Les devises ont remplacé les fusils :

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Après une brève excursion au dessus des 1,37 $ l’euro est redescendu ce lundi à 1,33$ suite aux propos rassurants de Mario Draghi sur la politique monétaire de la zone euro. M. Draghi a rappelé que les indicateurs d’activité continuaient de montrer des signes de faiblesse et a appelé les gouvernements à poursuivre leurs efforts sur des réformes d’austérité. Il estime qu’on peut s’attendre à une reprise fin 2013.
Ce discours aussi pessimiste qu’il soit, a permis de rassurer les marchés et de stopper les spéculations sur la hausse de l’euro, car le souhait de la BCE est de maintenir sa monnaie à un niveau compétitif.
Cet évènement reflète à quel point une économie est sensible quant à l’appréciation de sa monnaie. Dans cet optique, les différentes banques centrales de chaque pays se livrent une véritable guerre économique pour déprécier leur monnaie et ainsi stimuler leur économie.
Pour expliquer comment les banques centrales opèrent, l’exemple des Etats-Unis est le plus probant avec l’opération de « Quantitative Easing » (QE) qu’effectue la FED (Banque Fédérale américaine). C’est l’appellation officielle de la célèbre « planche à billet ». La FED fait de la création monétaire en rachetant des bons du trésor américain aux banques, ce qui ajoute de la liquidité supplémentaire et augmente l’offre en dollar sur le marché des changes.
Quand l’offre d’une monnaie est excédentaire par rapport à la demande, on fait automatiquement baisser son prix. Cependant lorsque le dollar baisse, une autre monnaie (comme l’euro, le yen, la livre…) augmente et peut créer des problèmes économiques dans le pays (inflation).
Cependant, certaines monnaies comme le Yuan ne sont pas déterminées par le marché mais par les autorités administratives.
Pour le pays qui dévalue sa monnaie, les objectifs sont :

  • Etre plus compétitif :

Avec une monnaie plus faible, on devient plus compétitif donc on augmente ses exportations et sa production tout en réduisant ses importations. Cela a pour résultat d’engendrer une relance de l’économie (hausse de la production, augmentation du PIB).

  • Diminuer les taux d’intérêts :

En injectant de la liquidité dans l’économie nationale, l’offre excédentaire de la devise en question a pour effet de baisser les taux d’intérêt auquel les banques se refinancent. En conséquence, le taux interbancaire se retrouvant diminué, les banques peuvent prêter à un taux de crédit plus bas.
Les banques centrales espèrent relancer la croissance en rendant le crédit attractif, ce qui engendre de la consommation et des investissements.
Il est intéressant de voir que la BCE a toujours utilisé avec parcimonie la création monétaire et ce pour 2 raisons :

  • La première est que contrairement à la FED, la BCE n’a pas pour mandat de soutenir la croissance économique. Sa mission est de lutter contre l’inflation. Le problème est que lorsque l’on injecte des liquidités dans l’économie, on pourrait risquer que la demande des biens soit supérieure à l’offre (production des entreprise) et donc ceci engendrerai une inflation. Cependant, en maintenant cette politique monétaire, la BCE rend l’offre d’Euro rare ce qui génère son appréciation (à la création de l’euro, il valait 0,80$ contre 1,33$ aujourd’hui). Ceci a aussi pour effet de rassurer les investisseurs et spéculateurs qui voient en l’euro une devise qui ne baisse pas. C’est pourquoi le discours de M.Draghi se veut rassuran
  • La deuxième est que la zone euro contient des économies divergentes. Par exemple l’Allemagne influence la politique monétaire européenne car elle ne craint pas une monnaie forte. Elle sait que ses exportations sont gages de qualité et que les clients sont prêts à y mettre le prix et maintient sa position de 2ème exportateur mondiale. Contrairement aux pays de l’Est et du Sud de l’Europe qui aimeraient bien trouver un compromis compétitivité/coût pour pouvoir augmenter leurs exportations et ainsi améliorer leur croissance.

En contrepartie, la guerre des devises a des effets secondaires bien connus qui sont tragiques pour l’équilibre de l’économie mondiale.
La Cource à la dépréciation:
Il peut s’agir d’une course sans fin ou chaque pays dévalue sa monnaie. Elle ne fait par ce biais, qu’exporter son chômage car avec une faible devise elle réduit les importations et augmente la consommation interne et les exportations. Il devient donc plus dur pour les autres pays d’exporter, créant des plans de licenciements comme ce fut le cas en 1931 lorsque Londres à rompu le lien fixe entre la livre et l’or, chaque pays a joué la carte de la dépréciation de sa monnaie, ce qui a eu pour conséquences d’enfoncer encore plus la crise et d’engendrer un chaos monétaire.
Le protectionnisme:
Jugeant la concurrence déloyale, certains états peuvent prendre des mesures de rétorsion visant à protéger leurs produits et leurs emplois. Par exemple, on peut citer le cas des USA, qui, considérant la dévaluation du Yuan comme une subvention déguisée, ont décidé de mettre en place une taxe sur les importations de produits chinois. La riposte fut une taxe de 105% sur l’importation de poulets américains jugés subventionnés par Pékin.
Le protectionnisme amène les états à jouer de toutes les armes qui sont en leur pouvoir (règlementations, subventions, normes, contingentements) pour protéger leurs produits et leurs emplois et faire barrage aux produits étrangers. L’économie mondiale s’en retrouve forcement bouleversée comme après la crise de 1929.
L’excès de liquidité mondiale:
En injectant trop de liquidités dans l’économie, les banques centrales permettent plus de spéculations et facilitent l’octroi de crédit. Or, une spéculation effrénée et un endettement excessif sont deux facteurs de la crise de 2008. Nombreux analystes considèrent qu’aujourd’hui, nous n’avons pas tiré les réelles leçons de cette crise et qu’une nouvelle bulle serait déjà constituée.
On peut donc s’interroger sur la politique « passive » de la BCE face aux démarches agressives des Etats-Unis et de la Chine. C’est une véritable guerre que se livrent les 2 premières puissances mondiales.
En basant son économie sur l’exportation, la Chine a accumulé d’importantes réserves de change, les plus importantes du monde avec plus de 35% des réserves mondiales en dollars (3310 milliards de $ début 2013) soit 40% de son PIB. De son coté, les Etats-Unis accusent un déficit structurel dont 40% provient des échanges avec la Chine. Leur souhait serait que le Yuan soit réévalué pour rééquilibrer les échanges et mettre fin au dumping monétaire exercé par la Chine. Cependant, pour Pékin c’est inenvisageable, car la moindre réduction de ses importations entrainerait la fermetures de nombreuses usines et provoquerait des tensions économiques et sociales.
Le constat final est que les Chinois sont créanciers des américains du fait de leurs excèdent de devises, ils sont détenteurs du quart de la dette des USA. Les négociations penchent donc fortement en leur faveur.
Alors pendant que les Etats-Unis dévaluent le dollar constamment, que les Chinois s’alignent sur ce dernier et prennent le risque d’une forte inflation (elle atteint déjà 4 %), l’Europe ne fait aucune création monétaire en ayant pour objectif principal : maintenir l’inflation en dessous de 2%.
Par ce biais elle espère réduire ses déficits en obligeant les états Européen à une politique d’austérité et préserver la confiance des investisseurs permettant d’avoir des taux d’intérêts très bas. Le point négatif de cette position « courageuse » et « vertueuse » est qu’elle pèse sur la demande et par conséquent sur la croissance.

Guillaume OUDARD

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