Les rogues traders Français

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Businessman or stock broker with digital panels background

Suite à la crise financière de 2007-2008, des comportements de traders délinquants ont déferlé les sphères politiques et financières. La France a elle-même connu ses « rogues traders francais» qui ont bouleversé l’opinion publique. Fabrice Tourre, Bruno Michel  Iksil et Jérôme Kerveil représentent ces traders « voyous » à la Française. On peut se demander si ces situations sont comparables ? Quelles leçons peut-on tirer de ces séismes financiers ?

Des prises de risques titanesques

Jérôme Kerviel est un ancien trader en « delta one » de la société générale  et fut accusé le 19 Janvier 2008 d’avoir pris 49 Milliards d’euros de positions spéculatives sur des dérivés d’indices européens, à l’insu de sa hiérarchie. Afin de masquer ces nombreuses positions anormales, le trader a usé de nombreux stratèges : modifications de tableaux dans les bases de données, ou encore des centaines de  mails et des coups de téléphones douteux.

Il a ainsi pris des positions qu’il a couvertes virtuellement, simulant un « delta neutre ». On est donc en présence d’une fraude dans ce cas précis.

L’affaire de Fabrice Tourre, trader chez Goldman Sachs, fut tout autre. Surnommé « Fabulous Fab », il a poussé ses clients à parier sur la hausse des crédits immobiliers américains ; alors que lui-même, John Paulson un riche client milliardaire, et Goldman Sachs ont parié sur la position inverse.

traders francais

Les trader francais a donc créé un portefeuille complexe de crédits hypothécaires appelés Acabus qui avait pour objectif de tromper les investisseurs en réalisant des gains illicites basés sur l’effondrement du marché immobilier américain. Cette fraude a permis à John Paulson de réaliser un gain de 1 milliard d’euro et d’obtenir un bonus de 2 millions d’euros pour le trader, alors que les investisseurs de ce portefeuille ont perdu 1 milliard de dollars.

Suite à la révélation de l’affaire en Avril 2010, c’est l’attitude arrogante du Français qui fut soulignée. Le trader aurait en effet envoyé des mails personnels à sa petite amie de l’époque démontrant son cynisme sur la situation des produits immobiliers américains : « Seul survivant potentiel, Fabulous Fab », debout au milieu de toutes ces opérations exotiques. ».

On constate donc que la situation est différente à celle de l’affaire de la société générale, dans la mesure où Fabrice Tourre n’était pas un trader en « delta one » et qu’il n’a pas cherché à dissimuler ses pertes.

Bruno Michel Iksil, appelé « la Baleine de Londres », fut trader à JP Morgan et a occasionné 6,2 milliards de dollars de pertes en 2012. Ce surnom lui était donné dû aux tailles énormes de positions ouvertes qu’il avait engagées. La Baleine a ainsi effectué des paris risqués et ratés de plusieurs millions de dollars sur des produits sophistiqués : les CDS (Credit Default Swaps).

Il surprenait les marchés sur ses positions massives et largement optimistes sur un produit dont il lui était interdit de spéculer. On constate effectivement que le type de trading et de produits entre ces 3 traders francais furent différents. A titre d’exemple, il n’y a pas eu de fraude dans cette situation, mais une démesure de positions prises sur le marché. Le « Voldemort » de la finance aurait endossé le rôle d’un véritable spéculateur, alors qu’il était un simple investisseur chargé de couvrir le risque.

Des relations ambigües entre les banques et leurs traders

Le rôle des institutions financières entourant ces traders fut également différent. En effet, suite à la manœuvre de Fabrice Tourre, Goldman Sachs le nomme directeur général à Londres afin de développer un Acabus adapté au marché européen.

L’accord à l’amiable passé avec la SEC (Securities Exchange Commission) a finalement coûté 550 millions de dollars à Goldman Sachs, achetant notamment le silence du seul accusé. A la différence de Jérôme Kerviel, « Fabulous Fab » ne se retourne pas contre sa banque, puisque celui-ci semblait agir avec son accord.

Le rôle de la banque vis à vis de Jérôme Kerviel semble plus délicat. Jérôme Kerviel fut un excellent trader ayant des résultats passant de 6 à 55 Millions d’euros entre 2006 et 2008. On peut alors se demander comment le back office, le middle office, ses collègues ainsi que la direction ne se sont pas alertés quant à ses performances fulgurantes  du trader sur un marché sans risque.

