Ismail HAJJIIsmail HAJJIMay 29, 2018
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Jean-Paul Betbeze est Professeur agrégé des Facultés de Sciences économiques, HEC, est actuellement président de Betbeze Conseil SAS et Economic Advisor de Deloitte SA. Il a également été Chef économiste, directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu’en 2012 et membre de son Comité exécutif. Membre du Conseil d’Analyse économique auprès du Premier ministre, membre du Comité économique de la nation auprès du Ministre de l’économie et des finances pendant de nombreuses années, il a été également membre du Bureau du CNIS. Il a notamment publié en 2017 „La France, malade imaginaire?“ aux Editions Economica et en 2016 „La Guerre des Mondialisations“ chez le même éditeur. Auparavant, il a écrit „Crise une chance pour la France“ (2009); „Crise : par ici la sortie“ (2010) ; „La France à quitte ou double“ (2011); „100 jours pour défaire ou refaire la France“ aux PUF (2012) et, en mars 2013: „Si ça nous arrivait demain“… chez Plon. Il publie sur son site internet www.betbezeconseil.com chaque dimanche une lettre.

L’interview avec le Prof. Betbeze a été réalisé par (A-Z): Bernd Oliver BUEHLER (BB), Samir ER-RAJI (SE), Pape FAYE (PF), Ismael HAJJI (IH), Hugo KAISER (HK), Engy KHALIFA (EK), Antoine NODET (AN), Christophe RAMDAME (CR), Jean-Richard NIAGO (JNR) et Kevin ROMANTEAU (KR).

CR: Dans votre livre „2012: 100 jours pour défaire ou refaire la France“ la situation française a bien évolué. Mais dans quel sens?
JPB: Nous vivons une sortie de crise très complexe, non seulement parce qu’il s’agit de corriger la crise des subprimes qui a fragilisé la finance mondiale, mais surtout parce que nous entrons dans une nouvelle ère de révolution industrielle, celle de la communication, de l’Intelligence artificielle désormais. La France avance dans ce nouveau monde avec beaucoup à changer, des firmes souvent de trop faible taille et de rentabilité insuffisante. C’est donc très compliqué, économiquement, financièrement, technologiquement, sociologiquement et politiquement.

CR: Il y a plus de croissance et d’emploi.
JPB: Certes, mais nous assistons à une bipolarisation entre experts et emplois de proximité et de faible qualification, au détriment des emplois intermédiaires.

BB: Est-ce qu’il n’y a pas de moyens pour préserver les emplois intermédiaires?
JPB: Les emplois intermédiaires actuels impliquent bien plus de formation aux nouvelles technologies meilleure utilisations des applications, hausse de la productivité…. mais ne pourront tous être sauvés. En même temps, de nouvelles activités naissent pour améliorer les organisations actuelles, avec les startups, et aussi dans le domaine des services à la personne. Nous sommes des sociétés vieillissantes. Il faut équiper les logements, suivre et former les personnes qui vont y vivre, et offrir de nouveaux services high tech.

IH: Est-ce que le chômage de masse reste une fatalité?
JPB: Il y a un terrible contraste entre ce qui se passe aux États-Unis et en Europe. Là-bas, la mobilité est plus forte et sans doute aussi la formation ou l’auto-formation. Nous sommes aussi en retard dans les nouveaux services. Il ne s’agit pas de faire baisser les salaires mais de faire baisser les charges et les impôts, par une modernisation et une simplification des structures publiques qui, bien souvent, datent. La fatalité, c’est quand on ne fait rien.

BB: Quelle est votre réponse à la digitalisation et la robotisation?
JPB: Formation, formations, formation et innovations pour répondre aux nouveaux besoins. Les robots ne sont pas seulement des choses qui produisent, mais des logiciels que gèrent, commandent, surveillent, optimisent… sans compter le domaine immense de l’intelligence artificielle!

CR: Dans votre “La guerre des mondialisations” vous parlez aussi de la Chine. Que pensez-vous de son économie?
JPB: Ce livre décrit assez bien ce qui se passe, avec un Chine qui veut devenir leader des BRICS et des émergents, et à crédit désormais! Il a bien vieilli! Et maintenant, la Chine entre dans un jeu dialectique avec Trump!

CR: Est-ce que on peut concevoir à une bulle pour un pays?
JPB: Non!

CR: Quel regard portez-vous sur l’Economie allemande?
JPB: Elle continue d’avancer, ses forces industrielles étant concurrencées par la Chine pour l’essentiel, sachant que des questions montent de la part des USA, en liaison avec certaines paroles de Donald Trump sur son excédent commercial avec les États-Unis. Mais, pour l’heure, le problème majeur est celui du manque de main-d’œuvre qualifiée.

CR: Et si on devrait comparer avec la France quel bilan en tirez-vous?
JPB: L’Allemagne a une stratégie.

CR: Quel est votre bilan des premiers actes du gouvernement Macron?
JPB: Positif, compte tenu des retards accumulés et des manques de choix clairs, la France est affaiblie dans la concurrence mondiale, chamboulée par la révolution industrielle en cours. Il y a donc beaucoup de chantiers interdépendants «en même temps».

CR: Quels sont pour vous les prochaines étapes nécessaires de la politique française?
JPB: A mon avis expliquer la révolution industrielle en cours, ce qui se passe et ce qu’il faut faire pour réussir. Ceci implique partout des formations, à l’école, dans les TPE, PME, services de proximité, qui ne sont pas préparés. C’est la base qui doit bouger, en fonction des nouvelles technologies d’information et de communication.

CR: Quel sera l’avenir du continent africain?
JPB: Son avenir dépendra de la façon dont il gère sa démographie: c’est le seul continent sans transition démographique, c’est lui qui assurera l’essentiel de la croissance démographique du monde. Il est exposé à la révolution en cours, plus au réchauffement climatique et à des crises hydriques. En cas de crises, des migrations d’ampleur sont à attendre: d’où l’importance décisive de les prévenir.

EK: La Banque Centrale de l’Argentine vient de passer les taux d’intérêt à 40%. Quelle est votre analyse de la situation?
JPB: 50 milliards de dollars de crédits demandés au FMI: le creusement du déficit courant (30 milliards de $), l’importance du déficit budgétaire (7% du PIB) et de la dette publique (53% du PIB) ont emporté le peso. La Banque centrale argentine, malgré une hausse des taux d’intérêt à 40%, ne pouvait résister à une spéculation qui avait consommé 10% de ses réserves en quelques jours. L’Argentine cherche une ligne de crédit flexible de 50 milliards de dollars auprès du FMI, de façon à restaurer la confiance. Elle devrait l’obtenir. Notons que des tensions sont également présentes en Turquie.

JNR: Est-ce que l’inflation reste pour vous un moyen légitime dans les outils du secteur financier?
JPB: L’inflation est partout un objectif de politique monétaire, donc de polarisation des anticipations de salaires, en fait.

EK: L’économie de l’état de Californie est devenue maintenant la 5ième économie du monde devant la Grande Bretagne. Qu’est-ce que nous pouvons en apprendre en termes de croissance?
JPB: Que la révolution industrielle en cours polarise les richesses en termes de valeur ajoutée, sachant que les portables sont largement faits en Chine et à Taïwan et les codes écrits en Inde!

EK: Une étude la Citi prévoit que les USA sont en train de devenir le premier exportateur de pétrole dans le monde. Est-ce le monde à l’envers?
JPB: Pas encore: 2030 selon certaines études, et le pétrole n’est plus ce qu’il était!

CR: Le taux de chômage aux USA vient de tomber à 3,9%. Est-ce un réel succès?
JPB: C’est l’effet de la politique monétaire, dans une économie assez fermée (X/PIB = 11%). Mais les salaires et l’inflation suivent, donc le dollar.

BB: Certains analystes veulent attribuer ce chiffre à la politique du président Obama. Combien de «politique» y a-t-il dans les analyses économiques?
JPB: Attention à ne pas trop politiser et psychologiser: l’essentiel dépend de la polarisation des anticipations.

BB: Et combien d’économique dans les analyses politiques?
JPB: Pas assez!

CR: Etes-vous keynésien ou libéral?
JPB: Keynes était membre du parti libéral.

