Investir dans la Vigne et dans le Vin

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glass with red wine on wooden background

Le thème des investissements dans le Vin est particulièrement intéressant car il consiste à s’intéresser à un produit, le Vin, emblématique de la gastronomie et du luxe français et aux investissements qui ne se rapportent à priori qu’au domaine financier. Le Vin représente un pilier majeur dans le mode de vie des français : en 2010, 85% des français ont acheté du Vin pour leur consommation personnelle et les français consomment en moyenne 1,3 verre de Vin par jour en moyenne (France AgriMer Infos n° 168 de juin 20101 et France AgriMer Infos n°170 de septembre 20102). Selon les estimations de l’Organisation Internationale de la Vigne et du Vin (OIV), la France est le premier consommateur de Vin à l’échelle mondiale en consommant 14% du Vin produit à travers le monde, elle est aussi le premier pays producteur de Vin à l’échelle mondiale et fournit 16% du Vin à travers le monde. Enfin, d’après la Fédération des Exportateurs de Vins et Spiritueux (FEVS), le secteur du Vin en France est le premier secteur agro-alimentaire excédentaire et le second poste d’exportation3.

En outre, le Vin a un poids culturel très important : En effet, le Vin est un symbole de la culture française et est d’ailleurs utilisé dans de nombreux classiques de littérature. Le Vin est cité quatre cent quarante-trois fois dans la bible et notamment le livre des Proverbes (XXXIII, 32) : « « Il doit remplir les coupes qu’il colore en rubis et s’ingurgite avec volupté ». La couleur « rubis » du Vin rappelle le sang, et à fortiori la vie. Le Vin est une boisson qui donne donc à être heureux. Dans l’églogue IV des Bucoliques (-37 avant Jésus-Christ), Virgile fait référence au Vin comme une boisson qui enivre les sens et qui est l’emblème de la festivité, de l’entente et des grands festins :

« Parce que c’est Bacchus qui fait rire la fête, Dans des coupes de bois, je verserai ce vin, Le rouge de Chio qui nous monte à la tête Et réchauffe les coeurs comme un nectar divin »

Le Vin est un véritable mythe qui s’inscrit dans l’histoire puisqu’en effet, celui-ci était déjà représenté au temps des Grecs sous la forme du dieu Bacchus, dieu de la vigne et du Vin. Ce dieu était toujours représenté tenant à la main un thyrse, entouré de feuilles de Vin et d’un verre de Vin. La représentation divine du Vin montre donc à quel point le Vin était déjà à l’ère gréco-romaine précieux et apprécié. Le Vin est aussi très présent dans les arts : les peintures les plus connues sont celle de Velazquez qui le représente dans son oeuvre, le Triomphe de Bacchus (1628-1629) ou bien celle de Rubens dans Bacchus ivre (1640) mais la représentation du Vin dans des fresques égyptiennes retrouvées dans les chambres funéraires du Louxor datant de 3200 ans avant Jésus-Christ témoigne du caractère atemporel du Vin et du fait que celui-ci existe pratiquement depuis la naissance de l’Homme.

Il peut donc paraître audacieux de vouloir mêler le Vin d’une part et les investissements, d’autre part, tant ces deux termes paraissent à l’opposé. Pourtant, depuis une vingtaine

1 http://www.franceagrimer.fr/content/download/10335/68594/file/1335_TABLEAUDEBORD_168_0610.pdf

2 http://www.franceagrimer.fr/content/download/10192/67552/file/1333_TABLEAUDEBORD_170_0910.pdf

3 http://www.vinetsociete.fr/chiffres

d’année s’est développée une nouvelle tendance de placement. En effet, la mode est d’investir dans le Vin (achat de bouteilles de Grands Crus) ou bien dans la Vigne en achetant des parts de groupements fonciers viticoles (GFV).

Explications

Le Vin ne cesse de prendre de la valeur. Le volume des exportations ne cesse d’augmenter comme le montre le Rapport Statistique Mondial 20134 de l’Organisation Internationale de la Vigne et du Vin :

Il est dit dans les médias que l’Or et l’Immobilier sont les placements qui rapportent le plus de gain depuis ces vingt dernières années mais ceux-ci sous-estiment le Vin, qui est tout autant compétitif que ces deux derniers voire plus. Beaucoup de personnes croient que le Vin est uniquement un placement plaisir, un bien à collectionner, mais il est aussi et surtout un investissement financier stratégique et très lucratif.

