L’AUTOMEDICATION EN FRANCE

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Un médicament depuis sa conception et jusqu’à sa dispensation est contrôlé par un ensemble d’acteurs : les professionnels de santé représentés notamment par les industries pharmaceutiques, les médecins, les pharmaciens, qui vont participer à sa prescription, mais aussi, par les patients eux-mêmes qui vont l’utiliser.

Par conséquent, les pouvoirs publics ont décidé de garantir la prise en charge efficace par le patient de sa propre santé face à un comportement qui émerge en France, l’automédication.

Ainsi, après avoir analysé le comportement d’automédication, il devient alors possible d’envisager les différentes réponses que les professionnels de santé pourraient apporter dans un objectif de santé publique. 

L’objectif de santé publique en France est d’organiser et de clarifier les pratiques médicales. C’est dans ce cadre qu’un rapport a été commandé en juin 2006 par le Ministère de la santé  et des solidarités sur un comportement qui émerge en France depuis les années 1990, l’automédication. Après avoir effectué le constat de cette pratique, il conviendra de se pencher sur ses enjeux.

L’état des lieux sur l’automédication repose sur le contexte réglementaire, sur le marché économique et son organisation et sur les comportements des patients. 

Les médicaments en France doivent obtenir une autorisation de mise sur le marché (AMM) délivrée par l’Agence française de sécurité avant de pouvoir être vendus dans une officine pharmaceutique. C’est cette règle qui prévaut quel que soit le statut du médicament avec ou sans prescription médicale. 

En ce qui concerne l’évolution économique de ce marché, on constate que la France, grande consommatrice de médicaments avec prescription, étrangement acquiert peu de médicaments sans ordonnance. En 2005, l’automédication effective ne représente que 17% de l’ensemble des médicaments en vente. Ce secteur reste peu développé en France.

Lorsque les patients sont interrogés sur leur consommation de médicaments, ils font appel facilement à l’automédication sauf pour les enfants, population pour laquelle, une consultation médicale est toujours privilégiée. Les motivations évoquées vis-à-vis de l’automédication des adultes reposent sur un besoin rapide de soulagement, lors d’un problème médical bénin et familier et qui de manière générale a été facilement résolu.

Les enjeux de l’automédication sont importants sur le plan économique, éthique.et social.

Sur le plan économique, l’assurance maladie ne prend pas en charge la totalité des dépenses de santé qu’à concurrence de 75% en moyenne. L’automédication permet d’atteindre l’équilibre en prenant en charge les médicaments mineurs et banalisés au profit de soins nouveaux plus coûteux.

Un transfert de 5% du volume des médicaments consommés sur prescription vers l’automédication pourrait représenter une économie de 2,5 milliards d’euros pour l’assurance maladie sans réel surcoût pour le patient.

L’incitation à l’automédication responsable se heurte à l’objectif parfois inavoué du système de santé de favoriser la vente de médicaments non remboursés et parfois plus chers. La déontologie de l’ordre des médecins et des pharmaciens met en garde les responsables thérapeutiques sur le maintien de l’opacité du système de soin.

On constate un changement de comportement des patients qui se soignent de plus en plus seuls pour les pathologies bénignes. En revanche, du côté des médecins, ils sont fortement opposés à l’automédication car ils ne veulent pas que leurs patients deviennent autonomes. Au contraire, ils entretiennent leur captivité thérapeutique. 

Face à la hausse de l’automédication, le rôle des professionnels de santé évolue afin d’accompagner les patients dans la prise en charge de leur santé et non seulement de leur maladie. Cet accompagnement repose sur la reconnaissance des actions à mettre en œuvre pour clarifier les compétences des professionnels de santé et celles des patients eux-mêmes. 

Les professionnels de santé ont un rôle important à mener afin de garantir le bon usage de l’automédication.

En ce qui concerne l’industrie pharmaceutique, elle doit rédiger des notices claires sur le mode d’emploi des médicaments qu’elle fabrique. De plus elle doit mentionner la DCI du médicament, i. e. la dénomination commune internationale qui indique la molécule utilisée. 

Au niveau du médecin, son rôle d’information et de conseil devra dépasser le cadre limité d’une prescription thérapeutique. Il doit veiller à la sécurité du patient dans la prise de médicaments avec ou sans ordonnance.

Par ailleurs, le conseil du pharmacien dans la délivrance officinale fait de ce professionnel de santé un pilier du développement de l’automédication. Pour renforcer son rôle de vigilance, le dossier pharmaceutique sera un outil de cohésion et de liaison dans la délivrance des médicaments.

Au niveau de l’assurance maladie, la clarification est nécessaire en ce qui concerne les produits remboursables et non remboursables. Par ailleurs le terme de « Service Médical Rendu » insuffisant ne facilite pas la clarification de la vente des médicaments.

Enfin, les assurances complémentaires doivent inclure les recommandations des autorités sanitaires dans leur politique de prise en charge. C’est le cas des contrats dits responsables mis en place par certaines assurances complémentaires.

Du côté des patients, à présent, ils peuvent prendre en charge leur santé à condition qu’ils soient informés des dangers liés aux médicaments. Le patient doit obtenir un savoir que les responsables de santé ne sont pas prêts à transmettre. Ils doivent pouvoir « s’automédiquer » à bon escient et éviter les dépenses inutiles. En tant que consommateur, le client peut signaler les effets indésirables constatés sur un médicament dans le cadre de la pharmacovigilance, et intervenir ainsi à l’amélioration du produit ou à son retrait si nécessaire.

Pour conclure, toutes les mesures envisagées s’inscrivent dans un plan d’automédication incluant tous les professionnels de santé afin de favoriser une prise en charge responsable de la santé publique.

Shengwei LIANG

Source :

Situation de l’automédication en France et perspectives d’évolution, rapport Coulomb, 2006

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