Antoine NODETAntoine NODETJuly 4, 2018
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Ordinissimo a mis au point des ordinateurs faciles d’accès mais aussi des smartphones, utilisant des termes clairs permettant un accès et une compréhension des instructions immédiats. Le clavier est également simplifié. Le tout développé sur des matériels existants fabriqués en Chine.

La distribution se fait dans des boutiques spécifiques, quelques grands distributeurs mais aussi par la vente lors d’émissions télévisées (téléshopping) pour un tiers environ ce qui crée une dépendance à TF1.

La société connaît une forte croissance avec un CA de 5.8 millions et un bénéfice net de 0.7 million permis par une marge d’ZEBE de 16.5% ce qui est remarquable pour une société aussi jeune et dans la distribution même s’il s’agit de distribution spécialisée.

La société a vendu 90 000 ordinateurs depuis sa création dont 15 000 l’an dernier ce qui est peu (sur un marché français annule de près de 9M). On peut donc considérer qu’il reste un fort potentiel ou que le marché est limité. Qu’en penser au regard de l’objectif de quadruplement du CA d’ici 2020?

Si le besoin est fort et non reconnu, la présentation qui est faite du marché est curieuse pour ne pas dire fallacieuse.

Le besoin est réel car les appareils ne sont pas conçus pour des personnes ayant des problèmes de vue affaiblie sans être atteint de cécité par exemple. Et le besoin se situe effectivement plus dans la facilité d’usage avec des fonctionnalités moins nombreuses que dans la vie professionnelle.

La présentation fait commencer le marché des seniors à partir de 55 ans et mentionne un décrochage technologique. Il convient de rappeler que l’âge de la retraite pour le commun des mortels n’est pas de 55 ans en France et donc la plupart des 55 à 65 ans voire 67 sont encore dans la vie active et donc bien connectés. La présentation fait état de 21.7M de personnes de plus de 55 ans ce qui est exact mais non pertinent dans l’approche. Le chiffre est à opposer au nombre de retraités qui est de 16.7 millions soit un écart de plus d’un quart. Imaginons le prix d’introduction ramené de 5.28 euros à 4 euros…

Le marché n’est donc probablement pas aussi important que présenté. En fait de décrochage numérique, plus que l’âge, il faut chercher la cause dans les revenus. Il convient d’être lucide, la génération actuelle de retraité subit la vague de fonds de la paupérisation du pays dont le taux de croissance est systématiquement inférieur à celui des pays comparables depuis 1981. Chômage à 10%, 35 heures avec l’abaissement consécutifs même si pas immédiat du pouvoir d’achat, fiscalité de l’épargne toujours plus forte depuis l’instauration de l’IGF en 1981 et toujours plus pénalisante pour un effort toujours plus difficile du fait de la hausse des prélèvements directs et indirects sur les revenus pour une capacité d’épargne sans cesse réduite. En fait l’incurie qui préside à la gestion économique du pays depuis 37 ans avec des phases d’apaisement assez brèves finit pas se répercuter avec un effet retard sur les revenus des retraités.

Le revenu net des 16.7millions de retraités est de 1283 euros par mois. Un quart dispose de moins de 800 euros mensuels et 44% de moins de 1200 euros. Pas de quoi s’acheter smartphones, tablettes etc… Toujours les mêmes statistiques de la DEES, administration publique donc inattaquable et que l’on ne saurait soupçonner de quioque ce soit, pour les retraités ayant des revenus complémentaires (épargne, poursuite d’une activité tant que la santé le permet ainsi que le marché du travail), la retrait atteint 2049 euros, avant impôt sur le revenu, sachant que les retraités ont moins de facilités de déduction à revenu égal (par exemple les 20% ou sur les emplois à domicile). Il est vrai que les retraités ne peuvent pas se mettre en grève et sont moins à même de mener des manifestations violentes ou d’occuper des lieux emblématiques.

Les disparités sont fortes également entre retraités. Toujours selon les statistiques publiques, les fonctionnaires bénéficient d’une retraite moyenne de 2280 euros mensuels, les retraités des régimes spéciaux de 2120 euros alors que les retraités du régime général ont une retraite mensuelle p=moyenne de 1220 euros. Les artisans 710 euros, les agriculteurs 600 euros et les commerçants de 500 euros. Or certains d’entre eux pouvaient vendre leur exploitation ou leur société/ fond de commerce. Aujourd’hui cela est devenu beaucoup plus difficile du fait de l’atonie de l’économie et les prix ont fortement baissé. Dans le même temps, la fiscalité sur les cessions n’a cessé de s’alourdir (cf ; le mouvement des pigeons).

Et encore ces statistiques ne prennent elles pas en compte les pensions de réversion exclues de l’étude. Et pour cause, les retraites de réversion sont très faibles et la période de veuvage pour une femme est d’environ 12.5 ans. (« une fois le citron pressé, on jette l’écorce » Voltaire). Sans compter l’absence totale de rétribution des aidants familiaux qui pendant des années de souffrance porte leur conjoint ou un parent sans aucune reconnaissance, même non financière.

Le marché n’est donc certainement pas celui qui a été présenté. Il y a paupérisation avec la retraite sans moyen de la combattre plus que décrochage technologique, l’usage du numérique étant en fait largement diffusé dans la population.

Bien entendu, des éléments plus précis et venant en contradiction avec ces chiffres sont peut-être disponibles dans la note d’analyse qui n’a pas été diffusée. Delenda Carthago (cf ; la coulisse des articles précédents).

Par ailleurs, la barrière à l’entrée est faible et les grands acteurs comprenant que le marché est à saturation viendront à segmenter le marché et pourraient bien se décider à prendre en main ce marché des « seniors ». Cela se produit dans tout marché. Cela peut constituer un atout spéculatif pour le titre mais tout aussi certainement une réelle menace justifiant une décote sur le titre.

Enfin la valeur sera pénalisée par une capitalisation très faible de 13 M avec seulement 22.4% de flottant, les 32.4% de Vatel Capital pouvant revenir à tout moment sur le marché et donc peser sur le cours.

Achtung Minen

Ne pas souscire


Antoine NODETAntoine NODETJuly 3, 2018
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La société conçoit et produit des équipements de traitement de l’eau par UV . La société est assez honnête et humble pour reconnaître qu’il s’agit d’une technologie simple qui traite les micros organismes, soit une partie seulement des problèmes d’eau et que par conséquent d’autres technologies doivent être associées, aucune ne pouvant résoudre l’ensemble du spectre des problèmes liés à l’assainissement de l’eau (antibiotiques, métaux …). Les avantages de cette technologie sont au nombre de trois essentiellement : la performance, la compétitivité et le respect de l’environnement. La société est présente sur trois marchés : le récréatif (piscines collectives, spas résidentiels…), les municipalités et l’industrie (eaux usées, aquaculture et eaux de process industriel ou potable). Ces marchés représentent 70% d’un chiffre d’affaires de 10M et connaissent une croissance régulière et rentable. Les 30 % restants sont le fait d’une activité promise à un fort développement, le traitement des eaux de ballast, qui devrait permettre à la société d’atteindre 40M de CA d’ici 2022. En effet, sur ce marché promis à un fort développement du fait de l’évolution réglementaire. 3 ayant recours aux UV. La société a vingt ans d’expérience dans l’UV et s’adapte à tous les débits jusqu’à 2 000 M3/heure et dispose de l’outil industriel pour absorber la croissance. Sur le plan commercial, la société est d’ores et déjà référencées auprès des acteurs majeurs dans le domaine. De 2018 à 2024, la société prévoit de réaliser un CA de 150M d’euros dans les eaux de ballast. L’ensemble des marchés pertinents de la société représente 15 milliards d’euros. Dans six ans la société pourrait avoir un CA de plus de 50M tout en conservant des marges conséquentes. En effet, la marge d’exploitation pourrait atteindre selon nous 15% au plus haut.

Certains commentateurs semblent sceptiques notamment du fait de la valorisation. Il est vrai que la plupart des projets d’introductions en bourse (IPO) ont été présentés sur des bases très élevées dans des marchés marqués par un regain de volatilité. Ce qui explique les nombreux échecs sur le semestre passé. En revanche, comparer la société à UV Germi est hasardeux. La société est plus petite, travaille sur un marché différent et s’est introduite dans un contexte boursier différent. En revanche, il est loisible de penser que l’absence d’analyse financière rende la perception du dossier difficile. La coulisse disais-je….

