Les algocarburants : vers une alternative au Pétrole ?

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Avec la flambée du prix du pétrole, dû essentiellement à sa raréfaction, plusieurs pays industrialisés aimeraient acquérir une certaine indépendance énergétique et être surtout moins tributaires du prix de l’or noir .C’est ainsi que la communauté scientifique a dû commencer à chercher une alternative à cet hydrocarbure pourtant indispensable de nos jours. Il a donc fallu imaginer, appliquer de nouvelles alternatives à cet hydrocarbure tout en conciliant sa fabrication à la préservation de l’environnement.
On parle alors des agrocarburants, carburant produit à partir de matériaux organiques non fossiles, provenant de la biomasse. Cependant, sa production via les végétaux oléagineux ne pourrait couvrir à elle seule nos besoins énergétiques. La principale critique avancée concerne donc la surface cultivée nécessaire. En effet, pour répondre aux 49,35 millions de tonnes équivalent de pétrole consommés par le transport par an en France, il faudrait cultiver 118 % de la surface totale du pays en tournesol ! De plus, l’exploitation de certains végétaux tels que le palmier à huile entraine de graves problèmes écologiques (déforestation massive), au point de les rendre aussi néfaste que les énergies fossiles.
Alors que les agrocarburants semblent de moins en moins correspondre au qualificatif de biocarburants (:concurrence avec la production alimentaire, accaparement des terres et déforestation dans les pays du Sud, augmentation des émissions de gaz à effet de serre), chercheurs et entrepreneurs se tournent vers d’autres matières premières. Parmi les plus prometteuses on compte les micro-algues :c’est la naissance des algocarburants.
Les algocarburants sont des biocarburants de « troisième génération » produit à base des lipides contenues dans des micro-algues, des organismes monocellulaires qui se divisent et se dupliquent rapidement, jusqu’à 5 fois par jour, ou même plus, dans certains cas. Mises dans les bonnes conditions, elles peuvent produire des quantités intéressantes d’huile transformable en biodiesel, avec un rendement plus élevé que les cultures traditionnelles. Comme pour toutes les plantes, leur croissance consomme du CO2 pendant la photosynthèse. De plus, si on les aménage de manière adéquate, on peut utiliser des terres non cultivables pour leur production.
La culture des algues n’oblige pas les gens à mobiliser des terres fertiles sur lesquelles ils peuvent planter des légumes et des fruits, contrairement aux autres carburants qui nécessitent des milliers d’hectares de plantation de canne à sucre et de maïs. A priori, ce carburant de troisième génération contribue également à la protection de l’environnement. D’un point de vue scientifique, les algues sont parmi les plantes qui absorbent le dioxyde de carbone pour le transformer en oxygène ou en huile. Le dioxyde de carbone fait partie des gaz à effet de serre et par conséquent, la production d’algocarburant réduirait les émissions de gaz à effet de serre sur la terre
La photosynthèse des micros algues : quel rôle dans la production d’algocarburant ?
Les micros algues, comme toutes les autres espèces végétales, fonctionnent d’après le schéma de la photosynthèse :
Formule photosynthèse : 6CO2 + 6H20 -> C6H12O6 + 6O2
Seulement, selon les espèces et les variétés, la quantité de CO2 convertie en 02 n’est pas la même en raison du type d’environnement où se trouve le végétal. Les micros algues ont montré leur grande capacité de conversion de CO2 en 02. En effet, pour effectuer leur division cellulaire, elles ont besoins d’absorber une quantité importante de dioxyde de carbone. La production d’un carburant à partir d’algues permettrait donc de transformer une certaine quantité de dioxyde de carbone présent dans l’atmosphère en dioxygène. La société espagnole BFS (Bio Fuel System) l’a bien compris. En effet, cette entreprise a procédé à la création d’une usine productrice d’algocarburant à Alicante au pied de la cimenterie Cemex. Selon les estimations de BFS, cette usine est capable d’absorber 12.000 tonnes de CO2 et de produire 5.500 barils de pétrole.
En plus de transformer le dioxyde de carbone en dioxygène, la photosynthèse est à l’origine de la production de glucides et de lipides. Or, ces deux molécules organiques peuvent être utilisées afin de produire un biocarburant. Comme nous l’avons précédemment dit, l’étude des différentes micros algues nous renseignent sur leur capacité de rendements. Mais en général, le taux de glucides et de lipides est plus élevé chez une algue par rapport aux autres espèces végétales.
L’algocarburant ,moins polluant et « plus développement durable »
En effet, les scientifiques du projet Shamash estiment que 10 % à 15 % de CO2 le rejet total en moins par rapport à un hydrocarbure.
Le développement durable est basé sur trois piliers : un pilier économique, un social et un dernier environnemental. Cette notion est aujourd’hui intégrée dans toutes les politiques gouvernementales. Si les études montrent que la production d’un nouveau carburant concilie ces trois piliers, les politiciens se voient dans l’obligation d’envisager l’industrialisation de celui-ci.
L’algocarburant semble pouvoir réunir ces trois conditions :

