Les Sources de Financement des Fonds Souverains

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Souvent décriés et assez opaques, les fonds souverains restent une manne d’hypothèses et de doutes. Gouvernements, investisseurs et citoyens se questionnent quant aux réelles intentions d’investissement de ces fonds ou encore les moyens par lesquels ils ont constitué leurs réserves de change. Nous allons voir ici la façon dont ils se procurent ces imposantes réserves de change.

Si les fonds souverains sont souvent perçus comme agressifs et dangereux, c’est majoritairement pour des raisons de provenance. En effet, leur répartition géographique est plus que déséquilibrée. Nous pouvons constater que la majorité d’entres eux, 75%, proviennent de deux régions étant l’Asie et le Moyen Orient. (Source: www.swfinstitute.org)

On se demande alors la raison pour laquelle ces régions possèdent davantage de fonds que l’Europe ou les Amériques. Il va s’agir en premier lieu des réserves de matières premières avec principalement le pétrole. Ces réserves de matières premières vont être la source de financement de l’Afrique et surtout du Moyen Orient.

Viennent ensuite les réserves de change de l’Asie qui vont provenir non pas d’une rente minière mais d’une rente salariale étant donné que cette région du monde est bien moins exposée aux matières premières que les autres régions (quoique…). Grâce au très précieux site internet, www.swfinstitute.org, qui a su regrouper un nombre impressionnant d’informations sur les fonds souverains, nous avons pu déterminer la répartition des provenances de financement et le constat y est étonnant.

Effectivement, 70% des ressources proviennent des matières premières, dont 51% issues du pétrole. Vient en deuxième le gaz avec 9% alors que le reste ne représente pas plus de 3%. En ce qui concerne les ressources non minière ou pétrolière, elles n’en sont pas moins importantes avec 30% du total et proviennent donc de la rente salariale grâce aux ventes de produits technologiques (Corée du sud), de biens de consommations (Chine), voire d’immobilier (Singapour).

Notons également que les sources de financement des fonds ne proviennent pas exclusivement d’une seule ressource. A titre d’exemples, les sources du fonds du Botswana proviennent à la fois des diamants et de la rente minière alors que les ressources du Timor Oriental sont le gaz et le pétrole. Mais alors, comment ont-ils réussi à se procurer des réserves de change ?

Suite à la crise Asiatique de 1997, les pays asiatiques en développement ont décidé de changer leur stratégie de croissance en s’orientant vers un besoin d’accumulation des excédents commerciaux dans le but unique de cumuler de la réserve de change. Cette nouvelle stratégie a été la clé de voute de leur politique de croissance et ceci par le biais des exportations.

Cependant, ces exportations n’ont pu être possibles que par une appréciation de leur monnaie très limitée. Les devises asiatiques étant plus faibles que l’US Dollar ou encore l’Euro, les exportations ne peuvent que croître. Les pays dévaluent leur monnaie volontairement pour que leur compétitivité soit plus forte.

Cette compétitivité étant positive, elle favorise les exportations de biens et services. Ainsi, la zone Asie est très attractive pour les pays importateurs. Lorsqu’une entreprise prend la décision d’importer c’est tout simplement parce que cette méthode est beaucoup plus rentable qu’une fabrication nationale.

Des facteurs tels que la main d’œuvre très bon marché ou encore les faibles coûts de production à l’étranger accroissent les exportations chinoises et donc son excédent commercial. De cette façon, depuis 1998, les pays asiatiques connaissent chaque année des excédents de balance commerciale représentant entre 12 et 4% de leur PIB. La Balance commerciale en pourcentage du PIB des pays emergents d’Asie et d’Amerique Latine (Source: Flash économie NATIXIS du 23/01/2012: “Que se passe-t-il si les pays émergents protègent leur demande intérieure)

Concernant la rente minière et plus précisément la rente pétrolière, les plus importants producteurs sont les Emirats Arabes Unit (EAU), l’Iran, le Koweït et en première place l’Arabie saoudite avec le chiffre impressionnant de plus de 10 millions de barils de pétrole produits par jour (BP Statistical revenue of world energy June 2011). Cette région représente à elle seule la plus grande réserve de pétrole au monde et par conséquent la plus grande réserve de liquidités que l’on appelle plus communément les «pétrodollars».

Le pétrodollar se définit comme un actif financier versé aux gouvernements par les compagnies extractrices de pétrole via des royalties. Cependant, on ne connait pas exactement la manne financière de ces pays, ce que les banques étatiques ou bien dans les structures ad hoc possèdent dans leurs avoirs. Il existe néanmoins deux problèmes majeurs posés par la rente pétrolière, étant:

  1. La répartition inégale de cette dernière du fait de la disparité qui existe entre les pays pour s’approvisionner en énergies fossiles.

  2. Du fait de la masse considérable de pétrodollars engendrée et gérée, certains fonds ne publient pas leurs états financiers. On peut alors se poser des questions quant à leur opacité et leurs stratégies.

C’est grâce aux fortes progressions des réserves de change provenant des rentes minières et salariales que les fonds souverains se sont vu croitre. Ces énormes réserves peu dynamiques à la base, firent l’objet d’une revalorisation de leur stratégie et ceci en se faisant confier à des fonds étatiques pour ainsi avoir une rentabilité plus élevée. D’un point de vue d’ensemble, les fonds étatiques sont des fonds d’investissements à haut potentiel et encore peu exploité.

Du fait d’un manque certain de transparence et de cette puissance latente, ces véhicules d’investissements inspirent la crainte. D’autant plus que certains fonds proviennent de pays à forts caractères géopolitiques et stratégiques comme par exemple la Chine ou la Russie. Nous n’avons ici développé qu’une infime partie du monde des fonds souverains. Un monde passionnant quand on s’y intéresse de plus près et dont chaque événement est à prendre en considérations.

Guillaume BARDON

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