CR: C’est vrai, mais à l’heure actuelle les libéraux d’aujourd’hui sont plus vraiment keynésiens, mais “libre marché”. Jusqu’à quel degré les forces économiques sont vraiment libres ? Jusqu’à quel degré sont-elles restreintes ?
JPB: La base du libéralisme, c’est reconnaitre que l’on ne connaît pas les effets globaux des choix de chacun. C’est donc parier qu’il vaut mieux laisser faire, dans un contexte légal bien sûr.

BB: Dans les Sciences Economiques à la française, Keynes a une place incontournable. Est-ce bon ou mauvais?
JPB: Par bonheur, on lit des travaux plus récents et le débat international est très riche!

CR: Quel sont pour vous les bons et les mauvais économistes?
JPB: Un mauvais économiste est celui qui ne part pas des faits et du monde tel qu’il devient : révolution technologique et nouvelles richesses des nations. Inutile de donner des noms, tout le monde peut se dire économiste, à la différence des médecins ou des architectes!

JNR: Qui parmi les économistes vous a inspiré le plus?
JPB: Schumpeter.

CR: Pourquoi avoir choisi ce métier?
JPB: Parce tout change tout le temps !

BB: C’est actuellement le 200ième anniversaire de Karl Marx? Est-ce un événement à fêter?
JPB: Les gens sont libres: l’essentiel est de le lire!

IH: Est-ce que Marx est de retour ou est-ce qu’il n’a jamais été absent?
JPB: Aucune économie n’est hors sol!

IH: Qu’en est-il de la question de la justice sociale?
JPB: L’égalité des chances.

CR: Que pensez-vous de l’économiste française Thomas Piketty?
JPB: La question des inégalités est centrale, même si ce n’est pas celle dont il parle.

IH: Et de l’économiste américain Paul Krugman?
JPB: Ce qui m’intéresse ce sont les travaux sur l’Intelligence artificielle.

BB: Dans un article intitulé “The Economic Fallout” paru dans le New York Times le jour après l’élection de Donald Trump Paul Krugman prévoyait un désastre pour l’économie américaine et les marchés financiers. Sa prévision était que jamais les marchés américains allait se rétablir (“If the question is when markets will recover, a first-pass answer is never”). Quelle conclusion en tirez-vous?
JPB: L’histoire n’est pas écrite, et on ne peut confondre ce que l’on prévoit avec ce que l’on souhaite, ou craint!

IH: Krugman, un prix noble de l’économie c’est déjà trompé dans son analyse du futur de l’économie américaine sous Donald Trump. Vous avez autant le droit à l’erreur que lui. Quel est votre avis sur la situation économique aux Etats-Unis sous Donald Trump? Est-ce qu’il n’y a que du mauvais dans sa politique?
JPB: En tout cas, elle n‘est pas sans risque. Le 3 mai 2018 1 100 économistes, dont 14 Prix Nobel, écrivent une lettre au Président Trump et au Congrès pour les avertir du risque majeur qu’est, pour eux, la montée des droits de douane et du protectionnisme – autrement dit la politique de Donald Trump. Ils se réfèrent, dans leur lettre, à une autre, envoyée en 1930 par 1 028 économistes. Ils alertaient alors sur les risques des hausses de tarifs douaniers que comportait le Smoot-Hawley Act. Pas écoutés, une bataille des échanges en résulta. Elle réduisit les échanges internationaux, la croissance, et ce fut 1929.

Les économistes de 2018 citent ceux de 1930. «Augmenter les taxes de protection serait une erreur. Ceci augmenterait, en général, les prix que les consommateurs devraient acquitter… Nos exportations vont souffrir. Les pays ne peuvent nous acheter de manière permanente s’il ne leur est pas permis de nous vendre… Une guerre des droits de douane n’est pas un bon terrain pour développer la paix dans le monde». La même logique récessive se mettrait en place, mais en plus grave: «le commerce est aujourd’hui significativement plus important pour notre économie».

Allons-nous faire pire qu’en 29, sous la houlette de Donald Trump? La sortie américaine de l’accord commercial transpacifique, les menaces américaines sur l’Alena (Mexique et Canada sommés de réduire leur excédent commercial vis-à-vis des États-Unis), les demandes américaines d’échanges équilibrés avec les États-Unis (reciprocal en anglais trumpien), notamment avec l’Allemagne et surtout la Chine vont-elles inquiéter plus, faire investir et échanger moins, antagoniser les relations? Le commerce est-il «significativement plus important pour notre économie» qu’en 1930? Oui quand on voit les allers-retours de composants pour construire une automobile ou le ballet de sous-traitants pour créer un téléphone portable. La complexité, donc la fragilité, des supply chains saute aux yeux. Notre monde est plus interdépendant que jamais, donc plus sensible que jamais.

Le conflit douanier qui commence sur l’acier et l’aluminium, avec la menace américaine d’augmenter de 25% les taxes à l’importation, est dangereux. D’autant qu’il se complète et s’aggrave avec la Chine. Pour l’Europe, on parle d’un délai (de grâce?) d’un mois. Pour la Russie, un accommodement partiel pourrait naître, le propriétaire majoritaire de Rusal, premier producteur mondial d’aluminium, ayant «accepté» de ne plus l’être – mais les stigmates vont demeurer. Les demandes vis-à-vis de la Chine sont triples: augmentation des droits de douane sur certains produits (aluminium et acier) pour diminuer les exports, baisse forte et rapide du déficit américain (deux ans pour le réduire de 200 milliards), «vraie protection des droits de propriété» ! Des puces américaines ne seraient plus exportées pour équiper les portables chinois. Huawei et ZTE ne pourraient plus vendre sur le territoire américain. Les autorités chinoises discutent. Mais les importations chinoises de soja américain seraient prévues en baisse, représailles qui ne sont pas de nature à réduire l’excédent chinois! Et que va-t-il donc se passer avec l’Iran?

Surtout, la montagne de la dette menace partout, suite à ces taux d’intérêt si bas pour sortir au plus vite de la Grande récession de 2008 et soutenir les bourses. Aux Etats-Unis, en Europe et en Chine, la dette dépasse celle d’avant crise. Le pire, c’est la pénurie de dollars qui menace les pays émergents. Que feront les entreprises trop endettées en dollars, donc en monnaie étrangère pour elles, au moment où les taux courts et longs américains vont monter ? En Argentine, le taux d’intérêt à court terme est passé à 40% le 4 mai (+6,75%), troisième hausse de la semaine, pour respecter (dit la banque centrale) l’objectif d’inflation à 15% (elle est à 25,6%), en fait pour tenir le change. Mais pas assez de réserves et le pays demande 50 milliards de dollars au FMI. La même question va venir sur la Turquie dont la livre a perdu6% en une semaine face au dollar et la bourse 20% depuis janvier, en attendant le Brésil. Et après?

Le risque Trump est triple: «un risque à la 29», économique, par la baisse des échanges qui pèsera sur la croissance, «un risque à la thaïlandaise, comme en 1997», monétaire, quand les entreprises doivent s’endetter plus cher, puis rembourser une dette en dollars plus chers, plus «une crise trumpienne», politique, pour savoir qui dirigera ce «drôle» de monde.

IH: Basé sur votre expérience: jusqu’à quel degré le temps est un facteur important dans les analyses?
JPB: Décisif contre tenu des interdépendances.

IH: Et comment avez-vous vu changer vos propres analyses au cours du temps et à travers le temps?
JPB: J’intègre de plus en plus les comportements de ruse.

JNR: Alain Greenspan, économiste américain et ancien Chef de la FED pendant 20 ans est revenue cette année sur le devant de la scène en disant qu’il y a avait actuellement deux bulles sur le marché. Pas avec le Bitoin, mais une sur le marché des actions et l’autre sur le marché des obligations. Commentez svp
JPB: Greenspan, ayant permis la bulle de la nouvelle économie, est un expert!

IH: Jusqu’à quel degré croyez-vous dans “la concurrence pure et parfaite”?
JPB: En théorie, on suppose d’abord que le monde est parfait, puis on le regarde!

CR: Et “la main invisible” des marchés?
JPB: Les GAFA sont à la fois visibles et très favorables à la concurrence.

BB: Jusqu’à quel degré les confrontations économiques sont-elles d’ordre naturel ? Jusqu’à quel degré le résultat d’une guerre économique? Ou une guerre des monnaies?
JPB: La concurrence est partout, une force à contrôler.