Cependant, il faut prendre en considération le fait que sur 15M recherchés, Monsieur Gilmann et d’autres actionnaires ont déjà garanti 2.6 millions. Après introduction en bourse le flottant devrait être de 34.3% et la capitalisation boursière de l’ordre de 40 Millions.

Le potentiel de croissance et de rentabilité rend cette opération bien tentante.


Antoine NODETAntoine NODETJune 11, 2018
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Bonne nouvelle pour la bourse de Paris, Delachaux est de retour. Tout d’abord il s’agit d’une société qui a toujours été bien gérée et qui a fait preuve d’un dynamisme certain, ce qui lui valait une bonne appréciation des professionnels de la bourse de Paris. Ensuite, c’est le retour d’un poids lourd sur une place anémiée du fait d’une croissance économique inférieure à celle de ses voisins depuis plus d’un quart de siècle et d’une attitude très négative à l’égard de l’épargne financière et du financement par les marchés, à part de très brèves exceptions.

La société s’était retirée de la cote en 2011 pour assurer la transition au sein de l’actionnariat familial avec l’aide de CVC Capital Partners comme c’est souvent le cas dans ce type de situation du fait des contraintes administratives et juridiques qui pèsent pour trouver une solution. Contrairement à beaucoup d’autres, la société a pu rester française ainsi que le patrimoine. En effet, si la France est parvenue à comprendre l’intérêt d’avoir des entreprises et si possible en bonne santé, les entrepreneurs ainsi que les épargnants, n’ont pas toujours la vie facile sur de très nombreux plans.

La société réalise 53% de son activité dans le ferroviaire et le reste dans des activités liées à la mobilité dont l’équipement portuaire, manutention en usine, les mines, la gestion d’énergie et de données. Le groupe est également le leader mondial de la production de chrome métal destiné à la fabrication des superalliages et d’aciers spéciaux. Nombre de ses activités ayant trait à la sécurité, des homologations sont nécessaires. L’activité est tributaire de la croissance mondiale et des cycles affectant les secteurs clients (ferroviaire, industrie minière, commerce international maritime…). Mails la marge d’exploitation se montre toujours assez résiliente du fait que l’activité d’ingénierie est assez flexible et mobilise peu de capitaux. Les Capex sont régulièrement inférieurs à l’EBIT et la société dégage donc régulièrement des cash-flows. La crise du secteur minier et du ferroviaire américain étant passées, la société escompte une croissance 8 % de son CA en 2018 qui devrait atteindre 900M. Cette prévision est confortée par une progression de 16% des commandes. L’EBIT de 12,8% actuellement devrait atteindre 14% à l’horizon 2021 et les capex se limiter à 1,75% du CA. Il est vrai que la société bénéficie des extensions de capacité mais également de la modernisation des équipements existants, permettant ainsi des gains de productivité notoires dans l’entretien des voies ferrées par exemple.

Le levier financier sera limité à 2,75 fois l’EBITDA et le pay-out ratio compris entre 35 et 40%.

Ces chiffres peuvent jugés fiables du fait tant du domaine d’activités que de la qualité du management du groupe.

Toutefois, Alstom s’était introduite avec de belles perspectives et dans les mêmes conditions de communication. On connaît la suite, une chute de 30% par rapport au cours d’introduction en quelques semaines.

Or la société est totalement dépendante de la conjoncture économique mondiale. Le moindre ralentissement de la croissance impacte fortement l’activité et bien souvent ses marges. Par ailleurs, si la société travaille sur le projet de Route de la Soie, ou OBOR, il ne convient de ne pas oublier le revers de la médaille. Nombre de sociétés dans le ferroviaire ont fini par être supplantées par des sociétés nationales. Le TGV chinois en constitue le parfait exemple.

Par ailleurs, le coup de frein possible au commerce international à la suite des mesures du programme électoral du Président Trump, pourrait également pénaliser l’activité.

Sur le plan de l’opération, les 500 millions en jeu sont constitués pour un cinquième d’une augmentation de capital. Les quatre cinquièmes correspondent à une cession de titres ce qui est en général peu apprécié du marché. Les investisseurs potentiels. En effet, la crainte est toujours que les actionnaires historiques s’allègent lorsque la société semble arrivée à maturité. C’est par exemple une partie des difficultés de l’introduction en bourse de SMCP qui vient enfin de dépasser son cours d’introduction d’octobre 2017 .

Delenda Carthago

Mais apprécier la sensibilité de l’activité et de la rentabilité pour porter un jugement sur la valeur est bien difficile en l’absence d’information.

Selon un travers accepté désormais, aucune étude n’a été distribuée aux participants à la réunion d’analystes. Le slide-show n’a même pas été distribué.

Contrairement au Second Marché où l’information était somme toute abondante, cette façon de procéder rend toutes ses lettres de noblesse au métier d’analyste financier, puisque celui-ci devra aller chercher au bon endroit l’information pertinente pour faire ses propres prévisions et établir son propre jugement. C’est le retour de pratiques anciennes de la coulisse et des pied-mouillés.

A moins que l’Europe, instrument indéniable de progrès, contrairement à ce qu’affirme les populistes de tous bords, n’oblige à communiquer une information complète à tous les intervenants. Par exemple, lors de la révision de MIF2 prévue après deux ou trois ans d’existence.

A moins que la société, Hubris ! estime cela superflu…

EN tout état de cause, faute d’informations, mieux vaut s’abstenir lors de l’introduction. L’opération si elle réussit se traduira par un flottant conséquent et l’information deviendra alors suffisante pour décider. Sauf bien sûr si… le train déraille comme Alstom.

Delachaux motifs de renoncement à l’IPO peu clairs

Delachaux n’entrera finalement pas à la Bourse de Paris. Alors que le prix de son IPO devait être fixé aujourd’hui, et que le carnet d’ordres était déjà couvert depuis plusieurs jours, les actionnaires de l’équipementier ferroviaire ont préféré réorganiser le capital en privé. Le fonds CVC va céder sa part de 49,9% à la famille Delachaux et à la Caisse de dépôt et de placement du Québec (CDPQ). « Le processus d’introduction en bourse initié en mai 2018 est donc suspendu. A l’issue de l’opération, la famille Delachaux consolidera sa position d’actionnaire majoritaire », indique le groupe dans un communiqué, sans aucun détail sur les modalités financières de l’opération.

L’introduction en Bourse de Delachaux devait être la plus importante de l’année sur la place parisienne. Le groupe devrait capitaliser entre 880 millions d’euros et 1,05 milliard d’euros, pour une valeur d’entreprise de 1,3 à 1,5 milliards

 


Antoine NODETAntoine NODETMay 29, 2018
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Jean-Paul Betbeze est Professeur agrégé des Facultés de Sciences économiques, HEC, est actuellement président de Betbeze Conseil SAS et Economic Advisor de Deloitte SA. Il a également été Chef économiste, directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu’en 2012 et membre de son Comité exécutif. Membre du Conseil d’Analyse économique auprès du Premier ministre, membre du Comité économique de la nation auprès du Ministre de l’économie et des finances pendant de nombreuses années, il a été également membre du Bureau du CNIS. Il a notamment publié en 2017 „La France, malade imaginaire?“ aux Editions Economica et en 2016 „La Guerre des Mondialisations“ chez le même éditeur. Auparavant, il a écrit „Crise une chance pour la France“ (2009); „Crise : par ici la sortie“ (2010) ; „La France à quitte ou double“ (2011); „100 jours pour défaire ou refaire la France“ aux PUF (2012) et, en mars 2013: „Si ça nous arrivait demain“… chez Plon. Il publie sur son site internet www.betbezeconseil.com chaque dimanche une lettre.

L’interview avec le Prof. Betbeze a été réalisé par (A-Z): Bernd Oliver BUEHLER (BB), Samir ER-RAJI (SE), Pape FAYE (PF), Ismael HAJJI (IH), Hugo KAISER (HK), Engy KHALIFA (EK), Antoine NODET (AN), Christophe RAMDAME (CR), Jean-Richard NIAGO (JNR) et Kevin ROMANTEAU (KR).

