Les fragilités structurelles de l’Allemagne : un frein pour la Zone Euro ?

0
298
Frankfurt am Main at night, Germany

La zone Euro semble être installée durablement dans une période la plus critique de sa jeune histoire : Brexit, l’activité économique ne décolle pas et les risques d’une crise des différentes dettes souveraines augmentent chaque mois davantage…Outre ces questions plusieurs sujets comme le budget de la zone euro, un plan d’investissement, le troisième pilier de l’Union bancaire ou l’Europe sociale doivent être aborder, il y va de la survie de la zone euro.

Cependant, la réalisation de ces projets passe par « l’ajustement structurel unilatéral » pour que le gouvernement fédéral Allemand accepte plus d’intégration. En effet, beaucoup de pays de la zone euro ont eu à réformer depuis 2010 pour « séduire » l’Allemagne mais ces ajustements n’ont pas empêché le véto de Berlin sur le « troisième pilier » de l’union bancaire(l’objectif de la garantie paneuropéenne étant que les déposants des quelque 6.000 banques de l’Union européenne aient confiance dans la sécurité de leurs avoirs, et ne se précipitent donc pas au guichet pour retirer leur argent si leur banque rencontre des difficultés, au risque d’aggraver ses problèmes de liquidité).

Ainsi, le constat est que la zone euro n’a pas de problème de déficit et de compétitivité. Sur l’ensemble de la Zone Euro, le déficit public cumulé en valeur désaisonnalisée était d’1,7% du PIB selon Eurostat au 3ém trimestre 2016.C’est donc un chiffre inférieur à la limite de 3% du PIB imposé à chaque pays par le traité de Maastricht comme limite à la stabilité. En outre, la zone Euro a réalisé une consolidation budgétaire à hauteur de 7,1% du PIB.De plus, la Commission Européenne a jugé utile de mettre en place un plan de relance de 0,5% du PIB car estimant qu’en 2017, les budgets pèseront sur la conjoncture. Cette proposition a été rejeté par Berlin. De plus sur 12 mois cumulés la Zone Euro dégage en janvier 2017 un excédent courant de 3,3% de son PIB, donc elle n’a pas de problème de financement de son économie.

Ainsi, l’urgence est à la réduction des déséquilibres internes de la zone Euro, or le premier de ces déséquilibres, ce sont les excédents courants et publics de l’Allemagne.

En effet, la faiblesse de la zone euro découle du semblant d’embellie que possèderait sa principale économie : l’Allemagne, grâce à une croissance essentiellement tirée par les exportations, a accumulé depuis 15 ans le plus large excédent commercial tous pays confondus. Ce modèle ne produit qu’un très faible effet d’entraînement pour les autres pays de la zone Euro, et il cache de nombreuses faiblesses structurelles.

L’Allemagne accumule un excédent courant de 9% du PIB, chiffre qui est supérieur à la réglementation européenne qui est de 6%. Le modèle allemand est aussi pénalisé par la faible demande des ménages. Ceci découle de la phase de modération salariale intervenue au cours des années 2000.En, outre la faiblesse de la demande des ménages résulte aussi d’un niveau élevé de leur taux d’épargne, conséquence du vieillissement démographique. Ainsi d’ici 2050, la population active se contracterait d’un tiers (Romain Saron, de Coe-Rexecode). Enfin, les dépenses de pensions de retraite devraient augmenter plus vite en Allemagne(+2,6 points du PIB entre 2010 et 2060).De plus l’économie Allemande est actuellement duale avec des secteurs manufacturiers fortement productifs et des sociétés de service peu performantes.

De ce fait la poursuite des ajustements unilatéraux « au bon vouloir » de Berlin va freiner la croissance de la zone Euro en dégageant un excès d’épargne qui, in fine la prive de ressources. Ainsi, malgré la politique accommodante de la BCE, la zone Euro n’arrive pas à décoller ni à sortir de la faible inflation sous-jacente qui pèse sur son activité.

En, somme l’urgence est de réduire les déséquilibres Allemands qui passerait par un changement de stratégie, visant à libérer la croissance dans les services et à rééquilibrer les composantes de son développement sur le long terme, ce qui pourrait avoir des effets bénéfiques sur le pays lui-même et aussi sur la zone Euro. Enfin, mener une politique d’immigration soutenue permettrait de surmonter la dynamique démographique défavorable à laquelle l’Allemagne est confrontée.

 
 

Pape Faye

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here