Le marché du carbone, un marché brumeux

0
349

La problématique du réchauffement climatique est au cœur des préoccupations mondiales. La mondialisation et l’industrialisation des régions du monde, n’ont cessé d’accroitre les émissions de gaz à effet de serre, accélérant ainsi le réchauffement climatique. Le protocole de Kyoto a été signé afin de ralentir ces émissions de CO2 et d’autres gaz polluants. Cet accord, instaure des quotas de carbone donnant naissance au marché du carbone.

Mais d’abord, qu’est ce que le marché du carbone ?

Le mécanisme de ce marché

L’objectif de l’accord est d’inciter les états et entreprises à réduire leur pollution atmosphérique, en instaurant des quotas, des « droits à polluer ». Un quota représentant la limite d’émissions de dioxyde de carbone autorisée (exprimée en tonne). Elle constitue l’unité d’échange et sa valeur dépend du marché d’échange. Si un état ou une entreprise dépasse son quota il est sanctionné. C’est pour éviter cette sanction que le marché du carbone existe.
Son fonctionnement repose sur le principe des marchés financiers à ceci près qu’il s’agit d’un système de négociations de gré à gré (sans intermédiaires). Il permet à des acteurs d’acheter les droits à polluer à des acteurs n’ayant pas atteint leur quota d’émissions de gaz à effet de serre. Ce système récompense donc les acteurs ne dépassant pas leur quota et pénalise par la même occasion ceux qui les dépassent.
Il existe deux types de marché :

  • Les marchés volontaires issus des propres volontés et politiques d’un pays
  • Le marché compensatoire (normalisé par le protocole de Kyoto).

Les marchés volontaires

Ce type de marché local permet, sur la base du volontariat, d’acquérir et de vendre des crédits d’émissions de CO2. Ces marchés ne sont donc pas soumis aux contraintes réglementaires internationales. Depuis 2008, les marchés volontaires se sont rattachés à l’initiative internationale REDD+ (Reducing Emissions from Deforestation and forest Degradation + carbone). Elle récompense les meilleurs « élèves » qui réduisent leurs émissions de CO2. A ce jour, il existe 5 marchés :

  1. Chicago Climate Exchange, depuis 2003
  2. Japan Voluntary Emissions Trading Schemes, depuis 2005
  3. Regional Greenhouse Gas initiative, depuis 2009 (dans 10 états du Nord-Est des Etats Unis)
  4. Midwestern Regional Greenhouse Gas Reduction Accord, depuis 2010 (dans 6 états du Mid-Ouest des Etats Unis + une province canadienne)
  5. Western Climate Initiative, depuis 2012 (dans 7 états du Mid-Ouest des Etats Unis + 4 provinces canadiennes)

Il existe également des projets de marchés volontaires en Nouvelle-Zélande, depuis 2009, en Australie, depuis 2011 ainsi qu’un projet de marché fédéral aux Etats Unis, depuis 2012.

Le marché compensatoire

Le marché compensatoire a vu le jour en 2005, suite aux engagements du protocole de Kyoto (1997). Cet accord international consiste à inciter les pays à réduire leurs émissions de CO2 tout en investissant dans les technologiques « vertes » afin de ralentir le réchauffement climatique. Ce protocole impose des quotas aux pays signataires. La différence avec les marchés volontaires, c’est la possibilité offerte aux pays et aux entreprises d’investir dans des projets écoresponsables en dehors de leur territoire national. Ainsi, l’Europe et d’autres pays du monde, se sont engagés à réduire de 20 % leurs émissions globales, d’ici 2020, à l’exception des Etats Unis.
Afin d’atteindre ces objectifs, l’Union Européenne a donc mis en place sa propre plateforme d’échange l’EU ETS pour European Union Emissions Trading Schemes. L’EU ETS est le premier marché compensatoire de carbone à regrouper différents pays avec des objectifs de réduction clairement définis. Ce marché regroupe 30 pays :

Allemagne Finlande Liechtenstein République tchèque
Autriche France Lituanie Roumanie
Belgique Grèce Luxembourg Royaume-Uni
Bulgarie Hongrie Malte Slovaquie
Chypre Irlande Norvège Slovénie
Danemark Italie Pays-Bas Suède
Espagne Islande Pologne  
Estonie Lettonie Portugal  

Comment se porte ce marché aujourd’hui ?

