LE XXIE SIECLE OU LA REMISE EN CAUSE DES FONDAMENTAUX

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La mondialisation actuelle intervient dans un contexte de crise. Crise financière internationale, crise économique, voire crise morale. La géopolitique des ressources marginalise les Occidentaux. Côté européen, on constate une division latente et une faiblesse structurelle (perte de compétitivité, mais aussi perte d’influence, d’attractivité). Côté américain, un ralentissement, ou une singularisation, se fait sentir. La concurrence intra-européenne et américaine est extrême (créativité, brevets, produits, marchés…). Des marchés deviennent difficilement accessibles, du fait de l’émergence économique, industrielle et commerciale des pays nouvellement développés, de la mondialisation des marchés, du progrès technologique (création de nouveaux secteurs, fin des avantages concurrentiels), des régulations (normes sanitaires, techniques, environnementales…), de la dérégulation des marchés financiers ou encore de la pression sur les coûts salariaux. La problématique purement occidentale du vieillissement, la «compliance» érigée en religion, l’embourgeoisement global, le refus de la prise de risque personnelle et collective, sont d’autres facteurs de l’enlisement de l’Occident.

De nouveaux acteurs se placent désormais « à égalité » (supérieurs ?) avec l’Occident.

L’Islam révolutionnaire et parfois anti-occidental entre en résonnance depuis 2011. L’Asie, ancrée au train chinois, s’autonomise. La Russie se déploie, entre forces et faiblesses. Le Brésil trouve les chemins de l’expansion économique, l’Afrique convoitée expérimente le chemin de Pékin et de Washington… Parallèlement naît une domination financière du Moyen-Orient et de certains pays émergents (activisme des fonds souverains). Visant à faire fructifier les excédents budgétaires, les fonds souverains sont révélateurs d’une nouvelle ère de l’économie mondiale et marquent le rôle croissant de pays aux régimes politiques “émergents”. Il existe ainsi plusieurs centaines de fonds estimés à $ 4000 MM (contre $ 3510 MM en 2010) et dont 1/2 en provenance du Moyen-Orient (Etude du 9 mars 2011 du cabinet Prequin, Londres). Les 5 principaux fonds sont détenus par les Emirats, la Norvège, la Chine (SafeInvestmentCompany et China InvestmentCorporation) et Singapour. Contrôlés par les Etats, ces fonds pourraient servir à des fins géopolitiques et géostratégiques, pas seulement financières…

C’est donc la fin des rentes de situation et la naissance d’une vraie compétition mondiale. Il y a bascule des centres de gravité économiques. La domination des pays dits émergents est « annoncée ». On assiste aujourd’hui à la remise en cause des grands principes fondateurs occidentaux.

Cette explosion des références, qui s’accompagne d’une explosion des conflits localisés (Afrique, Europe, Moyen-Orient…), est la continuité de chocs fondateurs : la chute du mur de Berlin, en 1990, qui a mis fin au modèle marxiste, le 11 septembre 2001 qui marque un « clash des civilisations », l’entrée en résonnance des pays arabes (Tunisie, Egypte, Libye…) ou le rôle d’AQMI (Al-Qaïda au Maghreb islamique) dans la bande sahélo-saharienne. La crise financière et économique de 2008-2009 stigmatise un modèle économique scandaleux (Subprime), la crise de confiance et des liquidités, la crise des institutions financières américaines (Morgan Stanley, Lehmann Brothers, AIG, etc.). En 2008, c’est la fausse stabilité des banques européennes qui est dévoilée, mais aussi les banques prises avec les doigts dans le pot de miel (débat sur les bonus, affaire Madoff, etc.)… Les effets sont pour l’instant inconnus mais ne manqueront pas de réaffirmer le rôle des Etats.

Concrètement, les conséquences de la mise à plat du modèle économique occidental sont visibles sur les marchés. On assiste à une envolée des prix des matières premières (surchauffe chinoise, déforestation en Amérique du Sud, présence chinoise accrue dans les pays producteurs d’Afrique), une usure de notre système, une croissance exponentielle des pays émergents surtout les pays exportateurs de pétrole (exigences politique/arme du pétrole et de l’énergie (GAZPROM).

Sur le plan commercial, la situation se traduit par l’achat de pans entiers de notre économie par les pays émergents (Chine en Grèce en octobre 2010, Inde avec Arcelor-Mittal…), une concurrence réelle dans nos prés carrés (énergie, aéronautique, défense, etc.) et dans les nouveaux domaines (environnement, nouvelles technologies, etc.), « l’ex tentation impériale » américaine et la «néo» tentation impériale chinoise, l’apparition des nouveaux clients chinois, indiens et brésiliens : le consommateur américain n’est plus le centre du monde.

Cette rupture de la logique de blocs de la guerre froide accroît l’incertitude et s’accompagne de la résurgence des nationalismes, de l’intégrisme religieux, du développement des trafics et des circulations financières souvent illégales, de terrorisme… et d’une guerre économique (Etats contre Etats mais aussi entreprises contre entreprises) : les Etats s’affrontent à travers le commerce et l’industrie (interventions financières/ fonds souverains, limitations des importations/ quotas/ action de l’Etat (Brésil-Rafale, Chine-Areva, etc.). Cette guerre économique s’articule autour de la place croissante du savoir, aussi indispensable que l’accumulation de capital financier et la coordination des compétences.

C’est l’émergence de la société de l’information pour une guerre cognitive, le règne de l’infostratégie, gestion offensive de l’information pour convaincre, impressionner, menacer, gagner, vaincre. Savoir PLUS et AVANT l’autre nécessite la mise en place de stratégies d’amplification (propager des messages), de rétention (maintenir l’autre dans l’ignorance), d’acquisition (démarche de veille et de surveillance), de perturbation (leurrer le rival, neutraliser ses capteurs de données, ses systèmes d’information). L’intelligence économique, c’est-à-dire la maîtrise et la protection de sa propre information stratégique, s’insère dans la guerre économique. Pour une entreprise, c’est un système de surveillance de l’environnement de l’entreprise, ainsi qu’un système d’action sur cet environnement afin de détecter les menaces et d’exploiter les opportunités stratégiques. C’est un investissement indispensable qui se développe dans tous les services, dans toutes les organisations et entreprises (y compris dans les pays émergents).

La lutte s’accroît donc entre pays occidentaux au travers des structures IE afin de regagner compétitivité du tissu industriel, sécurité de l’économie et renforcement de son influence.

T.M.

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