Chypre : Un junkie en manque de cash.

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Gold coin with the symbol of the European currency is falling down on parachute. Isolated. 3D Illustration

Chypre, une île méditerranéenne proche de la Turquie et membre de l’Union Européenne depuis 2004, puis membre de la zone euro depuis 2008, est le dernier cas de faillite en date dans la zone euro. L’île tire principalement ses ressources du tourisme et des activités financières diverses. Elle est réputée comme étant une place financière offshore avec un taux de taxe très bas pour les entreprises. Ce petit cailloux aurait la météo idéale d’un paradis fiscal et serait de surcroit renommépour être la grande lessiveuse de l’argent sale russe.

Le samedi 16 Mars 2013 la nouvelle tombe, Chypre devra faire appel à une aide externe pour affronter la faillite. Ce petit pays qui recense 800 000 habitants et représente 0,2% du PIB de la zone euro appelle à l’aide les instances financières européennes et internationales pour se recapitaliser. L’île est mal, très mal, et ne dirait pas non à un petit coup de pouce pour soulager ses créances, d’autant plus qu’elle a déjà mise la main au portefeuille lors de l’effacement de la dette de sa voisine Grecque.

Un prix jugé très lourd à l’époque par le ministre des finances chypriote, Vassos Shiarly, qui a déclaré avoir perdu près de 4,2 milliards d’euros, l’équivalent de 24% du PIB chypriote. Chypre et ses banques, détenant à l’époque des obligations souveraines grecques, se disent scandalisées de devoir payer autant, alors que le principe européen prône un partage équitable des pertes.

Le déficit subi par les junk bonds grecques n’arrangeant pas les créances de l’île, Chypre se tourne vers ses alliés européens qui se prononcent favorable à un prêt en échange de certaines conditions, notamment une hausse des impôts sur les entreprises. L’île se tourne alors vers son voisin russe beaucoup moins regardant et très enclin à garder de bonnes relations avec sa petite protégée.

Cependant cela ne suffit plus, et Chypre devra faire appel à une aide externe pour affronter la faillite. Le petit pays se voit accorder une aide de 10 milliards d’euros en contrepartie d’une taxe de 6,75% mise en place sur les dépôts bancaires inférieurs à 100 000 euros et de 9,9% au-delà de ce seuil, ainsi que la mise en place d’une retenue à la source sur les intérêts de ces dépôts.

Ca y est, on touche le fond. La matière grise des créanciers européens a parlée, mais elle aurait mieux fait de prendre un peu plus de temps. Instaurer une taxe sur les dépôts bancaires n’a pas eu d’autres effets que de provoquer un Bank Run. Un Bank Run me direz-vous ? C’est grave docteur ? Yes Sir, c’est très grave.

C’est le meilleur moyen de provoquer la panique et de voir les files d’attentes s’allonger devant les distributeurs. Le principe même d’une banque est qu’elle ne détient jamais suffisamment de cash pour rembourser l’intégralité de ses dépôts. C’est un système de confiance, qui lorsqu’il est ébranlé, détruit n’importe quelle banque en seulement quelques heures. D’un autre côté personne ne peut blâmer le peuple chypriote de vouloir retirer ou transférer l’argent de ses comptes afin d’éviter de payer une taxe exceptionnelle sur ce qui est peut-être les économies de toute une vie.

La situation prévisible est que les files d’attentes se sont formées devant les différentes banques du pays, les distributeurs ont été pris d’assaut et la panique a commencée à se faire sentir au sein du peuple mais aussi parmi les marchés et jusqu’aux gouvernements européens qui redoutent une « contagion ». L’image renvoyée par Chypre mais aussi par les décideurs européens est des plus mauvaises, et si rien n’est fait, combien de temps faudra-t-il avant de voir les dépôts des non-résidents de la zone euro transférés vers d’autres places financières jugées plus sures ? Heureusement, rien n’a été voté ni arrêté, que ce soit par la troïka ou par le gouvernement chypriote, et les comptes sont pour le moment gelés.

Il faut aussi savoir qu’environ 40 % des dépôts bancaires sont le fait de non-résidents avec une majorité de capitaux d’origine russe. La solution trouvée tient compte de la spécificité du pays et l’UE et le FMI proposent de débloquer 10 milliards d’euros en échange d’un effort de 5,8 milliards d’euros qui sera payé de moitié par les non-résidents. L’argent sale russe devrait donc subvenir de moitié à l’effort du pays, l’autre moitié devra venir du peuple à qui cela ne plait pas du tout. En attendant le vote du parlement pour savoir si le plan de sauvetage européen est accepté, la zone euro toute entière fait face à une défiance des marchés avec une hausse des taux obligataires des pays voisins de l’île chypriote, et une dépréciation générale de la monnaie européenne qui tombe sous les 1,29 (EUR/USD).

La troïka fait également face à la défiance des peuples lorsque le plan de sauvetage de l’UE est rejeté. Pour contenir les débordements, le gouvernement décide de fermer exceptionnellement les banques et d’interdire tout retrait d’argent jusqu’à nouvel ordre. Ça a été la seule solution pour essayer de contenir la panique des marchés, la colère du peuple et l’argent dans le pays. Un plan a finalement été trouvé par l’Eurogroupe, le FMI et la BCE dans la nuit du dimanche au lundi 25 mars 2013.

Les créanciers de la première banque de Chypre, Bank of Cyprus subiront de lourdes pertes et la deuxième banque du pays, Laiki Bank sera définitivement fermée. Les dépôts des particuliers de moins de 100 000 euros ne seront pas touchés et les dépôts non sécurisés de plus de 100 000 euros seront gelés et participeront à la recapitalisation du secteur bancaire à hauteur d’environ 5,8 milliards d’euros. A la réouverture des banques, le jeudi 28 mars 2013, et après douze jours d’inactivité bancaire, aucun mouvement de foules n’a été répertorié et les agences ont rouvert dans le calme limitant les retraits à 300 euros par jour et par personne. La mise en place d’un contrôle des capitaux par le gouvernement, inédit dans la zone euro, explique le fait que la population ne se soit pas déplacée en masse.

La grande inquiétude des chypriotes les plus fortunés est désormais de savoir quelle somme d’argent leur sera prélevée. Les besoins de recapitalisation de la Bank of Cyprus seront connus début avril et il sera alors possible de calculer les prélèvements sur les comptes supérieurs à 100 000 euros destinés à recapitaliser la première banque du pays, en échange, ces créanciers exceptionnels se verront gratifier d’actions de la banque.

Fait ironique, les européens qui s’indignaient des montants des dépôts russes dans les banques chypriotes seront désormais ravis de constater que ces mêmes oligarques émargeront au capital de la première banque du pays. Le gouvernement a annoncé un contrôle des capitaux qui devrait durer un mois maximum.


Victor DOMINJON

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