Hugo KAISERHugo KAISERMay 29, 2018
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Jean-Paul Betbeze est Professeur agrégé des Facultés de Sciences économiques, HEC, est actuellement président de Betbeze Conseil SAS et Economic Advisor de Deloitte SA. Il a également été Chef économiste, directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu’en 2012 et membre de son Comité exécutif. Membre du Conseil d’Analyse économique auprès du Premier ministre, membre du Comité économique de la nation auprès du Ministre de l’économie et des finances pendant de nombreuses années, il a été également membre du Bureau du CNIS. Il a notamment publié en 2017 „La France, malade imaginaire?“ aux Editions Economica et en 2016 „La Guerre des Mondialisations“ chez le même éditeur. Auparavant, il a écrit „Crise une chance pour la France“ (2009); „Crise : par ici la sortie“ (2010) ; „La France à quitte ou double“ (2011); „100 jours pour défaire ou refaire la France“ aux PUF (2012) et, en mars 2013: „Si ça nous arrivait demain“… chez Plon. Il publie sur son site internet www.betbezeconseil.com chaque dimanche une lettre.

L’interview avec le Prof. Betbeze a été réalisé par (A-Z): Bernd Oliver BUEHLER (BB), Samir ER-RAJI (SE), Pape FAYE (PF), Ismael HAJJI (IH), Hugo KAISER (HK), Engy KHALIFA (EK), Antoine NODET (AN), Christophe RAMDAME (CR), Jean-Richard NIAGO (JNR) et Kevin ROMANTEAU (KR).

CR: Dans votre livre „2012: 100 jours pour défaire ou refaire la France“ la situation française a bien évolué. Mais dans quel sens?
JPB: Nous vivons une sortie de crise très complexe, non seulement parce qu’il s’agit de corriger la crise des subprimes qui a fragilisé la finance mondiale, mais surtout parce que nous entrons dans une nouvelle ère de révolution industrielle, celle de la communication, de l’Intelligence artificielle désormais. La France avance dans ce nouveau monde avec beaucoup à changer, des firmes souvent de trop faible taille et de rentabilité insuffisante. C’est donc très compliqué, économiquement, financièrement, technologiquement, sociologiquement et politiquement.

CR: Il y a plus de croissance et d’emploi.
JPB: Certes, mais nous assistons à une bipolarisation entre experts et emplois de proximité et de faible qualification, au détriment des emplois intermédiaires.

BB: Est-ce qu’il n’y a pas de moyens pour préserver les emplois intermédiaires?
JPB: Les emplois intermédiaires actuels impliquent bien plus de formation aux nouvelles technologies meilleure utilisations des applications, hausse de la productivité…. mais ne pourront tous être sauvés. En même temps, de nouvelles activités naissent pour améliorer les organisations actuelles, avec les startups, et aussi dans le domaine des services à la personne. Nous sommes des sociétés vieillissantes. Il faut équiper les logements, suivre et former les personnes qui vont y vivre, et offrir de nouveaux services high tech.

IH: Est-ce que le chômage de masse reste une fatalité?
JPB: Il y a un terrible contraste entre ce qui se passe aux États-Unis et en Europe. Là-bas, la mobilité est plus forte et sans doute aussi la formation ou l’auto-formation. Nous sommes aussi en retard dans les nouveaux services. Il ne s’agit pas de faire baisser les salaires mais de faire baisser les charges et les impôts, par une modernisation et une simplification des structures publiques qui, bien souvent, datent. La fatalité, c’est quand on ne fait rien.

BB: Quelle est votre réponse à la digitalisation et la robotisation?
JPB: Formation, formations, formation et innovations pour répondre aux nouveaux besoins. Les robots ne sont pas seulement des choses qui produisent, mais des logiciels que gèrent, commandent, surveillent, optimisent… sans compter le domaine immense de l’intelligence artificielle!

CR: Dans votre “La guerre des mondialisations” vous parlez aussi de la Chine. Que pensez-vous de son économie?
JPB: Ce livre décrit assez bien ce qui se passe, avec un Chine qui veut devenir leader des BRICS et des émergents, et à crédit désormais! Il a bien vieilli! Et maintenant, la Chine entre dans un jeu dialectique avec Trump!

CR: Est-ce que on peut concevoir à une bulle pour un pays?
JPB: Non!

CR: Quel regard portez-vous sur l’Economie allemande?
JPB: Elle continue d’avancer, ses forces industrielles étant concurrencées par la Chine pour l’essentiel, sachant que des questions montent de la part des USA, en liaison avec certaines paroles de Donald Trump sur son excédent commercial avec les États-Unis. Mais, pour l’heure, le problème majeur est celui du manque de main-d’œuvre qualifiée.

CR: Et si on devrait comparer avec la France quel bilan en tirez-vous?
JPB: L’Allemagne a une stratégie.

CR: Quel est votre bilan des premiers actes du gouvernement Macron?
JPB: Positif, compte tenu des retards accumulés et des manques de choix clairs, la France est affaiblie dans la concurrence mondiale, chamboulée par la révolution industrielle en cours. Il y a donc beaucoup de chantiers interdépendants «en même temps».

CR: Quels sont pour vous les prochaines étapes nécessaires de la politique française?
JPB: A mon avis expliquer la révolution industrielle en cours, ce qui se passe et ce qu’il faut faire pour réussir. Ceci implique partout des formations, à l’école, dans les TPE, PME, services de proximité, qui ne sont pas préparés. C’est la base qui doit bouger, en fonction des nouvelles technologies d’information et de communication.