4 http://www.oiv.int/oiv/info/frstatsro?lang=fr

Le graphique ci-dessous nous montre l’évolution des courbes comparatives du Vin, de l’Or, de la Bourse, du livret A et de l’Immobilier entre 1995 et 2011.

(Sources : Daguenet E, Haddad J-D, 2012, les Placements dans le Vin une goutte de plaisir dans votre patrimoine)

En ce qui concerne la courbe de l’Or, on dit aujourd’hui que l’Or est une valeur refuge. Or, nous constatons grâce à ce graphique que depuis 1995, l’Or est loin d’avoir un parcours calme et linéaire. De plus, entre 1995 et 2005, la valeur de l’once d’Or était inférieure à la valeur du livret A.

En ce qui concerne le livret A, sa courbe est très linéaire avec une légère augmentation de sa valeur au cours du temps. Néanmoins, comme il s’agit d’un placement peu risqué, la rentabilité est très faible.

La courbe du CAC 40 suit quant à elle une trajectoire décevante puisque bien qu’entre 1995 et 2000, celle – ci explose et atteigne les 3250 points, celle – ci s’effondre ensuite à cause des crises financières à répétition.

L’Immobilier reste un investissement rémunérateur. Sa courbe en effet suit une pente ascendante jusqu’à aujourd’hui.

Le Vin quant à lui suit une pente fortement ascendante jusqu’à aujourd’hui et ne semble pas s’arrêter.

Les facteurs explicatifs de la hausse de la valeur du Vin

La tendance à la hausse très marquée de la valeur du Vin de ces dernières années se justifie par quatre phénomènes majeurs :

– autrefois, la plupart des bouteilles de Vin produites étaient plutôt destinées à la simple consommation. Toutefois, avec les progrès effectués en matière de techniques vinicoles et l’influence grandissante des critiques oenologiques, la réputation de certaines bouteilles comme les Domaines ou les Châteaux est passée de réputation de produit de consommation à réputation de placement financier lucratif;

– l’expansion des nouvelles technologies et d’Internet a permis l’essor des activités liées à la sphère boursière des particuliers. Les sites internet sur lesquels un particulier peut acheter aux enchères des bouteilles de vin et les revendre en attendant que le cours du vin augmente sur ces mêmes sites internet, a favorisé l’essor de la demande. Suivant la tendance, les banques et institutions financières ont ainsi elles aussi développé des fonds d’investissement dans le Vin, ce qui intensifie encore davantage l’inflation des prix du Vin;

– les prix mondiaux des denrées agricoles et alimentaires ont doublé ces dernières années. Or, le Vin se classe aussi dans la catégorie des denrées alimentaires. Par conséquent, l’inflation du Vin est très liée à l’augmentation des prix des denrées alimentaires;

– la demande en Vin s’est accrue avec la globalisation des échanges et la demande croissante en Vin de nouveaux pays acheteurs comme la Chine, la Russie et à plus petite échelle le Brésil, l’Inde et l’Afrique du Sud.

Pour ces pays, le Vin français est un produit de pur luxe. Ils sont de même intéressés par la double étiquette du Vin puisque celui-ci peut en effet être à la fois un produit de spéculation mais également un produit à consommer. Les derniers résultats du sondage de Vinexpo à propos du marché mondial du Vin constatent que l’exportation des Vins français vers la Chine a été exponentielle : +393% entre 2005 et 2009. En ce qui concerne le Nouveau Monde du Vin (Australie, Chili, Etats-Unis, Afrique du Sud principalement), l’Australie se place en deuxième position en tant qu’exportateur de vin vers le marché chinois (+416%) devant le Chili (+284%). (Daguenet E, Haddad J-D, 2012, les Placements dans le Vin une goutte de plaisir dans votre patrimoine)

Ces derniers temps, la place de leader est occupée par le marché asiatique. Cette place de leader est confortée par l’abolition des taxes d’importation en mars 2008.

La Russie n’est pas loin derrière puisque la France a exporté pour 240 millions d’euros de Vin français vers ce pays en 2005 et pour 1 530 millions d’euros en 2009, soit une augmentation de 537%. (Daguenet E, Haddad J-D, 2012, les Placements dans le Vin une goutte de plaisir dans votre patrimoine)

La valeur du Vin, a-t-elle des chances de poursuivre cette courbe ascendante ?

