La Saga Herbalife

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Herbalife (NYSE: HLF) est une société fondée en 1980 aux États-Unis, proposant la vente de produits nutritionnels (des compléments alimentaires) qui aident à la remise en forme, au contrôle de poids ou au gain de masse musculaire. La société Herbalife propose aussi des produits pour les soins du visage et du corps.

Cette entreprise va être le théatre d’une bataille d’égo entre d’eux des plus gros investisseurs de la place New-Yorkaise. Le premier des protagonistes est Carl Icahn, 77 ans, corporate raider et légende de Wall Street et prend des participations dans les sociétés afin d’en orienter la destinée. C’est un des hommes les plus riches d’Amérique avec une fortune de 15 milliards de $. Ses coups les plus fameux sont entre autres : l’OPA hostile contre la compagnie aérienne TWA en 1985. Il s’est payé sur la bête en obligeant cette compagnie à céder ses actifs pour rembourser la dette qui lui a permis d’en prendre le contrôle. Carl Icahn aurait aussi inspiré Oliver Stone pour son personnage de Gordon Gekko. L’autre protagoniste est Bill Ackman, 46 ans et dirigeant de Pershing Square Capital Management, 12 milliards$ d’actifs. Sa devise « Lorsque que l’on mélange une fabuleuse entreprise avec une plus banale, la valeur sur le marché est indexée sur la plus banale. Il faut les séparer à nouveau pour comprendre la valeur de chacune. » Il s’est rendu célèbre en achetant des CDS contre MBIA (Municipal Bond Insurance Association) qu’il revendit lorsque leur valeur explosa pendant la crise de 2008.

Tout commence le 20 décembre 2012, Bill Ackman attaque Herbalife. Au cours d’une présentation de 342 slides à Manhattan, Ackman essaie de démontrer qu’Herbalife est un système de vente pyramidal, et que la société vaut 0$. Avant sa publication, Bill Ackman a pris soin de constituer une énorme position baissière sur les actions (1 mds $). La veille, le marché apprenant qu’il était short le titre perdit 12%, il perdra 9.75% après la conférence. Le 9 Janvier, la SEC ouvre une enquête sur Herbalife. Les dirigeants accusent Ackman de manipuler le marché, d’autres fonds s’intéressent à l’affaire et achètent des actions. L’action remonte jusqu’à la mi-janvier. Carl Icahn et Bill Ackman se connaissent, ils ont eu déjà eu l’occasion de se chicaner dans le passé, et il y a 10 ans un conflit juridique tournant à l’avantage de ce dernier a délesté Icahn de plus de 4,5 millions de $. Le 25 janvier 2013, La chaîne financière CNBC organise une confrontation téléphonique entre les deux adversaires, celle-ci restera dans les annales de l’histoire de la Finance comme le dialogue le plus musclé entre deux raiders.Le 14 février 2013, Carl Icahn annonce avoir pris une participation dans la société Herbalife. Il semblerait qu’après l’échange verbal inamical entre les deux hommes, Carl Icahn, qui avait déjà une position acheteuse, la renforce par le biais d’options. Cette technique est très intelligente, en achetant des calls et vendant des puts, elle constitue l’équivalent d’une position acheteuse de titres. Son achat de call est financé par sa vente de puts. Si l’action monte, il est gagnant, si elle baisse, elle lui permettra d’acheter les titres encore moins cher. Autre avantage, elle lui offre la maitrise d’un grand nombre d’actions sans en payer le prix. Sans entrer dans les détails, Icahn détient de la sorte l’équivalent de 14 millions d’actions. Le jour de l’annonce Herbalife prend 23% en after hour, elle ne termine plus qu’à 1.23% de hausse le lendemain sur des craintes relatives à la Federal Trade Commission. Celle-ci peut décider de fermer Herbalife si elle considère que son mode de distribution est une fraude pyramidale, et ferait le jeu d’Ackman.

Avec la montée au capital d’Icahn, on aurait pu penser que celui-ci ait agit par rancune. Mais sa façon d’agir va au-delà, il fait ce que les investisseurs avisés font. Il profite juste de la situation et essaie d’en tirer avantage. Icahn a déclaré qu’il avait l’intention d’exercer ses options (calls) et de se faire livrer les titres Herbalife dans les 30 prochains jours. Cette action aura pour effet d’assécher le marché en titres pour les short sellers (les vendeurs à découvert qui jouent la baisse, donc Ackman), et de rendre les positions shorts de plus en plus chères à conserver (leurs actions sont empruntées, ils doivent rémunérer les préteurs). L’autre partie de la stratégie d’Icahn, la vente de puts démontre aussi son génie dans le montage de l’opération. Ses puts sont libellés pour être débouclés en cash, ce qui signifie que si les choses tournent mal pour lui (Herbalife s’effondre) il ne sera pas obligé d’acheter l’énorme quantité de titres afférents à ses puts options. L’expiration des puts est calibrée pour se faire en même temps que celle des calls. Il subsiste un risque pour lui que l’action baisse, mais son risque est calculé, le marché ayant connaissance de ses intentions d’exercer ses options. Il ne faut pas oublier que légalement Icahn ne pouvait acheter d’autres titres Herbalife avant d’avoir obtenu l’accord de de la FTC, en raison de ses franchissements de seuils dans le capital. Pour continuer son raid, il s’est donc constitué une position options (achat de calls, vente de puts donc un achat synthétique). Là où l’astuce d’Icahn trouve toute sa dimension, c’est que le deal est structuré pour permettre aux shorts seller d’emprunter encore plus de titres avant qu’il n’exerce ses options. Icahn a établi son piège, et lorsque celui se refermera, mieux vaut être du bon côté du trade.

Le 28 février 2013, Carl Icahn a remporté une nouvelle bataille face à Bill Ackman et s’est payé le luxe de lui donner une nouvelle leçon sous les yeux de l’audience de Bloomberg TV, faisant du même coup un pied de nez à CNBC. Herbalife a annoncé ce jeudi que son conseil d’administration serait élargi à 11 membres, contre 9 actuellement, afin de permettre à Carl Icahn de bénéficier de deux sièges. Dans l’accord conclu entre Herbalife et Icahn, ce dernier a obtenu le droit d’accroître sa participation à 25% des titres contre 13.6% aujourd’hui. Le PDG n’a pas manqué d’exprimer sa haute opinion de Carl Icahn tandis qu’Icahn lui-même a soutien qu’il appréciait le management en place. Carl Icahn a dans la foulée accordé une interview à Bloomberg TV. Il n’a pas manqué de déclaré en passant qu’il possédait déjà environ 15% du capital et qu’il souhaitait acheter davantage de titres, ce qui a bien évidemment profité à Herbalife en séance.

Pour conclure, Il est de plus en plus probable que la Federal Trade Commission ne fermera pas la société, car il semblerait que l’argument principal d’Ackman qui attesterait de la qualité pyramidale du business d’Herbalife ne soit pas démontré. Et que son hypothèse et sa démonstration se baseraient sur des calculs faux. Bill Ackman est quant à lui étrangement silencieux. Ce dernier étant le plus gros actionnaire de JC Penney (JCP) avec 18,11%, a eu le malheur de voir le cours de l’action diminué de plus de moitié sur la dernière année. La stratégie adoptée par Icahn pourrait obliger Ackman à racheter sa gigantesque position vendeuse propulsant les cours vers de nouveaux sommets.

DOMINJON, Victor

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