CR: En 2015 vous avec publié dans “Questions Internationales” un article intitulé «Sortir de l’euro: un spectre ou une menace crédible?». Qu’en est-il aujourd’hui?
JPB: L’euro ne permet plus aux monnaies nationales de dévaluer: d’où sa qualité pour les uns, son défaut pour les autres!

IH: Est-ce que l’EURO a vraiment que des avantages?
JPB: Sans euro, où serions-nous, entre dollar-Trump et Yuan-Xi Jinping?

IH: Est-ce que le dessein est enfin achevé?
JPB: NON!

BB: Que pensez-vous de l’idée de maintenir l’EURO en tant que monnaie d’échange et de réintroduire des monnaies nationales?
JPB: Une multiplication des taux de change croisés! L’euro serait un peg obligé, ou bien crise.

CR: Concernant le métier d’économiste: quel sont les dernières évolutions du métier?
JPB: Plus de formalisation et de mesure, ce qui permet d’aider plus que jamais aux choix macro et surtout micro.

IH: Quel sera l‘avenir du métier?
JPB: Les métiers vont se rapprocher de l’aide à la stratégie et au conseil juridique pour les entreprises.

CR: Et face aux intelligences artificielles et le datamining?
JPB: C’est exactement la nouvelle entreprise d’aiguilles de Smith!

KR: Certaines entreprises ont aujourd’hui un montant de cash supérieur aux banques et lancent leurs propres activités dans le secteur financier. Sommes-nous au tournant de la suprématie des banques de retail?
JPB: Oui, les Fintech vont se développer pour offrir des banques sans réseaux, pas chères, aux jeunes, TPE et combler des lacunes de marché. Les conseils de placement vont aussi se dévdelopper, avec notamment du crowdfdunding. La nouveauté vient effectivemet das banques lancées apr Apple, Facebook, avec un réseau immatériel et une notoriété sans égale ! La rentabilité des banques classiques ne pourra que baisser.

KR: La France n’aurait-elle pas besoin de fonds d’investissements dit “constructiviste” en vue de challenger le management des sociétés cotées notamment small & mid cap?
JPB: Je pense que les small et mid cap sont assez secouées par ce qui se passe !

KR: Les places financières du Middle East sont actuellement dans une optique d’attirer plus de liquidité. Quels sont vos conclusions? Et quels seraient vos conseils?
JPB: Take care !

KR: Pensez-vous que l’agriculture en France doit faire face à une consolidation de ses producteurs pour devenir plus efficiente?
JPB: Bien sûr, mais il faut aussi gérer la qualité, la sécurité et la diversité. Le bio par exemple se développe. Il ne s’agit pas d’économies d’échelle.

PF: Que pensez vous du FCFA?
JPB: C’est un peg…

SE: Peut on imaginer des marchés financier totalement 100% automatisés ? Et si oui, la confiance des investisseurs pourrait fortement être entaché… De ce fait, est-ce une avancé ou un pas vers une crise certaine ?
JPB: Non

SE: Malgré toutes les mauvaises publicités faite sur les cryptos, elles sont toujours présentent aujourd’hui. En regardant de près, le blockchain est un système révolutionnaire. Peut on imaginer un jour un monde dépendant totalement des cryptos ?
JPB: Non bien sûr!

SE: Les taux américains sont au maximum, le dollar augmente… La Turquie commence à flancher Avec des taux d’intérêt à plus de 15% suivi par l’Afrique du Sud, l’onde de choque commence à se propager dans les pays émergents… Cependant les indices boursiers sont en regain et indolores. Les conflits géopolitique sont pris à la légère par les marchés, sans parler de la hausse du pétrole… Peut-on revoir une second épisode 2008?
JPB: Les taux US ne sont pas au maximum. Les marchés se polarisent sur les USA et la Chine.

SE: Tous les événements passés (les crises de Trump, le conflit de juillet 2017 entre les USA et la Corée du Nord …) commence à lasser les investisseurs et les marchés en général. La preuve, les conflits au moyen orient impacte tres peu boir absolument pad les marches. Ne risqueront nous pas d’avoir des marchés totalement éloigné de la réalité, basés sur des spéculations et non plus sur l’économie réelle et les résultats d’entreprises ?
JPB: Les marchés se polarisent sur les USA et la Chine.

HK: Pourquoi la croissance est à vos yeux dans le contexte chinois un supplice?
JPB: La Chine doit croître de 6,5% – c’est un engagement politique pluriannuel chiffré du Parti. Elle doit en même temps satisfaire plus la demande interne que l’export, doit donc se réorienter pour des raisons politiques – renforcer le soutien populaire par l’augmentation du niveau de vie – et économiques, sachant que les importateurs, États-Unis en tête, ne sont plus les mêmes. Elle doit aussi revoir la qualité de ses crédits aux entreprises et aux collectivités publiques. C’est une de ses trois « batailles décisives », avec la lutte contre la pollution et celle contre la pauvreté. Enfin, elle veut maintenir le Yuan stable, notamment par rapport au dollar. Ces objectifs seront très difficiles à respecter tous ensemble.

D’abord, mettre plus l’accent sur la demande interne, c’est ralentir : fermer et restructurer des usines, réduire la part des entreprises industrielles très productives. Ensuite, mettre en évidence des crédits non performants, c’est inquiéter, faire apparaître des pertes, fermer des unités et utiliser des ressources pour « boucher les trous » – notamment les précieuses réserves. Ajoutons que Donald Trump, avec ses mesures de sanction des exportations chinoises, n’aide pas. Moralité : tenir la croissance chinoise à 6,5% tiendra plus de « l’art chinois de la statistique » que de l’économie.

AN: Vous avez mentionné la nécessité de formation en entreprise et à l’école pour les nouvelles technologies, mais cela ne serait il pas encore plus profitable pour les politiques et l’administration dont le retard dans les connaissances économiques et les réalités es tun véritable frein?
JPB: Non former à un emploi et aux nouvelles technologies.

AN: La hausse des taux d’intérêt: quel impact sur les taux de croissance? La France a pris le train de la croissance en retard, sera t elle touchée plus tardivement? Ou au contraire plus durement du fait de son retard?
JPB: La grande question est actuellement si la France aura assez de croissance pour continuer à réformer. C’est le problème: réformer en France est indispensable, après tant d’années d’inaction, mais «consomme» de la croissance, comme du pétrole. Réformer inquiète, suscite des polémiques et des oppositions, rend nerveux, brouille l’horizon. Réformer agite le corps social et politique, emplit les assemblées générales, suscite grèves et manifestations, le tout avant de sentir, puis de voir, les premiers résultats positifs. Ce seront de nouveaux investissements, puis de nouveaux emplois. Après. C’est l’effet Joule, comme disent les physiciens, qui explique ce qui se passe ici, et son risque : il faut l’expliquer, pour le réduire. Une part du mouvement, de la croissance, se perd en chaleur. Chaleur des manifs, grèves, blocages, fatigue des réformes, montée des «à quoi bon» et des «encore deux ans», baisse de la cote de Macron pour demander une pause. Croître plus, c’est pour réformer plus.

AN: Quid du paiement de la dette publique? Un moratoire pourra t il être nécessaire?
JPB: Non!

AN: Italie, la hausse du déficit budgétaire ne risque-t-il pas par contagion d’entraîner une hausse des taux sur toute la zone euro? Une baisse de l’euro? Une nouvelle crise de l’Europe?
JPB: Attendons avec ce qui se passe.

AN: Pensez vous que dans la foulée de la réforme de la SNCF une réforme de la fonction publique pourrait intervenir? Modernisation du statut? Rétablissement des 39 heures? Responsabilisation vis à vis des citoyens? Éventuellement un alignement des salaires vers ceux du privé qui ont fortement baissé ceteris paribus sur les 15 dernières années?
JPB: Non pas plus de réformes que ce qui est prévu : la réformes la Constitution est „un gros morceau“.

AN: Une incitation à investir du type „René Monory“ (i.e. 5000 francs déduits du revenu imposable) serait il utile actuellement?
JPB: Fin de l’ISF, flat tax sur les produits financiers, fin de l’exit tax aujourd’hui: pas mal !