Pour savoir si une tendance continuera sur la voie ascendante, il est utile d’analyser les raisons qui justifient cette tendance et d’en étudier les évolutions.

– avec les progrès des techniques vinicoles et l’appréciation grandissante de certains noms de Domaines et de Châteaux peu connus, les grandes bouteilles commencent forcément à avoir de plus en plus de renommée et leurs cote monte progressivement;

– avec l’expansion des outils informatiques et d’Internet, le côté spéculatif du Vin va faire de plus en plus d’adeptes. Les banques et institutions financières qui sont toujours en quête d’innovations et de profit, surtout en tant de crise, recherchent des placements concrets et porteurs d’avenir comme le vin;

– l’évolution des prix des denrées agricoles pour les années à venir n’est néanmoins pas assurée car il est très difficile de prévoir la climatologie, qui détermine principalement les prix. Selon les prévisions de l’OCDE et de la FAO, les prix des denrées agricoles sont susceptibles de diminuer;

– d’après les analyses de Vinexpo, l’exportation des Vins français vers la Chine était de 393% entre 2005 et 2009, contre 56% entre 2010 et 2014. Entre 2010 et 2014, l’exportation du Vin est donc toujours croissante mais cette croissance est plus modérée (Daguenet E, Haddad J-D, 2012, les Placements dans le Vin une goutte de plaisir dans votre patrimoine). Toutefois, la Chine réserve un sort positif aux Vins français car le marché chinois du Vin est en développement.

Les pays émergents, comme le Brésil, la Russie, l’Inde et l’Afrique du Sud, sont susceptibles de voir une hausse de leurs exportations de Vin sur les prochaines années. En conclusion, la valeur du Vin devrait continuer à augmenter ces prochaines années, ou bien une amélioration devrait au moins être constatée.

Pourquoi investir dans le Vin ?

Les investissements liés au vin sont lucratifs

Quelques chiffres et indicateurs qui indiquent que le marché du Vin est en bonne santé

Le marché du Vin ne cesse de progresser et a le vent en poupe cette année, puisque le Liv-Ex Fine Wine 100, l’indice boursier du Vin de référence, a progressé de 5 à 6% cette année. En outre, de nombreux experts parlent d’un marché haussier du Vin pour les années à venir (Warning-Ching Lucy, 8 juin 2013, ‘Liquid asset that’s an illiquid investment’, Financial Time Weekend supplement-Money). Cette tendance s’inscrit dans la durée car déjà dans les années 1990, l’indice du Vin dépassait le Dow-Jones (Thomas M, 19 janvier 1998, ‘Alternative Investing: Wine Collectors Drive up Prices’ Business News New Jersey). D’ailleurs selon Greaser dans ‘Rate of Return to Investment in American Antique Furniture’, Southern Economic Journal (1993), bien que les biens de collections comme par exemple les bouteilles de Vin ne soient généralement pas source de beaucoup de profit sur le long-terme (« poor-long investment »), le Vin est une exception à la règle. Par exemple, Prial a observé que plusieurs vins qui valaient quelques années auparavant 8$, en valait 12$ quelques années après et que ceux qui valait 12$ sont montés à 18$ voire 20$ (Prial F J, 17 septembre 1997,

Bordeaux Again Leads a High-Price Parade’, New York Times). Il montre donc que la valeur d’un vin est susceptible de s’apprécier assez rapidement. Steven Spurrier parlait même déjà en 1997 de « fièvre des enchères » (« Auction fewer ») pour qualifier la dynamique positive du marché du Vin (Spurrier S, 17 decembre 1997, “Auction Fever: Can Prices Rise Forever?”,Decanter). Mais qu’en est – elle aujourd’hui ?

D’après le rapport statistique mondial 2013 de l’Organisation internationale du Vin et de la Vigne, la consommation de Vin à l’échelle mondiale en 2012 est restée stable (243 Mhl), mais en 2011 elle dépassait celle de 2010 (2010 : 264 Mhl, 2011 : 267 Mhl). Le poids asiatique dans la production mondiale de Vin est de plus en plus important : de 2000 à 2012, la superficie en vignoble de l’Asie a augmenté de 90%, passant de 300 mhl de Vin produits en 2000 à 570 mhl en 2012. De plus, la consommation asiatique de Vin a cru et en particulier la consommation de la population chinoise, qui est passée de 16 339 milliers d’hectolitres consommés en 2011 à 17 837 milliers d’hectolitres consommés en 2012, soit une hausse de 1 498 milliers d’hectolitres, d’après la note conjoncturelle de Mars 20135 de l’OIV.