CR: Dans votre livre „2012: 100 jours pour défaire ou refaire la France“ la situation française a bien évolué. Mais dans quel sens?
JPB: Nous vivons une sortie de crise très complexe, non seulement parce qu’il s’agit de corriger la crise des subprimes qui a fragilisé la finance mondiale, mais surtout parce que nous entrons dans une nouvelle ère de révolution industrielle, celle de la communication, de l’Intelligence artificielle désormais. La France avance dans ce nouveau monde avec beaucoup à changer, des firmes souvent de trop faible taille et de rentabilité insuffisante. C’est donc très compliqué, économiquement, financièrement, technologiquement, sociologiquement et politiquement.

CR: Il y a plus de croissance et d’emploi.
JPB: Certes, mais nous assistons à une bipolarisation entre experts et emplois de proximité et de faible qualification, au détriment des emplois intermédiaires.

BB: Est-ce qu’il n’y a pas de moyens pour préserver les emplois intermédiaires?
JPB: Les emplois intermédiaires actuels impliquent bien plus de formation aux nouvelles technologies meilleure utilisations des applications, hausse de la productivité…. mais ne pourront tous être sauvés. En même temps, de nouvelles activités naissent pour améliorer les organisations actuelles, avec les startups, et aussi dans le domaine des services à la personne. Nous sommes des sociétés vieillissantes. Il faut équiper les logements, suivre et former les personnes qui vont y vivre, et offrir de nouveaux services high tech.

IH: Est-ce que le chômage de masse reste une fatalité?
JPB: Il y a un terrible contraste entre ce qui se passe aux États-Unis et en Europe. Là-bas, la mobilité est plus forte et sans doute aussi la formation ou l’auto-formation. Nous sommes aussi en retard dans les nouveaux services. Il ne s’agit pas de faire baisser les salaires mais de faire baisser les charges et les impôts, par une modernisation et une simplification des structures publiques qui, bien souvent, datent. La fatalité, c’est quand on ne fait rien.

BB: Quelle est votre réponse à la digitalisation et la robotisation?
JPB: Formation, formations, formation et innovations pour répondre aux nouveaux besoins. Les robots ne sont pas seulement des choses qui produisent, mais des logiciels que gèrent, commandent, surveillent, optimisent… sans compter le domaine immense de l’intelligence artificielle!

CR: Dans votre “La guerre des mondialisations” vous parlez aussi de la Chine. Que pensez-vous de son économie?
JPB: Ce livre décrit assez bien ce qui se passe, avec un Chine qui veut devenir leader des BRICS et des émergents, et à crédit désormais! Il a bien vieilli! Et maintenant, la Chine entre dans un jeu dialectique avec Trump!

CR: Est-ce que on peut concevoir à une bulle pour un pays?
JPB: Non!

CR: Quel regard portez-vous sur l’Economie allemande?
JPB: Elle continue d’avancer, ses forces industrielles étant concurrencées par la Chine pour l’essentiel, sachant que des questions montent de la part des USA, en liaison avec certaines paroles de Donald Trump sur son excédent commercial avec les États-Unis. Mais, pour l’heure, le problème majeur est celui du manque de main-d’œuvre qualifiée.

CR: Et si on devrait comparer avec la France quel bilan en tirez-vous?
JPB: L’Allemagne a une stratégie.

CR: Quel est votre bilan des premiers actes du gouvernement Macron?
JPB: Positif, compte tenu des retards accumulés et des manques de choix clairs, la France est affaiblie dans la concurrence mondiale, chamboulée par la révolution industrielle en cours. Il y a donc beaucoup de chantiers interdépendants «en même temps».

CR: Quels sont pour vous les prochaines étapes nécessaires de la politique française?
JPB: A mon avis expliquer la révolution industrielle en cours, ce qui se passe et ce qu’il faut faire pour réussir. Ceci implique partout des formations, à l’école, dans les TPE, PME, services de proximité, qui ne sont pas préparés. C’est la base qui doit bouger, en fonction des nouvelles technologies d’information et de communication.

CR: Quel sera l’avenir du continent africain?
JPB: Son avenir dépendra de la façon dont il gère sa démographie: c’est le seul continent sans transition démographique, c’est lui qui assurera l’essentiel de la croissance démographique du monde. Il est exposé à la révolution en cours, plus au réchauffement climatique et à des crises hydriques. En cas de crises, des migrations d’ampleur sont à attendre: d’où l’importance décisive de les prévenir.

EK: La Banque Centrale de l’Argentine vient de passer les taux d’intérêt à 40%. Quelle est votre analyse de la situation?
JPB: 50 milliards de dollars de crédits demandés au FMI: le creusement du déficit courant (30 milliards de $), l’importance du déficit budgétaire (7% du PIB) et de la dette publique (53% du PIB) ont emporté le peso. La Banque centrale argentine, malgré une hausse des taux d’intérêt à 40%, ne pouvait résister à une spéculation qui avait consommé 10% de ses réserves en quelques jours. L’Argentine cherche une ligne de crédit flexible de 50 milliards de dollars auprès du FMI, de façon à restaurer la confiance. Elle devrait l’obtenir. Notons que des tensions sont également présentes en Turquie.

JNR: Est-ce que l’inflation reste pour vous un moyen légitime dans les outils du secteur financier?
JPB: L’inflation est partout un objectif de politique monétaire, donc de polarisation des anticipations de salaires, en fait.

EK: L’économie de l’état de Californie est devenue maintenant la 5ième économie du monde devant la Grande Bretagne. Qu’est-ce que nous pouvons en apprendre en termes de croissance?
JPB: Que la révolution industrielle en cours polarise les richesses en termes de valeur ajoutée, sachant que les portables sont largement faits en Chine et à Taïwan et les codes écrits en Inde!

EK: Une étude la Citi prévoit que les USA sont en train de devenir le premier exportateur de pétrole dans le monde. Est-ce le monde à l’envers?
JPB: Pas encore: 2030 selon certaines études, et le pétrole n’est plus ce qu’il était!

CR: Le taux de chômage aux USA vient de tomber à 3,9%. Est-ce un réel succès?
JPB: C’est l’effet de la politique monétaire, dans une économie assez fermée (X/PIB = 11%). Mais les salaires et l’inflation suivent, donc le dollar.

BB: Certains analystes veulent attribuer ce chiffre à la politique du président Obama. Combien de «politique» y a-t-il dans les analyses économiques?
JPB: Attention à ne pas trop politiser et psychologiser: l’essentiel dépend de la polarisation des anticipations.

BB: Et combien d’économique dans les analyses politiques?
JPB: Pas assez!

CR: Etes-vous keynésien ou libéral?
JPB: Keynes était membre du parti libéral.

CR: C’est vrai, mais à l’heure actuelle les libéraux d’aujourd’hui sont plus vraiment keynésiens, mais “libre marché”. Jusqu’à quel degré les forces économiques sont vraiment libres ? Jusqu’à quel degré sont-elles restreintes ?
JPB: La base du libéralisme, c’est reconnaitre que l’on ne connaît pas les effets globaux des choix de chacun. C’est donc parier qu’il vaut mieux laisser faire, dans un contexte légal bien sûr.

BB: Dans les Sciences Economiques à la française, Keynes a une place incontournable. Est-ce bon ou mauvais?
JPB: Par bonheur, on lit des travaux plus récents et le débat international est très riche!

CR: Quel sont pour vous les bons et les mauvais économistes?
JPB: Un mauvais économiste est celui qui ne part pas des faits et du monde tel qu’il devient : révolution technologique et nouvelles richesses des nations. Inutile de donner des noms, tout le monde peut se dire économiste, à la différence des médecins ou des architectes!

JNR: Qui parmi les économistes vous a inspiré le plus?
JPB: Schumpeter.

CR: Pourquoi avoir choisi ce métier?
JPB: Parce tout change tout le temps !

BB: C’est actuellement le 200ième anniversaire de Karl Marx? Est-ce un événement à fêter?
JPB: Les gens sont libres: l’essentiel est de le lire!

IH: Est-ce que Marx est de retour ou est-ce qu’il n’a jamais été absent?
JPB: Aucune économie n’est hors sol!

IH: Qu’en est-il de la question de la justice sociale?
JPB: L’égalité des chances.

CR: Que pensez-vous de l’économiste française Thomas Piketty?
JPB: La question des inégalités est centrale, même si ce n’est pas celle dont il parle.