CR: Quel sera l’avenir du continent africain?
JPB: Son avenir dépendra de la façon dont il gère sa démographie: c’est le seul continent sans transition démographique, c’est lui qui assurera l’essentiel de la croissance démographique du monde. Il est exposé à la révolution en cours, plus au réchauffement climatique et à des crises hydriques. En cas de crises, des migrations d’ampleur sont à attendre: d’où l’importance décisive de les prévenir.

EK: La Banque Centrale de l’Argentine vient de passer les taux d’intérêt à 40%. Quelle est votre analyse de la situation?
JPB: 50 milliards de dollars de crédits demandés au FMI: le creusement du déficit courant (30 milliards de $), l’importance du déficit budgétaire (7% du PIB) et de la dette publique (53% du PIB) ont emporté le peso. La Banque centrale argentine, malgré une hausse des taux d’intérêt à 40%, ne pouvait résister à une spéculation qui avait consommé 10% de ses réserves en quelques jours. L’Argentine cherche une ligne de crédit flexible de 50 milliards de dollars auprès du FMI, de façon à restaurer la confiance. Elle devrait l’obtenir. Notons que des tensions sont également présentes en Turquie.

JNR: Est-ce que l’inflation reste pour vous un moyen légitime dans les outils du secteur financier?
JPB: L’inflation est partout un objectif de politique monétaire, donc de polarisation des anticipations de salaires, en fait.

EK: L’économie de l’état de Californie est devenue maintenant la 5ième économie du monde devant la Grande Bretagne. Qu’est-ce que nous pouvons en apprendre en termes de croissance?
JPB: Que la révolution industrielle en cours polarise les richesses en termes de valeur ajoutée, sachant que les portables sont largement faits en Chine et à Taïwan et les codes écrits en Inde!

EK: Une étude la Citi prévoit que les USA sont en train de devenir le premier exportateur de pétrole dans le monde. Est-ce le monde à l’envers?
JPB: Pas encore: 2030 selon certaines études, et le pétrole n’est plus ce qu’il était!

CR: Le taux de chômage aux USA vient de tomber à 3,9%. Est-ce un réel succès?
JPB: C’est l’effet de la politique monétaire, dans une économie assez fermée (X/PIB = 11%). Mais les salaires et l’inflation suivent, donc le dollar.

BB: Certains analystes veulent attribuer ce chiffre à la politique du président Obama. Combien de «politique» y a-t-il dans les analyses économiques?
JPB: Attention à ne pas trop politiser et psychologiser: l’essentiel dépend de la polarisation des anticipations.

BB: Et combien d’économique dans les analyses politiques?
JPB: Pas assez!

CR: Etes-vous keynésien ou libéral?
JPB: Keynes était membre du parti libéral.

CR: C’est vrai, mais à l’heure actuelle les libéraux d’aujourd’hui sont plus vraiment keynésiens, mais “libre marché”. Jusqu’à quel degré les forces économiques sont vraiment libres ? Jusqu’à quel degré sont-elles restreintes ?
JPB: La base du libéralisme, c’est reconnaitre que l’on ne connaît pas les effets globaux des choix de chacun. C’est donc parier qu’il vaut mieux laisser faire, dans un contexte légal bien sûr.

BB: Dans les Sciences Economiques à la française, Keynes a une place incontournable. Est-ce bon ou mauvais?
JPB: Par bonheur, on lit des travaux plus récents et le débat international est très riche!

CR: Quel sont pour vous les bons et les mauvais économistes?
JPB: Un mauvais économiste est celui qui ne part pas des faits et du monde tel qu’il devient : révolution technologique et nouvelles richesses des nations. Inutile de donner des noms, tout le monde peut se dire économiste, à la différence des médecins ou des architectes!

JNR: Qui parmi les économistes vous a inspiré le plus?
JPB: Schumpeter.

CR: Pourquoi avoir choisi ce métier?
JPB: Parce tout change tout le temps !

BB: C’est actuellement le 200ième anniversaire de Karl Marx? Est-ce un événement à fêter?
JPB: Les gens sont libres: l’essentiel est de le lire!

IH: Est-ce que Marx est de retour ou est-ce qu’il n’a jamais été absent?
JPB: Aucune économie n’est hors sol!

IH: Qu’en est-il de la question de la justice sociale?
JPB: L’égalité des chances.

CR: Que pensez-vous de l’économiste française Thomas Piketty?
JPB: La question des inégalités est centrale, même si ce n’est pas celle dont il parle.

IH: Et de l’économiste américain Paul Krugman?
JPB: Ce qui m’intéresse ce sont les travaux sur l’Intelligence artificielle.

BB: Dans un article intitulé “The Economic Fallout” paru dans le New York Times le jour après l’élection de Donald Trump Paul Krugman prévoyait un désastre pour l’économie américaine et les marchés financiers. Sa prévision était que jamais les marchés américains allait se rétablir (“If the question is when markets will recover, a first-pass answer is never”). Quelle conclusion en tirez-vous?
JPB: L’histoire n’est pas écrite, et on ne peut confondre ce que l’on prévoit avec ce que l’on souhaite, ou craint!

IH: Krugman, un prix noble de l’économie c’est déjà trompé dans son analyse du futur de l’économie américaine sous Donald Trump. Vous avez autant le droit à l’erreur que lui. Quel est votre avis sur la situation économique aux Etats-Unis sous Donald Trump? Est-ce qu’il n’y a que du mauvais dans sa politique?
JPB: En tout cas, elle n‘est pas sans risque. Le 3 mai 2018 1 100 économistes, dont 14 Prix Nobel, écrivent une lettre au Président Trump et au Congrès pour les avertir du risque majeur qu’est, pour eux, la montée des droits de douane et du protectionnisme – autrement dit la politique de Donald Trump. Ils se réfèrent, dans leur lettre, à une autre, envoyée en 1930 par 1 028 économistes. Ils alertaient alors sur les risques des hausses de tarifs douaniers que comportait le Smoot-Hawley Act. Pas écoutés, une bataille des échanges en résulta. Elle réduisit les échanges internationaux, la croissance, et ce fut 1929.