Il en de même pour l’hémisphère Sud du globe (Argentine, Australie, Chili, Nouvelle-Zélande et Afrique du Sud), et les Etats-Unis, pour qui la production totale de Vin est passée de 1065 mhl en 2000 contre 1170 mhl en 2012 (D’après le rapport statistique mondial 2013 de l’Organisation internationale du Vin et de la Vigne ).

La consommation moyenne de Vin à l’échelle mondiale reste relativement constante (2009 : 243 mhl, 2010 : 242 mhl, 2011 : 244 mhl, 2012 : 243 mhl) malgré la crise. Le Vin, est donc une boisson que l’on boit toujours malgré les crises financières à répétition. Comme nous avions commencé à l’évoquer dans l’introduction, le volume des exportations de Vin à l’échelle mondiale suit une tendance croissante avec un prix par litre de Vin exporté qui augmente chaque année, passant en 2011 de 2,34€/L exporté à 2,57€/L en 2012. En outre, le montant total des exportations de Vin à l’échelle mondiale est passé de 17 901€ en 2009 à 25 194€ en 2012, soit une progression de 41% (Rapport statistique mondial 2013 de l’Organisation internationale du Vin et de la Vigne).

Le Vin peut allier à la fois côté plaisir et côté spéculatif

Dans son article ‘Fine Wine, Poor returns’ (17 septembre 2012, Barron’s), Thomas O’ Ryder explique qu’au départ, il achetait des bouteilles de Vin pour les boire. Toutefois, la cadence à laquelle il achetait ses bouteilles de Vin était plus rapide que celle qu’il avait à boire ses bouteilles et de là est née sa passion pour le Vin. Au départ, son objectif était de se constituer une cave à Vin de manière à pouvoir boire ce Vin au fil des années avec sa famille proche et ses amis. A ce moment, il n’avait pas eu l’idée de transformer sa cave en Vin en investissement purement spéculatif. Néanmoins, le Vin a ensuite perdu son statut de boisson élégante s’associant à un diner de qualité. Ce Vin est devenu un trophée, un moyen de faire une grosse plus-value à la revente des bouteilles. Dans son témoignage, Thomas O’ Ryder nous explique comment le Vin, en tant qu’objet de collection est devenu un objet de spéculation. Le Vin porte en lui cette double fonctionnalité qui est qu’on peut le boire mais aussi le conserver pour le revendre quand sa valeur vénale dépasse le prix auquel on l’a acheté.

5 http://www.oiv.int/oiv/info/frconjoncture

D’ailleurs, McInish et Srivastana en 1982 ont mis en évidence, grâce à un échantillon d’investisseurs, le lien de complémentarité entre les collections d’objets comme par exemple les collections de grands-Crus et la perspective de faire des profits (Mc Inish TH, Srivastana RK, 1982, ‘The Determinants of Investment in Collectibles : A Probit Analysis’, Journal of Behavioral Economics). Leurs études permet de comprendre cette double fonction du Vin, en tant qu’il puisse être à la fois un objet de collection mais aussi de spéculation. Pearman, Schnabel et Tomeh en 1983 entament à ce sujet une enquête auprès de 154 collectionneurs. Le résultat de l’étude a montré que 35% de ces 154 collectionneurs avait entrepris une collection dans le but de revendre cette collection pour obtenir des gains financiers en la revendant (Pearman William A, Schnabel John, Tomeh Aida K, 1983, ‘Rationalization and Antique Collecting’, Free Inquiry in Creative Sociology). Une étude plus récente, menée en 1991 par Formanek sur un large échantillon de collectionneurs, confirme les résultats de Pearman, Schnabel et Tomeh (Formanek Ruth, 1991, ‘Why they collect : Collectors Reveal Ther Motivations’, Journal of Social Behaviour and Personality). D’autres auteurs, comme Burton et Jacobsen, explique la tendance de certains collectionneurs à revendre leurs collections en tant qu’ils savent que celles-ci sont uniques et inscrites dans le temps. Les objets qu’ils collectionnent ne font plus parti du système de production et deviennent donc rares. C’est cette rareté de la collection qui va leur permettre de jouer sur l’aspect pécunier et ainsi revendre leurs collections à des prix avantageux (Benjamen J. Burton, Joyce P. Jacobsen, 1999, ‘Measuring Returns on investments in Collectibles’, extrait de The Journal of Economic Perspectives).

