Habib MLAYAHHabib MLAYAHApril 15, 2018
Ashley-Boolell-2-1-1024x986.jpg

14min2980

Ashley Boolell est opérateur de marché sur matières premières chez Investam Capital. Il a débuté sa carrière à Paris en 2006. Sept ans plus tard, en 2013, il se rend à Londres afin de poursuivre son parcours. Cela fait bientôt cinq ans qu’il évolue au sein de la City. Il est essentiellement connu pour sa spécialité sur le marché des métaux. Au delà de son activité professionnelle, Ashley Boolell s’est fait un nom dans l’écriture. Il a publié quatre romans; les trois premiers en français (une série surnommée “La Trilogie Sharks”) et le quatrième en anglais. Il est aussi très actif dans le monde de l’enseignement étant régulièrement sollicité pour des interventions au sein de formations en finance. Nous l’avons rencontré afin qu’il nous livre sa vision sur les conséquences du Brexit et sur les développements des marchés sur matières premières.

Après le Brexit, Paris, Francfort et d’autres places financières se positionnent pour prendre la place de Londres. Quel est votre point de vue dessus? Pensez vous que Paris dispose d’atouts pour battre Londres?
Je ne crois pas que Londres perdra son titre de première place financière mondiale aussi facilement. C’est une opinion très personnelle. Il est possible que les prochaines années me donnent tort. Cependant, il est important de se souvenir de l’écart entre la City et les autres places financières, notamment celles d’Europe. La City a construit sa domination, sur plusieurs décennies, en s’appuyant sur trois piliers:
1) La forte détermination démontrée par la Grande Bretagne de développer le secteur des services en faisant de la City l’épine dorsale de ce projet.
2) Un climat très favorable à l’accueil des grandes firmes financières.
3) L’ouverture aux talents disposant d’une forte mobilité internationale.
Je rappelle qu’en 2018, Londres a conservé son rang de première place financière au sein du classement “Global Financial Index”. Cette liste est éloquente car Londres est la seule place financière Européenne à figurer dans le Top 10. Francfort et Paris sont, respectivement, à la vingtième et vingt quatrième places. Il convient de noter la très forte progression des places asiatiques. Bien entendu, l’histoire étant en toujours marche, tout peut changer. Peut être qu’après 2020, Paris sera dans le Top 5 mais cela ne sera pas simple. Londres se défendra. Elle n’a, de toute manière, pas le choix.

Pensez-vous que la volatilité sur les commodities provient de l’existence des marché à terme ? Est ce que cette forme de financiarisation nuit aux consommateurs de matières premières?
Le cours d’une matière première est, normalement, le résultat de l’équilibre entre l’offre et la demande du marché physique. La volatilité, en revanche, va au delà de cela. Elle intègre les tensions qui découlent du marché physique et les perceptions issues des marchés financiers. La volatilité des matières premières n’est pas née suite à l’avènement des marchés à terme. Ces derniers l’ont simplement accentué et parfois dans des proportions inadmissibles. Les utilisateurs subissent cette volatilité. La financiarisation des matières premières était inévitable car les marchés financiers sont perpétuellement à la recherche d’actifs qui affichent des gains supérieurs à leurs moyennes historiques. Cette tendance s’est considérablement affaiblie car le dernier super-cycle des matières premières s’est achevé. En revanche, cela ne signifie pas pour autant qu’il ne peut pas revenir. Par ailleurs, qu’importe le cycle des cours, la volatilité ne disparaîtra pas. Les utilisateurs, notamment les industries fortement consommatrices de matières premières, doivent se prémunir contre elle. La volatilité des cours nuit à leur visibilité budgétaire et peut détruire énormément de valeur lorsqu’elle se diffuse dans leurs cycles de production.

Quel est l’impact de la réforme fiscale Américaine sur le cours des métaux précieux et tout particulièrement sur l’Or ?
La politique fiscale de l’administration Trump semble vouloir s’orienter vers une baisse des impôts afin de promouvoir la croissance. La conséquence immédiate a été une augmentation des cours des actifs jugés risqués; actions en tête. L’or peut difficilement bénéficier d’un tel climat. N’oublions pas qu’il s’agit, avant tout, d’un actif refuge utilisé souvent comme rempart contre la mauvaise performance des marchés financiers. Cependant, si le climat géopolitique se dégrade durablement, l’or en bénéficiera. Quelques Tweets excessifs provenant de la Maison Blanche suffisent à rendre les marchés très nerveux.