IH: Et de l’économiste américain Paul Krugman?
JPB: Ce qui m’intéresse ce sont les travaux sur l’Intelligence artificielle.

BB: Dans un article intitulé “The Economic Fallout” paru dans le New York Times le jour après l’élection de Donald Trump Paul Krugman prévoyait un désastre pour l’économie américaine et les marchés financiers. Sa prévision était que jamais les marchés américains allait se rétablir (“If the question is when markets will recover, a first-pass answer is never”). Quelle conclusion en tirez-vous?
JPB: L’histoire n’est pas écrite, et on ne peut confondre ce que l’on prévoit avec ce que l’on souhaite, ou craint!

IH: Krugman, un prix noble de l’économie c’est déjà trompé dans son analyse du futur de l’économie américaine sous Donald Trump. Vous avez autant le droit à l’erreur que lui. Quel est votre avis sur la situation économique aux Etats-Unis sous Donald Trump? Est-ce qu’il n’y a que du mauvais dans sa politique?
JPB: En tout cas, elle n‘est pas sans risque. Le 3 mai 2018 1 100 économistes, dont 14 Prix Nobel, écrivent une lettre au Président Trump et au Congrès pour les avertir du risque majeur qu’est, pour eux, la montée des droits de douane et du protectionnisme – autrement dit la politique de Donald Trump. Ils se réfèrent, dans leur lettre, à une autre, envoyée en 1930 par 1 028 économistes. Ils alertaient alors sur les risques des hausses de tarifs douaniers que comportait le Smoot-Hawley Act. Pas écoutés, une bataille des échanges en résulta. Elle réduisit les échanges internationaux, la croissance, et ce fut 1929.

Les économistes de 2018 citent ceux de 1930. «Augmenter les taxes de protection serait une erreur. Ceci augmenterait, en général, les prix que les consommateurs devraient acquitter… Nos exportations vont souffrir. Les pays ne peuvent nous acheter de manière permanente s’il ne leur est pas permis de nous vendre… Une guerre des droits de douane n’est pas un bon terrain pour développer la paix dans le monde». La même logique récessive se mettrait en place, mais en plus grave: «le commerce est aujourd’hui significativement plus important pour notre économie».

Allons-nous faire pire qu’en 29, sous la houlette de Donald Trump? La sortie américaine de l’accord commercial transpacifique, les menaces américaines sur l’Alena (Mexique et Canada sommés de réduire leur excédent commercial vis-à-vis des États-Unis), les demandes américaines d’échanges équilibrés avec les États-Unis (reciprocal en anglais trumpien), notamment avec l’Allemagne et surtout la Chine vont-elles inquiéter plus, faire investir et échanger moins, antagoniser les relations? Le commerce est-il «significativement plus important pour notre économie» qu’en 1930? Oui quand on voit les allers-retours de composants pour construire une automobile ou le ballet de sous-traitants pour créer un téléphone portable. La complexité, donc la fragilité, des supply chains saute aux yeux. Notre monde est plus interdépendant que jamais, donc plus sensible que jamais.

Le conflit douanier qui commence sur l’acier et l’aluminium, avec la menace américaine d’augmenter de 25% les taxes à l’importation, est dangereux. D’autant qu’il se complète et s’aggrave avec la Chine. Pour l’Europe, on parle d’un délai (de grâce?) d’un mois. Pour la Russie, un accommodement partiel pourrait naître, le propriétaire majoritaire de Rusal, premier producteur mondial d’aluminium, ayant «accepté» de ne plus l’être – mais les stigmates vont demeurer. Les demandes vis-à-vis de la Chine sont triples: augmentation des droits de douane sur certains produits (aluminium et acier) pour diminuer les exports, baisse forte et rapide du déficit américain (deux ans pour le réduire de 200 milliards), «vraie protection des droits de propriété» ! Des puces américaines ne seraient plus exportées pour équiper les portables chinois. Huawei et ZTE ne pourraient plus vendre sur le territoire américain. Les autorités chinoises discutent. Mais les importations chinoises de soja américain seraient prévues en baisse, représailles qui ne sont pas de nature à réduire l’excédent chinois! Et que va-t-il donc se passer avec l’Iran?

Surtout, la montagne de la dette menace partout, suite à ces taux d’intérêt si bas pour sortir au plus vite de la Grande récession de 2008 et soutenir les bourses. Aux Etats-Unis, en Europe et en Chine, la dette dépasse celle d’avant crise. Le pire, c’est la pénurie de dollars qui menace les pays émergents. Que feront les entreprises trop endettées en dollars, donc en monnaie étrangère pour elles, au moment où les taux courts et longs américains vont monter ? En Argentine, le taux d’intérêt à court terme est passé à 40% le 4 mai (+6,75%), troisième hausse de la semaine, pour respecter (dit la banque centrale) l’objectif d’inflation à 15% (elle est à 25,6%), en fait pour tenir le change. Mais pas assez de réserves et le pays demande 50 milliards de dollars au FMI. La même question va venir sur la Turquie dont la livre a perdu6% en une semaine face au dollar et la bourse 20% depuis janvier, en attendant le Brésil. Et après?

Le risque Trump est triple: «un risque à la 29», économique, par la baisse des échanges qui pèsera sur la croissance, «un risque à la thaïlandaise, comme en 1997», monétaire, quand les entreprises doivent s’endetter plus cher, puis rembourser une dette en dollars plus chers, plus «une crise trumpienne», politique, pour savoir qui dirigera ce «drôle» de monde.

IH: Basé sur votre expérience: jusqu’à quel degré le temps est un facteur important dans les analyses?
JPB: Décisif contre tenu des interdépendances.

IH: Et comment avez-vous vu changer vos propres analyses au cours du temps et à travers le temps?
JPB: J’intègre de plus en plus les comportements de ruse.

JNR: Alain Greenspan, économiste américain et ancien Chef de la FED pendant 20 ans est revenue cette année sur le devant de la scène en disant qu’il y a avait actuellement deux bulles sur le marché. Pas avec le Bitoin, mais une sur le marché des actions et l’autre sur le marché des obligations. Commentez svp
JPB: Greenspan, ayant permis la bulle de la nouvelle économie, est un expert!

IH: Jusqu’à quel degré croyez-vous dans “la concurrence pure et parfaite”?
JPB: En théorie, on suppose d’abord que le monde est parfait, puis on le regarde!

CR: Et “la main invisible” des marchés?
JPB: Les GAFA sont à la fois visibles et très favorables à la concurrence.

BB: Jusqu’à quel degré les confrontations économiques sont-elles d’ordre naturel ? Jusqu’à quel degré le résultat d’une guerre économique? Ou une guerre des monnaies?
JPB: La concurrence est partout, une force à contrôler.

CR: En 2015 vous avec publié dans “Questions Internationales” un article intitulé «Sortir de l’euro: un spectre ou une menace crédible?». Qu’en est-il aujourd’hui?
JPB: L’euro ne permet plus aux monnaies nationales de dévaluer: d’où sa qualité pour les uns, son défaut pour les autres!

IH: Est-ce que l’EURO a vraiment que des avantages?
JPB: Sans euro, où serions-nous, entre dollar-Trump et Yuan-Xi Jinping?

IH: Est-ce que le dessein est enfin achevé?
JPB: NON!

BB: Que pensez-vous de l’idée de maintenir l’EURO en tant que monnaie d’échange et de réintroduire des monnaies nationales?
JPB: Une multiplication des taux de change croisés! L’euro serait un peg obligé, ou bien crise.

CR: Concernant le métier d’économiste: quel sont les dernières évolutions du métier?
JPB: Plus de formalisation et de mesure, ce qui permet d’aider plus que jamais aux choix macro et surtout micro.

IH: Quel sera l‘avenir du métier?
JPB: Les métiers vont se rapprocher de l’aide à la stratégie et au conseil juridique pour les entreprises.

CR: Et face aux intelligences artificielles et le datamining?
JPB: C’est exactement la nouvelle entreprise d’aiguilles de Smith!

