Currency War : La guerre des monnaies

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L’instabilité économique mondiale est toujours de mise, la crise économique n’est pas encore finie et certains Etats sont prêts à tout pour retrouver les chiffres de croissance d’avant 2008. Mais qu’est-ce qu’une guerre de monnaies ? Qui en sont les acteurs ? Et quelles sont les causes et les conséquences de telles initiatives ?

La « Currency War » ou en français « guerre des monnaies » est une dévaluation intentionnelle de la part d’un gouvernement qui décide de déprécier sa monnaie afin de retrouver un avantage compétitif pour son économie. Le principe d’un tel maniement est de faire tomber le prix de sa monnaie afin de devenir plus compétitif sur le marché international. L’industrie du pays dont la monnaie a été dévaluée se verra donc gratifié d’une hausse de la demande sur le marché domestique ainsi qu’à l’international entraînant une augmentation de la production industrielle et une baisse du taux de chômage.

Cependant, bien qu’elle soit bénéfique sur certains points, la dévaluation de la monnaie ampute le pouvoir d’achat des ménages sur les produits importés. Il est donc prudent pour un gouvernement de planifier une balance commerciale positive avant de pratiquer la moindre dévaluation monétaire. Cette dévaluation intentionnelle peut aussi engendrer des froids dans les relations internationales de partenaires économiques, ce qui peut entraîner un désir de riposte de la part des autres pays, de fortes tensions et une baisse des échanges commerciaux.

Lorsque le président français parle d’un Euro fort, il fait allusion au fait que la cherté de la monnaie pénalise l’activité économique française et européenne. Pour autant, ce n’est pas la première fois que la guerre des monnaies est un sujet d’actualité. Les dirigeants des Banques Centrales des pays émergents ou des pays du G7 ont eu recours à différentes « armes » afin de pouvoir influer sur la valeur monétaire d’un pays. Premièrement, une Banque Centrale peut agir sur son principal taux directeur.

C’est une technique connue et maîtrisée qui permet de mettre en place facilement une relance de l’économie et de la croissance. En Europe, la BCE a déjà agi sur son taux directeur à plusieurs reprises lors de la crise des Etats en 2011. Deuxièmement, la Banque Centrale peut intervenir sur les marchés en réinjectant de l’argent frais afin de déprécier la monnaie. Les interventions de changes ne sont pas toujours rendues publiques, mais il est bien évident que plus l’évènement sera médiatisé, plus il aura un impact sur le marché des changes. Et enfin, les LTRO ou Long-Term Refinancing Operations, plébiscités par la BCE à plusieurs reprises à partir de la crise de 2008.

Ce sont des opérations misent en place par la BCE pour refinancer les banques de la zone euro à un taux exceptionnellement bas. Ces LTRO ont deux buts principaux, le premier étant d’assurer une meilleure liquidité des banques de la zone euro, et en second, les LTRO permettent de baisser le taux de la dette du pays car elles utilisent leurs propres dettes comme garantie, ce qui augmente la demande des obligations d’état et baisse les taux d’intérêts.

Qui en sont les acteurs ?

La banque HSBC a classé sur une échelle de 0 à 10 les pays dont les Banques Centrales sont les plus actives, 0 étant les pays les moins interventionnistes et 10 étant les pays dont les gouvernements influencent le plus la valeur de leurs monnaies. C’est sans surprises que le Japon et la Suisse arrivent premier sur ce classement, ce qui signifie que ces deux pays sont en pleine guerre et désirent maintenir leurs monnaies à un seuil voulu. Nous nous intéresserons au Japon et à la politique que mène sa Banque Centrale, la BoJ (Bank of Japan).

Le mardi 22 janvier 2013, Shinzo Abe, Premier ministre du Japon décide d’ordonner à la BoJ le rachat en quantité illimitée des LTRO par le Trésor Japonais. Le but : relancer une économie stagnante en raison d’une dette publique qui atteint les 240% du PIB. L’objectif premier du gouvernement est de relancer la croissance, la production industrielle et les profits des entreprises nippones en dépréciant le Yen.

Les industriels Japonais dont les parts de marché avaient fortement diminuées face aux nouveaux entrants du marché comme la Chine et la Corée du Sud, se réjouissent de leurs futurs bénéfices à l’export. Les relations qui n’ont jamais vraiment été très calmes entre le Japon et la Chine, s’enveniment à mesure que le Yen baisse et que le gouvernement soutient la politique de dépréciation monétaire.

Les deux pays, qui ont une histoire commune douloureuse et des relations diplomatiques fréquemment houleuses, s’observent et se jaugent. Il suffirait de pas grand-chose pour que la Chine décide elle aussi de stopper l’appréciation de sa monnaie, car elle assiste ces dernières années à un ralentissement de sa croissance et pourrait bien vouloir doper son économie de quelques points. L’archipel Nippon et l’Empire du Milieu s’échangent environ 30% des composants de l’industrie high-tech et un conflit, même mineur, pourrait aboutir à une pénurie de produits à l’échelle mondiale.

La devise Nippone a été dépréciée de plus de 20% depuis le début de l’année et le Nikkei 225 a pris presque 2000 points depuis le début de l’année pour clôturer à 12397 points le 29 mars 2013. C’est une véritable déclaration de guerre pour les pays concurrents au Japon qui vient d’être lancée, et déjà les conséquences d’une telle manipulation se font ressentir.

Le Chicago Mercantile Exchange liste ainsi plus de 190 000 contrats d’options puts sur le Yen, et George Soros, qui aurait été l’un des principaux acteurs de la crise asiatique aurait déjà engrangé plus d’un milliard de dollars de profits depuis fin 2012. Pour l’instant la stratégie de Mr Shinzo Abe semble fonctionner et le Japon récolte déjà les fruits de son intervention sur la valeur monétaire du Yen, même si cette dernière reste très risquée.

En effet, si la monnaie nippone glisse et subie une baisse plus importante que prévue, cela entraînerait inévitablement une hausse de l’inflation entraînant à son tour une hausse des intérêts à long terme. Cela pousserait les souscripteurs à vendre leurs obligations d’Etat détenues par une majorité de banques, de compagnies d’assurances et de particuliers Japonais (si les taux augmentent les coupons obligataires baissent).

C’est dans cette logique que la BoJ serait mise à contribution une fois de plus pour racheter les obligations dénigrées, évitant ainsi la volatilité d’un marché obligataire incertains. Autre problème, après la crise financière de 2008, la Chine à l’époque premier acheteur de bon du trésor Américain a réduit son exposition au risque et a diversifiée ses investissements, laissant le Japon premier détenteur de la dette US. La BoJ, avec un possible rachat de ses titres obligataires, se verrait dans l’impératif de réduire sa part de T-note fragilisant de fait le marché Américain. Rien n’est encore fait, mais les pires scénarios sont à prévoir.

Victor DOMINJON

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