Geoffrey PIERREGeoffrey PIERREMay 5, 2018
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Impossible de passer à côté de la guerre économique que sont en train de se livrer les deux plus grandes puissances mondiales. L’un adopte une posture protectionniste tandis que l’autre répond aux représailles tout en prônant plus d’ouverture. En omettant volontairement de les nommer, il est intéressant de mettre en relief leur place respective dans les positions tenues. Il y a peu, on aurait tout naturellement inscrit la Chine comme étant l’acteur protectionniste et les Etats-Unis critiquant vivement les mesures adoptées. Pourtant, aujourd’hui les rôles sont inversés. La guerre économique a toujours existé entre ces deux nations mais son exposition sur la place publique et le renforcement de son intensité font des évènements récents un cas bien particulier.

Une guerre économique qui s’intensifie

Ce nouveau tournant dans les relations commerciales sino-américaines a pris forme lors d’une déclaration de Donald Trump le 1er mars 2018 qui suggérait des mesures protectionnistes à l’encontre de la Chine. Le bras de fer protectionniste prendra réellement forme au moment de la signature d’un texte de loi le 22 mars 2018 par le président américain sur la possibilité d’imposer des droits de douane sur les importations chinoises à hauteur de 60 milliards de dollars. Cette taxation concerne 128 produits chinois dont des taxes sur l’acier et l’aluminium, produits particulièrement sensibles dans le modèle économique chinois. La réaction de l’empire du milieu ne s’est pas fait attendre et s’inscrit dans une politique de défense puisque les mesures prises sont le miroir parfait des menaces américaines, soit une hausse des droits de douane sur 128 produits américains pour un montant total similaire. S’ensuit une escalade des annonces chocs, en grossissant toujours un peu plus l’enveloppe de taxation douanière. Cependant, l’intervention de Xi Jinping au forum de Boao, considéré comme le Davos asiatique, s’avère être l’amorce d’un changement profond quant à la politique économique mené par la Chine. Mais avant d’analyser ce discours, essayons de comprendre comment ces deux nations ont atteint un tel niveau de tension.

Chine : vers une émancipation

La Chine construit son expansion depuis les années 1970 à travers un modèle d’exportation principalement orienté vers les Etats-Unis. Cela a permis à la Chine, année après année, d’engendrer un excédent commercial soutenant une croissance continue qui, pendant les périodes les plus prospères, a connu un PIB à deux chiffres ! L’exportation n’est pas la seule raison à son expansion, celle-ci n’aurait pu perdurer sans l’appui d’un régime protectionniste. Les principaux leviers sont divers, mais on peut citer en premier lieu la manipulation de la devise chinoise en ayant recours à la dévaluation du yuan lorsque celui-ci s’apprécie un peu trop face au dollar, freinant ainsi leur exportation. D’autres mesures, comme les taxes sur les produits étrangers, le dumping ou encore l’assimilation de propriété intellectuelle en obligeant les entreprises étrangères à contracter un partenariat avec une société chinoise, vont dans le sens d’une économie mondialisée à sens unique.

Dans ces conditions la Chine a amassé de grandes richesses, impactant dans un premier temps les zones côtières pour ensuite se répandre à l’intérieur des terres. La conséquence directe est l’augmentation des salaires entrainant la hausse du niveau de vie de la population, d’une nouvelle classe sociale et de nouveaux besoins. Devant la nouvelle Chine qui émerge, se dressent de nouveaux défis. Pour faire face à l’amélioration significative du niveau de vie de la population chinoise, il faut repenser son modèle économique. En effet, ce dernier ne peut subsister indéfiniment, le coût de la main d’œuvre chinoise ne jouit plus d’un avantage compétitif notamment au regard des nouveaux pays émergents. La croissance par l’exportation a atteint ces limites, et avec lui celui d’une économie protectionniste.

Pour maintenir une croissance aux alentours de 6,7%, objectif déterminé par la Chine pour soutenir sa demande interne, elle a besoin de tourner son économie vers l’ouverture. On ne compte plus les investissements chinois à l’étranger qui touchent tous les continents du monde mais surtout l’Afrique et l’Europe. Elle cible de plus en plus des entreprises de hautes technologies pour acquérir un savoir-faire afin d’accroitre son indépendance en devenant à son tour pionner des changements de demain. Ce rapport à l’ouverture était unilatéral, l’Europe par exemple, étant totalement inerte dans son rapport commercial avec la Chine, en laissant à cette dernière toute la place dont elle avait besoin tout en subissant les mesures protectionnistes chinoises.

Etats-Unis : Vers un regain de protectionnisme

Les Etats-Unis d’Amérique ont connu une domination sans partage et ont usé de leur influence pour imposer leur vision du monde. Rien ne résiste aux Etats-Unis, mais rester leader lorsqu’on est un pays pleinement développé, nécessite une croissance par la consommation. Dans les années 1970, un allié de poids est trouvé en la présence de la Chine. Les Etats-Unis vont ainsi connaitre une croissance par l’importation massive de produits chinois peu coûteux, important par la même occasion de la désinflation. Le revers de la médaille est un important déficit commercial qui sera financé, entre autres, par cette même Chine (encore plus aujourd’hui). Les Etats-Unis sont donc le principal acteur de la montée en puissance de la Chine dans l’échiquier mondial. Cette ascension continue est telle que la machine chinoise parait inarrêtable. Chose impensable il y a quelques années, la Chine devient une menace crédible au rang des plus grandes puissances mondiales. Réflexe naturel que de protéger sa position dominante, les Etats-Unis vont renforcer petit à petit leurs mesures protectionnistes. Toutefois, ils font face à deux problématiques. La première étant le poids que représentent désormais la Chine et qui lui permet de résister aux pressions du gouvernement américain. La seconde concerne la dette américaine qui est en grande partie financée par la Chine lorsqu’elle achète les bons du trésor américains, il est donc très difficile pour les Etats-Unis de s’affranchir complètement de la Chine. Sa relation diplomatique avec le gouvernement chinois est donc très importante, ce qui contraint le gouvernement américain à prendre en considération les conséquences que pourront entrainer leurs décisions sur leur relation commune. Ces deux raisons expliquent certainement le comportement de Donald Trump et sa difficulté à imposer unilatéralement ses conditions.