KR: Certaines entreprises ont aujourd’hui un montant de cash supérieur aux banques et lancent leurs propres activités dans le secteur financier. Sommes-nous au tournant de la suprématie des banques de retail?
JPB: Oui, les Fintech vont se développer pour offrir des banques sans réseaux, pas chères, aux jeunes, TPE et combler des lacunes de marché. Les conseils de placement vont aussi se dévdelopper, avec notamment du crowdfdunding. La nouveauté vient effectivemet das banques lancées apr Apple, Facebook, avec un réseau immatériel et une notoriété sans égale ! La rentabilité des banques classiques ne pourra que baisser.

KR: La France n’aurait-elle pas besoin de fonds d’investissements dit “constructiviste” en vue de challenger le management des sociétés cotées notamment small & mid cap?
JPB: Je pense que les small et mid cap sont assez secouées par ce qui se passe !

KR: Les places financières du Middle East sont actuellement dans une optique d’attirer plus de liquidité. Quels sont vos conclusions? Et quels seraient vos conseils?
JPB: Take care !

KR: Pensez-vous que l’agriculture en France doit faire face à une consolidation de ses producteurs pour devenir plus efficiente?
JPB: Bien sûr, mais il faut aussi gérer la qualité, la sécurité et la diversité. Le bio par exemple se développe. Il ne s’agit pas d’économies d’échelle.

PF: Que pensez vous du FCFA?
JPB: C’est un peg…

SE: Peut on imaginer des marchés financier totalement 100% automatisés ? Et si oui, la confiance des investisseurs pourrait fortement être entaché… De ce fait, est-ce une avancé ou un pas vers une crise certaine ?
JPB: Non

SE: Malgré toutes les mauvaises publicités faite sur les cryptos, elles sont toujours présentent aujourd’hui. En regardant de près, le blockchain est un système révolutionnaire. Peut on imaginer un jour un monde dépendant totalement des cryptos ?
JPB: Non bien sûr!

SE: Les taux américains sont au maximum, le dollar augmente… La Turquie commence à flancher Avec des taux d’intérêt à plus de 15% suivi par l’Afrique du Sud, l’onde de choque commence à se propager dans les pays émergents… Cependant les indices boursiers sont en regain et indolores. Les conflits géopolitique sont pris à la légère par les marchés, sans parler de la hausse du pétrole… Peut-on revoir une second épisode 2008?
JPB: Les taux US ne sont pas au maximum. Les marchés se polarisent sur les USA et la Chine.

SE: Tous les événements passés (les crises de Trump, le conflit de juillet 2017 entre les USA et la Corée du Nord …) commence à lasser les investisseurs et les marchés en général. La preuve, les conflits au moyen orient impacte tres peu boir absolument pad les marches. Ne risqueront nous pas d’avoir des marchés totalement éloigné de la réalité, basés sur des spéculations et non plus sur l’économie réelle et les résultats d’entreprises ?
JPB: Les marchés se polarisent sur les USA et la Chine.

HK: Pourquoi la croissance est à vos yeux dans le contexte chinois un supplice?
JPB: La Chine doit croître de 6,5% – c’est un engagement politique pluriannuel chiffré du Parti. Elle doit en même temps satisfaire plus la demande interne que l’export, doit donc se réorienter pour des raisons politiques – renforcer le soutien populaire par l’augmentation du niveau de vie – et économiques, sachant que les importateurs, États-Unis en tête, ne sont plus les mêmes. Elle doit aussi revoir la qualité de ses crédits aux entreprises et aux collectivités publiques. C’est une de ses trois « batailles décisives », avec la lutte contre la pollution et celle contre la pauvreté. Enfin, elle veut maintenir le Yuan stable, notamment par rapport au dollar. Ces objectifs seront très difficiles à respecter tous ensemble.

D’abord, mettre plus l’accent sur la demande interne, c’est ralentir : fermer et restructurer des usines, réduire la part des entreprises industrielles très productives. Ensuite, mettre en évidence des crédits non performants, c’est inquiéter, faire apparaître des pertes, fermer des unités et utiliser des ressources pour « boucher les trous » – notamment les précieuses réserves. Ajoutons que Donald Trump, avec ses mesures de sanction des exportations chinoises, n’aide pas. Moralité : tenir la croissance chinoise à 6,5% tiendra plus de « l’art chinois de la statistique » que de l’économie.

AN: Vous avez mentionné la nécessité de formation en entreprise et à l’école pour les nouvelles technologies, mais cela ne serait il pas encore plus profitable pour les politiques et l’administration dont le retard dans les connaissances économiques et les réalités es tun véritable frein?
JPB: Non former à un emploi et aux nouvelles technologies.

AN: La hausse des taux d’intérêt: quel impact sur les taux de croissance? La France a pris le train de la croissance en retard, sera t elle touchée plus tardivement? Ou au contraire plus durement du fait de son retard?
JPB: La grande question est actuellement si la France aura assez de croissance pour continuer à réformer. C’est le problème: réformer en France est indispensable, après tant d’années d’inaction, mais «consomme» de la croissance, comme du pétrole. Réformer inquiète, suscite des polémiques et des oppositions, rend nerveux, brouille l’horizon. Réformer agite le corps social et politique, emplit les assemblées générales, suscite grèves et manifestations, le tout avant de sentir, puis de voir, les premiers résultats positifs. Ce seront de nouveaux investissements, puis de nouveaux emplois. Après. C’est l’effet Joule, comme disent les physiciens, qui explique ce qui se passe ici, et son risque : il faut l’expliquer, pour le réduire. Une part du mouvement, de la croissance, se perd en chaleur. Chaleur des manifs, grèves, blocages, fatigue des réformes, montée des «à quoi bon» et des «encore deux ans», baisse de la cote de Macron pour demander une pause. Croître plus, c’est pour réformer plus.

AN: Quid du paiement de la dette publique? Un moratoire pourra t il être nécessaire?
JPB: Non!

AN: Italie, la hausse du déficit budgétaire ne risque-t-il pas par contagion d’entraîner une hausse des taux sur toute la zone euro? Une baisse de l’euro? Une nouvelle crise de l’Europe?
JPB: Attendons avec ce qui se passe.

AN: Pensez vous que dans la foulée de la réforme de la SNCF une réforme de la fonction publique pourrait intervenir? Modernisation du statut? Rétablissement des 39 heures? Responsabilisation vis à vis des citoyens? Éventuellement un alignement des salaires vers ceux du privé qui ont fortement baissé ceteris paribus sur les 15 dernières années?
JPB: Non pas plus de réformes que ce qui est prévu : la réformes la Constitution est „un gros morceau“.

AN: Une incitation à investir du type „René Monory“ (i.e. 5000 francs déduits du revenu imposable) serait il utile actuellement?
JPB: Fin de l’ISF, flat tax sur les produits financiers, fin de l’exit tax aujourd’hui: pas mal !

AN: L’immobilier est perçu comme une rente. Le régime qui lui est désormais réservé ne va t il pas pénaliser les revenus des retraités qui ont investi sur le long terme en prévision de leurs retraites?
JPB: Attendons pour voir.

AN: Cela ne risque t il pas d’aggraver une situation déjà difficile pour se loger? Et ne risque-t-on pas de se retrouver dans la situation des années 40 et 50 où le moratoire de l’entre deux guerres avait provoqué une forte pénurie, aggravée par la loi de 48 et le retour brutal des citoyens français des départements d’Algérie?
JPB: Attendons pour voir.

AN: Faudrait il définitivement abandonner les 35h et réduire les congés pour abaisser le coût du travail?
JPB: Différencier encore!

AN: Quel serait l’âge de la retraite idéal pour l’équilibre des comptes?
JPB: L‘âge n‘est pas le seule élément.

AN: Faut-il abaisser le smic comme l’ont fait de nombreux pays européens qui se sont redressés ou est-ce tabou, faute de courage politique?
JPB: La politique du SMIC n’est pas celle-là : former, et aussi attendre des politiques plus coopératives en zone euro ! Par construction une politique nationale ne peut tout faire !

AN: Le résultat de l’élection en Italie, et d’autres en Europe, ne traduit il pas un écart de perception et de souhaits entre les électeurs et la classe politique qui pourrait conduire aux prochaines élections européennes de 2019 à un changement radical avec des incidences économiques majeures (euro, déficits…)?
JPB: Nous n’avons pas de théorie économique de la croissance en zone euro, autrement dit l’inverse de l‘ordo-libéralime ! Pas la rigueur, pas la dépense publique, mais une politique plus cohérente dans l’ensemble. Autrement, les tensions vont monter!