AN: L’immobilier est perçu comme une rente. Le régime qui lui est désormais réservé ne va t il pas pénaliser les revenus des retraités qui ont investi sur le long terme en prévision de leurs retraites?
JPB: Attendons pour voir.

AN: Cela ne risque t il pas d’aggraver une situation déjà difficile pour se loger? Et ne risque-t-on pas de se retrouver dans la situation des années 40 et 50 où le moratoire de l’entre deux guerres avait provoqué une forte pénurie, aggravée par la loi de 48 et le retour brutal des citoyens français des départements d’Algérie?
JPB: Attendons pour voir.

AN: Faudrait il définitivement abandonner les 35h et réduire les congés pour abaisser le coût du travail?
JPB: Différencier encore!

AN: Quel serait l’âge de la retraite idéal pour l’équilibre des comptes?
JPB: L‘âge n‘est pas le seule élément.

AN: Faut-il abaisser le smic comme l’ont fait de nombreux pays européens qui se sont redressés ou est-ce tabou, faute de courage politique?
JPB: La politique du SMIC n’est pas celle-là : former, et aussi attendre des politiques plus coopératives en zone euro ! Par construction une politique nationale ne peut tout faire !

AN: Le résultat de l’élection en Italie, et d’autres en Europe, ne traduit il pas un écart de perception et de souhaits entre les électeurs et la classe politique qui pourrait conduire aux prochaines élections européennes de 2019 à un changement radical avec des incidences économiques majeures (euro, déficits…)?
JPB: Nous n’avons pas de théorie économique de la croissance en zone euro, autrement dit l’inverse de l‘ordo-libéralime ! Pas la rigueur, pas la dépense publique, mais une politique plus cohérente dans l’ensemble. Autrement, les tensions vont monter!

HK: Concernant les Investissements Socialement Responsables (ISR): Jusqu’à quel degré la Finance peut-elle être verte?
JPB: L’ISR, le verte, l’économie circulaire, la réduction des déchets… sont des valeurs sociales croissantes, sinon dominantes. Pour embaucher les meilleurs, motiver, convaincre les clients et don la bourse, la finance doit être verte, mais intelligemment !

HK: Est-ce du Marketing ou un véritable relais de croissance pour l’économie ?
JPB: C’est très profond : aucune entreprise ne peut se développer hors des mégatrends sociaux. Au contraire, il faut les revendiquer et y répondre mieux que les autres !

HK: Quels seront les impacts du changement climatique sur l’économie et la finance? Il-y-en-aura-t-il?
JPB: Bien sûr : être plus efficace du point de vue de l’énergie, innover dans ce sens… ce n’est pas une question de prix du pétrole, mais de valeurs sociales. Celles des jeunes, mais pas seulement !

HK: Que pensez-vous de la politique industrielle du Japon?
JPB: Elle est très liée à une démographie en baisse, à une population vieillisante et en baisse, qui n’accepte pas d‘immigration. Don la Chine l‘achètera !

PF: Quelle politique économique est-ce que vous conseillez à Bruxelles ?
JPB: d’avoir une politique de puissance économique mondiale, pas seulement de marché : politique industrielle, politique de protection (cyberguerre, dépenses militaires…). Il ne s’agit pas seulement de gérer un déficit public dans ce monde violent !

JNR: Vous craignez un ralentissement en zone euro
JPB: Les indices qualitatifs Markit nous envoient une série de nouvelles préoccupantes fin mars…
L’activité ralentit, L’euro pèse, La pénurie de main d’œuvre qualifiée se fait sentir, Les tensions inflationnistes montent.
L’activité ralentit: «l’activité globale de la zone euro enregistre sa plus faible croissance depuis plus d’un an, d’après l’indice PMI® Flash IHS Markit sur l’Eurozone qui se replie de 57,1 en février à 55,3 en mars, soit son plus faible niveau depuis janvier 2017. »

L’euro pèse – sur les exportations. Les prévisions d’emploi ralentissent, peut-être en liaison avec l’idée que les capacités de production sont déjà sous tension, et qu’il vaudrait mieux, alors, modérer le rythme d’embauche en attendant d’en savoir plus sur la conjoncture.

Les tensions inflationnistes montent donc : matières premières et salaires. « Les prix payés comme les tarifs continuent d’augmenter à des rythmes quasiment inégalés au cours des 7 dernières années », note ainsi Markit.

Certes, les perspectives restent bien orientées, mais quand même en repli. C’est le prix à payer de programmes d’investissements modérés dans la période passée, même si les taux étaient bas, et de formations insuffisantes, alors que le besoin de main-d’œuvre qualifiée ne peut qu’augmenter.

Au total la croissance se poursuit en zone euro, mais elle peut buter plus vite que prévu sur ses limites de production, humaine et technique, ce qui ferait remonter l’inflation et rater une vraie augmentation de la croissance. Le ralentissement actuel est un signal de poursuite des efforts, surtout pas de freinage : notre économie est basse de plafond, il faut le relever.

PF: Quelle est votre analyse des relations transatlantiques à l‘heure actuelle?
JPB: Les Etats-Unis prennent un risque énorme, pour eux et pour le monde. Se protéger n’est pas être protectionniste.

PF: Quelle politique économique l’UE doit mener face aux USA?
JPB: Evidemment il faut être plus forts et plus unis au sein de la zone euro, avec une vraie stratégie. Nous nous divisons et perdons de vue l’essentiel !

PF: Comment traiter la question des disparités économiques des membres de l’UE?
JPB: Aujourd’hui c’est traiter la question italienne, soutenir la formation et l’innovation au sein de la zone avec des champions mondiaux, et accepter sous condition des transferts.

PF: Quelle cible d’inflation pour l’UE?
JPB: La logique américaine inflation chômage est à creuser : l“Allemagnen est en plein emploi et l’inflation de la zone à 1,1% !

PF: Face à la Chine?
JPB: Sans plus d’unification, nous serons seulement un marché et les meilleures unités leur seront vendues (plus aux US).

PF: Et face à l‘Afrique?
JPB: là encore aucune stratégie d’envergure !

BB: Que pensez vous de la politique de la Banque Centrale Européene? Quelle est votre avis sur le „quantitative easing“?
JPB: Que faire d’autre, après ce qu’a fait la Fed ?

EK: Que pensez vous du role du FMI dans la politique internationale? Est enfin son dessin achevé?
JPB: Le FMI doit toujours surveiller et prévenir, mais aujourd’hui, il faut qu’il travaille sur la révolution technologique en cours !

BB: Le sauvetage de la Grece a été annoncé à plusieurs reprises. Est-elle maintenant definitivement sauvée?
JPB: Encore plus de privatisations et un cadastre !

JNR: A quelle analyse arrivez vous concernant l‘évolution de l‘économie britanique depuis le réferendum?
JPB: Que veulent-ils ? S’ils gagnent, la zone euro perd ! Il ne faut pas être naïfs devant ce risque stratégique et inflexibles sur la protection du marché.

EK: Mark Carney, gouverneur de la Bank og England a fait savoir que la Banque ne discute pas activement de la façon de renverser le plan de relance de l’assouplissement quantitatif (QE) dans lequel elle a acheté des centaines de milliards de livres d’obligations gouvernementales avec de l’argent. Est-ce alors une discussion „passive“? Quelle est votre avis sur la question?
JPB: Ils attendent!

BB: Dette italienne: La Ligue et le Mouvement 5 étoiles revendiquent un geste de la Banque centrale européenne sur la dette du pays. Est-ce si incohérent que ca?
JPB: „Un geste“ ne signifie rien, vous le savez. En revanche leurs banques locales sont percluses de mauvais crédits et dovent être soutenues (sous conditions bien sûr) et leurs PME perdent pied, d’où leur faible productivité et croissance. Entre Brexit, Italie, USA, Riussie… il serait temps de s’occuper de l’essentiel!

 

L’interview avec le Prof. Betbeze a été réalisé par (A-Z): Bernd Oliver BUEHLER (BB), Samir ER-RAJI (SE), Pape FAYE (PF), Ismael HAJJI (IH), Hugo KAISER (HK), Engy KHALIFA (EK), Antoine NODET (AN), Christophe RAMDAME (CR), Jean-Richard NIAGO (JNR) et Kevin ROMANTEAU (KR).