Le visage de la nouvelle Chine ?

Nous sommes selon toute vraisemblance, à un tournant dans l’évolution du modèle économique chinois. C’est ainsi que, comme évoqué, la Chine a répondu dans un premier temps par un revers protectionniste. Fait plus surprenant, son récent discours de Boao que nous évoquions comme étant un changement majeur. La raison est l’orientation très pacifique et très libérale du discours de Xi Jinping dont voici quelques extraits : “notre destination doit être une mondialisation juste qui ne laisse personne de côté, car c’est le meilleur moyen de parvenir à un développement pacifique et durable dans l’intérêt des peuples, des communautés et des pays”, “Une chose doit cependant être très claire : l’isolationnisme, le protectionnisme et l’exclusion ne rendront pas la mondialisation équitable”. L’ouverture semble être le leitmotiv de cette nouvelle Chine qui s’appuie également sur d’autres annonces de poids comme une réduction des droits de douane ou encore l’ouverture des entreprises et de la sphère financière chinoise (banque, courtage, assurance, gestion d’actifs) aux investisseurs étrangers.

 

Quel futur pour les deux nations ?

Cependant, ceux qui suivent de près la Chine auront certainement comme adage, prudence est mère de sureté, au regard des nombreuses promesses n’ayant pas aboutis en acte, loin s’en faut. Pourtant, les circonstances sont bien en faveur d’un changement de cap, amorcé timidement, qui peut prendre son essor dans un future proche. Le besoin de la Chine est de s’inscrire pleinement dans la mondialisation pour répondre à divers enjeux. D’une part, combler sa demande intérieure et son ambition d’être leader mondial, d’autre part, de contrecarrer la pression sans précédent exercée par les Etats-Unis. Ces éléments sont autant de raisons favorisant l’alignement des planètes, et par conséquent un changement de paradigme.

De leur côté les Etats-Unis, qui ont toujours été ancré dans le protectionnisme mais de manière suffisamment subtile pour ne pas s’afficher comme tel, continueront d’intensifier leurs positions « America first » tant qu’ils n’auront pas obtenu de la Chine au moins une partie de leurs requêtes. En effet, au-delà des mesures économiques, ils ont engagé leur image dans cette lutte, il est important, si ce n’est primordial pour eux, de rester la superpuissance telle qu’elle est perçue par l’ensemble des nations. Une simple adoption d’une mesure phare comme l’abaissement des tarifs douaniers chinois sur les produits américains dans le secteur de l’automobile leur permettrait de sauver la face tout en évitant une escalade néfaste de ses relations avec la Chine.

 

Sources :

https://www.tdg.ch/monde/asie-oceanie/xi-jinping-promet-ouverture-economique/story/30771073

http://french.xinhuanet.com/2018-04/11/c_137102643.htm

https://www.huffingtonpost.fr/2018/04/01/guerre-commerciale-la-chine-repond-aux-etats-unis-en-taxant-128-produits-americains_a_23400565/

https://www.investing.com/

https://investir.lesechos.fr/index.php

LA FRANCE : malade imaginaire ? – Jean-Paul Betbeze – 2017

 

 

 


Geoffrey PIERREGeoffrey PIERREJanuary 3, 2018
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Depuis l’avènement d’internet, le business model du jeu vidéo n’a eu cesse d’évoluer. Cette évolution n’a pas toujours été maitrisée et le tandem bénéfice – satisfaction du client est mis en péril ces dernières années. Quelles sont les facteurs de ce déséquilibre et comment les différents acteurs se comportent devant ce changement ? Pour comprendre cette mutation, l’étude et la compréhension de ces nouveaux modèles économiques est essentiel. L’utilisation de ces business modèles diffèrent suivant les sociétés, poussant plus ou moins loin la recherche du profit au détriment du consommateur.  Les voix de mécontentement émanant du client final, prennent une ampleur non négligeable, dessinant les limites de ces modèles économiques. Certains acteurs ont néanmoins une approche d’optimisation de ces processus en y retirant tout gain potentiel tout en gardant une communauté fidèle.

Introduction

Le jeu vidéo sans internet paraît tellement lointain, tout était beaucoup plus simple, standardisé. Le business model était des plus classiques. Les développeurs produisaient le jeu et les éditeurs prenaient en charge le marketing et la distribution. Le consommateur se déplaçait dans les points de ventes, majoritairement les enseignes spécialisées, pour acquérir leur bien contre un prix de vente établi. Ils consommaient ensuite leur produit en y passant un certain nombre d’heures pour finalement le stocker ou en le revendre chez un distributeur créant un juteux marché de l’occasion pour ces derniers.

Internet est venu bousculer un système pourtant bien en place. Mais attention, ces changements n’ont pas eu lieu en un claquement de doigt. D’abord faisons une distinction entre internet et… internet, comprenons par-là ses débuts avec son utilisation forfaitaire et sa démocratisation avec l’ADSL.

Le changement peut avoir lieu et il va porter de multiples visages. Du jeu en ligne en passant entre autres par les DLC jusqu’au cloud gaming. Certains sont définitivement entrés dans les mœurs, d’autres suscitent la polémique et ont du mal à trouver leur place si tant est qu’elle existe.

Les changements survenus au cours du XXIème siècle ont un impact considérable pour tous les acteurs sans exception. Nous en comprendrons les raisons au cours de cet article.