Les économistes de 2018 citent ceux de 1930. «Augmenter les taxes de protection serait une erreur. Ceci augmenterait, en général, les prix que les consommateurs devraient acquitter… Nos exportations vont souffrir. Les pays ne peuvent nous acheter de manière permanente s’il ne leur est pas permis de nous vendre… Une guerre des droits de douane n’est pas un bon terrain pour développer la paix dans le monde». La même logique récessive se mettrait en place, mais en plus grave: «le commerce est aujourd’hui significativement plus important pour notre économie».

Allons-nous faire pire qu’en 29, sous la houlette de Donald Trump? La sortie américaine de l’accord commercial transpacifique, les menaces américaines sur l’Alena (Mexique et Canada sommés de réduire leur excédent commercial vis-à-vis des États-Unis), les demandes américaines d’échanges équilibrés avec les États-Unis (reciprocal en anglais trumpien), notamment avec l’Allemagne et surtout la Chine vont-elles inquiéter plus, faire investir et échanger moins, antagoniser les relations? Le commerce est-il «significativement plus important pour notre économie» qu’en 1930? Oui quand on voit les allers-retours de composants pour construire une automobile ou le ballet de sous-traitants pour créer un téléphone portable. La complexité, donc la fragilité, des supply chains saute aux yeux. Notre monde est plus interdépendant que jamais, donc plus sensible que jamais.

Le conflit douanier qui commence sur l’acier et l’aluminium, avec la menace américaine d’augmenter de 25% les taxes à l’importation, est dangereux. D’autant qu’il se complète et s’aggrave avec la Chine. Pour l’Europe, on parle d’un délai (de grâce?) d’un mois. Pour la Russie, un accommodement partiel pourrait naître, le propriétaire majoritaire de Rusal, premier producteur mondial d’aluminium, ayant «accepté» de ne plus l’être – mais les stigmates vont demeurer. Les demandes vis-à-vis de la Chine sont triples: augmentation des droits de douane sur certains produits (aluminium et acier) pour diminuer les exports, baisse forte et rapide du déficit américain (deux ans pour le réduire de 200 milliards), «vraie protection des droits de propriété» ! Des puces américaines ne seraient plus exportées pour équiper les portables chinois. Huawei et ZTE ne pourraient plus vendre sur le territoire américain. Les autorités chinoises discutent. Mais les importations chinoises de soja américain seraient prévues en baisse, représailles qui ne sont pas de nature à réduire l’excédent chinois! Et que va-t-il donc se passer avec l’Iran?

Surtout, la montagne de la dette menace partout, suite à ces taux d’intérêt si bas pour sortir au plus vite de la Grande récession de 2008 et soutenir les bourses. Aux Etats-Unis, en Europe et en Chine, la dette dépasse celle d’avant crise. Le pire, c’est la pénurie de dollars qui menace les pays émergents. Que feront les entreprises trop endettées en dollars, donc en monnaie étrangère pour elles, au moment où les taux courts et longs américains vont monter ? En Argentine, le taux d’intérêt à court terme est passé à 40% le 4 mai (+6,75%), troisième hausse de la semaine, pour respecter (dit la banque centrale) l’objectif d’inflation à 15% (elle est à 25,6%), en fait pour tenir le change. Mais pas assez de réserves et le pays demande 50 milliards de dollars au FMI. La même question va venir sur la Turquie dont la livre a perdu6% en une semaine face au dollar et la bourse 20% depuis janvier, en attendant le Brésil. Et après?

Le risque Trump est triple: «un risque à la 29», économique, par la baisse des échanges qui pèsera sur la croissance, «un risque à la thaïlandaise, comme en 1997», monétaire, quand les entreprises doivent s’endetter plus cher, puis rembourser une dette en dollars plus chers, plus «une crise trumpienne», politique, pour savoir qui dirigera ce «drôle» de monde.

IH: Basé sur votre expérience: jusqu’à quel degré le temps est un facteur important dans les analyses?
JPB: Décisif contre tenu des interdépendances.

IH: Et comment avez-vous vu changer vos propres analyses au cours du temps et à travers le temps?
JPB: J’intègre de plus en plus les comportements de ruse.

JNR: Alain Greenspan, économiste américain et ancien Chef de la FED pendant 20 ans est revenue cette année sur le devant de la scène en disant qu’il y a avait actuellement deux bulles sur le marché. Pas avec le Bitoin, mais une sur le marché des actions et l’autre sur le marché des obligations. Commentez svp
JPB: Greenspan, ayant permis la bulle de la nouvelle économie, est un expert!

IH: Jusqu’à quel degré croyez-vous dans “la concurrence pure et parfaite”?
JPB: En théorie, on suppose d’abord que le monde est parfait, puis on le regarde!

CR: Et “la main invisible” des marchés?
JPB: Les GAFA sont à la fois visibles et très favorables à la concurrence.

BB: Jusqu’à quel degré les confrontations économiques sont-elles d’ordre naturel ? Jusqu’à quel degré le résultat d’une guerre économique? Ou une guerre des monnaies?
JPB: La concurrence est partout, une force à contrôler.