Le marché du carbone

  • Environ 48,4 milliards € d’échanges de CO2 dans le monde en 2015
  • 9,94€ : le prix moyen du carbone dans le monde
  • 6,2 milliards tonnes des émissions de CO2 dans le monde en 2015
  • 3/4 des échanges internationaux de quotas carbone sont dans l’EU ETS
  • 1750 Mt émis en 2016 par L’EU ETS, soit une diminution de 3% en un an

50% des émissions de l’ETS EU proviennent de l’électricité en 2016

Malgré les mesures prises et les accords signés par de nombreux pays, les objectifs ne sont pas remplis. Ces marchés devaient inciter les pays et entreprises à réduire leurs émissions tout en investissant d’avantages dans les énergies vertes, mais c’est tout l’inverse qui se produit.

Mais pourquoi le marché du carbone n’est-il pas aussi efficace ?

Les dérives et les menaces

Les marchés locaux ou nationaux émergents, trop décentralisés, ne sont pas soumis aux directives du protocole de Kyoto. Ce manque de contrôle entraine un affaiblissement des marchés surveillés comme l’EU ETS. Cette différence de contrôle pousse certaines entreprises à délocaliser leurs sites industriels « polluants » vers ces pays non soumis aux directives.
En conséquence un surplus d’offre carbone de 2 milliards s’est créé en Europe. De nombreuses entreprises sont en dessous du quota, l’offre devient plus forte que la demande, faisant ainsi descendre le prix du CO2. Une entrée massive de crédits carbone internationaux de Kyoto a accéléré ce surplus avec comme unique acheteur l’Europe. Ni la Chine, ni les Etats Unis, les deux premiers pollueurs avec respectivement 10,96 Mdt et 5,17Mdt en 2016, n’ont intégré ce système.
Les directives d’incitation aux énergies renouvelables comme le MDP (Mécanisme de Développement Propre) ont accru ce surplus. La diminution des émissions de carbone reste, dans ce cas, suspicieuse car les moyens de contrôle sont insuffisants.
Enfin, les affaires de fraude déstabilisent le marché du carbone. Le « carrousel », une fraude à la TVA et la falsification de la quantité d’émissions de carbone provenant de l’Ukraine, rendent le marché carbone structurellement inefficace. La vérification des émissions de carbone est moins en moins réalisée au fil des années, comme le montre le graphique ci-dessous concernant les pays de l’Union Européenne. On peut donc supposer que les autres régions et pays du monde en font autant sur la véracité de leurs émissions

marché du carboneCe marché est-il en péril ?

Conclusion

Les initiatives et l’émergence de différents marchés carbone, illustrent la prise de conscience des pays du monde sur les enjeux écologiques et climatiques.
Malheureusement, les systèmes de marché mis en place pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et favoriser l’utilisation d’énergies renouvelables ont été pervertis par certaines entreprises et pays pollueurs n’assumant pas leurs responsabilités. Pour que le marché du carbone n’explose pas, il faudrait rétablir un prix cohérent de la tonne de carbone estimé à 60$ pour rétablir l’équilibre et améliorer significativement les moyens de contrôle des émissions de carbone afin d’éradiquer les contournements et les fraudes.
Espérons que ce marché ne parte pas en fumée pour le bien de la planète.
[vc_tta_accordion active_section=””][vc_tta_section title=”Références” tab_id=”1514946612328-1054cf4c-da57″]

[/vc_tta_section][/vc_tta_accordion]

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here