Les premiers symptômes d’internet

Le jeu vidéo sur PC a toujours été précurseur des futures modèles économiques utilisés par les éditeurs/développeurs. De par l’architecture des machines de jeux, le marché console est moins enclin à adopter certains changements, comme par exemple, le premier significatif à savoir le jeu en ligne. Nous nous intéresserons ainsi principalement au marché du jeu vidéo console puisque cela soulignera que le business model a été adopté par l’ensemble du marché.

Le jeu en ligne a émergé dans un premier temps à l’époque de la sortie de la Xbox et de sa plateforme Xbox Live fin 2002. Nous avons les prémices de l’essor du jeu en ligne mais qui restera à ce stade trop marginal puisque c’est Sony avec sa Playstation2 qui domina outrageusement le marché ne laissant qu’une visibilité réduite au Xbox Live. Il faudra attendre la prochaine génération de console lors de laquelle la Xbox360 et la Playstation3 se livreront une lutte sans merci.

Deux faits marquants au début de cette génération, Sony qui se dote de sa plateforme en ligne, le Playstation Network (PSN) et Microsoft qui conserve sa plateforme Xbox Live qui sera uniquement accessible par abonnement, rendant ainsi le jeu multijoueur payant. Premier choc dans le milieu du jeu vidéo, devoir payer des frais en plus du prix du jeu lui-même (bien que cela soit restreint sur le contenu en ligne). L’autre évolution majeure tient de la nature même de ces plateformes. Pour la première fois sont proposés des jeux qui ne seront vendus qu’à travers le Xbox Live ou le PSN et en aucun cas par le biais de points de vente physiques. La route du jeu dématérialisé est en marche mais touche seulement une sphère réduite qui n’avait jusqu’à présent pas sa place dans le milieu des jeux consoles, les indépendants.

La maturité des plateformes en parallèle de l’accès au haut débit amènera de nouvelles évolutions au cours du second cycle de cette génération.

Une maturité synonyme d’évolution

Les DLC (download content) font leur apparition peu après les jeux en ligne mais ils vont connaître un réel engouement quelques années plus tard une fois les plateformes bien implantées. Le but est simple, un outil de fidélisation du client en ajoutant du contenu supplémentaire moyennant finance (il existe aussi des DLC gratuit) pour un jeu donné. Son utilisation suscitera de vives polémiques après les choix de certains éditeurs comme EA (Electronic Arts) et Capcom. EA s’amusera à franchir la ligne rouge en vendant par exemple un simple cheat code (code de « triche » officiel) pour faciliter la vie du joueur. Capcom, quant à lui, commercialisera un jeu final amputé au dernier moment d’une partie de son contenu pourtant initialement présent. Les éditeurs pris en flagrant délit de malhonnêteté se remettront dans les rangs, et globalement le DLC sera totalement démocratisé, et aura même l’honneur de subir un lifting à la sortie des consoles dites Next Gen.

Ces nouvelles consoles promettent toujours plus d’expérience au consommateur ainsi que plus de contenus supplémentaires. Le petit frère du DLC est né et on lui y attribuera le nom peu intuitif de Season Pass. Il s’agit simplement d’une promesse d’accès à un ensemble de contenu supplémentaire dont la mise en vente se fera progressivement après la sortie du jeu, c’est donc l’acquisition en avance de plusieurs DLC. La stratégie reste identique, accroître la fidélisation du joueur en lui faisant payer à l’avance un prix discount (généralement 25€ pour un total de 30€ si acheté par unité) sur du contenu dont il ne connait même pas la teneur.

La PS4 et la Xbox one ont donc pris le relais.  Au passage, Sony va copier le modèle économique de Microsoft en rendant le PSN payant, ce qui passera relativement inaperçu, preuve que les mentalités évoluent (aidé également par une communication parfaitement huilée). Les coûts engendrés par le maintien des serveurs ne peuvent être négligés plus longtemps mais surtout le bénéfice récolté par tous les abonnements a de quoi donner le sourire aux constructeurs de console et à leurs actionnaires. La majorité des jeux à gros budgets (triple A) sont directement vendu en « dématérialisé » en plus des points de ventes traditionnels. Les gains sont énormes, cela permet d’occulter tout le circuit de distribution, d’économiser pour ainsi dire tous les coûts logistiques qui lui sont liés (transport, stockage, packaging) ainsi que la part reversée au distributeur. De plus, la part du dématérialisé ne cesse de croître et l’ensemble des principaux éditeurs ne manquent pas de le souligner lors de leur résultat trimestriel. Ce n’est cependant pas le seul élément d’autocongratulation mis en avant.

L’émergence du « play as a service »

Que peut-il bien se cacher derrière ce nouveau concept au point de prôner fièrement dans l’argumentaire des bons résultats financiers ? Avant toute chose et comme constaté précédemment, il est important de garder en mémoire que la logique reste toujours la même : celle de fidéliser le client en allant toujours un peu plus loin. Les microtransactions sont la nouvelle résultante de cette stratégie. Elles intègrent des transactions possibles mais non obligatoires au sein des jeux payants. Le jeu vidéo est alors plus seulement considéré comme un bien de consommation mais comme un service, rallongement substantiellement la durée de vie du produit en enfermant le consommateur dans son écosystème. De plus en plus de jeux sur le marché mais de moins en moins de jeux consommés en moyenne. A l’inverse, le nombre d’heures investies est relativement stable. La lutte pour la rentabilité sera plus âpre que jamais.