CR: En 2015 vous avec publié dans “Questions Internationales” un article intitulé «Sortir de l’euro: un spectre ou une menace crédible?». Qu’en est-il aujourd’hui?
JPB: L’euro ne permet plus aux monnaies nationales de dévaluer: d’où sa qualité pour les uns, son défaut pour les autres!

IH: Est-ce que l’EURO a vraiment que des avantages?
JPB: Sans euro, où serions-nous, entre dollar-Trump et Yuan-Xi Jinping?

IH: Est-ce que le dessein est enfin achevé?
JPB: NON!

BB: Que pensez-vous de l’idée de maintenir l’EURO en tant que monnaie d’échange et de réintroduire des monnaies nationales?
JPB: Une multiplication des taux de change croisés! L’euro serait un peg obligé, ou bien crise.

CR: Concernant le métier d’économiste: quel sont les dernières évolutions du métier?
JPB: Plus de formalisation et de mesure, ce qui permet d’aider plus que jamais aux choix macro et surtout micro.

IH: Quel sera l‘avenir du métier?
JPB: Les métiers vont se rapprocher de l’aide à la stratégie et au conseil juridique pour les entreprises.

CR: Et face aux intelligences artificielles et le datamining?
JPB: C’est exactement la nouvelle entreprise d’aiguilles de Smith!

KR: Certaines entreprises ont aujourd’hui un montant de cash supérieur aux banques et lancent leurs propres activités dans le secteur financier. Sommes-nous au tournant de la suprématie des banques de retail?
JPB: Oui, les Fintech vont se développer pour offrir des banques sans réseaux, pas chères, aux jeunes, TPE et combler des lacunes de marché. Les conseils de placement vont aussi se dévdelopper, avec notamment du crowdfdunding. La nouveauté vient effectivemet das banques lancées apr Apple, Facebook, avec un réseau immatériel et une notoriété sans égale ! La rentabilité des banques classiques ne pourra que baisser.

KR: La France n’aurait-elle pas besoin de fonds d’investissements dit “constructiviste” en vue de challenger le management des sociétés cotées notamment small & mid cap?
JPB: Je pense que les small et mid cap sont assez secouées par ce qui se passe !

KR: Les places financières du Middle East sont actuellement dans une optique d’attirer plus de liquidité. Quels sont vos conclusions? Et quels seraient vos conseils?
JPB: Take care !

KR: Pensez-vous que l’agriculture en France doit faire face à une consolidation de ses producteurs pour devenir plus efficiente?
JPB: Bien sûr, mais il faut aussi gérer la qualité, la sécurité et la diversité. Le bio par exemple se développe. Il ne s’agit pas d’économies d’échelle.

PF: Que pensez vous du FCFA?
JPB: C’est un peg…

SE: Peut on imaginer des marchés financier totalement 100% automatisés ? Et si oui, la confiance des investisseurs pourrait fortement être entaché… De ce fait, est-ce une avancé ou un pas vers une crise certaine ?
JPB: Non

SE: Malgré toutes les mauvaises publicités faite sur les cryptos, elles sont toujours présentent aujourd’hui. En regardant de près, le blockchain est un système révolutionnaire. Peut on imaginer un jour un monde dépendant totalement des cryptos ?
JPB: Non bien sûr!

SE: Les taux américains sont au maximum, le dollar augmente… La Turquie commence à flancher Avec des taux d’intérêt à plus de 15% suivi par l’Afrique du Sud, l’onde de choque commence à se propager dans les pays émergents… Cependant les indices boursiers sont en regain et indolores. Les conflits géopolitique sont pris à la légère par les marchés, sans parler de la hausse du pétrole… Peut-on revoir une second épisode 2008?
JPB: Les taux US ne sont pas au maximum. Les marchés se polarisent sur les USA et la Chine.

SE: Tous les événements passés (les crises de Trump, le conflit de juillet 2017 entre les USA et la Corée du Nord …) commence à lasser les investisseurs et les marchés en général. La preuve, les conflits au moyen orient impacte tres peu boir absolument pad les marches. Ne risqueront nous pas d’avoir des marchés totalement éloigné de la réalité, basés sur des spéculations et non plus sur l’économie réelle et les résultats d’entreprises ?
JPB: Les marchés se polarisent sur les USA et la Chine.

HK: Pourquoi la croissance est à vos yeux dans le contexte chinois un supplice?
JPB: La Chine doit croître de 6,5% – c’est un engagement politique pluriannuel chiffré du Parti. Elle doit en même temps satisfaire plus la demande interne que l’export, doit donc se réorienter pour des raisons politiques – renforcer le soutien populaire par l’augmentation du niveau de vie – et économiques, sachant que les importateurs, États-Unis en tête, ne sont plus les mêmes. Elle doit aussi revoir la qualité de ses crédits aux entreprises et aux collectivités publiques. C’est une de ses trois « batailles décisives », avec la lutte contre la pollution et celle contre la pauvreté. Enfin, elle veut maintenir le Yuan stable, notamment par rapport au dollar. Ces objectifs seront très difficiles à respecter tous ensemble.

D’abord, mettre plus l’accent sur la demande interne, c’est ralentir : fermer et restructurer des usines, réduire la part des entreprises industrielles très productives. Ensuite, mettre en évidence des crédits non performants, c’est inquiéter, faire apparaître des pertes, fermer des unités et utiliser des ressources pour « boucher les trous » – notamment les précieuses réserves. Ajoutons que Donald Trump, avec ses mesures de sanction des exportations chinoises, n’aide pas. Moralité : tenir la croissance chinoise à 6,5% tiendra plus de « l’art chinois de la statistique » que de l’économie.

