Spéculation sur dettes souveraines

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Sommaire:

  • Définition des termes

  • Mécanismes et outils

  • Les impacts en cas de défaut souverain

  • Moyens de s’en prémunir

Cet article vise à présenter et expliquer les mécanismes de spéculation sur les dettes souveraines ainsi que les solutions pour s’en prémunir. Pour cela, je vais me baser sur l’exemple de la crise de la dette souveraine Grecque qui me permettra d’en saisir les tenants et aboutissants. En matière de méthodes de protections, plusieurs pistes seront évoquées principalement concernant :

  • Le modèle japonais

  • Les régulation sur les évolutions de nos modèles financiers

  • Les modèles et stratégies politico/économiques

I) Définitions des termes

A) La spéculation

Représente un comportement consistant à gagner de l’argent en achetant (ou en vendant) des marchandises des actifs financiers ou des devises avec l’intention de les revendre (ou de les racheter) à une date ultérieure, en bénéficiant d’une évolution favorable du prix de ces actifs.

B) La dette souveraine

Représente une créance émise par un Etat pour faire face à ses propres coûts de fonctionnements et coûts générés par la charge de la dette. Celle-ci est réputée de meilleure qualité que celle émise par un acteur économique privé.

La spéculation sur dettes souveraines est un phénomène récent car avant l’émergence de la financiarisation de notre économie et des produits dérivés, il n’était pas possible de spéculer dessus. Les principales cibles de cette spéculation sont afin de maximiser leurs profits les « maillons faibles », c’est à dire en Europe, la Grèce, dont la dette publique est celle qui a du fait de la crise, augmenter le plus vite. Maillon faible d’autant plus avéré et désarmé, qu’il n’était alors prévu, lors de la crise souveraine Grecque, aucun mécanisme de secours visant à assurer un pays européen contre le défaut de sa dette.

C) Qui sont ces spéculateurs?

Les spéculateurs sont principalement composés :

  • Des fonds spéculatifs comme celui de George Soros dans la spéculation contre la Livre Sterling en 1992 avait abouti à la sortie de celle-ci du Système Monétaire Européen

  • Des grandes banques d’investissement tel que Goldman Sachs.

Ce phénomène s’organise principalement par la combinaison de deux outils que sont :

  • Les Credit default Swap

  • La vente à découvert.

D) Les Credit default Swap ou CDS

Les CDS sont des produits dérivés qui ont une double action:

  • D’assurance

  • D’outils de spéculation.

Outils d’assurance car ceux-ci permettent :

De se protéger contre le non remboursement d’une dette en remboursant la partie qui sera décoté.

Outil de spéculation car ceux-ci permettait :

Aux acteurs du marché, de faire l’achat de CDS à nu c’est à dire, sans avoir au préalable acheté des obligations de l’État en question. Ils ne se couvrent donc pas contre un risque de non-remboursement, mais spéculent sur le fait que le gouvernement grec ne remboursera pas ses obligations.

E) La vente à découvert

Cela consiste à spéculer à la baisse sur le cours d’un titre. Le vendeur à découvert passe un ordre de vente (alors qu’il n’a pas les titres) et emprunte les titres pour réaliser l’opération. Les prêteurs de titres sont généralement de gros investisseurs qui valorisent ainsi leur portefeuille moyennant un taux d’intérêt.

F) CDS et vente à découvert à nu

Cela consiste à faire l’usage des deux outils précités sans détenir les titres dans son portefeuille.

II) Mécanismes et outils

A) Le fonctionnement des CDS

  1. La prime

L’acheteur de CDS verse une prime à l’assureur en paiement de ceux-ci. La prime est appelée «spread». C’est la valeur du CDS qui varie sur les marchés financiers en fonction de l’offre et de la demande. Plus la situation de l’État grec se dégrade, plus la valeur de ce spread augmente. Les CDS sont donc un indicateur de la perception du risque de non-remboursement par les marchés.

