Augmenter la probabilité de réussite sur le Forex grâce aux interventions des banques centrales

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International world economy with currencies symbols and a globe with the world map on background illustration for currency exchange business.

L’un des principaux buts et challenges de tout trader est d’identifier des stratégies ayant une meilleure probabilité de réussite que d’autres. Il existe une pléthore d’opportunités sur les marchés, mais il arrive des fois où l’on peut en trouver certaines qui sont fortement intéressantes et qui présentent un potentiel de réussite plus élevé que d’autres ayant le même niveau de risque associé.
Etant donné la forte liaison entre les différents marchés financiers (marché actions, marché obligataire, marché des changes) expliquée par la facilité avec laquelle les flux de capitaux peuvent partir d’une certaine classe d’actifs vers une autre, la plupart du temps les événements macroéconomiques impactant les marchés ont plus ou moins des effets directionnels uniformes. Le degré d’impact peut bien entendu varier d’un marché à un autre, mais ces corrélations entre les différentes classes d’actifs est notamment la raison pour laquelle l’on peut identifier des actifs de caractère « risqué » et d’autres de caractère « refuge ».
En dehors de ces corrélations, il existe bien sûr des caractéristiques propres de chaque marché qui font en sorte que l’on peut des fois identifier des opportunités fortement intéressantes qui ne sont pas forcément présentes sur d’autres marchés. Tel est le cas des interventions directes des banques centrales sur le marché des changes (Forex). Avec la crise des subprimes aux Etats-Unis en 2007-2008 suivie par la crise des dettes en zone euro, qui n’a peut-être pas encore connu sa fin, les flux de capitaux vers des valeurs refuges comme le dollar américain (USD), le franc suisse (CHF) et le yen japonais (JPY) ont poussé certaines paires de devises jusqu’à des niveaux historiques. Alors que certaines devises ont atteint des niveaux jugés extrêmes durant la période 2009-2012, un bon nombre de banques centrales ont commencé à y réagir en menant des opérations directes de vente ou d’achat de leurs devises nationales afin de limiter les effets néfastes que ces niveaux extrêmes auraient sur leurs économies.
Tandis qu’il n’est jamais possible de savoir quand une banque centrale va intervenir directement sur son devise nationale, la plupart de celles qui le font ont déjà une longue histoire d’interventions. De ce fait, ces dernières années l’on a peut anticiper de telles manouvres sur le Forex, surtout lorsqu’il s’agissait d’une banque centrale ayant fixé auparavant un taux de change limite (plancher ou plafond) contre une autre devise. Pour les cambistes, anticiper de telles interventions était une stratégie très intéressante du fait des gains conséquents qui pouvaient des fois se matérialiser en l’espace de quelques jours, mais aussi parce que les ratios risque / rendement de ces stratégies étaient souvent bien supérieurs à ceux que l’on peut normalement trouver sur le marché.
Dans le reste de cet article, nous allons détailler plusieurs stratégies basées sur des interventions directes des banques centrales mondiales dans le but de comprendre comment les traders peuvent mettre à profit de telles actions et comment ils peuvent en anticiper d’autres dans l’avenir. Notez que certaines de ces stratégies sont toujours d’actualité en ce début de 2013, ce qui rend l’analyse de ces opportunités d’autant plus intéressante.
USD/JPY : La BOJ à l’attaque
Vu l’importance du secteur exportateur dans l’économie japonaise, la Banque du Japon est une des plus agressives en termes de politique sur le niveau de sa monnaie nationale. Depuis 20 ans, la BOJ intervient régulièrement en vendant des yens directement sur le marché alors que cette devise continue de s’apprécier face à ses homologues majeurs, et notamment face au dollar américain. C’est justement le taux de la paire USDJPY que regarde la BOJ lorsqu’elle décide d’intervenir sur le yen, et ces interventions ont souvent eu lieu lorsque la monnaie nippone a enregistré de nouveaux plus hauts historiques face au billet vert. En mars 2011, lors de la crise nucléaire de Fukushima suite au tremblement de terre et tsunami au Japon, le yen s’est fortement apprécié face au dollar américain et a atteint de nouveaux plus hauts historiques lorsque l’USDJPY s’est glissé en dessous des 80 JPY pour la première fois depuis 1995. Six jours après le tsunami qui a dévasté la région de Fukushima, la BOJ a procédé à des ventes massives de yen en coordination avec les banques centrales des autres pays du G7. Juste avant cette intervention, le cours de l’USDJPY a atteint un plus bas à 76,30 JPY.
Cette intervention a ainsi établi un nouveau seuil qui, si franchi, laissait penser que la BOJ agirait de nouveau pour affaiblir le yen. Presque cinq mois plus tard, lorsque le taux des bons du trésor américains à 10 ans est retombé sur ses plus bas historiques avec le krach boursier de l’été 2011, le cours de l’USDJPY est revenu sur les 76,30 JPY. Tandis que la BOJ n’est pas tout de suite intervenue, les marchés se sont mis à anticiper une nouvelle opération directe sur le yen, qui a eu lieu trois jours plus tard le 4 août. Comme l’on peut le constater sur le graphique ci-dessous, les traders ayant anticipé cette intervention en vendant le yen à proximité de ses plus hauts face au dollar américain ont pu réaliser une performance d’environ 4% en l’espace de quelques jours.
Mais en dépit de cette nouvelle intervention, le yen est vite fait remonté face au dollar et a même atteint de nouveaux plus hauts historiques le 19 août. Cette fois-ci, la BOJ a attendue 10 semaines avant d’intervenir de nouveau sur le yen, mais cela a donné le temps aux traders de rechercher des achats sur l’USDJPY afin de spéculer encore une fois sur une nouvelle opération directe sur le marché. Il était certes impossible de savoir jusqu’où le cours de l’USDJPY pouvait tomber avant une nouvelle intervention, mais la stabilisation de la paire entre août et fin octobre 2011 a fait en sorte qu’une telle stratégie spéculative d’achat de l’USDJPY avec un stop de 0,8-1,0 % rendait cette opportunité exceptionnelle en termes de ratio risque / rendement.
Enfin, il est plutôt facile maintenant de dire que l’on pouvait acheter l’USD/JPY lorsque son cours faisait de nouveaux plus bas historiques en 2011, mais compte tenu de la probabilité de voir la BOJ intervenir de nouveau à partir de la mi-août 2011, une telle stratégie s’avérée être une des plus intéressantes du fait de son ratio risque / rendement inhérent. Et pour ceux qui ont ensuite mis à profit de la force du yen entre juin et septembre 2012 par des achats de l’USDJPY en considérant ses plus bas de 2011 comme un creux historique potentiel ont justement pu identifier la fin d’une tendance de long terme et donc des points d’entrée extrêmement intéressants.
Evolution de l’USDJPY entre décembre 2010 et janvier 2012 et interventions de la BOJ

