La finance et l’environnement

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Parmi les 120 « acteurs de la place financière française » (banques, analystes financiers, assurances) étude de l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) montre qu’une grande majorité (88%) considère qu’il faut tenir compte des enjeux climatiques dans une gestion de long terme.

Un résultat plutôt encourageant, tant l’environnement était une préoccupation mineure parmi les gérants d’actifs il y a encore une dizaine d’années. Cependant, ils ne sont que 24% à intégrer spécifiquement les risques et opportunités liés au changement climatique dans la valorisation de leurs portefeuilles1. L’étude de cette relation entre finance et environnement est l’objet de cet article.

la finance

L’exemple du marché de l’électricité permet d’apporter un éclairage quant aux raisons qui peuvent inciter les entreprises à se pencher sur la gestion de risques, notamment environnementale. 2Pour y parvenir elles ont classiquement utilisé deux outils : soit l’intégration vertical, soit les marches à terme. 

Or, si ces deux voies de gestion du risque ont donné lieu à une abondante littérature académique, elles ont, paradoxalement, toujours fait l’objet d’études séparées: soit ces études ont porté sur une gestion de risque à court terme (l’entreprise faisant appel au marché financier pour ce faire3), soit elles ont choisi l’intégration verticale comme réponse à leur besoin de gestion de risque à long terme.

Les chercheurs ont d’abord démontré qu’intégration verticale et marchés à terme sont deux mécanismes substituts, dans la mesure où ils autorisent tous deux une diversification du risque. Plus particulièrement pour les entreprises aval, c’est-à-dire les fournisseurs, cette diversification les autorise à ouvrir plus de comptes clients et augmenter leur activité : l’offre s’élargit et corrélativement le prix de détail diminue.

La concurrence s’accroît sur le marché de la commercialisation, au détriment de la profitabilité des industries de commercialisation mais au bénéfice du consommateur.

Mais quelques questions se posent en ce qui concerne l’intégration de critères de développement durable à la gestion financière. Tout d’abord, le rendement financier reste l’objectif premier de la gestion d’actifs, quelle que soit la situation; il s’agira donc de garantir de bons résultats.

En deuxième lieu, il faut définir et sélectionner les critères sociaux et écologiques à utiliser dans l’analyse des entreprises. Troisièmement, il faut prendre en compte la façon dont l’analyse est intégrée au portefeuille. Enfin, il faut examiner les différentes façons dont les investisseurs peuvent modifier le comportement des entreprises.

Depuis les accords de Bâle II en 2004, les établissements financiers sont tenus de détenir un montant de fonds propres qui dépend du niveau de risque de leurs positions. Il est donc essentiel à la fois pour les entreprises et pour les régulateurs de pouvoir évaluer le risque que présente chaque position financière, y compris lorsqu’il s’agit d’un investissement dans une autre entreprise (une filiale par exemple).

D’un côté le régulateur veut pénaliser le risque pris en imposant une somme à immobiliser, d’un autre côté les managers cherchent à minimiser cette somme, et pas nécessairement le risque. Mais quelles propriétés devraient vérifier une mesure de risque optimale de manière a pouvoir tenir compte le mieux possible des critères environnementaux?

La Value at Risk (VaR), est l’outil le plus utilisé sur les marchés financiers pour évaluer les risques. La VaR de niveau 99 % imposée par les accords de Bâle II est définie comme la plus petite quantité de fonds propres qui permet de couvrir les pertes dans 99 % des cas. Elle ne prend donc pas en compte les pertes dans le 1% de cas restants.

Par ailleurs, pour les régulateurs,utiliser la VaR pour évaluer le risque n’est pas totalement satisfaisant car tout risque peut être découpé en petites parties qui sont indétectables pour la VaR. En effet, si cette mesure du risque est utilisée pour déterminer la somme réglementaire qu’une entreprise doit détenir, créer des filiales qui couvrent séparément certains de ses risques permet à un groupe de réduire considérablement (et même, l’annuler dans certains cas) le montant à provisionner sans diminuer pour autant le risque qui pèse sur ses positions.

Pour éviter ces arbitrages réglementaires, les chercheurs recommandent d’utiliser une mesure du risque sous-additive, c’est-à-dire telle que diversifier les sources de risque au sein d’une même entreprise permette également de diminuer le risque global. Cet exemple de la VaR nous montre donc la difficulté de l’intégration des éléments environnementaux tels que les changements climatiques à la gestion de risque des entreprises.

Les gestionnaires de fonds « durables » se trouvent face à un dilemme apparemment insoluble: comment se conformer aux normes et aux exigences de l’industrie, c’est-à-dire, rester « dans le rang », tout en faisant ressortir les caractéristiques très particulières des fonds. 

finance environnementale

Il apparaît donc que les problématiques environnementale peuvent impacter de manière considérable les décisions prise par les entrepreneurs en ce qui concerne leur gestion de risque. De plus à travers ces décisions les autres acteurs de la place financière vont avoir des facteurs de décisions supplémentaires. C’est ce qui explique l’impact de plus en plus important de l’environnement sur la politique, l’économie et la finance et ainsi une relation de plus en plus forte entre ces derniers.

Morad VAHDATI

1 Nous parlons ici de gestion généraliste à ne pas confondre avec la gestion ISR (L’Investissement socialement responsable)et celle spécialisée sur certaines thématiques environnementales.

2 Dans l’article « Hedging and Vertical Integration in Electricity Markets », Gilles Chemla distingue deux catégories de risques : les risques opérationnels et les risques financiers.

3 Pour rappel, les marchés à terme liquideen électricité excèdent rarement 3 à 6 mois.

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