Antoine NODET: ORDISSIMO: le succès est-il pérenne ?

Antoine NODET: ORDISSIMO: le succès est-il pérenne ?

Ordinissimo a mis au point des ordinateurs faciles d’accès mais aussi des smartphones, utilisant des termes clairs permettant un accès et une compréhension des instructions immédiats. Le clavier est également simplifié. Le tout développé sur des matériels existants fabriqués en Chine.

La distribution se fait dans des boutiques spécifiques, quelques grands distributeurs mais aussi par la vente lors d’émissions télévisées (téléshopping) pour un tiers environ ce qui crée une dépendance à TF1.

La société connaît une forte croissance avec un CA de 5.8 millions et un bénéfice net de 0.7 million permis par une marge d’ZEBE de 16.5% ce qui est remarquable pour une société aussi jeune et dans la distribution même s’il s’agit de distribution spécialisée.

La société a vendu 90 000 ordinateurs depuis sa création dont 15 000 l’an dernier ce qui est peu (sur un marché français annule de près de 9M). On peut donc considérer qu’il reste un fort potentiel ou que le marché est limité. Qu’en penser au regard de l’objectif de quadruplement du CA d’ici 2020?

Si le besoin est fort et non reconnu, la présentation qui est faite du marché est curieuse pour ne pas dire fallacieuse.

Le besoin est réel car les appareils ne sont pas conçus pour des personnes ayant des problèmes de vue affaiblie sans être atteint de cécité par exemple. Et le besoin se situe effectivement plus dans la facilité d’usage avec des fonctionnalités moins nombreuses que dans la vie professionnelle.

La présentation fait commencer le marché des seniors à partir de 55 ans et mentionne un décrochage technologique. Il convient de rappeler que l’âge de la retraite pour le commun des mortels n’est pas de 55 ans en France et donc la plupart des 55 à 65 ans voire 67 sont encore dans la vie active et donc bien connectés. La présentation fait état de 21.7M de personnes de plus de 55 ans ce qui est exact mais non pertinent dans l’approche. Le chiffre est à opposer au nombre de retraités qui est de 16.7 millions soit un écart de plus d’un quart. Imaginons le prix d’introduction ramené de 5.28 euros à 4 euros…

Le marché n’est donc probablement pas aussi important que présenté. En fait de décrochage numérique, plus que l’âge, il faut chercher la cause dans les revenus. Il convient d’être lucide, la génération actuelle de retraité subit la vague de fonds de la paupérisation du pays dont le taux de croissance est systématiquement inférieur à celui des pays comparables depuis 1981. Chômage à 10%, 35 heures avec l’abaissement consécutifs même si pas immédiat du pouvoir d’achat, fiscalité de l’épargne toujours plus forte depuis l’instauration de l’IGF en 1981 et toujours plus pénalisante pour un effort toujours plus difficile du fait de la hausse des prélèvements directs et indirects sur les revenus pour une capacité d’épargne sans cesse réduite. En fait l’incurie qui préside à la gestion économique du pays depuis 37 ans avec des phases d’apaisement assez brèves finit pas se répercuter avec un effet retard sur les revenus des retraités.

Le revenu net des 16.7millions de retraités est de 1283 euros par mois. Un quart dispose de moins de 800 euros mensuels et 44% de moins de 1200 euros. Pas de quoi s’acheter smartphones, tablettes etc… Toujours les mêmes statistiques de la DEES, administration publique donc inattaquable et que l’on ne saurait soupçonner de quioque ce soit, pour les retraités ayant des revenus complémentaires (épargne, poursuite d’une activité tant que la santé le permet ainsi que le marché du travail), la retrait atteint 2049 euros, avant impôt sur le revenu, sachant que les retraités ont moins de facilités de déduction à revenu égal (par exemple les 20% ou sur les emplois à domicile). Il est vrai que les retraités ne peuvent pas se mettre en grève et sont moins à même de mener des manifestations violentes ou d’occuper des lieux emblématiques.

Les disparités sont fortes également entre retraités. Toujours selon les statistiques publiques, les fonctionnaires bénéficient d’une retraite moyenne de 2280 euros mensuels, les retraités des régimes spéciaux de 2120 euros alors que les retraités du régime général ont une retraite mensuelle p=moyenne de 1220 euros. Les artisans 710 euros, les agriculteurs 600 euros et les commerçants de 500 euros. Or certains d’entre eux pouvaient vendre leur exploitation ou leur société/ fond de commerce. Aujourd’hui cela est devenu beaucoup plus difficile du fait de l’atonie de l’économie et les prix ont fortement baissé. Dans le même temps, la fiscalité sur les cessions n’a cessé de s’alourdir (cf ; le mouvement des pigeons).

Et encore ces statistiques ne prennent elles pas en compte les pensions de réversion exclues de l’étude. Et pour cause, les retraites de réversion sont très faibles et la période de veuvage pour une femme est d’environ 12.5 ans. (« une fois le citron pressé, on jette l’écorce » Voltaire). Sans compter l’absence totale de rétribution des aidants familiaux qui pendant des années de souffrance porte leur conjoint ou un parent sans aucune reconnaissance, même non financière.

Le marché n’est donc certainement pas celui qui a été présenté. Il y a paupérisation avec la retraite sans moyen de la combattre plus que décrochage technologique, l’usage du numérique étant en fait largement diffusé dans la population.

Bien entendu, des éléments plus précis et venant en contradiction avec ces chiffres sont peut-être disponibles dans la note d’analyse qui n’a pas été diffusée. Delenda Carthago (cf ; la coulisse des articles précédents).

Par ailleurs, la barrière à l’entrée est faible et les grands acteurs comprenant que le marché est à saturation viendront à segmenter le marché et pourraient bien se décider à prendre en main ce marché des « seniors ». Cela se produit dans tout marché. Cela peut constituer un atout spéculatif pour le titre mais tout aussi certainement une réelle menace justifiant une décote sur le titre.

Enfin la valeur sera pénalisée par une capitalisation très faible de 13 M avec seulement 22.4% de flottant, les 32.4% de Vatel Capital pouvant revenir à tout moment sur le marché et donc peser sur le cours.

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