Les green bonds : un simple effet de mode

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La COP 21 a souligné l’importance d’orienter les flux financiers vers le financement de la transition énergétique. Étant donné l’ampleur des besoins (plus de 53 trillions de dollars d’ici 2035), de nouvelles sources de financement sont nécessaires. Les green bonds apparaissent comme un instrument de financement privilégié, tant par les émetteurs pour diversifier leur base d’investisseurs et bénéficier d’une sursouscription, que par les investisseurs pour répondre à leur mandat et mettre en œuvre leur stratégie de long terme. Ainsi, les émissions de green bonds ont été multipliées par quatre entre 2013 et 2015, atteignant 42 milliards de dollars en 2015. Les green bonds présentent néanmoins des risques (risque de contrepartie, risque de crédit, risque de green washing, consistant à qualifier de « verts » des projets qui ne le sont pas) et des coûts supplémentaires par rapport à des émissions obligataires classiques (labélisation, reporting). Pour développer ce marché, les autorités publiques ont un rôle à jouer pour favoriser son organisation, sans toutefois accroître les risques pour le système financier.

La COP 21 a reconnu que la trajectoire actuelle des émissions de gaz à effet de serre impliquait un dérèglement et des conséquences climatiques extrêmes. Limiter le réchauffement en deçà de 2 °C à la fin du siècle par rapport à l’ère préindustrielle suppose l’existence d’un budget carbone planétaire limité et donc de «flux financiers compatibles avec un profil d’évolution vers un développement à faible émission de gaz à effet de serre ». Toutefois, l’allocation des capitaux demeure sous-optimale aujourd’hui en raison de l’absence de prix du carbone adéquat, de signaux politiques faibles (persistance de subventions au carbone) et des incertitudes entourant les conséquences des gaz à effet de serre. Il est d’usage de distinguer le marché des green bonds non labélisés, qui aurait atteint 576 milliards de dollars et dont les sous-jacents sont présumés prévenir le changement climatique, de celui des green bonds (118 milliards de dollars), faisant l’objet d’un label et, le plus souvent, d’une revue externe. Si les green bonds constituent une source complémentaire de financement de la transition, ils n’offrent paradoxalement pas d’avantage financier à l’émetteur. Si certaines études concluent à l’existence d’un green premium payé par les investisseurs. D’autres études considèrent qu’un tel premium ne serait pas justifié par une moindre prise de risque. Les green bonds présentent même un coût supplémentaire pour l’émetteur en raison de la labélisation (une revue extérieure coûte entre 10 000 et 50 000 dollars), et pour l’investisseur qui doit consacrer davantage de temps à l’analyse de ce type d’obligation. Les exigences de transparence peuvent en outre se heurter aux contraintes de confidentialité de l’émetteur. Cependant quelques atouts expliquent l’émergence des green bonds. Ils permettent aux émetteurs de diversifier leur base d’investisseurs et notamment d’attirer des investisseurs responsablef et de long terme. L’émission de green bonds permet à l’entreprise de valoriser sa stratégie de développement durable, à l’image de Toyota (1,6 milliard de dollars de green bonds émis en 2016 pour le développement de ses véhicules hybrides et électriques) ou Apple (1,5 milliard de dollars en février 2016). Les investisseurs en green bonds sont quant à eux peu sensibles au prix et plus enclins à conserver les titres (selon une stratégie buy and hold), ce qui pourrait avoir pour effet de réduire la volatilité des titres sur le marché secondaire. Les green bonds leur permettent également de diversifier leurs portefeuilles, notamment vers des actifs qui ne présentent pas le risque de se muer en actifs ensablés. Ils contribuent à mettre en œuvre leur propre stratégie climat de long terme et à la valoriser auprès des épargnants. Selon la CBI (2016), seuls 60 % des green bonds font l’objet d’une revue extérieure. Les acteurs de marché craignent avant tout le risque de réputation lié à l’éco blanchiment ou green washing, c’est-à- dire l’émission de green bonds pour financer des projets qui ne sont pas « verts » ou ne respectant pas les engagements, qui affecterait la confiance des investisseurs. Les émetteurs peuvent aussi faire face à un risque de green default, autrement dit à l’évocation de leur responsabilité juridique pour non-respect des engagements. En outre, pour un émetteur donné, les green bonds ne présentent pas nécessairement un profil moins risqué qu’une émission standard. Si plus des trois quarts des green bonds ont une note supérieure à A, la qualité de la signature s’explique avant tout par le type d’émetteur (banque de développement, collectivité, grande entreprise). Les secteurs qui bénéficient de financements sous forme de green bonds peuvent offrir des rendements incertains, à l’exemple des investissements.

À ce jour, le développement des green bonds ne semble pas avoir permis d’accroître les flux de financement vert dans la mesure où les obligations et les projets sous-jacents auraient été dans tous les cas financés. Les green bonds jouent donc un rôle de complément dans le financement de la transition mais ne conduisent pas nécessairement à accroître les flux d’investissement.

Thomas DELHOM

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