Ces microtransactions ne sont en vérité pas une réelle nouveauté. Les joueurs adeptes des free to play (jeux gratuit) étaient déjà familiarisés avec ce concept. Cependant, la logique était totalement différente, le jeu étant gratuit, un contrat implicite entre le développeur et le joueur se formait, il était acceptable de verser une somme d’argent pour faciliter la progression au sein du jeu (volontairement bridé par le développeur). On peut le traduire comme un rappel à la dure réalité, jamais rien n’est vraiment gratuit en ce bas monde. Alors quelle est la logique d’inclure ce mode de fonctionnement à des jeux payés plein tarif (70€ maximum sans inclure de season pass) ou plutôt a-t-elle bien été accepté par la communauté ?  La réponse est tout sauf binaire et demande un tant soit peu d’analyse.

Une limite à ne pas franchir ?

En premier lieu, les microtransactions dans le jeu vidéo payant n’avaient que pour simple objectif un intérêt cosmétique. Cela permet d’accroitre les recettes de l’éditeur et de ne pas influencer l’intérêt même du jeu. La mise en place a connu quelques heurts mais rien de bien alarmant. Le système est dorénavant intégré dans le business model, il ne reste plus qu’à le faire évoluer. Le modèle des free to play est donc adapté sur certaines productions triple A dont la plupart provenant d’une des grandes pontes (deuxième acteur du secteur) du jeu vidéo que nous avons déjà eu l’occasion de citer, EA. Après avoir fleurté avec la ligne rouge sur les DLC, il va également tester le seuil de tolérance des consommateurs en appliquant les microtransactions sur ses franchises phares de cette fin d’année.

Ainsi son jeu de course Need for speed inclut des microtransactions de façon intempestive. La courbe de progression de jeu oblige le joueur a « grinder » (refaire plusieurs fois la même chose en vue d’accumuler suffisamment de gain pour pouvoir progresser de nouveau). Ce type de grind est considéré comme inacceptable par la communauté qui aura néanmoins une répercussion mesurée pour une raison dont ce serait bien passer l’éditeur. En effet, un autre jeu de son catalogue et au combien attendu, Star wars Battlefront 2 (SWB2) va complètement enflammer la toile. C’est essentiellement un jeu multijoueur dont la vocation comme ses compères est l’équité de chance entre les participants dont la victoire dépendra des qualités intrinsèques d’un point de vue collectif et individuel. C’est du moins le modèle inébranlable qui subsistait jusqu’à présent. SWB2 récompense surtout vos chances de réussite en déroulant le tapis rouge à votre portefeuille. De nouvelles armes ou encore de nouveaux pouvoirs seront des atouts indéniables dans les multiples joutes que se livreront les gamers. La demande de crédit (monnaie virtuelle) demandée pour débloquer des personnages supplémentaires pourtant emblématiques d’une franchise Star Wars (Dark Vador en tête) est particulièrement dissuasif et résout le gamer à se pencher sur les microtransactions pour obtenir directement son bien.

Le tollé est unanime et le bashing particulièrement virulent comme l’atteste les notes utilisateurs du jeu sur Metacritic (site très populaire puisque regroupant les notes de la Presse du monde entier) qui lui octroie la note sans appel de 0,9/10 à l’heure ou sont écrites ces lignes. Face à cette déconvenue, EA fait marche arrière en suspendant temporairement les microtransactions et en assouplissant son système de progression. La polémique est tellement importante qu’elle atteint les sphères politiques. Des représentants politiques dont un membre de la Chambre des Représentants de Hawaï, entouré d’autres personnalités politiques, déclarera SWB2 de : « casino en ligne conçu pour inciter les enfants à dépenser de l’argent ». Le ministre de la justice Belge s’inquiète tout autant de la propagation de ce phénomène. Enfin, dans notre propre pays le débat législatif est lancé par le biais d’un sénateur socialiste interpellant le secrétaire d’état au numérique. Les incidences pour EA ne se limitent pas à l’image mais se répercutent naturellement sur les ventes du jeu dont le démarrage sera deux fois moins important que le premier opus. La ligne rouge est établie grâce et au détriment de EA et on ne reverra plus de sitôt les microtransactions influençant directement le jeu…. Pas si sûr !

Activision-Blizzard : un début de réponse ?

Le numéro 1 mondial et, principal concurrent de EA, ne souhaite en aucun cas laisser vacante sa part du gâteau, surtout lorsque l’on sait à quel point il est gourmand. Bien entendu, lui aussi utilisera les microtransactions mais sa stratégie est pourtant bien plus subtile. Activision a déposé un brevet qui encourage les joueurs à utiliser les microtransactions pour les jeux multi-joueurs. Le fonctionnement de ce brevet est schématisé comme suit :

Source : https://kotaku.com/activision-patents-matchmaking-that-encourages-players-1819630937

Pour en comprendre rapidement le sens, le joueur est incité à la dépense par le matchmaking (organisation des joueurs qui s’affronteront au cours de la prochaine session de jeu en fonction de divers paramètres). Le joueur novice sera allié à d’autres plus expérimentés excellant dans le maniement d’armes du style adopté par le gamer inexpérimenté, créant ainsi un nouveau besoin auprès de ce dernier. Le processus est encore plus vicieux puisqu’au moment du prochain matchmaking, le joueur ayant acheté son arme, accèdera à un environnement de jeu propice à la meilleure exploitation possible de son nouvel équipement. Une pure logique marketing qui a un double avantage. Augmenter les recettes dues aux microtransactions sans que ces dernières ne soient ni intempestives ni négativement impactantes sur la progression du joueur sans leur obtention. Activision a réagi à lui fuite sur son dépôt de brevet en assurant qu’il ne l’avait jamais mis à profit dans ses jeux, libre à nous de le croire… ou non.

Ce n’est pas suffisant pour échapper à la grogne de la communauté mais elle ne franchira pas la barrière des joueurs confirmés laissant le grand public, principal consommateur des franchises grand public d’Activision, totalement absent ou au pire indifférent. Telle est la force d’Activision, savoir jouer habillement avec la frontière permettant ainsi à ces deux blockbusters Destiny 2 et Call of Duty d’être avant l’heure les stars des fêtes de fin d’année.

