Les investisseurs ont-ils raison de shoter autant?

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Des sociétés comme General Electrics (GE), Altice, Tesla, Inna pharma ont perdu la confiance de leurs actionnaires en raison, majoritairement, d’une équipe dirigeante (management) faible ou maladroite conduisant à des résultats décevants.

Résultat, les actionnaires vendent (short) leurs titres en portefeuille par, le plus souvent, un mouvement de panique liée à l’exposition médiatique de la société.

Pour autant GE et Tesla sont deux sociétés qui prennent les problèmes à bras le corps et décident de développer une société saine.

En réagissant fortement aux nouvelles médiatiques, les investisseurs ne font pas forcément le bon choix de vendre précipitamment ces valeurs.

Cependant le shortage extrême d’Altice et d’Innate pharma représente un choix plus raisonnable pour l’investisseur sensible à la prise de risque.

Il est important pour un investisseur de faire la part des choses et de savoir où se trouve l’information pertinente qui, la plupart du temps, ne se retrouve pas dans les media.

Les investisseurs ont-ils raison de shorter autant ?

Cette année a particulièrement été marquée par la fin de la tolérance des actionnaires accordée aux sociétés dans lesquelles ceux-ci ont investi. Certains cours boursiers ont baissé brutalement pour diverses raisons comme des résultats moins bons qu’annoncés ou des révélations concernant la solidité financière de certaines sociétés.

La perte de confiance des investisseurs reflète souvent le manque de vision des dirigeants à développer leur société ou l’attrait des investisseurs à spéculer sur le marché afin de dégager une plus-value indépendamment des fondamentaux.

Ainsi, peut-on dire que les mouvements brutaux des cours sont-ils réellement justifiés ?

Une mise en évidence d’un management déficient

Comme susmentionné, une raison majeure de perte de capitalisation boursière réside pour les actionnaires à voir la société performer moins bien qu’espérer. Ce manque de performance a bien souvent pour origine une conjoncture économique défavorable ou un manque d’implication du management dans le développement de la société.

En ce qui concerne la seconde raison, plusieurs exemples peuvent être mis en lumière pour l’année 2017 tels que General Electrics (GE) et Altice.

GE a connu une année compliquée, avec un cours qui a chuté de moitié cette année, ramenant le prix de l’action d’environ 30 euros en début d’année à environ 15 euros fin novembre. Pour remédier à la perte de confiance des actionnaires, GE se trouve aujourd’hui en pleine transformation1 pour pouvoir effectuer les changements qui s’imposent. Certaines décisions prises par John Flannery, notamment celle de diviser par deux le montant des dividendes attribués, sont venues s’ajouter au mécontentement déjà présent des actionnaires à qui on avait annoncé de meilleurs résultats que ceux réalisés.

Malgré la chute de l’action GE, il est raisonnable de penser à une reprise d’efficacité opérationnelle de la société d’ici un à deux ans, sachant que M.Flannery a déclaré ses intentions de vendre les actifs2 des activités de productions de matériels ferroviaires et d’éclairages industriels. Cette restructuration montre la volonté de la direction à réduire la taille du groupe afin de se concentrer sur les activités dans lesquelles GE s’est fait connaitre et possède une expertise poussée : l’énergie (principalement).

Toutes les décisions prises par le nouveau PDG démontrent une implication du management dans la rationalisation des coûts opérationnels et la maximisation des bénéfices, mais celles-ci n’ont pas empêché la société d’être mal perçue par le marché qui a vraisemblablement surréagi.

Le second cas de société sanctionnée pour manque d’efficacité managériale, et par extension de résultat financier, est celui d’Altice. Le problème d’Altice a été la combinaison d’une minoration des 51 milliards d’euros de dette et d’un résultat au troisième trimestre (Q3) plus décevant que prévu3, publié le trois novembre.

Ces problèmes peuvent être mis en lumière par l’historique du cours représenté ci-dessous, où l’on voit clairement le titre perdre de sa valeur trois jours avant publication du Q3 et littéralement décrocher après publication des résultats :

Le cours du titre a été divisé par plus de deux depuis début novembre pour descendre en dessous de 7,50€ fin novembre liées aux raisons sus évoquées

Source : Boursorama

Patrick Drahi qui conserve, pour l’heure, encore 60% d’Altice a décidé d’organiser des plans de restructuration de la dette jusqu’en 20214. Il se peut qu’Altice se trouve dans l’incapacité de faire face à son passif à moins que M.Drahi ait une vision pour l’avenir, ce qui, pour le moment, ne semble pas être le cas5. La sanction d’Altice par les actionnaires semble ici être justifiée.

Un manque de réalisme des objectifs annoncés

Dans un registre quelque peu différent quoique pas si éloigné, le titre Tesla a connu une montée assez extraordinaire depuis le début d’année alors que celui-ci n’était pas à plus de $225 et est monté jusqu’à $380 avant de perdre plus de 20% de sa valeur boursière en à peine deux mois de temps, majoritairement en raison de difficultés de production du dernier modèle, le « model 3 ». Elon Musk, connu pour fixer un agenda trop restreint par rapport aux objectifs visés, se retrouve sanctionné par les actionnaires, qui pour un certain nombre l’ont shorté pour des raisons spéculatives.