HK: Concernant les Investissements Socialement Responsables (ISR): Jusqu’à quel degré la Finance peut-elle être verte?
JPB: L’ISR, le verte, l’économie circulaire, la réduction des déchets… sont des valeurs sociales croissantes, sinon dominantes. Pour embaucher les meilleurs, motiver, convaincre les clients et don la bourse, la finance doit être verte, mais intelligemment !

HK: Est-ce du Marketing ou un véritable relais de croissance pour l’économie ?
JPB: C’est très profond : aucune entreprise ne peut se développer hors des mégatrends sociaux. Au contraire, il faut les revendiquer et y répondre mieux que les autres !

HK: Quels seront les impacts du changement climatique sur l’économie et la finance? Il-y-en-aura-t-il?
JPB: Bien sûr : être plus efficace du point de vue de l’énergie, innover dans ce sens… ce n’est pas une question de prix du pétrole, mais de valeurs sociales. Celles des jeunes, mais pas seulement !

HK: Que pensez-vous de la politique industrielle du Japon?
JPB: Elle est très liée à une démographie en baisse, à une population vieillisante et en baisse, qui n’accepte pas d‘immigration. Don la Chine l‘achètera !

PF: Quelle politique économique est-ce que vous conseillez à Bruxelles ?
JPB: d’avoir une politique de puissance économique mondiale, pas seulement de marché : politique industrielle, politique de protection (cyberguerre, dépenses militaires…). Il ne s’agit pas seulement de gérer un déficit public dans ce monde violent !

JNR: Vous craignez un ralentissement en zone euro
JPB: Les indices qualitatifs Markit nous envoient une série de nouvelles préoccupantes fin mars…
L’activité ralentit, L’euro pèse, La pénurie de main d’œuvre qualifiée se fait sentir, Les tensions inflationnistes montent.
L’activité ralentit: «l’activité globale de la zone euro enregistre sa plus faible croissance depuis plus d’un an, d’après l’indice PMI® Flash IHS Markit sur l’Eurozone qui se replie de 57,1 en février à 55,3 en mars, soit son plus faible niveau depuis janvier 2017. »

L’euro pèse – sur les exportations. Les prévisions d’emploi ralentissent, peut-être en liaison avec l’idée que les capacités de production sont déjà sous tension, et qu’il vaudrait mieux, alors, modérer le rythme d’embauche en attendant d’en savoir plus sur la conjoncture.

Les tensions inflationnistes montent donc : matières premières et salaires. « Les prix payés comme les tarifs continuent d’augmenter à des rythmes quasiment inégalés au cours des 7 dernières années », note ainsi Markit.

Certes, les perspectives restent bien orientées, mais quand même en repli. C’est le prix à payer de programmes d’investissements modérés dans la période passée, même si les taux étaient bas, et de formations insuffisantes, alors que le besoin de main-d’œuvre qualifiée ne peut qu’augmenter.

Au total la croissance se poursuit en zone euro, mais elle peut buter plus vite que prévu sur ses limites de production, humaine et technique, ce qui ferait remonter l’inflation et rater une vraie augmentation de la croissance. Le ralentissement actuel est un signal de poursuite des efforts, surtout pas de freinage : notre économie est basse de plafond, il faut le relever.

PF: Quelle est votre analyse des relations transatlantiques à l‘heure actuelle?
JPB: Les Etats-Unis prennent un risque énorme, pour eux et pour le monde. Se protéger n’est pas être protectionniste.

PF: Quelle politique économique l’UE doit mener face aux USA?
JPB: Evidemment il faut être plus forts et plus unis au sein de la zone euro, avec une vraie stratégie. Nous nous divisons et perdons de vue l’essentiel !

PF: Comment traiter la question des disparités économiques des membres de l’UE?
JPB: Aujourd’hui c’est traiter la question italienne, soutenir la formation et l’innovation au sein de la zone avec des champions mondiaux, et accepter sous condition des transferts.

PF: Quelle cible d’inflation pour l’UE?
JPB: La logique américaine inflation chômage est à creuser : l“Allemagnen est en plein emploi et l’inflation de la zone à 1,1% !

PF: Face à la Chine?
JPB: Sans plus d’unification, nous serons seulement un marché et les meilleures unités leur seront vendues (plus aux US).

PF: Et face à l‘Afrique?
JPB: là encore aucune stratégie d’envergure !

BB: Que pensez vous de la politique de la Banque Centrale Européene? Quelle est votre avis sur le „quantitative easing“?
JPB: Que faire d’autre, après ce qu’a fait la Fed ?

EK: Que pensez vous du role du FMI dans la politique internationale? Est enfin son dessin achevé?
JPB: Le FMI doit toujours surveiller et prévenir, mais aujourd’hui, il faut qu’il travaille sur la révolution technologique en cours !

BB: Le sauvetage de la Grece a été annoncé à plusieurs reprises. Est-elle maintenant definitivement sauvée?
JPB: Encore plus de privatisations et un cadastre !

JNR: A quelle analyse arrivez vous concernant l‘évolution de l‘économie britanique depuis le réferendum?
JPB: Que veulent-ils ? S’ils gagnent, la zone euro perd ! Il ne faut pas être naïfs devant ce risque stratégique et inflexibles sur la protection du marché.

EK: Mark Carney, gouverneur de la Bank og England a fait savoir que la Banque ne discute pas activement de la façon de renverser le plan de relance de l’assouplissement quantitatif (QE) dans lequel elle a acheté des centaines de milliards de livres d’obligations gouvernementales avec de l’argent. Est-ce alors une discussion „passive“? Quelle est votre avis sur la question?
JPB: Ils attendent!

BB: Dette italienne: La Ligue et le Mouvement 5 étoiles revendiquent un geste de la Banque centrale européenne sur la dette du pays. Est-ce si incohérent que ca?
JPB: „Un geste“ ne signifie rien, vous le savez. En revanche leurs banques locales sont percluses de mauvais crédits et dovent être soutenues (sous conditions bien sûr) et leurs PME perdent pied, d’où leur faible productivité et croissance. Entre Brexit, Italie, USA, Riussie… il serait temps de s’occuper de l’essentiel!

 

L’interview avec le Prof. Betbeze a été réalisé par (A-Z): Bernd Oliver BUEHLER (BB), Samir ER-RAJI (SE), Pape FAYE (PF), Ismael HAJJI (IH), Hugo KAISER (HK), Engy KHALIFA (EK), Antoine NODET (AN), Christophe RAMDAME (CR), Jean-Richard NIAGO (JNR) et Kevin ROMANTEAU (KR).


Antoine NODETAntoine NODETMay 24, 2018
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9min1420

La société créée il y a dix sept ans se présente comme une « digital biotech », secteur en vogue sur les marchés boursiers américains et qui de ce fait obtiennent des ratios de valorisation très généreux. En fait, il s’agit d’éditeurs de logiciels destinés à aider les patients à suivre leurs traitements dans le cadre de maladies chroniques, de traitements lourds tels que pour le cancer. Des autorisations sont nécessaires du fait de l’impact sur la santé, en tant que dispositifs médicaux, le risque étant dans la délivrance des soins. Ces dispositifs peuvent bénéficier d’un remboursement plus ou moins importants selon les pays et les systèmes de santé. Ils ne peuvent être délivrés que sur prescription médicale. C’est en fait la seule différence avec un éditeur classique. La barrière à l’entrée n’est pas celle d’une biotech ou d’une pharmaceutique classique.

Le principe de base avancé par la société est que les prescriptions sont mal suivies du fait d’effets secondaires pénibles (cas des cancers) ou de la lassitude (nécessité d’un suivi quotidien permanent).

La société dispose aujourd’hui de deux logiciels pour les diabètes de type I et II. Ils permettent une télésurveillance via un portail web permettant un suivi par le médecin afin d’ajuster la dose d’insuline et de gérer les effets secondaires. Le patient envoie leur taux de glycémie et leur fréquence de prise d’insuline. Le dispositif fonctionne pour toutes les marques d’insuline et est autorisé en France par la Haute Autorité de Santé. D’après les premières données cliniques, 80% des patients atteindraient leur cible d’hémoglobine glyquée à six mois de suivi du traitement contre seulement 40% sans le logiciel. En France, la société dispose d’un accord exclusif avec Sanofi qui en assure la distribution avec son insuline Lantus, produit vedette de Sanofi. Voluntis touchera 30% de redevances sur les ventes du dispositif. Un autre exemple de sources de revenus est l’accord singé avec une mutuelle américaine, le seul pour l’instant, mais qui est riche d’enseignement, même s’il s’agit d’une petite structure à l’échelle américaines avec 850 000 assurés. Les assurés ayant recours à l’insuline faisant partie de la liste de WellDyne Rx verront systématiquement prescrire le dispositif VOluntis. EN effet, une bonne observance du traitement du diabète aurait pour effet une économie de 4 690 dollars par an du fait que des complications seraient évitées.