  1. Le déclenchement des CDS

Comme tout contrat d’assurance, le versement de l’indemnité dépend de la survenue d’un événement précisé dans le contrat d’assurance.

  • Sans cet événement de crédit, l’acheteur de CDS se sera couvert contre le risque de défaut pour rien.

  • Si l’événement de crédit est déclaré, cela «déclenche» le dénouement des CDS. Dans ce cas, il faut déterminer la valeur des obligations pour calculer le montant de l’indemnisation.

  1. Les CDS dans la crise grecque

B) Le fonctionnement de la vente à découvert

  1. Le détail des étapes

Le principe est le suivant : vous vendez des titres que vous ne possédez pas. Mais vous devez les livrer sous 3 jours. Pour être en mesure de respecter cette obligation, vous empruntez les titres. A l’échéance de votre emprunt, vous rachetez les titres en espérant que la plus-value réalisée sera supérieure au coût de l’emprunt.

1)En J, vous vendez 100 titres à 100 €.

2)Au plus tard à J+3, vous les empruntez contre :

  • Paiement d’un intérêt,

  • Dépôt de garantie qui peut aller jusqu’à 100 % du prix des titres empruntés (en titres ou en cash), soit dans notre exemple 10 000 €.

Au plus tard à l’échéance de l’emprunt, vous remboursez les titres que vous aurez préalablement achetés sur le marché, par exemple à 80 € le titre. Vous aurez gagné 2 000 € (dont il faut déduire le coût de l’emprunt). Autrement dit,Gain = PV – PA – coût de l’emprunt.

  1. Les avantages et risques d’un tel procédé

  • Pour l’investisseur : Ce mécanisme lui permet d’intervenir sur des valeurs qu’il n’a pas en portefeuille. Mais cet outil est risqué car si la baisse prévue ne se réalise pas, les vendeurs à découvert sont contraints de racheter les titres, dont la hausse possible est en théorie illimitée.

  • Pour le marché : Elle permet d’en augmenter la liquidité puisqu’elle permet aux acteurs économiques de prendre des positions sur des titres sans être contraints de les posséder. Et comme on le sait la liquidité d’un marché en fait également sa force donc naturellement avec plus d’intervenants car les spreads BID/Ask sont minimisés, du fait d’un potentiel arbitrage,

  1. La ventes à découvert et la crise grecque

    De telles positions ont un effet mécanique sur le cours des actions qui baisse, et précipitent l’effondrement du cours du titre. La VAD peut être utilisée à des fins de manipulation : pour qui veut « massacrer » un titre, il suffit bien souvent, surtout quand les marchés sont particulièrement nerveux et volatils, de propager des rumeurs plus ou moins fondées et de vendre massivement à découvert, ce qui a un effet auto-réalisateur. Cet impact est d’autant plus avéré que cela joue sur les taux d’intérêts auquel l’état en question devra se financer sur ses émissions d’obligations futures entraînant par la même mécaniquement une poursuite de la chute vers un défaut.

III) Les impacts en cas de défaut

Le défaut souverain est le fait pour un État de ne pas payer entièrement sa dette. La crise Grec en est un des exemples, par une hausse croissante des taux d’intérêts correspondant à la prime de risque demandé par les créditeurs, celui-ci n’a plus eu la capacité de rembourser ses dettes et son fonctionnement.

A) Les conséquences diplomatiques

L’état est par définition souverain, il ne peut donc être contraint aux remboursement de ses dettes. Cela peut alors aboutir à :

  • Des conflits armés (exemple, l’Angleterre en Égypte en 1882).

  • Le refus d’accès au crédit

  • Le gel et la dépossession de ses avoirs détenus à l’étranger (exemple les mines chiliennes de cuivre saisies par le gouvernement américain en 1977).

  • Une pression des créditeurs publics et privés ainsi que des détenteurs nationaux d’obligations.

Pour ses raisons, un État fait rarement défaut sur le montant total de sa dette. Au lieu de cela, il entre souvent dans une phase de négociation avec ses créditeurs pour s’accorder sur :

  • Un ré-échelonnement

  • Une décote de la dette, appelées restructuration de la dette.