Cette stratégie ne peut cependant pas être employée par tous les acteurs, les entreprises plus modestes et encore plus les indépendants, visent majoritairement un public de niche qui ne pardonnera pas de telles écarts et dont les sanctions seront immédiates. Le fossé entre les leaders du marché et les suivants ne fera que s’étendre.

 

Nous avons vu que la manière de consommer le jeu vidéo connait des changements réguliers et nous pouvons d’ores et déjà apercevoir les évolutions de demain. Nous avons d’un côté ceux dans la continuité, avec une part toujours plus importante du dématérialisé et du contenu supplémentaire, sous quelques formes que ce soit, venant asphyxier petit à petit les distributeurs de jeu vidéo. D’un autre côté, des changements disruptifs dont le cloud gaming semblent être les principaux vecteurs.

Il permet de jouer à la demande, par un simple abonnement au service. Tous les jeux sont dématérialisés puisque stockés dans le cloud et la connexion haut débit ou la fibre est l’élément notoire du bon fonctionnement de ce nouveau business model. La révolution est prête et pourrait être annonciatrice de la mort des consoles. Le Cloud Gaming pourrait porter le coup de grâce aux distributeurs et affaiblirait considérablement les constructeurs de console qui subsisterait en conservant leur qualité de développeur et éditeur. Cette théorie a été avancée plusieurs fois et pourtant les ventes de console se portent très bien. Il est d’ailleurs pratiquement acté que nous connaitrons une prochaine génération de consoles (les paris sont ouverts pour les dates). Sony a même pris les devants en intégrant au PSN un service de cloud gaming, baptisé Playstation Now, qui regroupe environ 450 jeux issus de trois générations différentes (Playstation 2,3 et 4), dont la sortie remonte seulement au 30 octobre 2017 sur notre territoire. Le chemin est encore loin pour que ce modèle soit adopté dans la majorité des foyers, il sera très intéressant de suivre de près son évolution.


Geoffrey PIERREGeoffrey PIERRENovember 13, 2017
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LA FRANCE : malade imaginaire ? En route vers un nouveau monde

L’économiste Jean-Paul Betbeze a publié en début d’année un livre dans la lignée de ses travaux précédents. Le thème : les enjeux et problématiques de la mondialisation et les défis économique de la France. Son dernier livre La France : malade imaginaire ? regroupe ces deux thèmes principaux en faisant dans un premier temps une analyse macroéconomique de par l’étude de la mondialisation. Par la suite, l’auteur analysera le cas français lié à cette mondialisation qui parfois le dépasse. Nous sommes donc dans une logique Top-down, mieux comprendre ce qui nous entoure pour mieux se comprendre soi-même.

Le duel des puissants

Monsieur Betbeze met l’accent sur la relation entre les Etats-Unis et la Chine comme étant un facteur déterminant dans le paysage mondial qui est en train de se dessiner. Cela ne concerne pas seulement la place de numéro 1 mondiale, mais la mutation des deux plus grandes économies qui entraine toutes les autres économies du monde dans leur sillage. La Chine a une influence encore plus grande puisqu’elle doit opérer un changement de stratégie pour maintenir la plus forte croissance possible ce qui a des répercussions considérables non seulement sur l’économie mondiale mais également sur les stratégies géopolitiques. Les autres puissances mondiales ont tout intérêt à s’assurer le soutien plus ou moins direct d’un des deux leaders sans froisser pour autant le laissé-pour-compte.  Un vrai jeu d’échec qui rend les relations et les échanges commerciaux qui en découlent très interdépendants. La complexité de l’échiquier mondial n’a jamais été aussi forte.

Le pétrole : indicateur révolu du changement

A travers le prix du pétrole, il est possible de tirer des conclusions sur la santé économique des plus grandes économies et, en le décryptant davantage, les relations géopolitiques entre les principaux acteurs qui exploitent cette ressource. L’OPEP, la Russie et les Etats-Unis sont les acteurs ayant le plus d’influence et dont les relations géopolitiques sont scrutées de près. L’économiste Jean Paul Betbeze nous dévoile les dessous de l’exploitation du pétrole au travers son évolution ainsi que le positionnement de ces mêmes acteurs. L’Arabie Saoudite (membre de l’OPEP) avait une telle influence qu’elle pouvait peser à elle seule, sur le prix du baril de pétrole. Les rapports de forces ont changé. Les Etats-Unis se sont mis à exploiter le gaz de schiste tout en obtenant l’autorisation d’exporter ses ressources. Le prix de l’or noir est en moyenne bien plus faible que lors des cycles précédents obligeant les pays exportateurs à de fortes restructurations. L’Arabie Saoudite ne dispose plus des mêmes ressources financières ne pouvant ainsi plus prendre le rôle de stabilisateur sur le prix du pétrole. Autre problématique, le cas Iranien qui revient sur le devant de la scène complexifiant les relations au sein même des membres de l’OPEP de par sa dualité avec l’Arabie Saoudite. Chacun essayant de trouver sa place et donc ses intérêts au milieu de toute cette agitation qui modifie les rapports de force et donc les jeux d’influence.