Par ailleurs, la société développe des dispositifs similaires pour l’oncologie afin d’améliorer le suivi des effets secondaires qui sont souvent à l’origine de l’abandon ou d’un suivi insuffisant de la thérapie.

La société qui a delà levé 43 millions d’euros depuis sa création procède à une levée de fonds de 32 millions à l’occasion de son introduction en bourse. EN 2017, la société a affiché des revenus de 8M qui sont des paiements d’étape par ses partenaires et la perte annuelle s’élève à 10 M. Ce qui signifie que la levée de fonds représentera un peu moins de deux années de fonctionnement à ce rythme. L’EBE serait à l’équilibre en 2020, voire positif. La société vise un CA de 50 M en 2021 ce qui permettrait l’atteinte de l’équilibre opérationnel « dès 2022 ».

Nous ne sommes pas en mesure de commenter ces chiffres, aucune analyse financière n’ayant été distribuée sauf à quelques personnes référencées comme c’est désormais l’usage en dépit de la recherche de progrès en matière d’information et d’efficacité des marchés voulue par l’Europe et son texte Mif2. Cette pratique nous rappelle les transactions faites sous les colonnes par les « pieds mouillés » au Palais Brongniart il n’y a pas si longtemps. Si ce n’est que cette pratique du marché non réglementé est désormais protégée par les juristes.

En dehors de l’absence d’information financière, les réserves suivantes amènent à exprimer de fortes réserves sur l’opportunité de souscrire.

Tout d’abord cela suppose que le patient est équipé d’un smartphone et est en capacité de l’utiliser.

Ensuite, quel sera le degré d’adoption du dispositif. Une fois adoptée, pendant combien de temps le patient se pliera t-il à cette discipline. Il est frappant de constater qu’à l’heure des objets connectés, le patient doit procéder à une lecture de son taux de glycémie puis le reporter sur son smartphone. Fastidieux et peu moderne. Combien de personnes persévèrent par exemple à reporter les données sur un document papier ? pourquoi en serait-il différemment avec ce dispositif ?

Quid de la rémunération du médecin pour le suivi ? En France, la rémunération se fait sur les consultations. Toutefois, il faut reconnaitre que nous avons enfin un ministre de la santé plus moderne, pragmatique et professionnel qui est prêt à moderniser un système qui relève d’analyses économiques dépassées. Les médecins généralistes sont de moins en moins nombreux et disposent de moins en moins de temps.  A supposer que l’on supprime le numerus clausus, la situation ne pourra pas s’améliorer d’un seul coup.

Le scandale actuel de Facebook vient opportunément rappeler l’enjeu de la confidentialité et de la valeur des données de santé. Il y a là un véritable risque.

Enfin, si le diabète est LA maladie du 21ème siècle, il n’est pas certain que des mesures ou de nouveaux traitements ne parviendront pas à l’endiguer. Par ailleurs, il existe des systèmes concurrents dont la pompe connectée. Les capteurs d’insuline, qui connaissent à l’heure actuelle un très fort succès auprès des patients, les premiers concernés et finalement décideurs, informent sur la dose d’insuline à prendre. Sans violer la confidentialité des données et de manière jugée simple par les diabétiques.

Si l’on croît dans ce projet, il est certainement trop tôt pour juger de son succès potentiel. D’autant plus que la valorisation est ambitieuse avec une capitalisation boursière de 128 M maintenant pour une CA de 50 M visé en 2021.

Trop tôt, trop ambitieux, trop cher.


Antoine NODETAntoine NODETFebruary 20, 2018
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Dans un marché de Paris anémié et qui ne cesse de se déliter pour des raisons économiques, conjoncturelles, mais aussi réglementaires et fiscales, donc structurelles, toute introduction de belle taille est la bienvenue. NOVARES avec 521 millions de valeur estimée a de quoi mettre du baume au cœur des professionnels de la finance et donner espoir aux entreprises en quête de financement pour leur croissance.

Toutefois de nombreuses raisons doivent inciter à la prudence

Le secteur de la plasturgie est par définition difficile subissant à la fois de fortes fluctuations des matières premières, souvent amplifiées par les variations des parités monétaires et dont les débouchés sont cycliques. Les marges, lorsqu’elles sont positives, sont en fait assez faibles traditionnellement. La marge opérationnelle devrait atteindre 6.5%.

Le passé l’a montré lorsque la société était en situation plus que périlleuse à la suite de la crise de 2008 et que le FAA (Fonds d’Avenir Automobile) à l’initiative de Nicolas Sarkozy est entré au capital assurant ainsi le salut de l’entreprise. Depuis le fonds Equistone a opéré un remarquable travail de retournement mais, est-ce un signe, profitera de l’introduction en bourse pour se désengager partiellement.

Par ailleurs, si la société a su devenir plus forte en se restructurant par la diversification des constructeurs clients et des zones géographiques d’implantation, on peut se demander s’il reste des marges d’amélioration. En revanche, l’horizon n’est pas tout à fait dégagé. La remontée des taux pourrait entraîner un ralentissement économique et en particulier des achats de véhicules, souvent achetés à crédit. Par ailleurs, la position en Chine est présentée comme une opportunité mais ne doit pas faire oublier le souhait des autorités chinoises de voir l’industrie nationale devenir indépendante. Nul ne saurait oublier le développement de l’industrie ferroviaire qui en une petite décennie a su se passer des partenaires étrangers.

Enfin les marchés financiers connaissent des turbulences liées aux hausses de taux qui ne sont pas près de s’atténuer.


Antoine NODETAntoine NODETOctober 31, 2017
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8min1340

L’introduction a un double objectif :

  • Lever 556 M d’euros
  • Permettre aux actionnaires historiques de céder des titres. L’actionnaire majoritaire qui a repris le bloc de contrôle de LVMH en avril 2016 après l’arrêt du processus d’introduction en mars de la même année souhaitant réduire sa part.

Il n’est pas certain que le marché goûtera fort le désengagement des actionnaires historiques. Le conglomérat chinois, SHANDONG RUYI, qui détient actuellement 82,8% du capital, souhaite revenir à 55%. KKR (9,8%) et les dirigeants céderaient aussi des titres dans les mêmes proportions. Au total, 19,5 millions de titres seront cédés alors que l’augmentation de capital ne représentera que 5,1 à 6,4 millions d’actions (selon l’exercice total ou pas des clauses). Les investisseurs pourraient avoir le sentiment que les actionnaires historiques qui ont acquis le groupe SMCP pour une valeur de 1,3  mds en avril 2016, souhaitent réaliser une plus-value rapide sur une partie de leurs titres, la capitalisation boursière étant de 1,7 milliards sur la base du cours d’introduction de 22 euros (soit le milieu de fourchette, la demande n’ayant pas été aussi soutenue qu’escomptée). Quant à KKR, il a acquis le bloc de contrôle de LVMH sur la base d’une valorisation de 0,65 milliards un peu plus tôt.

En l’absence de note d’analyse ou autre document, hormis le document « AMF », ce qui correspond à une pratique américaine qui n’a aucun fondement en Europe, notamment au regard de la législation locale très claire et solidement construite, un doute peut apparaître dans l’esprit d’investisseurs potentiels. Si la croissance a été soutenue ces dernières années et avec un taux d’EBITDA qui n’est pas moins attrayant avec 16,5%, le groupe n’a-t-il pas atteint un maximum, ce qui expliquerait le désengagement partiel, du moins dans un premier temps, des actionnaires actuels ? or sur les 566 millions levés, si une moitié est destinée au développement, l’autre moitié permettra au groupe de rembourser une dette fort couteuse, justifiée par la situation financière initiale, ce qui entrainera une réduction de moitié des frais financiers. Le ratio dette nette/EBITDA reviendrait alors à 2,2 avec un objectif de 1,5 ou 1 fois en deux ans. Il est vrai que le groupe qui devrait réaliser un CA de 900 millions d’euros en 2017 dispose déjà de 1267 points de vente ce qui à l’heure de l’économie numérique n’est pas négligeable et donc les flux dégagés par l’exploitation mais aussi les fonds levés peuvent être plus concentrés sur le remboursement de la dette que sur les investissements hormis ceux dans le numérique.

