La standardisation des produits dérivés est-elle nécessaire?

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L’introduction d’une CCP (Chambre de compensation) sur les marchés OTC requiert nécessairement une standardisation des produits dérivés OTC afin de faciliter les échanges et d’optimiser la relation Acheteurs/Vendeurs. Initialement les produits étaient élaborés sur mesure à la demande du client, la standardisation passe donc par une adaptation des contreparties à des produits standards liquides et dont le risque est prévisible et connu de tous. Cette standardisation peut limiter l’innovation financière et porter atteinte à la complétude de marché puisqu’il peut entrainer une couverture imparfaite du risque individuel : les intervenants ne peuvent plus parfaitement se couvrir parce qu’ils ne peuvent plus élaborer le produit parfaitement adapté à leur problématique qu’ils trouveraient précédemment sur les marchés de gré à gré où l’offre était supérieure à la demande.
La migration des Credits Defaults Swaps vers des plates-formes organisées : une étape indispensable pour la gestion du risque systémique.
Nous pouvons entrevoir une réponse par l’effort récent de centralisation de l’information des Credit Default Swap (CDS), solution d’urgence exigée par les autorités financières afin d’établir de la transparence sur ce marché un peu particulier. Ce marché est un marché de gré à gré, mais les risques portés par les produits ne sont pas les mêmes que pour la plupart des autres produits dérivés. En effet, la plupart des produits dérivés sur les marchés OTC présentent un risque de marché et un risque de contrepartie or les CDS présentent un risque de crédit.
On voit immédiatement que l’additivité des risques provoque nécessairement une additivité des coûts de couverture donc de dépôt de garantie et des appels de marge. On comprend bien, par l’exemple qui suit, que si on avait adopté une CCP sur le marché des CDS en 2007/2008, alors dans le cas où une institution avait acheté à AIG un CDS avec comme sous-jacent Lehman Brothers, comment la CCP aurait-elle pu compenser l’institution ? La CCP aurait nécessairement exigé un dépôt de garantie élevé de la part d’AIG et donc le CDS aurait été inutile dans ce cas. Par conséquent une compensation des CDS n’aurait pas aidé à sortir de crise puisque le marché n’aurait représenté que peu d’intérêt puisque le collatéral exigé par la chambre de compensation aurait été égal au nominal de l’opération.
Cependant, la compensation des CDS permet plus de liquidité post-crise puisqu’il favorise l’information entre les intervenants. Sans CCP, le marché des CDS était caractérisé par un manque de transparence sur les prix pratiqués et les volumes émis qui ne permettait pas de surveillance optimale des échanges pour les régulateurs, ce qui faisait planer une impression de spéculation latente comme c’était le cas pour les CDS souverains de la Grèce, avec des conséquences auto réalisatrices graves. LCH.CLEARNET, qui a obtenu l’accord pour compenser les CDS le 30 Mars 2010 permet via un registre de compensation de limiter la menace de spéculation auto réalisatrice et permet un contrôle du risque systémique en surveillant davantage les expositions et en diminuant les asymétries d’information qui profitaient auparavant aux grosses institutions financières ainsi portaient défaut aux petits intervenants qui profiteront désormais d’une couverture de risque optimale.

 Michael PACHTER

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