AN: Vous avez mentionné la nécessité de formation en entreprise et à l’école pour les nouvelles technologies, mais cela ne serait il pas encore plus profitable pour les politiques et l’administration dont le retard dans les connaissances économiques et les réalités es tun véritable frein?
JPB: Non former à un emploi et aux nouvelles technologies.

AN: La hausse des taux d’intérêt: quel impact sur les taux de croissance? La France a pris le train de la croissance en retard, sera t elle touchée plus tardivement? Ou au contraire plus durement du fait de son retard?
JPB: La grande question est actuellement si la France aura assez de croissance pour continuer à réformer. C’est le problème: réformer en France est indispensable, après tant d’années d’inaction, mais «consomme» de la croissance, comme du pétrole. Réformer inquiète, suscite des polémiques et des oppositions, rend nerveux, brouille l’horizon. Réformer agite le corps social et politique, emplit les assemblées générales, suscite grèves et manifestations, le tout avant de sentir, puis de voir, les premiers résultats positifs. Ce seront de nouveaux investissements, puis de nouveaux emplois. Après. C’est l’effet Joule, comme disent les physiciens, qui explique ce qui se passe ici, et son risque : il faut l’expliquer, pour le réduire. Une part du mouvement, de la croissance, se perd en chaleur. Chaleur des manifs, grèves, blocages, fatigue des réformes, montée des «à quoi bon» et des «encore deux ans», baisse de la cote de Macron pour demander une pause. Croître plus, c’est pour réformer plus.

AN: Quid du paiement de la dette publique? Un moratoire pourra t il être nécessaire?
JPB: Non!

AN: Italie, la hausse du déficit budgétaire ne risque-t-il pas par contagion d’entraîner une hausse des taux sur toute la zone euro? Une baisse de l’euro? Une nouvelle crise de l’Europe?
JPB: Attendons avec ce qui se passe.

AN: Pensez vous que dans la foulée de la réforme de la SNCF une réforme de la fonction publique pourrait intervenir? Modernisation du statut? Rétablissement des 39 heures? Responsabilisation vis à vis des citoyens? Éventuellement un alignement des salaires vers ceux du privé qui ont fortement baissé ceteris paribus sur les 15 dernières années?
JPB: Non pas plus de réformes que ce qui est prévu : la réformes la Constitution est „un gros morceau“.

AN: Une incitation à investir du type „René Monory“ (i.e. 5000 francs déduits du revenu imposable) serait il utile actuellement?
JPB: Fin de l’ISF, flat tax sur les produits financiers, fin de l’exit tax aujourd’hui: pas mal !

AN: L’immobilier est perçu comme une rente. Le régime qui lui est désormais réservé ne va t il pas pénaliser les revenus des retraités qui ont investi sur le long terme en prévision de leurs retraites?
JPB: Attendons pour voir.

AN: Cela ne risque t il pas d’aggraver une situation déjà difficile pour se loger? Et ne risque-t-on pas de se retrouver dans la situation des années 40 et 50 où le moratoire de l’entre deux guerres avait provoqué une forte pénurie, aggravée par la loi de 48 et le retour brutal des citoyens français des départements d’Algérie?
JPB: Attendons pour voir.

AN: Faudrait il définitivement abandonner les 35h et réduire les congés pour abaisser le coût du travail?
JPB: Différencier encore!

AN: Quel serait l’âge de la retraite idéal pour l’équilibre des comptes?
JPB: L‘âge n‘est pas le seule élément.

AN: Faut-il abaisser le smic comme l’ont fait de nombreux pays européens qui se sont redressés ou est-ce tabou, faute de courage politique?
JPB: La politique du SMIC n’est pas celle-là : former, et aussi attendre des politiques plus coopératives en zone euro ! Par construction une politique nationale ne peut tout faire !

AN: Le résultat de l’élection en Italie, et d’autres en Europe, ne traduit il pas un écart de perception et de souhaits entre les électeurs et la classe politique qui pourrait conduire aux prochaines élections européennes de 2019 à un changement radical avec des incidences économiques majeures (euro, déficits…)?
JPB: Nous n’avons pas de théorie économique de la croissance en zone euro, autrement dit l’inverse de l‘ordo-libéralime ! Pas la rigueur, pas la dépense publique, mais une politique plus cohérente dans l’ensemble. Autrement, les tensions vont monter!

HK: Concernant les Investissements Socialement Responsables (ISR): Jusqu’à quel degré la Finance peut-elle être verte?
JPB: L’ISR, le verte, l’économie circulaire, la réduction des déchets… sont des valeurs sociales croissantes, sinon dominantes. Pour embaucher les meilleurs, motiver, convaincre les clients et don la bourse, la finance doit être verte, mais intelligemment !

HK: Est-ce du Marketing ou un véritable relais de croissance pour l’économie ?
JPB: C’est très profond : aucune entreprise ne peut se développer hors des mégatrends sociaux. Au contraire, il faut les revendiquer et y répondre mieux que les autres !

HK: Quels seront les impacts du changement climatique sur l’économie et la finance? Il-y-en-aura-t-il?
JPB: Bien sûr : être plus efficace du point de vue de l’énergie, innover dans ce sens… ce n’est pas une question de prix du pétrole, mais de valeurs sociales. Celles des jeunes, mais pas seulement !

HK: Que pensez-vous de la politique industrielle du Japon?
JPB: Elle est très liée à une démographie en baisse, à une population vieillisante et en baisse, qui n’accepte pas d‘immigration. Don la Chine l‘achètera !