Mais la valeur d’entreprise, sur la base du milieu de fourchette, représente 13,8 fois l’ebitda anticipé pour 2017 ce qui peut être considéré comme élevée. Surtout si la croissance n’est pas au rendez-vous ou si les marges ne s’améliorent pas.  Or la production est le fait de pays à bas coût de main d’œuvre et il est donc difficile d’envisager de nouvelles améliorations, du moins substantielles au regard des niveaux déjà atteints. La décote par rapport à un univers de comparables qui comprendrait des valeurs telles que Inditex, Ted Baker ou encore Moncler, mais dont nous n’avons pas la composition du fait de l’absence des documents, serait de 8% ce qui est assez faible pour une introduction en bourse, si l’échantillon est pertinent. D’autant plus que le titre n’a pas encore d’historique contrairement aux titres retenus et dont les cours portent sur des quantités bien moins importantes que l’opération envisagée par SMCP. C’est d’ailleurs probablement ce qui explique la baisse de 4.5% du titre le premier jour de cotation, avec une clôture à 21 euros pour un titre émis à 22 euros.

En fait, les marges pourraient même être rapidement mises sous pression. La croissance du CA semble devoir se ralentir. Il s’agit d’un secteur où les achats peuvent être aisément retardés, pénalisés par la météo ou une saison ratée mais surtout du fait d’une clientèle très versatile sur un produit dont la vente correspond à des éléments évanescents et bien trop souvent éphémères. C’est d’ailleurs ce qui explique qu’il y a très peu de valeurs du secteur qui soient très anciennes. En revanche, les échecs ou les chutes sont légion et hantent l’esprit des investisseurs ayant un tant soit peu d’expérience et de recul.

De plus, deux menaces nouvelles apparaissent face au modèle économique actuel. Tout d’abord, le groupe réalisant 74% de ses ventes en Europe où la croissance reste faible et fragile par rapport au reste du monde, même si elle s’améliore sans atteindre les niveaux de la décennie précédente, a compris la nécessité de développer l’international en particulier hors d’Europe. Tout en évitant de se disperser et donc de tout aborder de front mais au contraire en se concentrant sur certains marchés à fort potentiel pour atteindre une masse critique. Mais une nouvelle tendance apparaît sur ces marchés : la demande forte, et souvent par des actions de groupe, de voir les prix baisser du fait que les produits sont fabriqués localement pour des firmes occidentales. A titre d’exemple, Apple a dû baisser ses prix en Chine après que l’opinion se fût émue que des produits fabriqués en Chine fussent vendus au même prix que dans le reste du monde.

Une autre tendance dans les pays où l’économie numérique est plus avancée qu’en Europe est d’essayer un vêtement dans le point de vente puis de le commander sur Internet an choisissant des options.

Autant d’éléments qui pourraient peser sur les marges et nécessiter de lourds investissements dans le numérique.

« Mais que diable allait-il faire dans cette galère ? « L’auteur de cette phrase était fils de drapier, est-il nécessaire de le rappeler ?


Antoine NODETAntoine NODETFebruary 2, 2017
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46min1400

Trump est dans tous les esprits mais le « Général Hiver » a ouvert un front en Europe et le froid s’attaque à tous les corps vivants.

Une deuxième vague de froid vient de toucher l’Europe, continent qui avait précédemment bénéficié de trois hivers particulièrement doux.

Les températures atteintes ne sont pas totalement inusuelles, ni dramatiques, sauf pour les milliers de sans-abri qui accompagnent nos cohortes de chômeurs. En revanche, si dans l’ensemble, nos sociétés ont su se montrer « résilientes » quelques remarques s’imposent pour nos métiers.

Si les valeurs d’énergie ont régi comme il se devait, il est clair pour la France, dotée d’une industrie nucléaire de pointe, que le marché de l’électricité jette une lumière crue sur les décisions politiques des dernières années tant au niveau européen qu’au niveau français. Le secteur de l’énergie a toujours correspondu à des cycles d’investissement longs et est caractérisé par une intensité capitalistique forte, y compris pour les énergies renouvelables. Il est clair que quelques capacités supplémentaires ne seraient pas superflues et cela dans de manière régulière, les énergies renouvelables ayant un défaut en particulier, la non permanence de la production. En effet, la société contemporaine n’a cessé de devenir plus tributaire de la « fée électricité ». Mode des voitures électriques, appareils électroniques en tout genre, connectés ou non. Avec de plus des systèmes critiques qui en dépendent : sécurité, santé… contrairement aux usages de « confort » du siècle dernier. La France est particulièrement tributaire de cette énergie secondaire qui nécessite une grande masse d’énergie primaire que 40% environ des logements est chauffé à l’électricité. Mais Areva et EDF ont des problèmes spécifiques qui amènent les investisseurs à être réticents à jouer le thème d’investissement du froid à travers ces valeurs.

En revanche, on trouve en bourse des valeurs moyennes qui sont également favorisées par la vague de froid.

L’alimentaire est un secteur où les comportements se modifient fortement lorsque les températures varient brutalement. Une période grand froid surenchérit les produits frais et les consommateurs se tournent vers les plats préparés et les conserves. Bonduelle est la première valeur à laquelle on pense. Mais il ne faut pas oublier Tipiak, valeur trop souvent oubliée, alors qu’elle se distingue par la régularité de sa gestion, la qualité de son marketing et l’innovation permanente. Fleury Michon dans une moindre mesure peut en bénéficier tout comme le distributeur Toupargel du fait des hésitations des consommateurs à se déplacer.

La santé est concernée avec Boiron. La très forte pathologie grippale a entraîné une très forte demande pour son produit Oscillo. Il n’est pas certain que le cours prenne complétement en compte l’impact sur la rentabilité de ce produit phare.

Enfin, les valeurs liées au chauffage sont les premières concernées. Surtout après trois hivers cléments qui ont eu pour effet non seulement de déprimer les cours mais aussi de plonger dans un oubli relatif. Deux valeurs se distinguent.

Le distributeur Thermador est bien placé car le froid entraîne une usure prématurée des équipements ou fait prendre conscience d’insuffisances à palier. La société dynamique bénéficie d’une gestion exemplaire.

Cogra, qui produit des granulés pour les poêles à bois mais distribue également des poêles sophistiqués, est directement concerné puisque la hausse de la consommation se répercute immédiatement sur ses ventes. Or depuis trois ans, les stocks s’accumulaient du fait de la clémence de la météo. Et la société a supporté des surcoûts, dont la location de stockages supplémentaires. Et un sous-emploi de capacités de production à la pointe par rapport aux concurrents. La chute brutale des températures a totalement inversé la situation. Les stocks ont fondu et les prix se sont repris dans tout le secteur. Les capacités de production sont utilisées de manière optimum. Les résultats devraient se redresser à des niveaux qui n’avaient plus été vus depuis quatre ans. Et le cours suivre. Pour les amateurs d’effet de levier, il existe un bon de souscription (0.08 euros) dont le prix d’exercice est de 6,50 euros alors que le cours de l’action gravite autour de 6 euros et n’a pas encore réellement progressé au regard du potentiel d’amélioration des marges. La valeur théorique du bon en utilisant la formule de Black&Scholes est de 0.143 euros.

L’autre valeur favorisée est Poujoulat. Cette société innovante et bien gérée se situe dans le domaine des équipements pour l’essentiel et depuis quelques années dans du bois de chauffage à haute performance et des systèmes photovoltaïque. Dans le domaine du bois, l’activité a été lancée récemment et n’était pas aidée par les hivers doux. Cette année, l’investissement a toutes les chances de s’avérer payant avec probablement des gains de parts de marché. Dans le même temps, le leader européen des conduits de cheminée et des sorties de toit métalliques verra son activité propulsée par la nécessité de mise à niveau révélée par les températures très basses.

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