L’Europe : entre le rêve et le cauchemar

Quel beau projet que celui de l’Union Européenne. Lutter contre les grandes puissances déjà existantes et se préparer à l’émergence des futurs leaders de demain. L’union monétaire est née de ce besoin de rester compétitif, la solidarité entre les pays membres comme socle fondateur. L’auteur nous décrit toutes les difficultés de cette mise en place. Des sacrifices ont été consentis, comme une perte de souveraineté sur la politique monétaire. Impossible de dévaluer sa monnaie pour relancer l’exportation et retrouver sa compétitivité perdue, union monétaire veut dire politique monétaire commune. Privée de la dévaluation du change, la politique budgétaire est alors toute trouvée pour agir comme levier économique. En effet, l’Europe n’a jamais réussi à s’entendre sur une politique budgétaire commune mais néanmoins, elle impose des règles. Les mauvais élèves (pays du sud) subissent ainsi les réprimandes des bons élèves (l’Allemagne principalement) et parfois les sanctions qui s’imposent. L’austérité gagne alors ces pays qui sont pourtant en grande difficulté, engendrant ainsi encore plus de problématiques sous fond de tension sociale. Le Brexit a cristallisé ces inquiétudes avec une volonté de s’éloigner encore plus de cette zone jugée fragile (vote également négativement influencé par l’affut de migrant). La Grèce, l’Espagne, le Portugal et plus récemment l’Italie sont ou ont été les maillons faibles de l’Europe. Pourtant l’Europe a survécu aux différentes crises, des pays comme l’Espagne et le Portugal ont mené avec succès des réformes structurelles pour revenir dans le jeu économique. L’Europe ne cesse d’évoluer, elle a prouvé sa force de caractère et son poids économique la plaçant au 3ème rang mondial lui conférant un positionnement de choix dans les relations internationales.

Les banques centrales : l’évolution des politiques monétaires

Le pouvoir des banques centrales est bien connu de nos économies qui sont en partie dépendantes des décisions prises sur la politique monétaire, plus précisément celles sur l’évolution des taux d’intérêts.  La gestion du taux d’intérêt se veut des plus classiques, lorsque qu’une économie est en surchauffe une hausse des taux d’intérêts permet de diminuer la consommation, les investissements diminuant ainsi l’inflation galopante. La position opposée est vérifiable, baisse des taux pour une remontée de la consommation donc de la croissance et de l’inflation. Comme le souligne Monsieur Betbeze la crise de 2008 est venue contrarier ces schémas pourtant ancrés dans nos économies. Le choc subit a été d’une telle violence que même une baisse des taux d’intérêt n’a pas suffi a relancé la machine. Taux d’intérêt à 0% inefficace, place au taux négatif, une première bien que toujours inefficace en plus de mettre en péril le modèle économique des banques. Les banques centrales ont donc cherché d’autres outils, dits non conventionnels, qui donneront naissance aux QE (quantitative easing). Le but est relativement simple, racheter la dette du Japon (pour la Banque du Japon : BoJ) ou celle des pays Européens (pour la Banque centrale Européenne : BCE). La mission de la BCE est encore plus compliquée que ces consœurs puisqu’elle a sous sa gouvernance un ensemble d’Etats au fonctionnement et aux besoins différents. Toutes les banques centrales ont leur propre difficulté. Ajuster le rythme de remontée des taux directeurs pour la FED, dévaluation du yen au travers d’une politique ultra accommodante pour la BoJ, sortie du mutisme pour la Chine et enfin décryptage de l’effet Brexit et anticipation de ses conséquences pour Mark Carney et ses compères. Elles ont pourtant toutes un objectif commun, adopter une politique monétaire dans un monde en constante évolution tout en maintenant le sacro-saint objectif de 2% d’inflation.

La France : une maladie autoalimentée

Comme l’auteur nous l’a démontré, tous nos repères ont été bouleversés après les crises successives des subprimes et celle de la dette souveraine en Europe. Les rapports de force évoluent, de nouvelles perspectives apparaissent, d’anciennes disparaissent et la faculté d’adaptation à ce nouvel écosystème est perçu comme un élément moteur pour survivre. Malheureusement, notre bonne vieille France a un mal qui ne cesse de la ronger, la résistance au changement baptisée par l’auteur « maladie du motoneurone ». Cette peur se traduit par plusieurs symptômes, à commencer par la nostalgie du passé, ce sentiment d’une époque dorée faisant fi de tous les problèmes de cette période d’antan. Ce réflexe de citer des références du passé (grands économistes comme Keynes) pour résoudre les maux de notre époque traduit un manque de confiance en l’avenir. Une confiance, il est vrai, se gagne et la tonne d’informations que l’on reçoit chaque jour dont une part non négligeable d’informations non digérées, diffusées à chaud sans esprit analytique, ou pire encore, la diffusion de fake news venant brouiller encore plus l’esprit des français. Cette maladie entraîne un manque de lucidité, de réflexion ou le changement est accepté sur le papier mais en aucun cas s’il remet en question le moindre acquis. Une paralysie généralisée s’ensuit, par blocage du pays, syndicalisme forcé, étouffant tout le vivier français pourtant plein de potentiel. Le changement oui mais pour les autres.

Une médecine non appropriée

Les diagnostics et remèdes prodigués s’appuient sur des indicateurs ne reflétant plus nos modes de vie. L’économie est en pleine mutation et l’on se doit de repenser certains indicateurs économiques. Soit ils ne correspondent plus à ce nouvel environnement, soit ils nécessitent un ajustement de leurs objectifs. Le canal de transmission est un terme très utilisé par Jean-Paul Betbeze, nous faisant prendre conscience que les indicateurs d’hier ne peuvent plus être ceux d’aujourd’hui. Ce dernier est biaisé lorsque l’on nous parle de la relation chômage – salaire qui a totalement éclaté avec la crise de 2008. Une baisse du chômage entraine bien une baisse de salaire mais sans l’effet correcteur salvateur nous maintenant ainsi en récession. D’autres lois fondamentales comme le théorème de Schmidt, la courbe de Philips ou encore la relation salaire-profit ne s’alignent plus devant la violence des chocs subit. L’exemple le plus frappant est celui de l’inflation, qui comme énoncé précédemment, est l’indicateur préféré des banques centrales à travers duquel se base toute leur politique monétaire sur la limite ou aux alentours des 2%. Alors que le service s’est considérablement développé, ces différentes formes ne sont pas toutes prises en compte par l’indicateur de croissance et donc fatalement par l’inflation. Le remède est contre indiqué et nous rend encore plus malade que nous l’étions.