Ismail HAJJIIsmail HAJJIApril 21, 2017
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BONDS & SHARES a contacté les candiats à la présidentielle francaise pour contribuer à enrichir un débat concentré sur les enjeux économiques et financières. Jaques Cheminade est le premier des candidats qui nous a répondu. Il est le fondateur du parti politique Solidarité et progrès et candidat à la présidentielle française 2017. Jacques Cheminade est diplômé d’HEC Paris et de l’ENA et détient une licence de droit. Il a été fonctionnaire au ministère de l’Économie puis attaché commercial de la France à New York. Depuis 1996, il est président du parti politique Solidarité et progrès.

Quels sont, selon vous, les enjeux économiques les plus importants pour les Français ?

La situation économique et sociale de la France est catastrophique. La liste est longue ! Les personnes au chômage qui ont perdu tout espoir, les retraités vivants sous le seuil de pauvreté, les travailleurs qui souffrent au travail à cause d’une pression du chiffre toujours plus forte, les agriculteurs qui se suicident car ils travaillent sans compter pour un salaire de misère, les usines qui ferment, les personnes sans-abris… Une même logique dévastatrice est au fondement de ces exemples très préoccupants : celle de la rentabilité, de l’austérité, celle de la finance dévoyée que dénonçait F. Hollande en son temps et qu’il n’a pas combattue. Les Français ne sont plus maîtres de leur destin, c’est la finance qui est aux commandes et elle a infiltré sa logique dans toutes les strates de la société. Elle la déshumanise peu à peu. Voilà pourquoi l’enjeu économique majeur de la France est de se libérer de l’occupation financière, de la logique du gain à court terme. Le deuxième enjeu est le chômage, il faut d’urgence redonner du travail aux Français pour relancer la dynamique de la société et rendre notre système de sécurité sociale viable. Pour cela, le troisième enjeu est de rétablir une vision longue du développement de notre pays et du monde qui permettra de fixer des objectifs et d’avoir des projets créateurs d‘emplois.

En quoi votre programme peut-il répondre à ces enjeux ?

Je propose des solutions qui ont prouvé leur efficacité dans l’histoire. Comme Roosevelt en son temps, après la crise de 1929, nous mettrons en place une vraie loi de séparation bancaire qui nous protègera du jeu des grandes banques casino en interdisant que les Etats et les contribuables les renflouent. Ensuite, il nous faudra libérer le crédit en sortant de l’euro et de la BCE qui imposent ces politiques d’austérité aux états membres puis, nous créerons une banque nationale pour être libres d’allouer du crédit au financement de grands projets d’avenir porteurs d’emplois et de perspectives, en coopération avec les autres pays d’Europe et du monde. Nous traiterons notamment de l’urgence écologique à nettoyer les océans des plastiques que l’homme y a jetés. L’Afrique et son développement deviendront une priorité, nous mettrons fin aux scandales humanitaires récurrents qui touchent le continent, notamment les famines et la crise de l’eau. L’espace enfin devra constituer également un grand axe de développement pour notre pays : nos programmes spatiaux nous permettent des avancées considérables dans la médecine (avec le cœur artificiel ou encore la pompe à insuline), la téléphonie, dans le numérique, ce qui nous garantit un confort sur lequel peu d’entre nous seraient prêts à revenir, et surtout qui nous permettent d’accueillir les générations futures. Il nous faut poursuivre dans cette voie essentielle.

Quels sont pour vous les limites des programmes économiques de vos principaux concurrents ?

Un programme, la plupart des candidats en ont. Le problème c’est qu’ils n’ont pas de projet pour l’accompagner. Ils ont un programme sans vision d’avenir, une somme de mesures, de compromis pour que notre pays atteigne la fameuse règle d’or, les 3% de déficit, quitte, pour cela, à faire de l’humain une variable d’ajustement. Un projet au contraire, c’est avoir une certaine idée du monde et des grands axes de développement qu’il faut pour que les hommes et les générations à venir aient une vie meilleure. Voici la première limite commune à tous mes concurrents : l’absence de projet.

Dans le détail :

Emmanuel Macron : l’une des limites principales du programme économique d’E. Macron est l’absence de mesures radicales contre la finance. Sous la présidence Hollande, il a clairement cédé aux pressions des grandes banques en produisant une loi bancaire inutile et complaisante à l’égard de la finance, bien qu’en privé il était d’accord avec moi qu’il fallait réellement couper les banques en deux. En outre, il soutient l’uberisation du travail, qui permet à des plateformes Internet au-delà de toute législation du travail d’embaucher des travailleurs dont la précarité ne cesse de s’accroître. Enfin, si on se réfère à sa loi économique passée sous la présidence Hollande, l’exemple très parlant des bus Macron est symptomatique : c’est un retour clair en arrière qui creuse toujours plus les disparités entre les Français qui ont les moyens et ceux qui ne les ont pas.

Marine Le Pen : Comme E. Macron, M. Le Pen ne s’attaque pas véritablement à l’enjeu de la finance. En ayant choisi Bernard Monot comme conseiller économique, elle a trahi ses intentions et décrédibilise toute sa politique d’indépendance. En effet, celui qui est à l’origine de toute la politique économique du programme de M. Le Pen a clairement exprimé son positionnement à l’égard des marchés qui s’inquiétaient de la sortie de l’euro prônée par le FN: « Nous sommes très attachés à la stabilité monétaire des marchés. Je suis un homme des marchés» (Le Figaro). Finalement, M. Le Pen demeure est une vraie monétariste, une nationale monétariste dont la politique économique serait catastrophique.

François Fillon : F. Fillon est un ultra-libéral et bien qu’il soit d’accord pour dire que la France se trouve face à une grave crise financière, il axe sa solution sur la baisse drastique de toutes les dépenses publiques. C’est l’austérité économique : supprimer des postes de fonctionnaires, couper dans la sécurité sociale… contrairement à lui, j’estime qu’il n’y a pas de relance possible du pays sans des investissements massifs dans des grands projets de développement. F. Fillon, c’est le candidat de la BCE qui demande aux peuples de se serrer la ceinture à n’importe quel prix : la dette, même injuste comme en Grèce, est plus importante que l’humain.

Benoît Hamon : Le programme de B. Hamon révèle une volonté de s’adapter, de fixer un peu de social sur le système inique en place. Sa mesure phare du revenu universel ou la taxation des robots sont typiques de cela : il ne croit pas à la possibilité de créer véritablement de l’emploi en France ni à l’augmentation des salaires.

Jean-Luc Mélenchon : J-L Mélenchon s’oppose au monde de la finance et au capitalisme financiarisé. Cependant, dans la dernière ligne droite (meeting du 18 avril), afin de gagner en électorat il recule au sujet de la sortie de l’UE et de l’euro en disant que nous pouvons en modifier les Traités. Je ne pense pas que nous puissions modifier les traités : il nous faut sortir de ces traités pour reconstruire une vraie Europe. Par ailleurs, son programme a beaucoup trop verdi ! Il souhaite notamment sortir du nucléaire, ce qui serait une catastrophe pour la France. Le nucléaire est l’énergie de l’avenir à condition de miser sur le nucléaire propre de 4ème génération et la fusion nucléaire.

Merci, Monsieur, d’avoir répondu à nos question

Interview réalisée par Ismail Hajji et Bernd Oliver Bühler, membres de la rédaction de Bonds & Shares 


Ismail HAJJIIsmail HAJJIApril 19, 2017
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Arnaud Scarpaci est diplomé d’une maitrise de sciences de gestion de l’université de Dauphine depuis 2002, du troisième cycle Finance, Trading et Négoce International de l’ESLSCA depuis 2004 mais aussi du DU AUREP Gestion de Patrimoine de l’Université de Clermont Ferrand depuis 2015. Après des premières expériences en banque d’investissement au sein de SG DEAI au département produits dérivés actions et chez Natexis au desk activités taux et change clientèle large corporate, il a intégré le groupe Reuters en 2005 avant de rejoindre en tant qu’Associé Gérant la société Agilis Gestion spécialiste de la gestion quantitative et systématique. Depuis Novembre 2012, suite à la fusion Montaigne Capital -Agilis Gestion, il est maintenant Gérant de Portefeuille sur les FCP de la nouvelle structure et conseille la clientèle investie en assurance vie et mandats de gestion.  C’est en sa qualité qu’expert et professionnel du monde des affaires qu’il a décidé de répondre à notre questionnaire:

Les finances publics sont parmi les sujets majeurs de cette campagne. Quelles sont selon vous les solutions les plus pragmatiques pour traiter cette problématique ?