B) Les conséquences économiques

La restructuration de la dette a de nombreuses et lourdes conséquences économiques pour l’état:

  • La hausse mécanique de son taux d’emprunts sur les marchés secondaire et nécessairement du poids en matière de charge de la dette, sauf pour le cas Grec

  • La hausse de l’inflation

  • Une croissance plus faible dans le futur dû à la perte de confiance des investisseurs

  • Une incapacité à faire fonctionner l’ensemble des services publics car majoritairement aujourd’hui financer par l’état.

IV) Moyens de s’en prémunir

3 types de solutions peuvent être mises en place afin de se protéger contre de tels pratiques désastreuses pour l’économie mondiale.

A)Le modèle japonais

Victime depuis de nombreuses années d’une déflation, ce modèle se fonde historiquement sur une dette souveraine très élevée. Celle-ci pourrait représenter près de 245% du pib après le lancement par leur premier ministre Shinzo Abe d’un plan de relance économique basé sur un politique de grands travaux, d’accroissement monétaire et de libéralisation du marché. Pour autant, malgré la déflation et cette stratégie politico/économique risqué, personne n’as pris position actuellement sur le marché pour spéculer sur la dette nippone, par quel miracle pourrait on se demander?

L’équation est simple, historiquement parlant, il est de nature reconnu que les nippons ont une vraie appétence à la possession d’obligations souveraines au point d’en détenir près de 95% et ne s’inquiètent pour autant pas de la faiblesse en matière de rémunération que ceux-ci en retirent. Et pour cause, ils ont une aversion aux risques et préfèrent fonctionner sur des placements en bons du trésors. N’ayant pas de « possibilités » ou de « disponibilités » de rachat de dettes souveraines, les spéculateurs ne peuvent entrer sur ce segment de marché et donc n’ont aucun impact car c’est le peuple du pays qui en détient l’ensemble des avoirs.

B) Evolution de la régulation

Comme vu précédemment, les mécanismes de spéculation sur les dettes souveraines nécessitent de posseder des CDS à nu ou de faire de la vente à découvert à nu (sans en détenir les sous jacents). Depuis la double crise des subprimes et des dettes souveraines, l’autorité européenne des marchés financiers a compris l’importance d’accroître et d’optimiser la réglementation en place par mesure de protection et de sauvegarde du bien public. Aussi depuis 2012, il n’est désormais plus possible de détenir à nu des obligations d’états et de fait, de spéculer dessus.

C)Les modèles et stratégies politico/économiques

Enfin et nous concluerons par cela, d’un point de vue purement libéral, le marché saisit les opportunités qui lui sont créées. Autrement dit, la faiblesse des situations financières des états souverains provient de mauvais choix stratégiques initiaux en matière de politique économique ou de stratégies n’ayant pas apporté les retours escomptés. Est-ce donc un problème d’intelligence économique qui différencie aujourd’hui, un pays qui perd petit à petit sa prestance et son statut internationale tel la France ou un problème de modèle politico/socialo/économique qui nous différencie de nos chers voisins allemands qui parviennent sans cesse à faire progresser et adapter:

  • leurs intérêts économiques

  • leurs puissances industrielles et économiques mondiales.

Une gestion de sa dette et son remboursement sont les premiers principes qui permettent à l’investisseur d’en évaluer le risque et de fait par prolongement le taux d’équilibre.

Pour autant une stratégie de long terme de politique industriel et économique est la seule vraie base qui permet de garantir aux investisseurs un fonctionnement dans le temps, de par la capacité du pays à générer des profits et de la croissance par le biais du commerce extérieur.

Il va donc être primordial pour l’Europe et notamment la France à long terme d’être capable de prendre les décisions qui s’imposent tant d’un point de vue socialo/politico/économique qu’en terme de structure et de réelles détermination à construire des points de croissance, non pas sur un mandat présidentiel de 5 ans mais sur une dizaine voire vingtaine d’année.

Philippe GIUSTINIANI

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