Les niveaux actuels des marchés financiers en Europe sont-ils justifiés ?

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Depuis quelques années, on constate une montée quasi-continue du niveau des indices boursiers en Europe et cela malgré des facteurs macroéconomiques certes mieux qu’observés auparavant mais toujours fragiles.

S’il on regarde les principaux indices boursiers européens de plus près, on voit un CAC 40(France) culminé à son plus haut historique depuis la crise financière de 2008 à 4500 points, le DAX Xetra(Allemagne) qui s’établit autour de 9630 points, le FTSEMIB(Italie) à environ 20650 points, l’IBEX 35(Espagne) autour de 10465 points, le PSI 20(Portugal) à 6900 points et l’AEX 25(Pays-Bas) vers 400 points. Rien que depuis le début de l’année 2014, les gains des indices des pays que l’on appelle encore les « PIIG’s » sont élevés : +5.17% pour le Portugal, +5.54% pour l’indice espagnol mais la palme de l’évolution depuis le 1er janvier 2014 revient à l’indice italien qui s’adjuge +10.44% ! Pourquoi de tels scores ?

Faut-il se mettre à croire que la crise est dernière nous et que la reprise économique est devant ?Pas si sûr. Il est évident qu’avec l’optimisme affiché par les bourses outre-atlantique, il semble naturel d’avoir envie de se laisser porter par une amorce d’euphorie mais il serait rigoureux et prudent de ne pas oublier les données bien plus sombres des économies européennes : Taux de croissance, chômage, niveau de la dette, déficits publics…

Prenons le cas de l’Italie par exemple. En dépit d’une hausse remarquée de son indice boursier, tous les problèmes ne sont pas réglés, loin de là.

Un notable regain d’optimisme est arrivé en Italie lors de la nomination de Matteo Renzi aux fonctions de Président du conseil des ministres. Les marchés se sont montrés relativement confiants quant à la capacité de Renzi à mettre en place les réformes économiques dont l’Italie a besoin. Ce « ballon d’oxygène » a été soutenu par la décision de l’agence de notation Moody’s de relever la perspective de la note de crédit du pays, ce qui a eu pour effet une nouvelle baisse du taux d’emprunt de la dette italienne.

Malgré la fin de la récession, il demeure des problèmes de taille : un chômage encore élevé (env.13%), une dette abyssale (env.2000 milliards d’euros). Cela dit, l’arrivée de Renzi qui bénéficie du soutien d’une bonne partie de la population permet d’envisager l’avenir meilleur : l’écart entre les taux d’emprunt italien et allemand est tombé à un plus bas de huit ans, et cela grâce aux perspectives qu’amène le nouveau gouvernement. Des signes encourageants sont également présents au Portugal: La croissance du PIB a été revu en amélioration par rapport aux estimations, le pays doit sortir du plan d’aide de la Troika (FMI, Commission et BCE). Pour autant, peut-on penser que le Portugal est sorti de la crise ? Là encore, rien de sûr.

Après plusieurs trimestres de recul, l’économie du pays est sortie de la récession. Par ailleurs, le taux de chômage reste très haut (presque 16%) mais il a commencé à baisser et les exportations se portent mieux aussi. Pourtant, il est important de rappeler que la dette publique avoisine encore les 130% du PIB et que les coupes dans les dépenses publiques peuvent fragiliser cette timide reprise.

En ce qui concerne les Pays-bas, c’est ce « bon élève » de la zone euro qui affiche la moins bonne performance de son indice boursier depuis le début de cette année. Comment peut-on l’expliquer ? Contrairement aux autres pays cités précédemment, l’économie des Pays-bas se tient bien, on y trouve un excédent commercial record et un taux de chômage faible.

Cependant, la fin de l’année 2013 a jeté un froid en Hollande lorsque l’agence de notation Standard & Poor’s a dégradé la note du royaume alors qu’il était l’un des derniers détenteurs du fameux « AAA » avec l’Allemagne, la Finlande ou le Luxembourg. La justification d’une telle décision a été des perspectives de croissance plus faibles qu’anticipées essentiellement.

On peut ajouter le fait qu’une bulle immobilière entamée il y a une vingtaine d’années a éclaté aux Pays-bas, ayant pour conséquence une chute de l’ordre de 20% des prix immobiliers.

L’économie domestique s’est donc affaiblie puis une chute de la consommation intérieure s’en est suivie, dégradant encore les perspectives de croissance…

En analysant toutes les données citées dans cet article, on s’aperçoit que les bourses en Europe connaissent une embellie significative, sans doutes portées par un regain d’optimisme outre-atlantique lié à une reprise de la croissance ainsi que par des efforts de réformes budgétaires au sein des différents pays et les récentes mesures de la Banque centrale Européenne.

Cependant, il convient de rester lucide quant à la fragilité de la plupart de ces économies (excepté l’Allemagne qui, à ce jour, tire son épingle du jeu)puisque les niveaux de dettes et de chômage restent élevés avec des croissances molles.

Rénald MARISSAL

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