Au quatrième trimestre 2016, le ratio de la dette publique en France atteignait 97.4% du PIB (par comparaison l’Allemagne se situe à 75%) mais lorsque l’on rapporte la dette publique française aux recettes publiques, ce ratio atteint 180%.

Le problème qui se pose à la France et aux Etats de la zone euro est comment concilier croissance et réduction de la dette publique.

Le problème de la dette publique depuis quelques années est repassé au second plan par rapport à la croissance dans la mesure où la politique non conventionnelle de la BCE à travers son quantitative easing a permis de baisser la charge des intérêts. La question va se reposer quand les taux d’intérêts vont remonter notamment pour les Etats périphériques et la France.

Il est donc important de choisir aujourd’hui le type de modèle : un modèle où le surcroit de croissance peut compenser la hausse de l’endettement (modèle suivi par D.Trump) ou au contraire à défaut songer à réduire la dette publique avant que les taux ne remontent.

Pour réduire la dette publique à un niveau national, il faut dans un premier temps baisser les dépenses publiques en réformant le secteur public (à l’image du cas de la Suède qui a divisé son ratio dette publique/PIB par deux entre 1997 et 2011), revoir le système de la sécurité sociale en luttant contre la fraude, contrôler les dépenses de retraite. Le problème de la France se pose par rapport au déficit structurel (recettes publiques insuffisantes par rapport aux dépenses)

Une autre solution est également de profiter du regain d’inflation pour accroître les recettes fiscales via la TVA indexée sur les prix. L’idée est donc de faire augmenter l’inflation plus rapidement que les prestations sociales versées.

Enfin, sur un niveau plus européen, la création d’un Trésor Européen permettrait en étant face à la BCE de « flécher » les financements de la BCE vers les investissements en Europe afin de mettre en place une Europe fédérale.

Le chômage n’a jamais été aussi haut en France. Le monde de l’entreprise est accusé de tous les torts. Quels sont selon vous les solutions à apporter pour changer cet état d’esprit en terme de philosophie et de politique d’investissement au sein des entreprises ?

Pour changer la perception du monde de l’entreprise, je pense qu’il faut désormais intégrer trois notions : la réglementation croissante dans le secteur financier notamment, le développement croissant des technologies et du phénomène de digitalisation et enfin l’aspect fiscal pesant actuellement sur les entreprises françaises par rapport aux entreprises anglo saxonnes qui se traduit par une fuite des cerveaux vers ces pays.

Sur l’aspect réglementation, les exigences en termes de fonds propres ne cessent de grimper. Mais en parallèle, les dispositifs comme le CICE (crédit impôt pour la compétitivité et l’emploi) sont un levier pour déclencher des recrutements de salariés et effectuer des investissements technologiques. Le CICE a profité à la grande distribution mais les banques n’ont pas joué le jeu et ce dispositif n’a pas été transmis de la sphère financière à la sphère économique.

Sur l’aspect de la digitalisation, l’arrivée des robo advisors et des robots plus généralement va provoquer des vagues de licenciement massives dans les banques mais aussi dans les autres secteurs. Il est donc important de préparer les employés à plus de flexibilité mais aussi devenir plus multi-tasking par le biais de formation. On peut observer aujourd’hui notamment dans les banques d’investissement que beaucoup d’employés restent cantonnés à une tâche précise et cela est la principale menace des prochaines années.

Enfin, sur l’aspect fiscal, le taux d’impôt sur les sociétés en France est de 33% alors que les Etats Unis envisagent de le passer à 15%. Il est important de souligner aussi que les recettes fiscales en France liées à l’IS représentent 12% des recettes totales. Le taux d’IS passera à 28% d’ici 2020 selon la loi de finance 2017 ce qui permettra aux entreprises françaises d’être plus compétitives mais la marge par rapport aux pays anglo saxons est encore grande.

Pour certains candidats l’Europe et l’Euro sont accusés de tous les maux. Quelle est votre opinion vis-à-vis de la construction Européenne et quels sont, selon vous, les chantiers qui restent à pourvoir ?

Le plus urgent à l’heure actuelle est de profiter du rétrécissement des spreads entre les taux des Etats périphériques et de l’Allemagne pour mettre en place aujourd’hui une Europe Fédérale. La faiblesse actuelle des taux est de nature à favoriser la croissance. Il faut profiter que le focus est moins mis sur la situation de la dette pour harmoniser les systèmes fiscaux afin de protéger la compétitivité des entreprises en zone euro et de réorienter les flux d’investissement de la BCE vers l’Europe via un Trésor Européen et enfin de garantir auprès des banques le suivi des flux de la sphère financière vers la sphère économique pour faciliter le crédit aux entreprises.

Quelle est, selon vous, la politique économique qu’il faut mettre en place afin de garantir la réussite du prochain quinquennat ?

L’accalmie sur la crise de la dette ne sera que passagère et il faut profiter de la faiblesse des taux pour réduire la dette publique (par la réduction des dépenses publiques sur les dépenses de santé et la refonte du système des retraites, l’inflation générée par la croissance), s’affirmer au niveau européen pour la mise en place d’une Europe Fédérale pour permettre une meilleure compétitivité des entreprises européennes et françaises.

Merci, Monsieur, pour vos réponses.

Interview conduite par Ismail HAJJI, membre de la rédaction


Ismail HAJJIIsmail HAJJIApril 12, 2017
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Thomas Péran est professeur associé à la Paris School of Business, il est aussi chargé d’enseignement en finance à Sciences Po Bordeaux. Il est auteur du classique Gestion de la banque aux Editions Dunod. Et c’est par sa qualité d’expert et acteur du monde économique que nous avons décidé de l’interviewer et d’avoir son avis sur l’offre économique de la présidentielle.

Les finances publiques sont parmi les sujets majeurs de cette campagne. Quelles sont selon vous les solutions les plus pragmatiques pour traiter cette problématique ?

Effectivement, cette campagne présidentielle présente des traits caractéristiques bien particuliers. Elle ne procède plus du schéma traditionnel de la Ve République basé sur la survalorisation des clivages : partis de gouvernement/partis d’opposition et partis de gauche/partis de droite… Les postures politiques sont aujourd’hui avant tout thématiques. Et cela constitue la vraie bonne nouvelle de cette campagne. Par exemple, Emmanuel Macron est particulièrement représentatif de cette tendance récente. Outre son affirmation « ni de gauche, ni de droite », c’est sa volonté d’incarner le « Monsieur économie » qui est marquante.

Bien entendu, la campagne apporte aussi son lot de mauvaises nouvelles. Jamais les affaires judiciaires des candidats n’avaient autant pris de place dans une campagne (en nombre, heureusement pas en intensité, car sur ce dernier point, le début du XXe siècle reste champion). Et c’est ici, parmi les mauvaises nouvelles, qu’il faut évoquer les finances publiques de l’Etat. Leur niveau et le peu d’égards des politiques sur ce point sont affligeants. Puisque vous m’interrogez sur les solutions à apporter, la réponse est simple : la vocation universelle au changement de la doxa politique majoritaire est déplacée. Nous possédons déjà tous les outils nécessaires à une gestion saine des finances publiques : rapports parlementaires et de la Cour des comptes, benchmarks, audits, calculs des coûts et ratios… Nous n’avons jamais autant quantifié, et pourtant, le monde n’a jamais moins su où il allait. L’instabilité des programmes politiques mis en place depuis le premier recours en 2002 au quinquennat présidentiel y est pour beaucoup. Les déformations résultant de l’utilisation présidentielle de notre régime, pourtant constitutionnellement parlementaire, sont aussi responsables de l’état des finances publiques.

Juste un rappel : le Pacte de stabilité et de croissance est un outil simple qui préconise un cantonnement à 3% de déficit public excessif et à un taux d’endettement au regard du PIB de 60%. Or, nous sommes aujourd’hui respectivement à 3,4% et 96%. C’est ahurissant ! Diminuer les dépenses est sur le papier d’une simplicité enfantine. C’est le faire durablement et de manière cohérente qui est compliqué.