Les bouteilles de Vin appartiennent à une cuvée qui n’est produite qu’une seule fois et dont la qualité est unique compte tenu des conditions climatologiques du moment et de la qualité de la terre. Chaque cuvée est donc unique et le nombre de bouteilles par cuvée étant limité, c’est ce qui donne sa valeur au Vin et sa double facette gustative/ spéculative.

Une cuvée de vin est unique car toutes les conditions pour sa réalisation sont aléatoires (météo, qualité de la terre, …), ce qui lui confère un caractère rare

La rareté du Vin, en tant que la cuvée produite n’est produite qu’une seule fois et qu’elle dépend des multiples facteurs comme la météorologie, la qualité de la terre au moment de la culture, etc, est ce qui confère au Vin une partie de sa valeur. Cette théorie de la rareté est d’ailleurs déjà évoquée par des économistes classiques comme Ricardo dans son ouvrage ‘Des principes de l’économie politique et de l’impôt’ (1817), dans lequel il explique que la valeur d’un bien dépend de son dégré de rareté : « Il y a des choses dont la valeur ne dépend que de leur rareté. Nul travail ne pouvant en augmenter la quantité, leur valeur ne peut baisser par suite d’une plus grande abondance. Tels sont les tableaux précieux, les statues, les livres et les médailles rares, les vins d’une qualité exquise, qu’on ne peut tirer que de certains terroirs très-peu étendus, et dont il n’y a par conséquent qu’une quantité très-bornée ». Ricardo évoque « des choses dont la valeur ne dépend que de leur degré de rareté » et cite dans son énumération de biens « les Vins ». Ainsi, dans la région Champagne, la cuvée « Vieilles vignes françaises » de la maison Bollinger a produit en 1998 un nombre très limité de bouteilles de Vins (2 190 bouteilles seulement) et le nombre réduit de bouteilles de cette cuvée a provoqué un déséquilibre entre l’offre et la demande, si bien que la demande excède

largement l’offre et augmente par conséquent considérablement le prix de ce Vin. Aujourd’hui, le prix d’une bouteille de Vin de cette cuvée se situe entre 300€ et 500€, ce qui en fait un investissement très lucratif. (Daguenet E, Haddad J-D, 2012, les Placements dans le Vin une goutte de plaisir dans votre patrimoine).

Les investissements liés au Vin sont éthiques

Alors que pour certains, les investissements dans le Vin ne sont pas éthiques…

Pour la théorie des ‘investissements sociaux responsables’ (De Colle S, York J.G, 2008, ‘Why Wine is not Glue ? The unresolved Problem of Negative Screening in Socially Responsible Investing’, Journal of Business Ethics), les investissements liés au Vin ne sont pas recommandables sur le plan éthique car ceux-ci ne remplissent pas les conditions requises, édictées par les théoriciens du ‘Socially Responsible Investing’ (SRI), qui en 2006, lors d’un forum décide « d’exclure totalement ou partiellement les entreprises qui produisent des produits alcoolisés, les entreprises qui ont une licence sur les produit alcoolisés, celles qui mettent à la vente des produits alcoolisés ou bien qui produisent des biens destinés à la production de boissons alcoolisées […] dans le but de réduire les investissements dans des domaines qui sont dangereux pour les individus, les communautés et l’environnement. » (Social Investment Forum Industry Research Program, 2006). Freeman, en 2007 lors d’un congrès sur l’Ethique, qualifie même ces investissements de péchés (‘sinful’) (Freeman E.R, 2007, ‘Building an Ethical America’, Society for Business Ethics annual Meeting). La SRI s’appuie sur un rapport de l’Organisation Mondiale de la Santé, publié en 2004, dans lequel il est expliqué « qu’il existe un lien entre la consommation d’alcool et plus de 60 types de maladies. En outre, l’alcool cause chaque année entre 20% et 30% de cancer du foie et de cirrhose du foie, d’homicides, de crise d’épilepsie et d’accident de la route à travers le monde. En Europe, la consommation l’alcool est responsable de près de 55 000 morts chez la population jeune de 15 ans à 29 ans en 1999. Enfin, l’alcool est un risque majeure de violence au sein des familles » (Organisation Mondiale de la Santé, 2004, ‘Global Status Report on Alcohol 2004’). Néanmoins, est-ce que tous ces arguments sont suffisants et fiables pour dire que les investissements dans l’alcool et donc le Vin, ne soient pas éthiques ?