PF: Quelle politique économique est-ce que vous conseillez à Bruxelles ?
JPB: d’avoir une politique de puissance économique mondiale, pas seulement de marché : politique industrielle, politique de protection (cyberguerre, dépenses militaires…). Il ne s’agit pas seulement de gérer un déficit public dans ce monde violent !

JNR: Vous craignez un ralentissement en zone euro
JPB: Les indices qualitatifs Markit nous envoient une série de nouvelles préoccupantes fin mars…
L’activité ralentit, L’euro pèse, La pénurie de main d’œuvre qualifiée se fait sentir, Les tensions inflationnistes montent.
L’activité ralentit: «l’activité globale de la zone euro enregistre sa plus faible croissance depuis plus d’un an, d’après l’indice PMI® Flash IHS Markit sur l’Eurozone qui se replie de 57,1 en février à 55,3 en mars, soit son plus faible niveau depuis janvier 2017. »

L’euro pèse – sur les exportations. Les prévisions d’emploi ralentissent, peut-être en liaison avec l’idée que les capacités de production sont déjà sous tension, et qu’il vaudrait mieux, alors, modérer le rythme d’embauche en attendant d’en savoir plus sur la conjoncture.

Les tensions inflationnistes montent donc : matières premières et salaires. « Les prix payés comme les tarifs continuent d’augmenter à des rythmes quasiment inégalés au cours des 7 dernières années », note ainsi Markit.

Certes, les perspectives restent bien orientées, mais quand même en repli. C’est le prix à payer de programmes d’investissements modérés dans la période passée, même si les taux étaient bas, et de formations insuffisantes, alors que le besoin de main-d’œuvre qualifiée ne peut qu’augmenter.

Au total la croissance se poursuit en zone euro, mais elle peut buter plus vite que prévu sur ses limites de production, humaine et technique, ce qui ferait remonter l’inflation et rater une vraie augmentation de la croissance. Le ralentissement actuel est un signal de poursuite des efforts, surtout pas de freinage : notre économie est basse de plafond, il faut le relever.

PF: Quelle est votre analyse des relations transatlantiques à l‘heure actuelle?
JPB: Les Etats-Unis prennent un risque énorme, pour eux et pour le monde. Se protéger n’est pas être protectionniste.

PF: Quelle politique économique l’UE doit mener face aux USA?
JPB: Evidemment il faut être plus forts et plus unis au sein de la zone euro, avec une vraie stratégie. Nous nous divisons et perdons de vue l’essentiel !

PF: Comment traiter la question des disparités économiques des membres de l’UE?
JPB: Aujourd’hui c’est traiter la question italienne, soutenir la formation et l’innovation au sein de la zone avec des champions mondiaux, et accepter sous condition des transferts.

PF: Quelle cible d’inflation pour l’UE?
JPB: La logique américaine inflation chômage est à creuser : l“Allemagnen est en plein emploi et l’inflation de la zone à 1,1% !

PF: Face à la Chine?
JPB: Sans plus d’unification, nous serons seulement un marché et les meilleures unités leur seront vendues (plus aux US).

PF: Et face à l‘Afrique?
JPB: là encore aucune stratégie d’envergure !

BB: Que pensez vous de la politique de la Banque Centrale Européene? Quelle est votre avis sur le „quantitative easing“?
JPB: Que faire d’autre, après ce qu’a fait la Fed ?

EK: Que pensez vous du role du FMI dans la politique internationale? Est enfin son dessin achevé?
JPB: Le FMI doit toujours surveiller et prévenir, mais aujourd’hui, il faut qu’il travaille sur la révolution technologique en cours !

BB: Le sauvetage de la Grece a été annoncé à plusieurs reprises. Est-elle maintenant definitivement sauvée?
JPB: Encore plus de privatisations et un cadastre !

JNR: A quelle analyse arrivez vous concernant l‘évolution de l‘économie britanique depuis le réferendum?
JPB: Que veulent-ils ? S’ils gagnent, la zone euro perd ! Il ne faut pas être naïfs devant ce risque stratégique et inflexibles sur la protection du marché.

EK: Mark Carney, gouverneur de la Bank og England a fait savoir que la Banque ne discute pas activement de la façon de renverser le plan de relance de l’assouplissement quantitatif (QE) dans lequel elle a acheté des centaines de milliards de livres d’obligations gouvernementales avec de l’argent. Est-ce alors une discussion „passive“? Quelle est votre avis sur la question?
JPB: Ils attendent!

BB: Dette italienne: La Ligue et le Mouvement 5 étoiles revendiquent un geste de la Banque centrale européenne sur la dette du pays. Est-ce si incohérent que ca?
JPB: „Un geste“ ne signifie rien, vous le savez. En revanche leurs banques locales sont percluses de mauvais crédits et dovent être soutenues (sous conditions bien sûr) et leurs PME perdent pied, d’où leur faible productivité et croissance. Entre Brexit, Italie, USA, Riussie… il serait temps de s’occuper de l’essentiel!

 

L’interview avec le Prof. Betbeze a été réalisé par (A-Z): Bernd Oliver BUEHLER (BB), Samir ER-RAJI (SE), Pape FAYE (PF), Ismael HAJJI (IH), Hugo KAISER (HK), Engy KHALIFA (EK), Antoine NODET (AN), Christophe RAMDAME (CR), Jean-Richard NIAGO (JNR) et Kevin ROMANTEAU (KR).