L’enquête a révélé une absence de complicité, mais à une manipulation d’une partie du système informatique de la part du trader. Quelque soit la responsabilité réelle de la banque, il semble évident que Jérôme Kerviel a eu un comportement aberrant et irresponsable.

Comment un trader a-t-il pu prendre des positions de plusieurs dizaines de milliards de dollars, et ce, sans que la direction en soit averti ? Enfin, on constate un dysfonctionnement concernant le N+1 de Jérôme Kerviel. Comment la banque a-t-elle pu placer à la tête du desk de Jérôme Kerviel, quelqu’un n’ayant aucune expérience en trading ?

Evidemment seules quelques explications techniques de Jérôme Kerviel suffisaient à Eric Cordelle, son N+1, à éteindre toutes suspicions lors d’éventuelles alertes du middle office. Le rôle de JP Morgan concernant la Baleine fut également différent. Rapportant 100 Millions de dollars par an à son service, Jamie Dimon, PDG de la banque a décidé de fermer les yeux sur les agissements du trader.

JP Morgan a ainsi payé un accord à l’amiable de plus de 920 millions de dollars d’amendes à plusieurs régulateurs bancaires britannique et américains (la SEC, l’Office of Comptroller of Currency, la Réserve fédérale et l’autorité britannique de surveillance des banques), reconnaissant un manque de contrôle de ses traders et une violation de la loi fédérale.

Ainsi JP Morgan tout comme Goldman Sachs ont trouvé un accord à l’amiable afin de stopper l’hémorragie financière, alors que Jérôme Kerviel s’est retourné contre la Société Générale en lui rejetant les responsabilités des pertes occasionnées.

Des traders fous ?

Ces traders ont effectué des prises de risque ahurissantes pour les banques qui les ont employés. Quelles pourraient être les raisons de tels stratagèmes ? Jérôme Kerviel avait débuté sa carrière en Janvier 2000 au back office, puis suite à d’excellentes performances, il fut propulsé au middle office (en 2003) et au front office (en 2005).

Une fois arrivé en « delta one », Jérôme Kerviel s’attendait à être entouré « d’un monde bienveillant, intellectuel » ; or, ses nouveaux collègues étaient extrêmement élitistes et arrogants, ayant effectué les plus prestigieuses écoles de commerce et d’ingénieurs.

Il y a donc eu un décalage entre les attentes et la réalité de Jérôme Kerviel face au front office.  Ainsi, pour se faire une place dans ce nouveau monde, il prit de plus en plus de risques et spéculait sur des sommes de plus en plus faramineuses.  Le choc Kerviel est-il une affaire de complexes ?

De manière analogue, on peut se demander ce qui a pu pousser « la Baleine de Londres » à prendre des positions aussi démesurées. Celui-ci se vantait d’être capable de « marcher sur l’eau », alors que  Fabrice Tourre se félicitait « d’avoir vendu des produits Abacus à la veuve et l’orphelin » ! Ces traders francais ont certainement été victimes d’une arrogance et d’un égocentrisme démesurés.

Une étude en 2011  de l’Université de Saint-Gall a démontré que les traders francais possèdent « un comportement plus égocentrique et ont été plus enclins à prendre des risques que le groupe de psychopathes qui ont été soumis aux mêmes tests ». Il semblerait selon cette étude que les traders aient pour principale source de motivation d’écraser leurs adversaires, et ce, quel qu’en soit le prix.

Comment des traders francais peuvent-ils gérer ses émotions et maîtriser ses biais psychologiques ? Comment éviter la logique casino de « se refaire », incompatible avec le trading ? Un trader devrait se fixer un ensemble de règles strictes qu’il se doit de respecter à la lettre, tout en étant capable de maîtriser ses émotions afin de ne pas prendre de décisions irréfléchies.

Ces « rogues traders » ont évidemment entaché l’image du monde de la finance. L’affaire Madoff dont l’escroquerie a atteint plus de 50 milliards de dollars, reflète l’extrême sévérité des autorités américaines ayant jugé d’une peine de 150 ans de prison. De tels comportements délinquants se doivent d’être très sévèrement sanctionnés afin d’éradiquer le voyoutisme marginal des traders fous.

Adrien TROCMÉ

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