De l’intelligence économique dans la gestion du cas Alstom

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Double-deck regional train at Tours station - France

Le 24 Avril 2014, le fournisseur d’informations Bloomberg révèle l’intention du géant américain General Electrics de racheter la division énergie du groupe Alstom pour 9.4 milliards d’euros. Malgré un démenti du groupe français qualifiant l’information de « rumeur totalement infondée », les marchés confirment en faisant grimper l’action de 11%. Le lendemain l’Autorité des Marchés Financiers suspend la cotation du titre à la bourse de Paris.

Dans la même journée, le ministre du redressement productif Arnaud Montebourg fera un aveu contraignant pour l’intelligence économique française en affirmant dans le journal Le Monde que « le gouvernement travaille à d’autres solutions et éventualités que celles imaginées seules et sans que le gouvernement n’en ait été informé par Alstom”. Quelques jours plus tard, le groupe allemand Siemens confirmera avoir été contacté par le gouvernement pour garder l’un des fers de lance de l’industrie françaises dans le giron européen. Comment une nation peut-elle être en mesure de préserver son économie lorsqu’elle est incapable de s’informer sur ses actifs stratégiques ?

Contexte macro économique

Suite à la crise de la dette des états fin 2011, les taux d’intérêts sont restés jusqu’à aujourd’hui historiquement bas comme en témoigne la représentation graphique de l’évolution du taux directeur de la BCE.

Source : Boursorama

Associée à une politique de rachat des prêts des banques, des taux d’intérêts bas ont pour objectif de relancer l’économie. Les entreprises se retrouvent avec des liquidités qu’elles n’ont pas intérêt à placer avec des taux aussi bas. L’alternative pour ces entreprises est l’investissement notamment en croissance externe. De nombreux journaux spécialisés ont relevé début 2014 un environnement économique propice à une augmentation des fusions et acquisitions en volumes comme en valeurs. Cette tendance s’est rapidement confirmée sur le sol français avec l’acquisition d’Holcim par Lafarge puis de SFR par Altice, maison mère de Numéricable.

Alstom, vulnérabilité d’une entreprise en déclin

Il est de notoriété publique qu’Alstom se porte mal depuis plusieurs années. Sa dépendance au marché européen en pleine austérité, ses difficultés à exporter ses produits de référence comme le TGV et le retard accumulé sur des marchés clés comme l’éolien ont ternis un carnet de commande faisant référence dans les secteurs caractérisés par de longs cycles d’exploitation. En plus d’un carnet de commande en berne, les charges liées à la structure financière d’Alstom seront amenés à réduire un résultat net déjà quasi nul à l’issu de l’exercice 2013. La dégradation de cette structure financière est intervenue en 2010 par le financement du rachat de la division haute tension d’Areva T&D et la prise de participation à hauteur de 25% dans Tranmashholding, principal fabriquant russe de matériel ferroviaire. Alors que la crise de la dette des états frappait l’Europe, Alstom a augmenté son endettement net de plus de 40%.

Source : La Tribune

Avec un taux de marge opérationnelle constant et un carnet de commande qui peine à se remplir depuis 2010, l’effet de levier ne fonctionne pas. L’aperçu ci-dessous des prochaines échéances financières d’Alstom sur les six prochaines années laisse penser que le poids des charges financière impactera fortement la rentabilité de l’entreprise.

Source : L’Usine Nouvelle

Un net rebond du carnet de commande n’assurera pas un retour aux bénéfices étant donnée la longueur des cycles d’exploitation caractéristique de ce secteur. On peut alors anticiper un consensus vendeur de la part des actionnaires, notamment majoritaires qui souhaitent céder leur participation au plus vite et au meilleur prix.

Gestion des actifs stratégiques de la France par son administration

Après cette brève analyse du contexte macro économique et de la santé d’Alstom, deux arguments concordants auraient dus attirer l’attention de l’Etat quant à un rachat potentiel d’Alstom. Des entreprises disposent de liquidités destinées à être investies en croissance externe et la santé économique d’Alstom incite ses actionnaires majoritaires à céder leurs participations au plus offrant.

Le scénario qui résulte de ces hypothèses est qu’Alstom a commencé à négocier avec Général Electric la vente de sa division énergie et l’actionnaire majoritaire Bouygue souhaite céder ses parts.

La pression qui pèse actuellement sur l’administration française résulte de deux erreurs difficilement concevables pour une puissance économique qui se prétend d’influence mondiale. Tout d’abord les actifs stratégiques comme le secteur de l’énergie devraient être surveillés de près par des informateurs ou des lois imposant aux acteurs majeurs du secteur une entière transparence.

Dans un second temps, l’analyse du contexte économique et de la santé financière d’Alstom aurait du alarmer l’Etat sur la nécessitée de recapitaliser Alstom. Il est toujours plus aisé d’agir dans un contexte de prévention plutôt que dans l’urgence. La mise en place d’un décret protectionniste et les attaques verbales d’Arnaud Montebourg envers les entreprises affectent l’attractivité de la France envers les investisseurs et les marchés internationaux.

Antoine DEMOTTE

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