L’opacité des fonds souverains

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Un fonds souverain est, de facto, étroitement lié au gouvernement d’un pays car celui-ci est directement lié aux institutions étatiques (banque centrale par exemple). De ce fait, la gestion d’un fonds souverain va de pair avec les stratégies économico-politiques du pays.
A cela, nous pouvons ajouter qu’il n’existe aucune réelle réglementation internationale soumettant les fonds à une communication transparente sur leur stratégie d’investissement. Pourtant, il existe un fait paradoxal. En effet, le FMI a élaboré une norme, la Norme Spéciale de Diffusion des Données (NSDD), intégrant des contraintes règlementaires à propos de la politique monétaire des banques centrales.
Devant ce constat, il nous parait important de faire un récapitulatif du niveau de transparence des différents fonds. Le Linaburg-Maduell Transparency Index  est un Indice de transparence des fonds souverains créé par Carl Linaburg et Michael Maduell co-fondateur du Sovereign Wealth Fund Institute.
L’échelle de cet indice va de 1 à 10, 10 étant la note maximale prouvant la transparence de la politique du fonds. Cet indice est sensiblement similaire au Truman Index) a été justement créé pour donner une idée sur la transparence des fonds. Dans ce classement, sur un nombre total de 61 fonds souverains déclarés, 39% se trouvent au-dessus de la note de transparence 5, et 26% en dessous. Néanmoins, 24% d’entre eux ne possèdent pas de note (à cause de la non divulgation de leur stratégie).
En effet, l’indice de transparence de Linaburg-Maduell se base sur un nombre de critères évaluant le niveau de transparence du fonds. Ces critères sont :

  • Un rapport annuel du fonds déclarant ses opérations les plus importantes, ses stratégies, son allocation d’actifs (par zone géographique et par type de produits), les valeurs de son portefeuille (les plus importantes du moins), et son retour sur investissement
  • Un rapport mensuel ou trimestriel
  • Rapport d’un cabinet d’audit tiers
  • Sa structure (périmètre groupe)
  • Le mandat de gestion de ses investisseurs tiers – Communiqué sur cessions ou acquisitions majeures.

Les craintes qu’ils suscitent  
L’opacité totale ou la faible transparence de certains fonds provoque, dans la sphère économique et politique, d’importantes interrogations. Dans un monde dont les enjeux sont de plus en plus importants en termes de géopolitique, le fait de ne pas connaître la stratégie économique de fonds étatiques peut susciter des craintes.
Ce qui faut principalement mettre en corrélation avec la transparence ou l’opacité d’un fonds c’est avant tout le régime politique qui préside le fonds. L’opacité des fonds n’est pas forcement la réelle menace mais plutôt le fait qu’ils dépendent de gouvernements dont le régime politique diffère des valeurs des économies ciblées. Partant de l’indice de transparence de Linaburg-Maduell mais également de l’indice de démocratie (Democracy Index) de The Economist de 2011, nous pouvons établir la relation entre transparence du fonds et régime politique.
Selon The Economist, il existe quatre types majeurs de régime politique :

  • la pleine démocratie
  • la démocratie imparfaite
  • le régime hybride
  • l’autoritarisme

The Economist établit la démocratie selon quatre points. Un système politique multipartis, un suffrage universel, une absence de fraude, et une liberté de campagne des partis politiques via les médias.   Les pays dont le régime est qualifié comme « Démocratie pleine » et « Démocratie imparfaite » sont les fonds les plus transparents dans le sens où ces fonds vont diffuser de manière régulière leurs résultats, leurs objectifs et leurs stratégies d’investissement. En revanche, les fonds dont l’indice de transparence est inférieur à 5, qualifié d’opaques, sont gérés par des démocraties imparfaites ou des pays autoritaires.   Cependant, certains régimes hybrides ont des fonds dont le niveau de transparence est inégal.
Les fonds de Singapour ont des fonds transparents alors que le fonds du Venezuela est opaque.   Plus les années passent, et plus les fonds souverains suscitent des craintes car au fil du temps les réserves de change grandissent. C’est à partir des années 2000 que les réserves se sont développées de manière exponentielle. Il est advenu qu’aujourd’hui ces investisseurs sont devenus incontournables dans la sphère économique.
Les pays ciblés le savent et apprennent à évoluer avec.   Enfin, outre la crainte que suscitent ces fonds et la réaction protectionniste des pays ciblés qu’ils provoquent, leur manque de transparence impose un débat à propos de l’impact potentiel sur la volatilité des marchés lorsque des rumeurs parlent d’acquisition d’entreprises.

Guillaume BARDON

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