiffres pour le deuxième trimestre semblent moins prometteurs en ce qui concerne l’Europe avec un recul général des closing de deals sur la même période attribué à l’instabilité politique à laquelle certains pays, tels que l’Angleterre et l’Italie, font face.

Nonobstant cette vue en demi-teinte et compte tenu des incertitudes sur les marchés financiers, de plus en plus d’analystes recommandent d’alléger le portefeuille actions pour passer sur une gestion alternative où certains types de fonds alternatifs performent mieux que les fonds traditionnels sur un marché bearish.

Ces recommandations sont confortées par l’étude d’EY qui révèle que 55% des fonds existants de Private Equity chercheront cette année à créer un nouveau fonds avec, pour 60% d’entre eux, la certitude de voir ce fonds lever plus de capital que les fonds actuels.

Si les instabilités macros actuels persistent voire s’amplifient alors il se peut que la récession crainte par certains économistes se réalise, ce qui engendrera très certainement un désinvestissement d’une partie du capital investi dans les marchés financiers vers les marchés privés.

Et des deals M&A toujours plus gros…

Selon Bain & Capital mais aussi JP Morgan & Chase, les secteurs M&A les plus en vue aujourd’hui concernent les secteurs de la santé (Pharmaceuticals&Healthcare), de la technologie (Technology, Media&Telecommunication) ainsi que le secteur de la consommation (Consumer&Retail).

Cette tendance qui se dessine dans les secteurs susmentionnés est constaté par les activités de grands groupes qui sont aujourd’hui de plus en plus agressifs dans leur politique d’acquisitions tels que Philips à travers son plan Accelerate qui est d’acquérir diverses sociétés dans le domaine de la santé principalement, tout comme General Electrics qui désinvestit2 la sphère de la manufacture de matériels ferroviaires et d’éclairage pour se porter aussi sur le secteur de la santé.

Au-delà de ces sociétés nous constatons l’émergence de mega-deals en quantité de plus en plus importante comme l’acquisition de Shire par Takeda pour près de $77 milliards, le rachat de Script Holdings par Cigna à hauteur de $68 milliards ou encore la bataille entre Comcast et Disney pour acquérir le studio 21st Century Fox, qui s’élève pour l’instant, compte tenu de la dernière offre faite par Disney, à hauteur de $80 milliards.

Ce type d’opérations risque de s’intensifier d’autant plus depuis le jugement rendu aux Etats-Unis, en juin dernier, sur le dossier United States vs. AT&T, où le juge a estimé que l’acquisition de Warner Time par AT&T ne constitue pas une violation des règles antitrusts.

Les groupes cash rich mais réticents à lancer des opérations M&A d’envergure au risque de se faire épingler par le Department of Justice (DoJ) ou par la Securities Exchange Commission (SEC) passeront certainement l’arme à gauche, soutenu plus encore par des actionnaires très particuliers dont le rapport de JP Morgan&Chase fait référence : les activistes.

Cela fait écho au rapport de Deloitte, sur la problématique des deals M&A, qui rapporte que 65% des sociétés interrogées par leur étude souhaite utiliser leurs disponibilités pour entreprendre des opérations M&A contre 58% d’entre eux l’année précédente. Il ressort de cette étude que les corporates auront tendance, pour créer de la croissance, à plus compter sur la croissance externe qu’organique.

Conclusion

L’année 2018 semble prometteuse tant du point de vue du nombre de deals M&A et de leur importance mais aussi des deals de PE et ce malgré des marchés financiers quelque peu malmenés.

Plusieurs choses semblent se dessiner : tout d’abord la performance décevante des marchés actions influencée par les éléments macros qui, si la tendance continue dans ce sens, va voir le capital des marchés financiers passer vers les marchés privés, sur lesquels les fonds de PE, et plus largement les fonds alternatifs, opèrent.

Ensuite, la tendance semble converger vers une volonté manifeste d’acquérir des sociétés déjà matures, qui possèdent des multiples importants et non plus majoritairement des start-ups comme ce qui pouvait se faire par le passé – à quelques exceptions près, comme le secteur des Fintech. Les raisons à cela sont liées à un climat économique plus incertain, qui ne favorise pas la prise de risque, des disponibilités importantes et une régionalisation des deals.

En effet, les deals intercontinentaux semblent, de manière générale, se tasser et on peut se demander s’il n’y a pas là une volonté de protectionnisme compte tenu du climat politique international actuel.

De ce fait, si les deals sont de taille conséquente alors on peut penser que les effets de synergie seront plus importants et une attention toute particulière sera portée sur la qualité des due diligence pour estimer au mieux l’éventuel goodwill à payer.

Globalement, les secteurs de M&A et de PE semblent avoir de beaux jours devant eux malgré une conjoncture qui n’en reste pas moins tendue et un marché en pleine transformation.

Bibliographie

https://www.journaldunet.com/economie/magazine/1210252-private-equity-la-france-royaume-des-deals-au-premier-semestre-wansquare/https://www.ey.com/gl/en/industries/private-equity/ey-2018-global-private-equity-survey

http://www.bain.com/publications/articles/asia-pacific-private-equity-report-2017.aspx

https://www.jpmorgan.com/jpmpdf/1320744801603.pdf

https://www.bloomberg.com/news/articles/2017-09-26/siemens-to-merge-rail-operations-with-french-rival-alstom

https://www.lesechos.fr/06/02/2018/lesechos.fr/0301258729817_bourse—les-cinq-grandes-incertitudes-pour-2018.htm

https://www.ey.com/Publication/vwLUAssets/ey-pe-capital-briefing-april-2018/$FILE/ey-pe-capital-briefing-april-2018.pdf

AGEFI HEBDO N°621 du 5 juillet 2018, p.26-27

The Economist, p.58, November 18TH-24TH 2017 issue (General Electrics)

1 AGEFI Hebdo n°621 du 5 juillet 2018, p.26

2 A hauteur de $20 milliards d’ici 2020

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