Vers la guérison

L’auteur nous dépeint avec force l’importance des services comme possible porte de sortie pour notre société paralysée. Ce n’est certainement pas le remède miracle mais au moins un traitement de choix. Notre monde se transforme sans que l’on ne s’en aperçoive, du monde de l’industrie ou seul la productivité prime, à un monde de service aux multi visages. L’un servira de tremplin à une industrie à bout de souffle, tandis que l’autre améliorera et nous accompagnera dans notre quotidien. Le poids du service est devenu tel dans nos sociétés que l’opposition industrie-service appartient plus que jamais au passé. Une symbiose s’est créée entre elles. Ce changement s’opère avec le progrès technologique. Le Big Data est un exemple probant, il permet de cibler précisément les besoins afin de mieux les satisfaire. Cette satisfaction toujours plus précise de nos besoins, de notre bien-être reste pourtant étrangère au PIB. Nous devons repenser les chiffres qui sont de plus en plus décorrélés avec notre mode de fonctionnement dont ils ne savent en retirer la quintessence. L’auteur voit l’acceptation de cette nouvelle ère comme une étape fondamentale pour commencer le traitement. Pour se libérer de cette maladie, il est indispensable de se changer soi-même avant tout. Une remise en question de soi amènera naturellement de nouvelles perspectives, plus en accord avec le monde qui nous entoure. Il sera ensuite temps de profiter des forces naturelles de notre pays, comme la création de start-up toujours plus nombreuses avec cette volonté appuyée de l’innovation. Ainsi notre économie tournée vers le service prendra toute son ampleur. Des nouveaux emplois émergeront également par ce biais conduisant au changement tant redouté qui est pourtant la clé de notre félicité.

Depuis la parution de ce livre, la situation économique s’est légèrement améliorée dans le monde comme on peut notamment le voir en Europe avec une croissance révisé à 2,2% pour 2017. La communication des banques centrales a gagné en crédibilité, la confiance est donc revenue sur les marchés financiers. Tout ceci conforté par divers indicateurs économiques en hausse et des résultats d’entreprise prometteurs. Malgré tout, la route est encore bien longue comme on peut très rapidement le constater. Les indicateurs phares guidant les politiques monétaires sont toujours les mêmes sans aucune remise en question de leur pertinence. Pour ces raisons et bien d’autres encore l’adaptation à ce nouveau monde n’en est donc qu’à ses débuts.

La France, et plus globalement le monde, semblent être en voie de guérison. Cependant, le cycle économique, si l’on peut encore s’y fier, pourrait être dans sa phase de surchauffe précédent un revirement de conjoncture dégradant la santé du patient qui se trouve en chacun de nous. Mais le monde a peut-être définitivement changé, les diagnostiques et remèdes prodigués doivent être pensé différemment pour être conforme à une nouvelle réalité (« new real »). Cela permettrait de supprimer ces inquiétudes dont souffre l’auteur de cette synthèse. Tiens donc, la maladie du motoneurone serait-elle contagieuse ? Fort bien, guérissons tous ensemble !

Appréciation

Ce livre est passionnant à plus d’un titre. Il a la faculté d’exposer des problématiques complexes avec une grande clarté. Cela permet d’acquérir rapidement une culture macroéconomique et géopolitique sur des thèmes actuels. Cet ouvrage nous ouvre l’esprit en nous affranchissant de certains principes considérés pourtant comme des fondamentaux, ce qui nous pousse à aiguiser notre esprit critique. Autre avantage fort appréciable, celui de positionner la France dans ce vaste monde qui l’entoure et de nous aider à mieux la cerner, elle qui est pourtant si complexe. Néanmoins, aussi pertinent soit son développement, le titre du l’ouvrage centré sur la France peut se révéler surprenant lorsque l’on parcoure le livre dans sa globalité, bien plus orienté sur les nombreuses évolutions de ce monde que sur la France en elle-même.

Comme vous l’aurez compris, je recommande chaudement le livre de Jean-Paul Betbeze. Le temps que vous lui consacrerez, vous sera amplement rendu.


Geoffrey PIERREGeoffrey PIERREOctober 31, 2017
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Le sujet abordé dans cet article concerne l’un des axes de la stratégie de différentiation d’Ubisoft qui se veut peu conventionnelle notamment lorsqu’elle s’inscrit dans une logique de marché.

Cependant, avant d’entrer dans les détails, une mise en perspective du secteur du jeux vidéo console (marché principal d’Ubisoft) s’impose.

Les acteurs clés

Dans un premier temps, on distingue les constructeurs de console : Sony avec la marque Playstation, Microsoft et sa Xbox et enfin Nintendo dont la petite dernière se dénomme la Switch. Pour attirer le client, ils utilisent l’adage « on est jamais mieux servi que par soi-même » en proposant des jeux uniques et fondateurs. C’est la raison pour laquelle les meilleurs jeux exclusifs proviennent des constructeurs eux-mêmes.

La seconde sphère est celle des développeurs de jeux. Ils produisent des jeux pour les constructeurs de console, soit en leur accordant une exclusivité soit en rendant leur jeux multi plateformes (c’est-à-dire accessibles à partir de n’importe quelle plateforme de jeux). Cette dernière solution est privilégiée puisqu’elle permet aux développeurs de toucher une cible bien plus large, augmentant ainsi leur rendement.

Les troisièmes acteurs majeurs sont les éditeurs de jeux. Ils financent le projet de tiers notamment à travers un aspect commercial et s’occupent de la distribution des jeux auprès des différentes enseignes.

