La finance carbone comme moyen de développement économique

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La finance carbone comme moyen de développement économique

La finance carbone demeure un formidable moyen de développement économique comme nous le montrent certains pays émergents

La finance du carbone est une branche de la finance née d’une jonction entre les domaines de l’environnement et de l’énergie et découlant des mécanismes de marché inclus dans le Protocole de Kyoto de 1997. L’objectif est de réduire les émissions de gaz à effet de serre dans l’atmosphère en favorisant les investissements financiers dans des techniques de production moins polluantes. L’objectif du protocole de Kyoto était de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 5% entre 2008 et 2012.

Au-delà de ces objectifs, la finance carbone reste un formidable moyen de développement économique en privilégiant les industries vertes. Les pays émergents peuvent ainsi profiter de cette nouvelle opportunité pour se développer économiquement tout en utilisant des technologies nettement moins polluantes.

Le défi de la Chine : passer d’un pays pollueur à celui d’un leader des technologies vertes

Suite au fort ralentissement de la croissance chinoise opéré il y a un an il est facile de comprendre que ce pays est en train de changer sa stratégie de développement et pourquoi pas en passant progressivement d’une économie carbonée à une économie plus tournée vers les technologies vertes.

Etant donné que ce secteur est encore en pleine maturité, la Chine pourrait en tirer de nouveau une forte croissance pour devenir le premier pays producteurs de technologies vertes. On observe déjà ce changement quand on sait que le leader mondial de panneaux photovoltaïques est chinois car le groupe Yingli Green Energy Holding Company demeure leader dans l’énergie solaire au niveau mondial.

Détentrice du titre peu glorieux de premier pollueur mondial, la Chine semble pourtant réaliser de timides efforts visant à limiter ses émissions de gaz à effet de serre et cela se ressent sur sa consommation d’énergie. En 2015, pour la deuxième année consécutive, le géant asiatique a consommé moins de charbon (-5% en 2015 et cela devrait se poursuivre en 2016 selon l‘institut américain IEEFA). Un recul qui accompagne pour la première fois celui de la production électrique du pays (-0.5% en 2015, une première depuis 1998). 

La Chine est en train de démontrer que même les plus grands pays peuvent respecter les limites climatiques et environnementales. Ce désengagement croissant du charbon opéré par les autorités chinoises s’explique notamment par le développement progressif mais massif des sources d’énergie renouvelable. En 2015, la part de ces sources non-fossiles (éolien, solaire, hydraulique…) dans le mix énergétique chinois a atteint 12%.

C’est d’ailleurs dans le Nord-ouest du pays que l’on trouve les plus grandes installations d’énergie propre au monde comme le barrage hydraulique des Trois-Gorges, ou l’impressionnante ferme éolienne de Gansu détenue par le China Wind Power Group et financée par l’IFC (International Finance Corporation). 

Ce changement de stratégie énergétique a un côté négatif, les activités minières du pays se réduisent, ce qui inquiète les partenaires commerciaux de la Chine, exportateurs de charbon. La baisse de consommation actuelle induit naturellement une baisse des importations. 

finance carbone

La baisse de 30% des importations chinoises a des impacts négatifs sur d’autres pays comme l’Australie qui possède un bassin minier particulièrement développé, apparaît donc comme le territoire le plus touché par ce ralentissement chinois en termes d’importation de charbon.

L’exemple de la Chine nous montre donc bien que l’investissement dans des technologies vertes est possibles pour les grandes puissances et cela leur permet aussi de développer de nouveaux secteurs porteurs de croissance.

L’Afrique : un terrain encore vierge pour les investissements verts

L’Afrique se situe au cœur des enjeux écologiques de demain et cela pourrait bien lui permettre de poursuivre son développement économique. Ce continent pourrait bénéficier des investissements dans les énergies renouvelables provenant d’organismes financiers comme la Banque Mondiale, la Banque Africaine de Développement (BAD) ou de grands investisseurs.

La BAD notamment soutient l’accès des pays africains aux fonds destinés à la lutte contre les changements climatiques sur le continent. Financer la lutte contre le changement climatique en Afrique est un enjeu majeur aujourd’hui et nécessite la participation de tous les investisseurs

De plus cette zone est l’une des plus touchée par le changement climatique avec par exemple les nombreuses pénuries d’eau et l’avancée du désert qui frappent le continent. L’utilisation des nouveaux produits dérivés indexés sur le climat pourrait être une bonne solution pour se couvrir contre ces catastrophes.

Aujourd’hui des pays comme le Maroc, le Gabon ou l’Ethiopie se sont engagés à réduire leurs émissions de CO2 mais cette opinion n’est pas encore partagée par tous les pays car ils ne se sentent pas concernés comme étant les pays les plus pollueurs (la majorité des pays africains font parties des pays les moins avancés au monde).

En effet l’Afrique représente un rôle mineur dans les émissions de gaz à effet de serre mais ces investissements pourraient être une formidable opportunité de développement et croissance économique au-delà du bienfait écologique.

Notamment au Gabon où de nombreux investissements ont été faits dans les énergies renouvelables et pour baisser la part des énergies fossiles : on peut voir des projets de centrales thermiques et de barrages hydroélectriques fleurir à travers le pays dans la capitale Libreville ou au sud du pays avec le barrage du Grand Poubara.

L’Afrique est encore une terre vierge en ce qui concerne les investissements verts et donc demeure un projet avec un réel potentiel pour les investisseurs et pour l’économie du continent. Il est cependant encore difficile d’implanter de telles infrastructures dans ces zones car des problèmes de mise en œuvre sont rencontrés et il est difficile de pérenniser de tels investissements sachant le caractère instable de ces régions.

Enfin, cette région ne pourra pas bénéficier de crédit carbone car même si l’électricité est normalement génératrice de carbone, il faut savoir qu’en Afrique la production électrique est majoritairement effectuée par des centrales hydroélectriques qui ne sont pas sources de carbone. Malheureusement cela resserre un peu plus les possibilités d’investissements bas carbone dans ces régions.

Un marché encore naissant mais où les pays émergents joueront un rôle prédominant

Le marché du carbone et de la finance verte reste encore aujourd’hui un marché restreint mais en croissance dans les années à venir. Il sera difficile pour les économies déjà industrialisées comme les pays occidentaux de changer les processus productifs vers une production plus verte. Il est donc logique de penser que cette transformation s’effectuera davantage dans les pays émergeants ou en voie de développement car aucune ou peu d’infrastructures y sont déjà présentes.

Dans ce cas la Chine veut effectuer un réel virage industriel en se tournant davantage vers les technologies vertes et en jouant un rôle de leader en voulant faire grossir le marché actuel du carbone. Les pays africains pourront aussi jouer un rôle encore plus important car l’industrie est très peu présente dans ces pays. Opter pour une industrie verte enverrait un message fort au monde de changement pour un plus grand respect de notre planète.

Pour en savoir plus :

  • Simon Leplâtre « Finance verte : la Chine peut booster le marché des green bonds », Novethic
  • Baudelaire Mieu, « Climat : la Côte d’Ivoire creuse le filon de la finance carbone », Jeune Afrique

 

Benoit ANGLADE

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