Hugo KAISERHugo KAISERMay 17, 2018
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L’Investissement Socialement Responsable (ISR) est riche de 300 ans d’histoire. A l’origine de l’ISR on trouve la volonté d’investir conformément à ses valeurs. Cela va se traduire essentiellement par le refus de financer certains secteurs mais aussi la volonté de soutenir les plus démunis. Le mouvement religieux philanthropique ‘Quaker’ refusait par exemple d’investir dans l’armement et le commerce des esclaves et prônait l’intégrité et la solidarité. Le développement de l’ISR a été mouvementé mais bien réel et majoritairement porté par l’émergence de nouvelles approches tels que les critères ESG, pour Environnement, Social, Gouvernance, ou les thématiques du développement durable grâce à une mobilisation autour du changement climatique. Mais l’ISR reste pour la majeure partie des investisseurs une notion encore bien trop floue. S’il devait se résumer en un mot, on pourrait convenir d’employer le mot : utilité. En effet, il s’agit du principe même qui encadre ce style de gestion car il permet de rendre utile l’investissement pour la société. Ce terme, qui parait bien vendeur, se doit être accompagné d’une obligation de transparence.

Certains jugeront comme destructeur de performance l’ajout de critères extra-financiers dans la gestion d’actifs, quand d’autres critiqueront l’aspect purement marketing de l’ISR. Afin de contrecarrer ces jugements hâtifs, il semble essentiel de remettre au premier plan le périmètre dans lequel s’inscrit l’ISR et les avantages apportés par ce style de gestion.

Le but de cet exercice n’étant pas de prêcher les convaincus, mais plutôt d’amener au goût du jour une alternative à la gestion d’actifs traditionnelle malheureusement encore trop portée sur le court-terme et les rendements immédiats.

Certaines approches s’intéressent davantage à ce que produit l’entreprise, d’autres à la façon dont elle se comporte.

  • Les approches se focalisant sur les biens ou services proposés par l’entreprise sont notamment :
    • l’exclusion: pour des raisons éthiques, liées au développement durable ou à la santé publique par exemple, certaines activités sont exclues : tabac, armement, énergies fossiles, nucléaire, etc.
    • les thématiques durables: certains thèmes ou secteurs sont structurellement privilégiés car considérés comme contribuant positivement au développement durable : énergies renouvelables, efficacité énergétique, eau, etc.
    • l’impact investing: cet investissement vise, outre la performance financière, à obtenir un impact environnemental ou social concret par exemple en permettant à certaines communautés défavorisées d’améliorer leur niveau de vie : microfinance, projets d’accès à l’énergie, développement de l’agriculture dans les pays émergents, etc.
  • Les approches se focalisant sur le comportement des entreprises sont notamment :
    • le Best in Class: après un examen détaillé des politiques environnementales, sociales et de la gouvernance des entreprises constituant l’univers d’investissement, les entreprises les « plus responsables » de chaque secteur sont retenues.
    • Le Best in Class n’implique pas de déviations sectorielles a priori mais de nombreuses variantes de celui-ci comme le Best in Universe ou le Negative Screening en implique.
    • Les filtres normatifs: ils visent à écarter les entreprises ne respectant pas certaines conventions internationales comme le Pacte Mondial des Nations-Unies.
    • L’engagement: plutôt que d’exclure les entreprises présentant des faiblesses sur certains aspects ESG, le gestionnaire va engager un dialogue structuré avec celles-ci pour tenter de faire évoluer leurs pratiques.

Bien entendu toutes ces approches peuvent être combinées ce qui peut complexifier encore la compréhension de la démarche. Mais alors pourquoi existe-t-il autant de façons de faire de l’ISR ?

  • Chacun a sa propre idée de ce qui est socialement responsable :
    • La plupart des investisseurs français ont une vision positive ou neutre du nucléaire contrairement à leurs voisins.
    • Les divergences sont également nombreuses sur l’armement : est-ce un moyen de défendre et de protéger ou un risque pour la paix?
    • Les questions sociales ou environnementales peuvent revêtir une importance différente selon l’institution que l’on représente, ou nos convictions et valeurs.
  • Gérants et investisseurs responsables poursuivent des objectifs différents:
    • Matérialité ou responsabilité : certains se focalisent sur les problématiques ESG qui peuvent avoir un impact sur la valeur de l’entreprise et donc sur un nombre restreint de critères tandis que d’autres favorisent une vue holistique de l’entreprise que les enjeux soient matériels ou non.
    • Conviction ou budget de risque : des convictions ISR fortes peuvent entrainer des déviations sectorielles significatives qui ne permettent pas toujours de respecter les contraintes d’allocations et de budget de risque des investisseurs institutionnels.

Cette complexité qui résulte de l’histoire de l’ISR et des différents besoins des investisseurs peut être, de prime abord, perçue comme rébarbative mais elle constitue en réalité pour l’investisseur une opportunité d’investir sur un fonds ISR correspondant réellement à ses attentes et répondant à la question : Qu’est-ce qui est important pour vous ?

  • Le risque de réputation: choisissez un fonds intégrant à minima un filtre normatif.
  • Obtenir une performance qui ne soit pas trop éloignée de celle de l’indice de référence tout en étant ISR : privilégiez une approche Best in Class sans ajout de filtres d’exclusion ou normatifs.
  • Eviter certains risques ESG de long-terme: optez pour une démarche Best in Universe ou Negative Screening ou, à minima, pour une démarche Best in Class centrée sur la matérialité.
  • Avoir un impact en termes de développement durable : orientez-vous vers l’impact investing et les thématiques durables.
  • Bénéficier d’opportunités financières liées à des changements structurels : privilégiez les thématiques durables.