Positionnement d’Ubisoft

Ubisoft est le 3ème acteur mondial avec 1,46 milliard[i] d’euros de chiffre d’affaire derrière deux mastodontes que sont EA (Electronic Arts) et ses 4,94 milliards de dollars lui-même devancé par Activision Blizzard qui récolte 6,78 milliards de dollars (estimation). La position d’Ubisoft lui permet d’éditer ses propres jeux, évitant ainsi un intermédiaire supplémentaire. Autre avantage, la capacité de produire des jeux appelés AAA (triple A) pouvant rapporter beaucoup d’argent en plus de mettre un bon coup de projecteur sur l’entreprise.

Nous avons désormais les bases pour appréhender au mieux deux fait précis dans la stratégie d’Ubisoft.

La stratégie d’Ubisoft : peu conventionnelle dans son secteur…

Pour le premier point, on part à Los Angeles pour ses parcs, ses stars, ses musées et… son salon E3 (L’Electronic Entertainment Expo) qui est tout simplement le plus grand salon du jeux vidéo au monde et dont sa dernière représentation s’est tenue mi-juin. Chaque année, le salon accueil environ 70 000 visiteurs, 250 exposants sur une surface de 67 000m². Presque tous les acteurs sont présents et les plus puissants d’entre eux nous font même l’honneur d’une conférence. Autant dire qu’elle a une importance capitale puisqu’elle est une sorte de présentation de leur « show-room » virtuelle, à travers des trailers fracassants censés faire saliver les gamers du monde entier. Ubisoft a bien entendu présenté ses jeux les plus attendus (le nouveau Assassin’s creed, Far Cry 5), des surprises bien accueillies (Skull and Bones et Beyond good & Evil 2) mais c’est surtout une annonce, qui va surprendre tout le monde sans exception, celle d’un nouveau jeu baptisé Mario + Rabbids Kingdom Battle[ii].

En quoi cette annonce est-elle aussi surprenante ? Le premier indice se trouve dans le titre. Le premier mot pour être exact, Mario ! Même les plus néophytes dans l’univers du jeu vidéo connaissent Mario et font certainement le rapprochement avec Nintendo, créateur de la licence. Le développement d’une exclusivité est déjà une première surprise en soi mais l’utilisation de la plus prestigieuse licence de Nintendo est pour faire simple, du jamais vu. Le tour de force ne pouvait être complet sans faire intervenir directement sur scène Shigeru Miyamoto le papa de Mario pour une photo souvenir qui restera imprimée dans les mémoires. En effet, Miyamoto et Yves Guillemot prennent la pose presque épaule contre épaule en arborant chacun une des armes décalées du jeu.

… quitte à surprendre les actionnaires

Ce qui nous amène à notre deuxième point, qui se décrypte à travers leur licence phare : Assassin’s Creed (AC). Goodies, film, manga, comics, roman et bientôt une série TV[iii], voilà autant d’exemple des déclinaisons de la licence sur d’autres supports. Parce que oui, à l’origine, AC c’est un jeu vidéo dont sa première apparition remonte à 2007. Il a aussitôt été adopté par les gamers pour connaitre un démarrage tonitruant pour une nouvelle licence. Fin 2016, on nous informe que 100 millions de jeux ont été vendu, confirmant son statut de série la plus populaire du catalogue Ubisoft loin devant son dauphin Just Dance avec ses 60 millions de copies écoulées[iv].

Cependant, le rythme de sortie annuel a fini par lasser le public. Plus que sa périodicité de sortie, la baisse de qualité des jeux estampillés AC a clairement contribué à affaiblir la licence provoquant ainsi de vives inquiétudes chez les actionnaires. Le changement de développeur pour relancer la mécanique du dernier épisode n’a pas suffi. Ubisoft a opté pour une décision plutôt inattendue. Imaginez les actionnaires attendant l’annonce du prochain AC annuel avec des exigences plus fortes que jamais pour espérer entrevoir un retour en force de la licence. Le couperet tomba le 11 février 2016, Ubisoft annonce qu’il n’y aura pas d’épisode AC en 2016[v]. La raison invoquée est simple, reconquérir ses fans en revoyant en profondeur les mécaniques du jeu, et cela passe par un temps de développement deux fois plus long pour assurer la transition. Les actionnaires ne l’entendent pas de la même oreille et sanctionnent aussitôt le titre, qui accuse une baisse de 17%. Bien entendu, Ubisoft était pleinement conscient de l’impact qu’aurait son annonce auprès de sa principale source de revenu, néanmoins la marque a privilégié la qualité de son produit.

Le projet a été présenté pour la première fois, du moins officiellement (certaines infos avaient fuité 3 jours avant sur le net), au dernier salon de l’E3. Réaction très positive du public comme l’atteste le classement Youtube du nombre de vidéos regardées durant l’évènement qui classe le nouvel Assassin’s Creed Origin en seconde position[vi]. Le nom « Origin » n’est pas choisi au hasard, il illustre la volonté d’Ubisoft d’avoir remis en question les fondamentaux de sa série phare pour en faire de nouveau un incontournable. Le pari est jusqu’à présent réussi, les divers évènements mettant en avant le jeu semble avoir rassuré les actionnaires, l’action passant avant le salon E3 de 47€ à 65€ aujourd’hui. AC n’est pas la seule raison de la bonne tenue du titre mais il en est indéniablement une des principales variables.

Malgré la sortie récente du jeu le 27 Octobre, les premiers chiffres de ventes sur le territoire Anglais ont été présentés par GfK[vii]. Les premiers indicateurs se révèle décevant puisque le démarrage se situe au même niveau que le précédent volet qui a conduit Ubisoft à revoir sa stratégie. Cependant, il convient de rester prudent quant à l’évolution des ventes et son comportement sur les autres territoires.

Références  [i] Zone bourse [ii] Jeuxvideo [iii] Wikia [iv] Gamz [v] Hitek  [vi] Actugaming  [vii] Gamekult

 



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