Graphique crée via Marketscope 2.0 de FXCM, les prix entre parenthèses indiquent les plus bas atteints.
EURCHF : La BNS prête à défendre le seuil plancher des 1,20 CHF face à l’euro à tout prix
Comme son homologue japonais, la Banque nationale suisse (BNS) a également une histoire de politique interventionniste sur sa monnaie nationale, le franc suisse. Vu les liaisons économiques étroites entre la zone euro et la Suisse, la BNS regarde surtout l’évolution du franc face à l’euro pour déterminer sa politique vis-à-vis de sa monnaie nationale. En mars 2009, lorsque les indices boursiers étaient encore sur leurs plus annuels, la BNS est intervenue pour la première fois depuis 1995 en vendant des francs suisses lorsque les cours de l’EURCHF s’est glissé en dessous des 1,46 CHF. Mais en dépit des efforts de maintenir la paire au-dessus du seuil des 1,50 par la suite, la BNS n’est pas parvenue à arrêter l’appréciation du franc suisse face à l’euro alors que la crise en Grèce a alimenté des spéculations sur un effondrement du système financier en zone euro. Entre février et mars 2012, la BNS a vendu encore 30 milliards de CHF dans une tentative vaine de maintenir l’EURCHF au-dessus des 1,46, mais ce seuil a cédé face aux pressions vendeuses sur l’euro. Par la suite, le franc suisse a connu une très forte appréciation durant les 16 mois suivants. Ce n’est qu’en août 2011 lorsque le cours de l’EUR/CHF était tout proche de la parité, que la BNS est encore une fois intervenue sur le franc suisse. Quatre semaines plus tard, après avoir étudié les effets néfastes que la hausse du franc suisse pouvait avoir sur l’économie suisse, la BNS a annoncé sa nouvelle politique d’un seuil plancher de l’EUR/CHF à 1,20 CHF.
Contrairement aux interventions par la BOJ qui ont eu lieu durant la même période en 2011, celles de la BNS étaient beaucoup moins prévisibles alors qu’il n’y avait pas de seuil de référence pour anticiper une éventuelle opération directe sur le marché. Mais ce nouveau seuil plancher de l’EURCHF établi à 1,20 a permis une opportunité d’achat durant la plupart de 2012 alors que la BNS avait clairement indiqué qu’elle était prête à défendre ce niveau avec des liquidités « illimités ». Beaucoup d’économistes et analystes pensaient que ce niveau céderait suite aux élections législatives en Grèce en mai 2012. Le marché a certes continué de vendre l’euro contre le franc suisse durant l’été 2012, mais la BNS est bel et bien intervenue plusieurs fois lorsque le cours de l’EUR/CHF a frôlé le seuil des 1,20. Ces interventions n’ont pas pourtant entraîné une forte dépréciation du franc suisse, mais après l’annonce du programme de rachats d’obligations par la Banque centrale européenne (BCE) en août 2012, il est devenu clair par la suite que la probabilité de voir l’EUR/CHF chuté sous les 1,20 était très réduit.
Alors que l’euro s’est fortement apprécié face à la plupart des devises majeures (USD, JPY, AUD, NZD, CAD, etc.) en août 2012, acheter la monnaie unique face au franc suisse à proximité du seuil des 1,20 était une stratégie très intéressante étant donné sa forte probabilité de réussite. En effet, en achetant l’EURCHF dans la zone des 1,2010 / 1,2040 en début septembre avec un stop de protection à 1,1980 et un objectif à 1,2480 (plus hauts d’octobre 2011), on pouvait bénéficier d’un ratio risque / rendement légèrement supérieur à 1 pour 7. Notez que cette stratégie se joue encore à l’heure de la rédaction de cet article alors que le cours de l’EURCHF est à 1,2387 et ne peut que monter théoriquement sur le long terme (ou au pire des cas rester dans un range) tant que la BNS défend le seuil des 1,20 CHF.
Evolution de l’EURCHF entre août 2007 et février 2013