En 2017, l’or et l’argent n’ont pas trouvé grâce aux yeux des investisseurs contrairement à d’autres métaux tels que le zinc, le plomb, le ou l’aluminium. Quel est votre point de vue sur ces tendances et comment expliquez-vous ces préférences ? Comment voyez vous l’évolution du cours de l’or et de l’argent sur les 20 prochaines années ?
Le cycle des cours sur les métaux précieux diffère de celui observé sur les métaux industriels. Il existe assurément des facteurs similaires qui influencent les deux complexes (précieux et non précieux) mais les différences sont suffisamment importantes pour que des divergences significatives apparaissent sur le moyen et long termes.
En 2017, les métaux de base ont bénéficié de conditions plus favorables. Le zinc en est le meilleur exemple. Après des années de stagnation, le cours a été porté par une augmentation notable de la demande chinoise. Cette dernière s’est manifestée au moment où l’offre du métal était considérablement réduite. C’est une situation classique où la production d’une matière première baisse progressivement, sur une échelle de temps relativement longue, suite à la chute des cours et se trouve soudainement incapable de répondre à une demande en hausse.
Il convient également de se souvenir que les métaux précieux affichent leurs meilleures performances au sein de contextes économiques défavorables. Ce n’est pas forcément le cas en ce moment. Nous sommes loin de la panique provoquée par la crise financière de 2008.
Sur l’évolution des cours de l’or et de l’argent, il est impossible de fournir un scénario sur une échelle de temps aussi longue! En revanche, je favoriserai l’argent sur l’or. Si les cours des métaux précieux augmentent fortement, et durablement, de nouveau, la rentabilité sur l’argent serait, selon moi, plus intéressante.

Que pensez-vous des métaux appelés platinoïdes et plus précisément du palladium qui a atteint de nouveaux sommets depuis le mois de février 2001?
Le contraste entre le platine et le palladium a été saisissant en 2017. Le palladium a affiché d’excellentes performances alors le platine n’a cessé de décevoir. Je pense que cette tendance va durer. Le platine n’est plus aussi stratégique pour l’industrie automobile qu’il ne l’était auparavant. Ceci étant, il est possible que de nouvelles utilisations industrielles fassent surface. Il n’est pas exclu que l’impressionnante augmentation des cours du platine observée au début du millénaire se produise de nouveau.

Comment comparez la vie professionnelle de Londres à celle de Paris?
Elle est beaucoup plus dynamique mais ce serait une erreur de croire que la vie est plus facile ici. La concurrence est très dure. Cependant, Londres est une ville qui permet de progresser beaucoup plus vite. Elle dispose d’une ouverture et d’un dynamisme qui procurent beaucoup plus de possibilités qu’à Paris. En revanche le climat est parfois déprimant. Le ciel gris est la norme.

A quoi ressemble une journée type d’un Sales sur Métaux?
Toute l’activité d’un sales tourne autour de sa clientèle. Il met son expertise, sur marchés et instruments financiers, à sa disposition. C’est l’œil qui permet aux clients d’acquérir la visibilité nécessaire sur un marché qu’ils ne maîtrisent pas. Le sales doit développer de la valeur ajoutée pour sa clientèle. Il s’agit du point clef à retenir. L’intensité des journées dépend des fluctuations du marché et des requêtes de la clientèle.

En plus d’être Sales, vous êtes également écrivain. Votre premier roman “Psycho Shark”, publié en 2013, est inspiré des salles de marchés Parisiennes. Pouvez vous nous en dire plus?
Psycho Shark est la réponse française que j’ai souhaité apporter au Loup de Wall Street (écrit par Jordan Belfort), et City Boy (écrit par Geraint Anderson). L’écriture est ma deuxième carrière.
Tout est affaire de clichés dans ce roman. J’ai choisi un style agressif qui permet de les mettre en valeur. Bien entendu, mon expérience a contribué au développement des personnages, mais il s’agit d’une fiction. Vous y trouvez un personnage surnommé “Le Master” qui est un trader complètement fou avec un égo surdimensionné. Ce personnage n’a pas été choisi au hasard. Il se trouve que c’est exactement l’image que la grande majorité des non initiés à la finance ont du trader. Je me suis rendu compte que combattre ce cliché était une peine perdue alors je m’en suis servi pour en faire un roman. Ceci étant, souvenez vous que, contrairement à Psycho Shark, Le Loup de Wall Street et City Boy sont des autobiographies. Je vous laisse juger par vous même.

