LES FONDS ETHIQUES : Les investisseurs paient pour l'éthique. Conviction ou prudence?

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Fonds d’investissement responsable, les fonds éthiques constituent des placements dédiés au développement durable. Ces placements sont soumis à des critères de choix qui respectent l’éthique, à laquelle ils associent la rentabilité. Comprenant plusieurs formes, les fonds d’investissement responsable deviennent, de plus en plus, un terrain d’intérêt aussi bien pour les entreprises et les banques que pour les particuliers.

Les fonds éthiques : une forme de placement dédiée à la solidarité et au développement durable

Les fonds éthiques sont nés dans les années 20 pour les congrégations religieuses qui ne voulaient pas investir dans certaines valeurs (tabac, alcool, jeux d’argent,…) et ce, pour des considérations éthiques. Plus tard, dans les années 60, l’exclusion s’est élargie aux valeurs de l’armement et du nucléaire. Ce n’est que depuis le début des années 90 que se sont apparus aux Etats-Unis des fonds d’investissement basés sur la notion de développement durable. D’ailleurs, le concept de développement durable n’a pris forme que dans les années 80 aux Nations Unies.

Aujourd’hui, le marché des fonds éthiques est très développé aux Etats-Unis où on dénombre plus de 165 fonds utilisant des critères sociaux ou environnementaux et où l’on estime qu’un dollar sur dix est investi sur ce créneau. Le succès de ces fonds éthiques est dû aux bonnes performances qu’ils permettent de réaliser. Ainsi, les performances de l’indice ‘’Domini 400 Social Index’’ – proposé depuis 1990 par la plus

célèbre firme d’analystes américaine, Kinder, Lyndenberg, Domini & Co – plaident indiscutablement en faveur des fonds éthiques : à fin juillet 1999, cet indice a progressé de 24,08 % sur un an. Sur cinq ans, sa performance annualisée ressort à 28,64 %, soit deux points de plus que l’indice large de Wall Street (Standard & Poor’s 500). Rassurées par ces statistiques, de nombreuses entreprises américaines proposent des fonds éthiques à leurs salariés dans le cadre de leurs fonds de pension. Cela a créé une dynamique favorable et durable pour le développement de ces produits.

Le principe des fonds d’investissement durable ou fonds éthiques ne consiste pas seulement en une exclusion de certains secteurs pour des raisons d’éthique. Il vise également la recherche des entreprises ayant une stratégie à long terme favorable à la société dans son ensemble et dans lesquelles il faut placer ces fonds. Il se base sur une analyse d’une entreprise, au-delà des ratios financiers habituels, en fonction des relations qu’elle entretient avec ses partenaires. Ainsi, selon les analystes éthiques, bien traiter son personnel, faire attention à l’environnement, se sentir responsable des droits humains là où on investit, réduit les crises diverses qui entravent le développement de l’entreprise. Bref, ce comportement est un investissement sur l’avenir.

Plusieurs pays se sont lancés dans le développement des fonds éthiques à l’image des Etats-Unis tels que le Canada, les Pays-Bas, la Suisse, la Grande Bretagne, la France et autres.

La première génération des fonds éthiques était en grande majorité diversifiée en obligations. La nouvelle génération de ces fonds est placée intégralement en actions. Et surtout, elle a pour objectif la performance financière grâce à une approche plus rationnelle. En d’autres termes, ce type d’investissement durable ou socialement responsable associe rentabilité financière et sociale.

Par ailleurs, il y a lieu de faire une autre distinction ; celle entre les fonds éthiques et les fonds de partage. Les fonds éthiques au sens strict, OPCVM, actions, obligations sont des investissements dans des activités qui font preuve de conscience sociale, mais dans lesquelles les gains sont des plus capitalistiques. Pour les fonds de partage, appelés encore fonds d’investissement humanitaire, l’investisseur accepte de céder

une partie, voire la totalité, de ses rémunérations afin de permettre le financement, via des associations caritatives, d’activités de solidarité. Dans le cadre de ces fonds, cet investisseur est imposé sur la totalité des revenus (y compris la partie versée aux associations). En revanche les versements réalisés par les FCP bénéficient d’une réduction d’impôt au titre des dons à ces associations.

Le développement de la nouvelle génération des fonds éthiques qui essaie de croiser l’analyse financière avec des critères éthiques est un facteur à même de séduire les gens, du moment qu’il tient compte de la rentabilité financière de l’investissement en plus de son caractère éthique. Les fonds éthiques peuvent être considérés comme une approche saine de l’investissement dans la mesure où ils visent à encourager les sociétés citoyennes. Les analystes éthiques procèdent eux aussi, à l’image de tous les investisseurs, par une analyse risque-retour sur l’investissement. La seule démarcation est que ces analystes intègrent en plus le risque social, environnemental, etc.

Le but est de montrer que les entreprises ne sont rapidement adaptées pour répondre au besoin d’éthique par les investisseurs. En effet, le différentiel entre le taux de rentabilité des titres éthiques et non éthiques tende à s’estomper en fin de période. L’offre de titres éthiques semble aujourd’hui contenter les investisseurs à fibre éthique, de sorte qu’ils n’ont plus à payer le prix de leur engagement social.

Est-ce à dire que l’éthique n’aura plus d’incidence sur l’équilibre du marché ?

Bouzidi FATIMA-AZZAHRA

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