Ceci étant, Tesla arrive néanmoins à créer un attachement particulier auprès de son actionnariat, grâce en grande partie à la vision de Musk, et ce malgré un défaut de dividende6.

Ainsi, le mouvement du cours à la baisse n’avait pas de réelle raison d’exister, ce n’est pas la première fois que Tesla rencontre des problèmes et se retrouve à devoir les surmonter, mais le titre n’a, financièrement, pas de raison d’être autant valorisé de base.

Un manque de conviction des actionnaires

Plus récemment encore que la perte phénoménale d’Altice, Innate pharma a perdu 40% de sa valeur boursière mercredi 22 novembre, soit environ 200 millions d’euros. En cause, des résultats décevants concernant l’étude clinique d’une molécule dans le traitement de cancers tête et cou. Le programme semble toucher à sa fin et avec celui-ci un partenariat impliquant la société américaine Bristol-Myers Squibb et leur molécule nivolumab.

Nous pouvons penser qu’il s’agit ici d’une perte de confiance dans les investisseurs lié à des progrès qui étaient encourageants sur ce programme en 2016 mais il n’empêche que le développement de la société ne repose pas uniquement sur cette molécule.

Il semblerait que les actionnaires sont sensibles aux mauvaises nouvelles de sociétés bio-tech, particulièrement en ce qui concerne le développement de nouveaux procédés ou molécules permettant de guérir des maladies. Il suffit d’un problème en rapport avec un projet ayant subi une exposition médiatique assez importante, en comparaison au reste des projets de la société, pour voir cette dernière perdre toute crédibilité aux yeux du marché.

Dans un même temps, on peut comprendre la crainte des actionnaires au vu du peu de succès des nombreuses bio-techs existantes, de plus en plus nombreuses à intégrer les marchés financiers.

Innate pharma a sans doute mal gérée sa communication auprès du grand public et a échoué à faire comprendre aux actionnaires ce qu’elle faisait et la variété (relative) des projets dans lesquels elle s’investit.

A travers ces différents exemples, tout nous laisse croire que la plupart des investisseurs en bourse se contentent de gérer leur portefeuille en fonction de nouvelles médiatiques et non en se fondant sur les fondamentaux ou l’analyse financière de la société ciblée.

Il va sans dire que ce genre de comportement peut entrainer une surévaluation ou une sous-évaluation de certaines sociétés et laisse aux initiés des opportunités d’arbitrer leurs contreparties, si tant est que le mouvement de cours n’est pas justifié.

Dans un environnement d’actualité permanente, il est difficile de dissocier l’information pertinente du lot. La prise de décision de nombreux investisseurs de vendre ou d’acheter un même titre résulte plus d’une décision à chaud eu égard à une information survenue dans les media, accentuée par un manque d’anticipation, que d’un acte mûrement réfléchi. Le volume tradé a pour conséquence d’augmenter momentanément la volatilité et déclenche ainsi les stop-loss de certains faisant plonger le titre un peu plus encore.

Bibliographie

Par ordre chronologique de l’article

The Economist, p.58, November 18TH-24TH 2017 issue (General Electrics)

Nouveau PDG de GE et date de nomination: https://www.ge.com/reports/john-flannery-named-chairman-ceo-ge/

Perte de confiance des actionnaires dans Altice: http://www.businessinsider.fr/altice-bourse-engagements-fin-rumeurs-20-novembre-2017

Rapport 3ème trimestre Altice  : file:///C:/Users/N.DUVOISIN/Desktop/Altice%20Ltd/ALTICE%20Q3%202017%20Results%20Presentation%20vFinal.pdf

Perte de vitesse de Tesla http://pro.largus.fr/actualites/general-motors-depasse-a-nouveau-tesla-en-bourse-8622389.html

http://www.zonebourse.com/INNATE-PHARMA-35620/actualite/INNATE-PHARMA-chute-apres-une-mauvaise-nouvelle-concernant-lirilumab-25561395/

Eviction du PDG de Ford pour manque de performance vis-à-vis de la technologie populaire utilisée par Tesla : http://trends.levif.be/economie/entreprises/si-le-pdg-de-ford-a-perdu-son-job-c-est-a-cause-du-syndrome-tesla/article-opinion-671611.html

Innate pharma perd en valeur : http://www.zonebourse.com/INNATE-PHARMA-35620/actualite/INNATE-PHARMA-chute-apres-une-mauvaise-nouvelle-concernant-lirilumab-25561395/

1 Jeffrey Immelt a été remplacé par John Flannery au 1er août 2017

2 Les actifs sont valorisés à 20 milliards de dollars

3 Des actionnaires ont intenté une « class action » le 14 novembre à l’égard d’Altice pour diffusion de fausses informations et minoration de la dette, ce qui se rajoute au climat morose au sein du groupe

4 Patrick Drahi a réussi à repousser plusieurs échéances de remboursements mais devra faire face à des remboursements importants à compter de 2022 pour un montant estimé à 9 milliards d’euros et 7 milliards d’euros supplémentaires l’année suivante ce qui sera possible seulement si le groupe

5 Le groupe ne pourra rembourser ses dettes que s’il arrive à dégager des cash flows constants jusqu’en 2022 alors que SFR a perdu un million de clients en un an et y « remédie » en licenciant 5000 salariés

6 La société n’a jamais affiché un compte de résultat positif depuis sa création.

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