Votre dernier roman “Killed In” est quant à lui inspiré du Dark Net, le monde souterrain d’internet. Certains lecteurs estiment que Killed In se trouve dans le même registre que la série “Black Mirror”. Comptez vous en faire une série sur Netflix?
Honnêtement, je n’ai pas réfléchi à ça. Je ne sais pas de quoi l’avenir sera fait. Alors pourquoi pas? Tout peut arriver.

Est-il juste de dire que l’enseignement est votre troisième carrière après la finance et l’écriture?
Vous n’avez pas tort. J’enseigne depuis 2012 au sein de formations financières françaises et notamment au sein du Pôle Trading de l’ESLSCA Business School. Je me charge des cours sur les matières premières. A ce jour, j’ai enseigné au sein de six promotions. Ma méthode consiste à mettre régulièrement les étudiants face à des cas concrets après m’être assuré de leur compréhension des fondamentaux. Une démarche strictement académique est, selon moi, trop limitée.

Merci d’avoir répondu à nos questions.

New novel released by Ashley Boolell. Killed In was inspired by the Dark Net and the rise of Cryptocurrencies. The book is available on Amazon.

Alpha Shark
Psycho Shark
Shark Master

Habib MLAYAHHabib MLAYAHJanuary 9, 2018
tunisie-1024x433.png

10min1560

La Tunisie a toujours été une exception. Même si l’exception ne confirme pas la règle, ce pays constitue une réelle lueur d’espoir aussi bien dans la région que dans le monde. Il a été autrefois la grande réserve de blé de l’empire Romain, après la chute de Carthage et sa reconstruction durant l’ère d’Auguste César, aujourd’hui il sert de “laboratoire” à certains pays de la communauté internationale pour savoir sous quelle configuration la démocratie pourrait être compatible avec les pays arabes et de quelle façon serait t’il possible de la propager dans la région.

Franklin Roosevelt disait: ” En politique, rien n’arrive par hasard. Chaque fois qu’un événement survient, on peut être certain qu’il avait été prévu pour se dérouler ainsi.”

Mais ce projet, synonyme d’espoir pour certains et de crainte pour d’autres, est malmené et mal géré sur tous les fronts au point qu’on s’interroge aujourd’hui si les événements du 14 janvier 2011 sont le fruit d’un simple concours de circonstance ou pas, si la théorie de Roosevelt est crédible ou une simple spéculation ou s’il ne s’agit tout simplement que d’un projet laissé à l’abandon. Contrairement à la stratégie américaine de 1947 dont George Marshall était à l’initiative et qui consistait à reconstruire et soutenir financièrement, par un programme de prêts, les institutions européenne pour qu’elles ne tombent pas dans le communisme, le projet tunisien est quelque part similaire, c’est le seul pays du printemps arabe qui a réussi son pari et les menaces qui pèsent contre lui et ses institutions sont très nombreuses, notamment les menaces terroristes de Daech qui cherche par dessus tout à faire basculer cette civilisation dans l’obscurantisme et le terrorisme en pervertissant sa population la plus démunie, en s’attaquant aux piliers de son économie et en essayant de l’isoler du reste du monde. Heureusement que ce pays est soutenu aujourd’hui, mais il lui faut plus de soutien, un soutien à la hauteur du plan Marshall. Si on avait estimé qu’il serait dangereux de laisser l’Europe dans l’état de l’après seconde guerre mondiale, n’est t’il pas dangereux de laisser un pays démocratique très menacé aux portes de l’Europe dans cette situation ?

Aujourd’hui, ce pays ne doit pas uniquement croiser les bras et attendre le prochain passage du père Noel, il doit aussi apprendre à compter sur lui même en mettant en place une vraie grande stratégie économique et non une simple recette de grand-mère, celui-ci doit se fixer comme objectif de devenir un jour la nouvelle Suisse de l’Afrique du Nord et pourquoi pas du grand occident et il a tous les bons ingrédients pour réussir et se hisser au rang des pays développés, toutefois son pire ennemi reste lui même et s’il souhaite sortir de cette situation économique désastreuse et ce cercle vicieux dans lequel il s’est retrouvé, des changements en interne, indispensables et inévitables, doivent se faire.

