Délit d’initiés dans des Hedge Funds : regain, épilogue ou péripétie ?

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L’information publiée le 18 mars d’une amende record de plus de 600 m$ infligée à 2 filiales du hedge fund SAC Capital signe t’elle un retour sur le devant de la scène de nouveaux scandales de délits d’initiés dans le monde chatoyant des fonds spéculatifs ?
Les faits
Selon le gendarme américain des marchés, l’amende infligée serait la plus importante jamais versée dans une affaire de délit d’initié aux Etats-Unis.
Deux filiales de SAC Capital Advisors, le « hedge fund » de Steve Cohen, ont accepté au titre d’un accord amiable de verser 616 millions de dollars pour mettre un terme aux poursuites entamées par les autorités américaines. La SEC (Securities and Exchange Commission) avait porté plainte fin novembre contre CR Intrinsic Investors. Elle lui reprochait d’avoir empoché des bénéfices record de 276 millions de dollars entre 2006 et 2008 grâce à des délits d’initié sur les résultats de tests sur des médicaments contre la maladie d’Alzheimer.
La SEC poursuivait également son gérant spécialisé sur le secteur de la santé, Mathew Matroma, ainsi que le neurologue qui supervisait les essais cliniques du traitement, et auraient transmis des informations.
Un autre accord amiable, a été conclu par la SEC avec Sigma Capital une autre filiale de SAC pour 14 millions de dollars. Enfin, 5 autres entités de SAC accusées d’avoir, de la même façon, réalisé des gains illicites font l’objet de poursuites.
Pour les procureurs américains, l’affaire est inégalée. Ils l’ont décrite comme le délit d’initié le plus lucratif qu’ils aient jamais découvert.
Cette affaire est d’autant plus médiatique que le fondateur et dirigeant de SAC Capital Advisors, Steve Cohen, est une des stars du monde des fonds spéculatifs. Son parcours est emblématique d’une certaine réussite américaine: fils d’un couturier de l’industrie textile et d’une professeur de piano, il entame après des études de commerce à Wharton.sa carrière comme trader obligataire chez Gruntal and co. Sans doute pour parfaire sa légende il laissait entendre qu’adepte du poker qu’il avait pratiqué, avec son propre argent, ce jeu lui avait appris à prendre des risques…
Après 8 ans chez Gruntal, il fonde en 1992 son propre fonds SAC Capital Advisors avec 20 million de dollars de son patrimoine personnel. 20 ans plus tard ce fonds gérait un montant de 14 Milliards de dollars et la fortune personnelle de Steve Cohen était estimée par Forbes à 9,3 milliards de dollars.
En 2 décennies il est devenu une référence dans le monde des Hedge Funds et un membre de l’establishement new yorkais connu comme amateur d’art (collectionneur et actionnaire du Metropolitan Museum of arts), et comme mécène notamment d’hopitaux à travers sa fondation personnelle.
S’il n’est pas à ce stade mis en cause à titre personnel dans cette affaire, seuls 8 collaborateurs de SAC faisant jusqu’alors l’objet de plaintes en justice, le directeur des poursuites de la SEC indiquait que cette autorité envisageait de poursuivre à titre personnel Steve Cohen qu’elle soupçonnerait d’être lié à des délits d’initiés répétés.
L’analyse
Le côté spectaculaire des montants et des personnages en cause suscite l’intérêt des médias. Mais cette affaire, n’est pas pour autant le signe d’un regain d’opérations illégales dans les hedge funds.
Elle semble plutôt, sans en marquer l’épilogue, être une nouvelle étape décisive d’un long combat des autorités américaines (SEC, FBI, Bureau du procureur de New York…) contre ce que le procureur général Preet Bharara nommé en 2009 qualifiait de « problème rampant à wall street » : le délit d’initié.
Cette autre figure emblématique de Wall Street connu pour sa détermination à « nettoyer » la place financière de ses mauvaises pratiques, était arrivée sur le devant de la scène de la lutte contre la délinquance financière en 2009 :
C’est ce personnage hors norme qui affirmait que « la culture de l’avidité des marchés financiers a joué un rôle dans la crise économique de 2008 » lorsqu’il fit éclater l’affaire Galleon dont l’enquête avait débutée en 2007.
Celle-ci était jusqu’à ces derniers jours considérée comme le plus important cas de délit d’initiés tant par les montants en jeux (65 m$ de gains illicites), que par la durée des fraudes (plus de 3 ans) qu’enfin et surtout par l’étendu du réseaux des acteurs impliqués : le milliardaire Raj Rajaratnam dirigeant du fonds Galleon avait monté un réseau d’informateurs dans plus de 35 sociétés cotées comme Google, IBM, Intel, Hilton et Goldman Sachs et des entreprises la Silicon Valley.
Condamné à 11 ans de prison en 2011, il fut amené à fermer son fonds. 19 courtiers furent également condamnés ainsi que d’anciens dirigeants d’entreprises: l’ancien vice-président d’IBM, Robert Moffat, de même que Rajat Gupta, ancien CEO du cabinet de conseil McKinsey et membre des conseils d’administration de Goldman Sachs, Procter & Gamble et Americain Airlines.
Dans une autre affaire Preet Bharara, avait lui même disposé d’informations privilégiées… sur des échanges illégaux d’informations entre responsables de 2 hedges funds (Level Global Investors et Primary Global Research), cadres dirigeants d’entreprises et courtiers; il avait obtenu sur cette base un accord secret d’un juge pour enregistrer une conférence téléphonique entre les parties prenantes. Il put ainsi ouvrir la voie à des condamnations et poursuivre la spectaculaire médiatisation de sa croisade contre ces pratiques illégales.
C’est à l’issue de cette dernière affaire que la SEC a proposé en 2012 la mise en place de l’enregistrement systématique des conversations téléphoniques des cabinets de conseil travaillant pour des hedge funds.
Outre Level global Investors au moins 2 autres fonds de taille plus modeste (Diamondback et FrontPoint) ont également du cesser leur activité suite à des enquêtes fédérales.
Ainsi il n’y a pas de réelle recrudescence de ces affaires. Mais avec cette nouvelle sanction et les poursuites annoncées touchant S.Cohen, figure de Wall Street, les autorités américaines continuent à mettre la pression sur les acteurs du monde des Hedge Fund, nouvelle péripétie dans la lutte pour éliminer les pratiques inappropriées.

