L’impact de l’embargo pétrolier iranien

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Le 4 novembre 1979, un groupe composé à la fois d’étudiant et d’hommes issus du monde religieux, ont pris le contrôle de l’ambassade américain en Iran et ont fait 52 otages par les employés1. L’une des conséquences de cette attaque a été la suspension immédiate des relations économiques entre les Etats Unis et l’Iran. Malgré la libération des otages le 20 janvier 1981 et leur retour sur le sol américain après 444 jours de captivité, l’ensemble des flux commerciaux (pétrole, gaz, matières minérales, mais aussi pièces détachée industrielles, aéronautique, ou automobile) est resté interrompu, ce qui a encouragé d’une part la production nationale et d’autre part les échanges commerciaux avec les autres pays, notamment européens.

De plus, selon les autorités iraniennes, et malgré les condamnations internationales qui ont suivies, ce sont bien ces mesures restrictives américaines qui ont obligées l’Iran à amorcer la production notamment d’uranium enrichi, afin, toujours selon les autorités iranienne, de facilité la production électrique du pays mais aussi de permettre une accélération des innovations dans le domaine médicale. Afin d’entraver la bonne réussite de la politique nucléaire iranienne, l’ONU, avec l’appui des membres du G5 et de l’Allemagne ont produit un grand nombre de résolutions.

Depuis 2006, le Conseil de sécurité des Nations Unies a imposé quatre séries de sanctions à l’Iran relativement à son programme nucléaire. Agissant en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies, le Conseil de sécurité a adopté les résolutions 1737 (2006), 1747 (2007), 1803 (2008) et 1929 (2010) imposant des sanctions contre l’Iran en réponse aux risques de prolifération que présente le programme nucléaire iranien, en raison du fait que l’Iran continue à ne pas se conformer aux exigences de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) ni aux dispositions des résolutions précédentes du Conseil de sécurité. Ces résolutions exigent que l’Iran coopère pleinement avec l’AIEA et suspende toutes ses activités liées à l’enrichissement d’uranium et au retraitement.

Ces embargos ont eu des conséquences économiques très importantes tant pour l’Iran que pour la communauté internationale. En 2011, les exportations pétrolières iraniennes ont été réduites de 40 pourcent. Selon un rapport récemment publie par The Washington Post, les prix du carburant ont atteint, cet hiver, leur plus haut niveau, dans l’histoire des Etats-Unis. La moyenne des prix du carburant atteint 3,75 dollars le litre. En Europe, ce prix atteint même 2.075 euros dans certains pays. Evaluer le prix du carburant n’est pas chose compliquée puisqu’il obéit en grand partie à la loi de l’offre et de la demande.

La production mondiale de pétrole étant actuellement, de 86.6 millions de barils, par jour, alors que la consommation dépasse ce chiffre. C’est ainsi que les cours  montent.  Si un million de barils de pétrole iranien était sur le marché, les prix ne seraient  pas ce qu’ils sont aujourd’hui. De même les coûts du raffinement du pétrole salé contenant du souffre sont plus élevés que ceux du brut léger iranien. Ainsi, remplacer le pétrole iranien par celui du Nigéria, serait, naturellement, beaucoup plus coûteux.  

Par ailleurs, on peut penser que les sanctions puissent à long terme être profitables à l’Iran. En effet, les hausses des cours du brut associées au fait les exportations du pétrole iranien effectuées par le secteur privé ne sont pas soumises à l’embargo pourrait permettre au pays d’augmenter la valeur de ses exportations, mais en réalité le ralentissement de la croissance économique du pays causé par ces sanction dépasse largement le gain dû a la hausse du prix du pétrole, de plus ces exportation sont bien inferieur au volume des exportations habituel de l’Iran.

Les néoconservateurs,  fervents partisans des sanctions contre l’Iran, avaient promis que ces sanctions ne porteraient pas atteinte à l’économie américaine, car l’Arabie saoudite, comblerait la lacune, mais la capacité de Riyad à remplir cette mission a suscité des doutes.

D’après cet article, la quantité de pétrole saoudien produit, au dernier  trimestre  2012, a baissé, par rapport à l’été. De même, les problèmes de sécurité, au Nord d’Irak et en Libye, persistaient toujours. Il faut aussi rappeler que les exportations de pétrole syrien  et sud-soudanais se sont arrêtées, à cause de la guerre civile, et que la production britannique, en mer du Nord, a enregistré une baisse. Et d’un autre coté il faut rappeler que les demandes ne sont pas fixes.

La relance économique asiatique a pour effet d’augmenter la demande internationale, ce qui aggravera encore davantage l’impact des sanctions imposées à l’Iran. Une hausse de la demande conduit inéluctablement à une augmentation des prix, et ce surtout dans un contexte d’inélasticité de l’offre. La montée des cours du pétrole West Texas Intrermediate, qui approchent les 100 dollars, nuira, sûrement, à l’économie américaine, augmentant ainsi la pression sur les ouvriers et les hommes d’affaires.

John Cole,  professeur, à l’Université de Michigan, et spécialiste des questions énergétiques et moyen-orientales a ainsi déclaré dans une de ses publications : « On nous dit, souvent, que les forages, à l’intérieur des Etats, malgré leurs nuisances environnementales, sont populaires, mais on ne nous dit pas que les sanctions contre l’Iran valent à peu près l’équivalent de la fermeture de 6 puits de pétrole, aux Etats-Unis. »

 Comme nous l’avons soulevé précédemment, l’embargo contre l’Iran ne touche pas que le secteur pétrolier. On peut prendre pour exemple l’achat annuel de 100 000 véhicules Peugeot et Renault par l’Iran. Ces exportations gelées, de nombreux pays européens, à l’image des Etats Unis, ont dû réduire leur production dans le secteur industrielle et dans certain cas de clôturer un secteur de leur activité. Il faut enfin rappeler que malgré la hausse de prix du pétrole ces sanctions ne sont pas à l’avantage de l’Iran, ce dernier ayant maintenant beaucoup de mal a développer son commerce extérieur ce qui s’est traduit par une chute brutale de la valeur de la monnaie iranienne et même par un arrêt totale de transaction de devise pour les particuliers en Iran pour le moment. Les deux parties semblent donc payer au prix fort les conséquences de ce conflit international ouvert.

Morad VAHDATI

1 Cette histoire a récemment servi de point de départ au film Argo

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