Le premier des changements et de loin le plus important à faire est de développer la mentalité d’une très grande partie de la population en éradiquant leurs mauvaises habitudes, c’est un travail qui doit se faire aussi bien sur le fond que sur la forme, c’est aussi un travail qui doit se faire sur le long terme et il faut y consacrer une très grande rigueur. Le meilleur exemple à suivre reste la Corée du Sud. Après la seconde guerre mondiale, la très grande majorité de la population sud-coréenne était analphabète et synonyme de mauvaises habitudes mais grâce au très bon travail de Park-CHung-hee, même si on peut critiquer certaines de ses méthodes notamment sa politique répressive, son pays a pu sortir du gouffre et c’est grâce à l’héritage qu’il avait laissé notamment la naturalisation des relations avec le Japon que la Corée du Sud est rentré au club des quatre dragons asiatiques. Au tout début, personne ne pouvait le prédire voire l’envisager.

Habib Bourguiba, fondateur et premier président de la république tunisienne moderne, lorsqu’il a tenu les rênes, il s’est retrouvé face à un énorme défi, celui-ci consistait avant tout à développer l’humain en tant que tel et il a fait un très grand effort en mettant plus d’un tiers du budget de l’état à la disposition de l’éducation nationale, en rompant avec le système tribal et en créant une véritable civilisation moderne, mais on se rend compte aujourd’hui qu’il est nécessaire d’affiner le résultat qu’il avait obtenu car on a remarqué que le peuple tunisien est très hétérogène, on a d’un côté des gens très bien éduqués, civilisés et cultivés et ce sont eux qui sont entrain de tirer la charrette, de l’autre côté de vrais voyous impolis et de mauvaise foi, il suffit de voir comment ils font la queue pour monter dans le bus le matin pour comprendre à qui on a affaire et malheureusement, ils ne représentent pas du tout un nombre négligeable.

Le second aspect à développer est la culture du travail, les choses doivent se faire par conviction et jamais par obligation, raison pour laquelle il faut ancrer cette bonne culture chez les jeunes depuis leur enfance. Le meilleur exemple à suivre est le pays du soleil-levant, la très grande majorité des japonais dans les industries considèrent leur travail comme un devoir et non comme une corvée et c’est cet état d’esprit qu’il faut mettre en place tout en le développant.

Le troisième aspect à prendre au sérieux et à ne jamais négliger quoi qu’il arrive, quoi qu’il advienne est la sécurité nationale. Comme dit l’ancien premier ministre du Royaume-Uni, David Cameron:” Ne me parlez plus jamais des droits de l’homme lorsque le sujet concerne la sécurité nationale”. Ceci ne veut pas dire qu’il faut commettre des atrocités au nom de la sécurité nationale mais de rester très rigoureux, très vigilent et très réactif et de ne rien tolérer de compromettant. Après les deux attaques terroristes qui ont eu lieu en Tunisie, ceux en Europe et dans le monde, on s’est rend compte que nous dépendons tous les uns des autres et qu’il faut travailler ensemble sur ces questions délicates, aujourd’hui les services secrets travaillent de plus en plus ensemble ce qui est formidable mais on remarque qu’il serait nécessaire voire indispensable de développer ensemble voire réformer nos méthodes pour qu’elles répondent au nouveau besoin. Des rumeurs crédibles peuvent malheureusement devenir vraies lorsqu’on y croit et la Tunisie doit continuer son effort sur le plan sécuritaire pour être irréprochable aussi bien devant les investisseurs étrangers que devant l’opinion publique étrangère étant donné que l’économie du pays dépend beaucoup du secteur touristique.

Le quatrième aspect est de ne pas dépendre que du tourisme et de l’agriculture. Comme dit Warren Buffet:” Il ne faut jamais dépendre que d’une seule source de revenue”. Raison pour laquelle il faut réussir à s’imposer dans d’autres industries et à les développer, sur ce point les investisseurs et partenaires européens et étrangers ont un rôle crucial à jouer mais aussi le gouvernement qui doit tout faire pour mettre à leur disposition toutes les conditions nécessaires et indispensables pour les attirer et les fidéliser. La confiance est comme un timbre, celui-ci ne se colle qu’une fois.

Enfin ce pays possède un grand potentiel et des atouts encore inexploités, celui-ci a surprit le monde entier après la révolution du jasmin, aujourd’hui il se retrouve dans la croisée des chemins et on se pose tous la question:

Pour quand le réveil ?



About us

Bonds & Shares is a participatory non-Profit information platform for, through and by experts in finance and business.


CONTACT US

CALL US ANYTIME