Titrisation des prêts étudiants : subprimes bis?

En raison des similitudes inhérentes entre le marché des prêts étudiants et le marché des prêts hypothécaires avant les subprimes, il y a une crainte que l'industrie des prêts étudiants soit la prochaine implosion du marché et qui aura pour conséquence de déclencher une crise financière.

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Une étude récente de la banque de France a montré que 40 millions d’Américains ont contracté durant leurs études un prêt étudiant d’un montant moyen de 29.000 dollars. L’encours total des prêts a atteint des montants faramineux, dépassant les 1250 milliards de dollars. En Europe, le Royaume-Uni a annoncé en Février 2017 avoir lancé des offres qui impliquaient 4 milliards de dollars de prêts versés à environ 450 000 étudiants, et dont le remboursement a commencé entre 2002 et 2006. A l’instar de ce qui s’était fait en 2008 pour les RMBS (Residential Mortgage-Backed Securities), une partie des prêts étudiants est titrisée donnant naissance aux SLABS (Student Loans Asset-Backed Securities).
La crise financière survenue aux Etats Unis en 2007 a permis de mettre la lumière sur le risque que comportait l’utilisation de la titrisation dans les opérations immobilières. Depuis cette période, titrisation rime inéluctablement avec crise des subprimes. Et pour cause, cette technique de financement consiste à transférer des actifs financiers, par exemple des créances, en les regroupant dans un portefeuille cédé à une entité ad hoc. Celle-ci en financera l’achat en émettant des titres auprès des investisseurs.
Récemment, le concept de titrisation a fait couler beaucoup d’encres aux Etats Unis. Le reconditionnement des actifs dans des instruments financiers négociables, est entré dans tous les marchés, affectant les marchés des prêts hypothécaires, du crédit et des prêts automobiles. Mais, depuis quelques années, c’est le marché des prêts étudiants qui a été transformé par la titrisation. Si certains voient en cela une bonne idée, d’autres plus sceptiques craignent en revanche l’éclatement d’une crise similaire à celle des subprimes. Au total, 40 millions d’Américains ont un prêt étudiant, qui s’élève en moyenne à 29 000 dollars. L’encours total de ces prêts atteignait plus de 1 250 milliards de dollars au début de l’année 2017. Ce chiffre représente plus de 7% du PIB américain, et à titre d’exemple, c’est plus que le montant délivré via les cartes de crédit (712 milliards) ou les prêts automobiles (1070 milliards de dollars) aux Etats-Unis.
 
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Une partie des prêts étudiants est alors titrisée. Les SLABS sont des titres basés sur des prêts étudiants exceptionnels que les investisseurs peuvent acheter, qui offrent des paiements de coupons planifiés, comme un cautionnement ordinaire. L’utilisation des SLABS rappelle la technique des RMBS, cause de la déflagration qui avait causé la crise financière de 2008.
L’objectif principal des SLABS est de diversifier le risque pour les prêteurs à travers de nombreux investisseurs. En regroupant, puis en emballant les prêts en titres et en les vendant aux investisseurs, les agences de prêt peuvent propager le risque de défaut, ce qui leur permet de donner plus de prêts et des prêts plus importants. De cette façon, plus d’étudiants auront accès à des prêts, les investisseurs ont un instrument de placement diversifié et les prêteurs peuvent générer des flux de trésorerie cohérents de leurs services de titrisation et de recouvrement de créances.
Cependant, le nombre d’emprunteurs étudiants et le solde moyen par emprunteur augmente d’année en année. En raison des similitudes inhérentes entre le marché des prêts étudiants et le marché des prêts hypothécaires avant les subprimes, il y a une crainte que l’industrie des prêts étudiants soit la prochaine implosion du marché et qui aura pour conséquence de déclencher une crise financière. Des preuves ont montré que, même dans l’économie de récupération actuelle, la majorité des nouveaux diplômés des universités n’ont pas été en mesure de trouver un emploi qui leur permet de rembourser leurs prêts étudiants. Le résultat est un taux par défaut qui augmente depuis 2003. Toutefois, contrairement aux prêts hypothécaires, les prêts étudiants ne sont pas garantis, ce qui signifie que les investisseurs n’obtiennent rien en cas de défaut. Donc, dans le cas d’un étudiant en défaut, les prêteurs sont encore plus nombreux qu’ils ne le seraient dans le marché des titres adossés à des créances hypothécaires.
Compte tenu des montants déjà investis, l’économie américaine a senti les répercussions. Les jeunes diplômés remettent à plus tard leurs mariages, préfèrent louer une voiture et un appartement plutôt que d’acheter, privilégiant l’économie de partage pour réduire les coûts ou gagner plus d’argent. Les SLBAS constituent des liquidités pour les prêteurs, un meilleur accès au financement pour les emprunteurs et un instrument financier supplémentaire pour les investisseurs. Dans cette optique, les titres adossés à des prêts étudiants semblent être un atout précieux pour l’économie. Cependant, si cette industrie peut se maintenir elle-même, on peut se demander si certains emprunteurs pourraient éventuellement payer leurs dettes et la perspective est très mince.

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