 
Graphique crée via Marketscope 2.0 de FXCM
USD/HKD : Une histoire de peg
Etant donné l’importance historique de Hong Kong comme l’un des principaux ports commerciaux internationaux, les autorités hongkongaises ont presque toujours préféré arrimer le cours du dollar hongkongais aux autres monnaies majeures afin d’assurer la stabilité de l’économie. Sauf durant la Seconde guerre mondiale quand le yen militaire japonais est temporairement devenu la monnaie d’échange officielle, le dollar hongkongais était arrimé à celui de la livre sterling dès la naissance du dollar hongkongais en 1935 lorsqu’une ordonnance (Currency Ordinance of 1935) a établi un fonds de réserves, qui a ensuite permis l’établissement du nouveau régime de change.
Pourtant, suite à la dévaluation de la livre sterling en 1967, les autorités monétaires hongkongaises ont finalement choisi d’arrimer le dollar au dollar américain en 1972. Au début, le dollar hongkongais était fixé au dollar américain au taux 5.65HKD = 1 USD. Mais avec le premier choc pétrolier en 1973, ce taux a été établi à 5.085 HKD = 1 USD. Ensuite, entre 1974 et 1983 les autorités ont adopté un régime de change complètement flottant pour la première fois dans l’histoire du dollar hongkongais. Mais encore une fois, les autorités ont dû peu après, modifier drastiquement leur politique monétaire alors que le dollar hongkongais était à ses plus bas niveaux face au billet vert. Cette dévaluation du dollar hongkongais a entraîné une crise de confiance le 24 septembre 1983, le dit « samedi noir » lorsque nombreux commerçants ont arrêté d’accepter le dollar hongkongais pour des paiements. Le 17 octobre 1983, deux jours avant le fameux Lundi noir sur Wall Street, le dollar hongkongais a été une nouvelle fois arrimé au dollar américain au taux 7,8 HKD = 1 USD via une nouvelle législation établissant le Currency Board System.
Pendant plus de vingt ans, ce taux fixe entre l’HKD et l’USD a survécu à de nombreux chocs extérieurs, notamment la crise financière asiatique en 1997 et la bulle de l’Internet en 2000-2001 (voir graphique ci-dessous). Pourtant, une nouvelle fois les autorités monétaires hongkongaises ont décidé de moderniser le régime de change en établissant en mai 2005 une bande de fluctuation dans laquelle le dollar hongkongais pouvait dès lors évoluer entre une limite inférieure fixée à 7,75 HKD = 1 USD et une limite supérieure à 7.80 HKD. Ce régime de change existe toujours aujourd’hui, et c’est la raison pour laquelle il existe en ce moment une opportunité intéressante sur la paire USD/HKD.
En 1993, le Hong Kong Monetary Authority (HKMA) a été établi comme l’autorité monétaire officielle de Hong Kong. Tandis que la HKMA n’est pas officiellement une banque centrale, elle mène la politique monétaire via le régime de change lié actuel et réglemente le système bancaire hongkongais. La HKMA gère le fonds de réserves (Exchange Fund) établi en 1935 par le Currency Ordonance (maintenant connu sous le nom Exchange Fund Ordonance) et autorise trois banques à émettre des dollars hongkongais : Hong Kong and Shanghai Banking Corporation, Standard Chartered Bank and Bank of China. La HKMA achète et vend des dollars hongkongais auprès de ces trois banques selon le niveau du cours de l’USD/HKD.
Lorsque le cours de l’USD/HKD est proche du seuil des 7,75 HKD, la HKMA vend des dollars hongkongais détenus par le fonds de réserves. Et avec le nouveau programme d’assouplissement (QE3) de la Réserve fédérale aux Etats-Unis annoncé en septembre, la HKMA a été contrainte à intervenir sur ce seuil une douzaine de fois depuis le 19 octobre 2012. En dépit des inquiétudes liées à la progression rapide des prix de l’immobilier à Hong Kong, qui est partiellement expliqué par la politique inflationniste de la Fed, acheter la paire USDHKD proche des 7,7500 est une stratégie intéressante étant donné la probabilité de voir son cours remonter dans le temps.
En regardant le graphique ci-dessous, on remarque que depuis octobre 2008 le cours de l’USDHKD remonte normalement jusqu’à la zone des 7,80 / 7,81 lorsqu’il vient à proximité des 7,75. Ceci représente une appréciation d’environ 0,65 %, ce qui est certes beaucoup moins attractif en comparaison avec la stratégie d’achat sur l’EURCHF. Mais en jouant les deux stratégies d’achat de l’EURCHF et de l’USDHKD simultanément, on peut ainsi réduire son exposition à la crise des dettes en zone euro ainsi qu’au secteur de l’immobilier à Hong Kong, risques qui ne sont pas directement liés. Et même si l’on ne joue que la stratégie d’achat sur l’USDHKD, en se positionnant dans la zone des 7,7510 / 7,7530 avec un stop de protection à 7,7460 et un objectif à 7,80, on peut bénéficier d’un ratio risque / rendement potentiel d’environ 1 pour 6,5. L’incertitude concernant cette stratégie est plutôt liée au temps nécessaire pour atteindre cet objectif, et c’est notamment ce délai qui détermine si le coût d’opportunité inhérente de cette stratégie est trop important pour la rendre plus intéressante que d’autres stratégies avec le même niveau de risque. Certains brokers forex affichent un taux de rollover (points de swap) positif à l’achat de l’USDHKD, ce qui fait en sorte qu’au moins on gagne des intérêts chaque jour ouvrable en tenant une position d’achat sur la paire durant la nuit.
Evolution de l’USDHKD depuis juin 2007