Pierre LIEBAERT

Sources :
http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/03/18/l-etau-se-resserre-autour-de-steve-cohen-le-gerant-americain-du-fonds-speculatif-sac_1849882_3234.html
http://www.express.be/business/fr/management/rajat-gupta-autopsie-dun-delit-dinitie-spectaculaire-a-wall-street/142115.htm
http://www.france24.com/fr/20110310-raj-rajaratnam-galleon-group-proces-portrait-delit-initie-hedge-fund
http://www.forbes.com/profile/steve-cohen/
http://www.time.com/time/magazine/article/0,9171,2105971,00.html
http://dealbook.nytimes.com/2011/03/04/for-level-global-f-b-i-raid-is-a-final-blow/
http://www.bloomberg.com/news/2012-12-06/level-global-co-founder-ganek-ruled-co-conspirator.html
http://www.cafedelabourse.com/dossiers/article/5-incroyables-delits-initie
http://www.agefi.fr/articles/sac-capital-risque-gros-pour-son-delit-d-initie-record-1247826.html
http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/finance-marches/actu/0202646980271-delit-d-initie-amende-record-a-wall-street-pour-une-star-des-hedge-funds-549910.php
http://www.easybourse.com/bourse/financieres/article/24580/diamondback-un-important-hedge-fund-americain-a-decide-de-fermer-ses-portes.html
http://www.ft.com/cms/s/2/3c05b218-0eed-11e2-9343-00144feabdc0.html#axzz2OTIIYgJ6
http://www.bloomberg.com/news/2012-12-06/level-global-co-founder-ganek-ruled-co-conspirator.html

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