D’autres auteurs réfutent que le Vin n’est pas un investissement éthique

Ce n’est pas la consommation d’alcool qui est mauvais pour la santé mais bien l’abus dans la consommation d’alcool. De plus, la SRI oublie certains aspects du Vin qui le rende éthique au sens où la SRI le définie, c’est-à-dire qu’il doit « permettre à l’investisseur d’exprimer ses valeurs personnelles et éthiques » (De Colle S, York J.G, 2008, ‘Why Wine is not Glue ? The unresolved Problem of Negative Screening in Socially Responsible Investing’). Jonathan Nossiter, dans son film documentaire de 2004 ‘Mandovino’ montre comme l’activité vinicole est ancrée dans les moeurs et comme elle fait partie des racines de la civilisation française et italienne. Nossiter montre comme le Vin fait partie de l’essence de chaque individu, en tant qu’il est une valeur sociétale essentielle et qu’il permet de vivre en harmonie. Dans son film documentaire, Nossiter interview un vigneron français de la région de Bordeaux qui explique que « le Vin existe et continue d’exister depuis des millénaires et qu’il est l’expression d’une relation privilégiée entre l’humanité et l’environnement. Il est essentiel de respecter

l’environnement pour produire un bon vin ». Il est important de dépasser l’idée que le Vin est nocif pour la santé et incite aux « péchés » et que donc investir dedant serait contraire à l’adoption d’un comportement éthique et responsable car bien au contraire, investir dans le Vin, c’est soutenir un terroir, une agriculture et un entrepreneur dans le Vin, interviewé par Nossiter va même jusqu’à dire que « où il y a vignoble, il y a une civilisation »6.

En outre, Strudler remet en question la stigmatisation par la SRI des investissements dans l’alcool et donc à fortiori le Vin comme quoi il serait nocif pour la santé, car les individus en faisant leur choix sont conscients de ces dangers et décident en pleine connaissance de cause. (Strudler A, 2003, ‘On Socially Responsible Investing : A critical Comment’, Journal of Business Ethics). Par ailleurs, dans leur article ‘Why Wine is not Glue ? The unresolved Problem of Negative Screening in Socially Responsible Investing’, De Colle and York montrent à travers l’exemple de la firme H.B. Fuller, qui a produit une célèbre colle, Resistol, les limites de la théorie RSI. H.B. Fuller est une entreprise du Minnesota. Dans les années 1980, celle-ci met au point et commercialise une colle, le « Resistol », qui devient très célèbre à travers le monde. H.B. Fuller est par ailleurs le sponsor de nombreuses oeuvres caritatives et supporte des causes éducatives, ce qui lui permet d’être reconnu par la RSI comme une entreprise éthique car elle a un comportement éthique, social et respectueux de l’environnement « H. B. Fuller a une production éthique, supporte les activités de ses employés et est une entreprise citoyenne responsable » (Donaldson T, Werhane P, Cording M, 2002, ‘Ethical Issues in Business. A Philosophical Approach’, 7th Edition). Cependant, dans les années 1980, des enfants à Honduras utilisent cette colle en tant que drogue, en la sniffant. Le président directeur général de H. B Fuller annonce alors dans un communiqué qu’il a décidé d’arrêter la production et la commercialisation de la colle Resistol à Honduras. Des investigations de journalistes ont montré par la suite que le président directeur général de H.B Fuller avait menti. De Colle et York ont choisi de prendre cet exemple de l’entreprise H.B Fuller pour montrer que « quelque soit le secteur d’activité de l’entreprise, on ne peut pas dire qu’une entreprise est éthique en se basant sur des a priori ». Quelque soit le produit, si celui-ci est mal utilisé, il devient nocif, même une colle. Les investissements dans le Vin ne peuvent donc pas être considérés comme non éthique sur des a priori. Le Vin peut être un investissement éthique, en tant qu’il est le symbole d’un attachement à un terroir, une culture et une société.

 

Déborah KTORZA

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