La dépression en Grèce au regard de la crise institutionnelle européenne

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European Union and Greece. The concept of relationship between EU and Greece. Waving flag of EU and Greece.

Souvent comparée à la crise de liquidité de 1929, la crise économique de 2007 a de nouveau mis en doute le rôle du système capitaliste libéral comme véhicule du progrès et du développement généralisé.

Les crises ponctuelles macroéconomiques récurrentes depuis 1945 ont levé de nouveau de 2007 à 2012 des manifestations populaires (Occupy Wall Street, London Riots, manifestations des PIIGS) contre la logique de croissance mercantile des économies globalisées. Les règles et l’action de l’interventionnisme étatique face aux rôles des marchés financiers a été au coeur de la crise institutionnelle des états endettés (Rapport Vickers UK, Volcker US ou Liikanen UE).

Le gouvernement grec, comme la plupart des pays occidentaux s’endettent depuis les années 1980, des déficits de la balance courante en continue.

La Grèce est alors en besoin de financement, et comme l’épargne nationale est insuffisante (propension à épargner faible, peu de produits financiers complexes de diversification proposés au plus grand nombre, exodes et allègements fiscaux, taux des recettes fiscales sur cadastre faible, capacité administrative à récolter les impôts et taxes locaux faible, économie non marchande noire de 30%, etc), cette situation provoque l’intérêt du gouvernement grec à faire appel à l’épargne publique via les marchés bancaires et financiers (OAT, Bons du Trésor, CDS, CDO, etc).

Comme toute dette, les taux d’intérêt sont cumulables et actualisés, le poids des principaux (PV ou NAV) des dettes sont de plus en plus dures à rembourser. Le besoin d’intermédiation des marchés bancaires et financiers est essentiel, c’est un moteur de levier de la croissance grecque (comme dans d’autres pays d’Occident). Ce besoin en financement n’est pas intrinsèquement une cause de crise économique, les emprunts sont diversifiables et titrisables, la demande en emprunts grecques est standardisable et marchandable – malgré la petite économie grecque ouverte.

Le problème essentiel fut que durant les périodes des guerres du XXè siècle, nombreuses élites et Intelligensia quittèrent le pays (punition des politiques passés, bouffée d’air d’emploi pour les domestiques, sécurité personnelle, etc), ce qui dans nos temps modernes rendent l’administration publique grecque sous compétitive face aux nouvelles élites économiques cosmopolitaines globalisées (demandes d’aide à Goldman Sachs, inefficacité des administrations et politiques publiques).

La petite économie grecque est fortement corrélée (droite de régression) aux conjonctures des grandes économies (courbes en J et termes des échanges). Donc dès que les moteurs des demandes externes s’interdépendent moins optimalement (équilibre de Nash, de Stackelberg ou Pareto sous optimal), la Grèce doit stimuler sa consommation endogène (les JO d’Athènes), ce qui est insuffisant pour faire face aux collatéraux demandés par les créanciers (renouvellement des lignes de crédit et les taux d’intérêt des dettes croissent).

Les investisseurs et spéculateurs sur les dettes grecques et sa probabilité de défaut de paiement des dettes nationales, analysant la balance courante grecque et les comptes publics grecques, de même que les agences de notation, s’interrogent de plus en plus sur la viabilité du non défaut des dettes grecques dans les temps impartis aux contrats.

Les taux d’intérêt sont dépréciés par le Marché, les produits financiers d’assurance sur les dettes gouvernementales coûtent plus chers (la prime spécifique grecque augmente sur CDS-CDO), le gouvernement est induit à proposer des taux d’intérêt plus élevés sur ces obligations d’Etat. Le spread de taux en économie comparative s’élève, donc moins de créanciers et de contrepartistes, la spéculation pro-cyclique entre en jeu, la  Grèce se fait punir par les marchés financiers (contre-pouvoir).

Parallèlement et synchroniser à ces anticipations ci-dessus pro-cycliques, l’effet des primes de risque de défaut de la Grèce sont de plus en plus élevés; et le marché du défaut de crédit par les CDS-CDO s’élève pour les institutionnels, les FIG et sociétés d’Asset Management et coûte plus cher pour les collatéraux dépréciés en Grèce.

Provoquant à l’autoréalisation des taux revolving nouveaux de taux d’intérêt et de crédit sur CDO-CDS grecques dont les pré-remboursements sans hair-cut et les collatéraux demandés plus en nombre sont auto-déclenchés par les prêteurs et les originateurs bancaires et des tiers créanciers de crédit de défaut de paiement.

Le lien entre économie monétaire et économie réelle est plus qu’évident, le sousjacent des dettes gouvernementales grecques est l’état de son économie réelle et de ses perspectives de croissance. Le rythme de roulement de l’économie réelle influe sur celle du marché bancaire et financier grecque (équation quantitative de la monnaie en sousjacent de la spéculation sur les titres de dettes grecques).

Les Marchés régulent, les institutions étatiques sont des Special Investment Vehicule d’intermédiation entre les marchés et l’économie réelle grecque. C’est pourquoi de meilleurs fonctionnaires ou une meilleure administration sont demandés par les marchés financiers (réformes structurelles, réforme budgétaire et fiscale, rachat de ports grecques via des IDE, privatisations d’entreprise publique, etc).

En Grèce, ceci se transpose par une politique de regain de compétitivité-prix via une politique de choc de rigueur (baisse du niveau des salaires qui joue sur le taux de change et sur l’inflation importée) qui dope la compétitivité prix du coût salariale (la PPA est plus favorable vis-à-vis des PPA étrangères, importe moins et exporte plus, solde positif des rentrées de devises, comme en Irlande depuis peu).

De plus, la hausse des prix après la crise des subprimes pouvait atteindre 32% en annuel. La mémoire des marchés des années inflationnistes 1970 font que l’illusion monétaire rigoriste du conservatisme des néolibéraux de l’école de Chicago s’est imposée au FMI, en Allemagne et à la Commission Européenne.

Représentant 3% de la puissance économique européenne, la Grèce a été pourtant sauvé en dernier ressort par l’UE, comme si les états membres ne pouvaient faire autrement que de laisser la Grèce subir les chocs des marchés financiers. Le FESF utilisé qu’en 2011, le MES actif qu’en fin 2012 et le ‘‘EU Quantitative Easing’’ fut appliquée qu’après l’après BCE de Jean-Claude Trichet, cf. Mario Draghi’s « What ever it takes ».

Les turbulences des «PIIGS» ont dévoilé les différences d’attractivité économique non révélée dans une Union Européenne des états-nations (marchés fiscales, économiques, publiques et des ressources humaines). Surtout l’état actuel caché d’une UE mal pricé au travers des instruments financiers notés garantissant la crédibilité de la souveraineté des dettes gouvernementales européennes.

Une crise institutionnelle voulue, plus que subit, du fait du retard pris par les état-membres à mutualiser une dette morale(EU Government Bonds). L’immobilisme des Etats de l’UE a accentué l’accumulation d’une crise institutionnelle en plus de celle économique et financière, que d’être stabilisateur des chocs économiquesdont ils ont été les initiateurs du redressement budgétaire et fiscal de rigueur.

Dorian CAI

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