  • il permet une économie des terres arables
  • il est moins polluant
  • Il demande des couts de production moindres

Contrairement à d’autres biocarburants, l’algocarburant peut être directement inséré dans nos moteurs. Ainsi le consommateur n’a pas besoin de changer de voiture ; il économise donc le prix d’une nouvelle voiture
Le développement viable écologiquement et économiquement de ces biocarburants requiert néanmoins de s’affranchir de plusieurs barrières technologiques que seule la R&D permettra de surmonter :

  • la réduction des coûts de production (R&D génie biochimique, etc.) ;
  • la maîtrise du rendement, grâce notamment à l’utilisation de microorganismes génétiquement modifiés ;
  • le développement de mesures de précaution pour limiter les risques de prolifération des micro-algues dans le cas de culture extensive ;
  • la nécessité d’étudier plus en détail l’impact de la culture de micro-algues sur l’effet de serre ;
  • l’identification des espaces appropriés et disponibles pour la culture extensive de micro-algues

Les algues sont des organismes photosynthétiques responsables de près de la moitié de la fixation de CO2 sur terre. Le nombre d’espèces d’algues est supérieur à 1 million et elles représentent de ce fait une source illimitée et largement inexploitée de diversité biologique.
Qu’attendons-nous pour commercialiser l’algocarburant ?
Tout semble réussir à l’algocarburant, pourtant on ne peut pour l’instant pas rouler avec. Même si de vieilles études s’étaient déjà penchées sur la question des algues, aucune n’avaient aboutie à la fabrication d’algocarburant. Cela s’explique par le manque de ressources financières principalement. De plus, il y a 50 ans, on ne pensait pas encore aux impacts environnementaux que représentait l’extraction d’énergies fossiles. Par ailleurs, on ne doutait pas que le pétrole se raréfierait autant.
Une controverse écologique
Les écologistes ne semblent pas apprécier le fait d’utiliser toujours et encore l’environnement pour subvenir aux besoins des humains. Il est vrai que l’on cherche plus à trouver un substitut au pétrole plutôt que d’essayer de réduire un maximum nos rejets de CO2. Mais il semble plus facile d’aller de l’avant plutôt que de retourner à des méthodes antérieures.
Un projet expérimental
Le principal obstacle à la commercialisation d’algocarburant est le simple fait que ce n’est qu’un projet expérimental. Les recherches prennent du temps. Par ailleurs, cette recherche nécessite des moyens financiers importants et les investisseurs ont encore du mal à faire confiance aux pouvoirs de la nature.
Un prix à la pompe bien trop élevé
La deuxième barrière qui s’oppose à l’exploitation des micros algues est son estimation financière. Produire un carburant à partir d’algues demande beaucoup de moyens financiers au départ ce qui explique le prix élevé à la pompe de celui-ci. Lorsque nous avons demandé à Monsieur Olivier Bernard son avis sur la question il nous a répondu qu’il voyait « difficilement comment le prix d’un litre d’algocarburant pouvait baisser d’au moins 5 euros ». En effet, selon ses recherches, un litre d’algocarburant reviendrait à 10 euros/ litre.
Or nous vivons aujourd’hui dans une société en crise où la simple économie d’argent est la bienvenue. La priorité n’est donc pas encore à l’environnement. Il faut donc changer les mentalités pour pouvoir assurer une distribution équitable du pétrole tout en respectant l’environnement.
De nouvelles perspectives pour le futur :
Des promotions et des campagnes publicitaires ont été mises en place afin de sensibiliser le public et attirer les investisseurs. Ainsi Algaeus a été la première voiture à rouler à partir d’un biocarburant algal. Cette voiture a fait le tour des plus grandes villes des Etats-Unis afin de montrer au peuple américain les avancées scientifiques. Cette voiture possède l’avantage de ne consommer que 1,6 litre/100 km contrairement à la moyenne de consommation des voitures sur le marché qui est d’environ 5,5 litres.
En 2009, plusieurs compagnies aériennes tels que Continental Airlines ou encore Japon Airlines ont tenté la folle expérience de faire voler leurs avions avec un mélange de différents carburants dont l’algocarburant. Pari réussi pour ces deux compagnies qui ont souhaité renouveler l’expérience afin de pouvoir réfléchir sur la possibilité de faire rouler leurs avions à partir d’algues.
Pourquoi l’algocarburant est-il un sujet de controverse ?
L’algocarburant peut remettre en cause des situations acquises. Il représente un potentiel qui en fait le possible successeur du pétrole, ce qui changerait la donne géopolitique. L’algocarburant est donc un danger pour ceux qui à tous points de vue tirent aujourd’hui un bénéfice de la situation de tension (lobbys du pétrole et pétromonarchies).
L’algocarburant est réellement capable de succéder au pétrole. Cependant, quelques obstacles freinent actuellement son développement. Avec les recherches qui continuent et les projets qui se développent, il est en effet possible que d’ici plusieurs années, l’algocarburant devienne une source d’énergie exploitable à l’échelle de nos besoins.

Hajer BENALI

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