Le chômage n’a jamais été aussi haut en France. Le monde de l’entreprise est accusé de tous les torts. Quels sont selon vous les solutions à apporter pour changer cet état d’esprit en termes de philosophie et de politique d’investissement au sein des entreprises ?

Là encore, la radicalisation de la vocation au changement n’est pas à encourager. La France est un Etat plus interventionniste que libéral. C’est un fait historique, qui au final appelle à peu de commentaires. Il faut faire avec, et surtout bien intégrer cette composante dans l’action politique. Dans un Etat dont la Constitution sociale et politique est fondamentalement interventionniste et « droit-de-l’hommiste », la masse budgétaire est logiquement importante et le taux d’endettement plus difficile à contenir. Deux mesures semblent intéressantes à poursuivre pour améliorer la politique de l’emploi.

Premièrement, l’instauration d’un contrat de travail unique plus simple et plus adaptable semble, selon les études économétriques sérieuses, une piste crédible. Certains y voient l’émanation d’un régime puissamment néolibéral, mais il n’en est rien. Les Français recherchent l’égalité, valeur constitutionnelle fortement affirmée (préambule et article 1 de la Constitution de 1958, entre autres), et cette mesure semble à même d’y répondre. Vous évoquez le volet « philosophique » de la politique de l’emploi et de l’investissement, et bien c’est exactement de cela qu’il s’agit avec ce type de contrat : de philosophie égalitaire du travail et de fin d’une économie du travail clivante.

Deuxièmement, dans une optique de permanence de l’action politique, à privilégier par rapport à la permanence des institutions et des places gardées qui au final importe peu, le retour au Plan pourrait être à recommander. Il ne faut pas y voir un retour au dogmatisme du XXe siècle, mais bien plus une mesure de cohérence dans le temps en matière de dépense publique et d’investissement. C’est bien connu (bien oublié aussi), la prise en compte du facteur temps dans l’application et le succès des programmes économiques est primordiale. Nous avons érigé en tendance managériale de fond, tant dans la sphère publique que dans la sphère privée, le fonctionnement en « mode projet ». Mais cela n’aboutit pas toujours à la cohérence. Les économies nouvelles (le concept d’émergence est inapproprié), notamment les pays du Golfe et asiatiques, dont l’Europe envie les chiffres de croissance, mettent aujourd’hui en place avec intelligence, à l’instar de ce que nous faisions quelques dizaines d’années en arrière, des plans stratégiques pluriannuels. La pluriannualité et les lois de programmes sont bien des composantes de nos finances publiques (voir la Loi organique relative aux lois de finances du 1er août 2001), mais l’instabilité des politiques ne permet pas de leur donner pleinement effet.

Pour certains candidats l’Europe et l’Euro sont accusés de tous les maux. Quelle est votre opinion vis-à-vis de la construction Européenne et quels sont, selon vous, les chantiers qui restent à pourvoir ?

Il est vrai que les pays membres de l’Union européenne n’affichent pas les mêmes fondamentaux économiques. Par exemple, pour que la zone euro soit équilibrée les experts préconisent que la balance des comptes courants des Etats ne dépasse pas 6% du PIB. La France se situe aujourd’hui à -0,5% alors que les pays nordiques se rapprochent de 10%. Difficile alors de mener une politique économique unique (c’est pourtant bien le but de l’Union européenne). L’observation et l’imitation des Etats fédéraux paraît ici essentielle pour mieux comprendre la manière dont nous pourrions relever le défi de l’hétérogénéité. Rappelons que l’Europe n’est juridiquement pas une Fédération puisqu’elle ne possède pas de Constitution qui se superposerait aux Constitutions nationales (c’est le criterium de la Fédération).

Mais il paraît primordial d’affirmer que, dans le cas de la France qui présente une dette publique de 2147 milliards (j’emprunte les chiffres de mon collègue et brillant économiste Jean-Paul Betbeze), ce sont les fondamentaux de l’économie nationale qui sont responsables de l’impasse. La réflexion doit aussi se mener en interne, et pas seulement au sein de l’Union européenne. L’Europe est une chance et une force, il ne faut pas renier ce que nos prédécesseurs créent depuis les années 1920. A cet égard, l’approbation par vote du cadre du Brexit le 5 avril 2017 et une démonstration de tout l’attrait et de la place fondamentale de l’Europe. En suspendant la mise en place de la relation commerciale du Royaume-Uni avec l’Union à son retrait définitif, la volonté de préserver l’euro est clairement mise en avant.

Enfin, pour accroitre la performance des politiques économiques de l’Union européenne, la concentration des efforts sur les entreprises doit être accrue. Cette exigence est bien comprise par les institutions européennes (voir par exemple le mémo 11/879 de la Commission européenne). Agir sur les taux comme le fait la Banque centrale européenne sans bâtir le cadre réglementaire facilitant l’accession au crédit et au financement pour les PME est illusoire. La Directive AIFM 2011/61/UE du Parlement européen et du Conseil, tout comme le Règlement UE 345/2013 du Parlement européen et du Conseil ont efficacement montré la voie. Il faut désormais aller plus loin.

Quelle est, selon vous, la politique économique qu’il faut mettre en place afin de garantir la réussite du prochain quinquennat ?

Sur un plan strictement économique, la marge de manœuvre est extrêmement limitée en matière de dépense publique, tout comme la redéfinition de la balance commerciale au sein du marché unique. C’est sur l’innovation et la défiscalisation des secteurs privilégiés qu’il va falloir jouer. L’industrie française est, pour un temps encore, puissante. Elle est totalement en mesure de remporter des appels d’offres dans le cadre de projets européens et mondiaux d’envergure. L’impact de ces grands marchés publics et privés est à la fois stratégique et réputationnel. La grandeur de la France aux siècles derniers était fortement corrélée à l’ampleur de son industrie. C’est pour cela que l’on a parlé de révolution industrielle. En matière de production d’énergie, de construction d’infrastructures de transport ou encore d’innovations technologiques, la France peut encore apporter au Monde et le prochain Président doit en être le principal commercial. Doter fortement les Pôles de compétitivité comme Finance Innovation, à la tête duquel Joëlle Durieux accomplit un travail gigantesque est pour moi « le » levier d’action pour le prochain quinquennat. La santé fiancière et le rôle de modèle joué par les FinTech françaises en sont le plus bel indice.

Merci, Monsieur, d’avoir répondu à nos questions


Ismail HAJJIIsmail HAJJIApril 11, 2017
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Fondateur d’Haussmann Venture, Julien Zerbib a débuté sa carrière dans la structuration de Produits chez OFI Asset Management.  Il rejoint ensuite UBS pour 5 ans à Paris puis à Monaco en tant que Gérant de Portefeuille et responsable du département Produits Structurés.  Julien Zerbib est double diplômé du Magistere Finance de l’Université de la Sorbonne et d’un MBA en Gestion d’Actifs. Sa société, Haussmann Venture, est une banque d’affaires parisienne. Créée en 2015 par d’anciens cadres de la gestion de fortune et de l’ingénierie financière, Haussmann Venture accompagne entrepreneurs, dirigeants, actionnaires, fonds d’investissement et groupes industriels dans toutes les étapes de la croissance de leur entreprise et leurs enjeux patrimoniaux. Ses compétences sont la gestion privée, Le Family Office, le Private Equity, La Fusion Acquisition et le LBO. De par son expérience et sa connaissance, il a décidé de répondre à nos questions:

Q: Les finances publiques sont parmi les sujets majeurs de cette campagne. Quelles sont selon vous les solutions les plus pragmatiques pour traiter cette problématique ?

Par définition, améliorer l’état des finances publiques consiste pour un état, à augmenter ses recettes (ou les garder stables) tout en diminuant ses dépenses. Historiquement, cela s’est fait par une hausse drastique des recettes fiscales, et notamment de l’impôt sur le revenu – sans assister à une baisse des dépenses. Les français en ont marre de payer davantage d’impôts chaque année, et on assiste à une fuite des richesses de notre pays vers des pays à fiscalité avantageuse.