Graphique crée via Marketscope 2.0 de FXCM
Nous venons de voir trois exemples de stratégies sur le Forex basées sur les politiques interventionnistes que peuvent adopter des banques centrales mondiales. Nous aurions pu étudier d’autres exemples comme avec la Banque de Réserve de Nouvelle-Zélande en novembre 2007, la Banque de Réserve de l’Afrique du Sud en 2010 et la Banque centrale de Turquie en octobre et décembre 2011. Tandis que le niveau de risque inhérent avec chaque stratégie est différent, ces opportunités ont toutes une caractéristique commune : une probabilité de réussite importante et un ratio risque / rendement intéressant. Et dans certains cas comme avec la BOJ et la BNS en 2011, ces interventions peuvent même entraîner un véritable changement de tendance dans le temps. Etant donné la « guerre des devises » qui fait rage sur le marché des changes en ce moment, la capacité d’identifier l’environnement dans lequel une banque centrale pourrait intervenir pour renforcer ou affaiblir sa monnaie nationale et d’anticiper ses opérations et un vrai avantage. Mais même sans être capable d’anticiper ces interventions, le fait que pas mal d’entre elles marquent la fin d’un cycle sur une paire de devise et entraînent des retournements conséquents durant les mois suivants, ces opérations peuvent au moins aider les traders à identifier des opportunités de placement fortement intéressantes avec des ratios risque / rendement toujours importants.

Adrien RAYMOND

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