Pour améliorer l’état des comptes publics, le prochain Président de la République devra engager un plan concret de réduction des dépenses : réduction du nombre de fonctionnaires, contrôle renforcé des bénéficiaires d’aides sociales, et surtout repenser complètement le modèle de notre sécurité sociale, qui présente un gouffre financier pour l’État chaque année.

Q: Le chômage n’a jamais été aussi haut en France. Le monde de l’entreprise est accusé de tous les torts. Quels sont selon vous les solutions à apporter pour changer cet état d’esprit en terme de philosophie et de politique d’investissement au sein des entreprises ?

En tant que créateur et gérant de ma propre entreprise, je m’aperçois qu’il est impossible d’embaucher, et donc naturellement de créer de l’emploi. En effet, embaucher un salarié sur une base de 100 net d’impôts représente un coût de 180 pour l’entreprise (après application des différentes charges & cotisations sociales) . (source : https://entreprise.pole-emploi.fr/cout-salarie/)Quasiment le double ! Dans ces conditions, comment pouvez-vous embaucher ? Il faut réduire considérablement ces coûts.

Au niveau des investissements PME, de bonnes choses ont été faites par le passé avec les dispositifs MADELIN & TEPA qui permettent à des investisseurs souhaitant investir dans l’économie réelle de réduire une partie de leurs impôts. Il faut continuer sur cette voie et proposer de nouveaux dispositifs pour encourager la dynamique.

Au niveau de l’emploi aussi, le statut de JEI (Jeune Entreprise Innovante) permet à certaines entreprises de profiter d’aides à l’embauche. Mais tout le monde n’a pas le statut de JEI… Il faudrait créer un dispositif généralisé permettant aux entreprises de moins de 5 ans de bénéficier de réductions à la fois de charges et de cotisations pour les encourager à embaucher !

Q: Pour certains candidats l’Europe et l’Euro sont accusés de tous les maux. Quelle est votre opinion vis-à-vis de la construction Européenne et quels sont, selon vous, les chantiers qui restent à pourvoir ?

Il n’y a pas de doute, l’Europe & l’Euro restent une chance pour la France mais il faut savoir en tirer profit. Il faudrait renforcer la cohésion européenne sur les sujets de défense et de sécurité intérieure. Le chantier de la transition énergétique, et du numérique sont à pourvoir à l’échelle européenne. Tous les états doivent impérativement réunir leurs forces pour répondre à ces défis.

Q: Quelle est, selon vous, la politique économique qu’il faut mettre en place afin de garantir la réussite du prochain quinquennat ?

Demandez le à Emmanuel Macron.

Q: Merci beaucoup d’avoir répondu à nos questions.

Interview conduite par Ismail HAJJI membre de la rédaction


Ismail HAJJIIsmail HAJJIApril 10, 2017
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Alain Pitous est Directeur Général de Talence Gestion, une société de gestion indépendante, agréée par l’AMF. M. Pitous a travaillé dans le secteur de la gestion d’actif depuis 1986. Diplômé de l’EDHEC, il a commencé sa carrière dans une société de bourse à Lille.  Il a ensuite rejoint la Société Générale en tant que gérant de portefeuille obligataire. Par la suite, il a managé des équipes de gestions diversifiées, puis actions et taux jusqu’en 2009.  À ce moment-là il a activement participé à la création d’Amundi (Groupe Crédit Agricole) entité regroupant les activités de gestion de la Société Général et du Crédit Agricole.  Membre du Comité exécutif d’Amundi jusqu’en 2014, il a rejoint une aventure entrepreneuriale en intégrant Talence Gestion en tant que Directeur Général.  Talence Gestion, société de gestion entièrement indépendante, a deux métiers, la gestion de fonds essentiellement « actions » et la gestion sous mandat pour clients privés. Et c’est en sa qualité d’expert et de par son expérience que nous avons décidé d’avoir son avis sur l’offre économique pour l’élection à la Magistrature suprême.

Q: Les finances publiques sont parmi les sujets majeurs de cette campagne. Quelles sont selon vous les solutions les plus pragmatiques pour traiter cette problématique ?

À partir du constat actuel et sous réserve de bouleversement majeur du champ politique, aucune solution type « choc » n’est possible ; personne n’a de majorité pour de telles mesures. C’est pour cela que la seule solution valable est de fixer un cap, et de réduire progressivement la pente de progression de la dépense publique.

Exemple : fixer une hausse de la dépense publique inférieure à la croissance de 0.5%.

Q: Le chômage n’a jamais été aussi haut en France. Le monde de l’entreprise est accusé de tous les torts. Quels sont selon vous les solutions à apporter pour changer cet état d’esprit en termes de philosophie et de politique d’investissement au sein des entreprises ?

Là aussi on peut toujours espérer le grand soir mais cela reste illusoire. Les emplois aidés et les mesures de ce genre ne fonctionnent pas. Ce qu’il faut faire c’est agir massivement sur la formation parce que cela relève de l’urgence si on veut maintenir une paix sociale et remettre les chômeurs en situation d’emploi pérenne. En regroupant sous une seule autorité les budgets actuels qui sont alloués à la formation professionnelle, on pourrait peut-être faciliter une réinsertion des chômeurs longue durée et des jeunes sans diplôme dans le marché du travail. Ce sont ces catégories socio-professionnelles qui posent problème et qui courent des risques d’exclusion sans retour. D’autres mesures simples et qui ne coûtent pas trop à l’État sont envisageables sur les petites structures de moins 50 salariés. Ce qui encouragerait les chefs d’entreprises à la création d’emplois.

Par ailleurs il faut aussi agir en amont sur l’éducation. On a 150 000 jeunes qui sortent de l’école sans diplôme tous les ans soit 1.5 Millions de personnes sur les 10 dernières années. Pour y remédier il faut encourager l’apprentissage qui est également une manière de faciliter l’intégration des jeunes dans le monde du travail.

Et pour conclure, je pense que les 35 h sont une mesure handicapante pour la productivité de notre économie et la supprimer est selon moi une nécessité.

Q: Pour certains candidats l’Europe et l’Euro sont accusés de tous les maux. Quelle est votre opinion vis-à-vis de la construction Européenne et quels sont, selon vous, les chantiers qui restent à lancer ?

L’économie française souffre avant tout d’un manque de productivité et de qualité vis-à-vis de ses voisins Européens et le raisonnement qui attribue ce déficit à l’Europe est pour moi un raisonnement simpliste. Nous ne pourrons être crédibles vis-à-vis de nos partenaires Européens que si nous sommes capables de prendre le taureau par les cornes et faire face à nos problèmes.

La fiscalité et son corollaire la fraude fiscale constituent des sujets sur lesquels il faut légiférer d’urgence. Il est inconcevable selon moi que des entreprises qui génèrent du Chiffre d’Affaires dans un pays profitent de failles juridiques pour ne rien payer de leur dû fiscal dans un autre pays Européen. De la même façon, l’Europe doit agir sans trembler sur les fraudes fiscales pour une simple question de justice et d’égalité devant la loi. Politiquement des sujets comme ceux-là pourraient justifier une confrontation et la mise en place d’un rapport de force au sein de la communauté Européenne.

Q: Quelle est, selon vous, la politique économique qu’il faut mettre en place afin de garantir la réussite du prochain quinquennat ?

Pour moi, une politique économique « libérale » sur le plan économique est le facteur clés de succès du prochain quinquennat. Cela permettra à ceux qui ont en les capacités d’être libre d’entreprendre. Mais en contrepartie il ne faut pas oublier qu’on a 6 million de chômeurs et 9 millions de personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté dont les conditions sociales et économiques ne peuvent qu’empirer si on ne fait rien. Un équilibre entre l’état providence et une politique libérale doit être trouvé. Il faut garder à l’esprit que la France est la 5ème puissance économique mondiale. Notre pays se doit d’offrir des garanties de vie décente à ses citoyens y compris les moins privilégiés d’entre eux. Cela passe par l’accès au logement et la lutte contre la malnutrition. La question du handicap reste un sujet majeur à mes yeux. Il faut que l’État soit capable d’accompagner les 12 millions de Français souffrant d’un handicap afin de garantir des conditions de vie dignes à cette catégorie de la population.

Q: Merci beaucoup de vos réponses.

L’interview a été conduite par M. Ismail HAJJI, membre de la rédaction



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