Selon une méta-analyse combinant 2200 études réalisée en 2015 par Friede, Busch et Bassen, environ 90% des données concluent que l’utilisation de critères ESG dans la gestion d’actifs ne pénalise pas la performance financière de l’entreprise. Plus important encore, la grande majorité des études rapporte des résultats supérieurs comparés à la gestion d’actifs traditionnelle.

Les facteurs ESG sont d’importance stratégique dans la gestion d’actifs, une approche d’optimisation des risques ESG au sein d’une allocation d’actifs contribue à accroitre le potentiel de performance tout en minimisant les risques. Une comparaison entre différents portefeuilles diversifiés a montré de manière encore plus probante que le risque des portefeuilles pouvait ainsi être réduit d’environ un tiers.

Il est donc possible d’avoir un impact positif grâce à ses investissements, les rendre utiles à la société, sans contrepartie en termes de performance.


Hugo KAISERHugo KAISERMay 19, 2017
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L’eau, essence même de la vie et du modèle économique actuel, nous semble être acquise depuis toujours, et admise comme inépuisable, il en tombe bien du ciel. Se présentant sous diverses apparences et états physiques, son utilisation se veut universelle. Elle est confrontée à une demande croissante et souvent conflictuelle ce qui lui confère une rareté de plus en plus inquiétante. La population mondiale étant vouée à augmenter, historiquement, la consommation d’eau a augmenté deux fois plus que le taux de croissance de la population. S’ajoute l’inégalité entre les régions : par exemple, la Chine ne bénéficie que 8% de l’eau dans le monde alors qu’elle détient 22% de la population mondiale. De plus, la raréfaction de l’eau conduit à la famine, la maladie et l’instabilité politique dans de nombreuses parties du monde. Rien n’est plus essentiel que l’eau, pourtant il y a un manque préoccupant de son approvisionnement sur Terre.

Aujourd’hui, 99% de l’eau est soit salée, soit gelée dans les glaciers, laissant moins de 1% d’eau douce disponible ; on peut également ajouter la pollution qui diminue fortement la quantité d’eau pouvant être utilisée. Dans le même temps, la demande mondiale pour l’eau s’est considérablement accrue en raison de l’expansion de la population, l’augmentation de l’industrialisation et l’urbanisation, l’évolution des habitudes alimentaires et les changements climatiques. En regardant de plus près une particule d’eau, ses propriétés d’absorption des rayons de soleil paraissent surprenantes. Si certains lacs et eaux profondes offrent une couleur sombre c’est qu’ils ne dispersent pas assez la lumière en raison de la saturation. Les nuages, composés de vapeur d’eau à saturation et d’autres gaz, se présentent idéalement comme un bouclier vital, car sans eux, la température au sol serait 20% supérieure. Mais ils agissent également comme une paroi permettant à la chaleur de ne pas s’échapper quand le soleil n’atteint plus la surface de la Terre. Les modifications constatées sur la distribution des nuages comme les couloirs atmosphériques dans lesquels se déplacent les tempêtes qui se retirent vers les pôles, tandis que les zones arides subtropicales, dépourvues de nuages pluvieux, s’étendent et que le sommet de la couche nuageuse est de plus en plus haut, semblent être en partie due à l’augmentation des gaz à effet de serre. On comprend donc bien l’impact des nuages sur le climat d’aujourd’hui, mais il reste des incertitudes importantes sur ce qu’est la rétroaction entre nuages et climat et si celle-ci renforce ou au contraire limite le réchauffement climatique.

La problématique de l’eau préoccupe de plus en plus les gouvernements, et devient une question dominante de la politique publique. De nombreux règlements sur la consommation ont été mis en place, notamment au niveau européen avec par exemple l’annexe II de la directive 2006/118/CE du Parlement européen et du Conseil sur la protection des eaux souterraines contre la pollution et la détérioration. Plus récemment, sur 94 pays répondant à une enquête de l’ONU, 83 annoncent officiellement avoir défini des procédures claires en matière de gestion de l’eau, assainissement et programme d’hygiène publique. L’organisation mondiale de la santé estime qu’une somme d’un milliard de dollars par an devrait être investie pour protéger l’eau : gérer correctement l’approvisionnement pour sa conservation mais aussi améliorer toutes les infrastructures permettant cet approvisionnement et l’assainissement de l’eau. Le rattrapage en termes de dépenses de remplacement d’infrastructures vieillissantes ne semble toujours pas lancé. Aux Etats-Unis, alors que la plupart des dépenses consacrées à l’infrastructure de l’eau proviennent des gouvernements des États et des municipalités, les politiques du président Trump et son soutien très important aux dépenses supplémentaires en infrastructures semblent susceptibles de créer un environnement de soutien. Appui politique par ailleurs partagé entre les partis pour des dépenses supplémentaires dans ce domaine. Dans les pays émergents et notamment en Chine, des plans d’infrastructures importants sont en train d’être mis en œuvre. Du côté des services aux collectivités, la phase de durcissement des règlementations semble passée et la plupart bénéficient désormais d’un cadre clair pour les années à venir.

La demande croissante pour l’eau douce a rapidement posé des problématiques tenant à la gestion de l’eau. Il est apparu que la réalisation d’investissements financiers dans cette industrie pouvait être porteuse et largement bénéfique. Une stratégie de gestion actions du domaine de l’eau a d’ailleurs été créée en 2000 et il en existe maintenant un grand nombre au vue des opportunités dans les entreprises fournissant des solutions sur plusieurs secteurs d’activités :

  1. Traitement de l’eau : La nécessité en eau potable est une question éminemment importante face à une disponibilité d’eau douce limitée, problème renforcé par des infrastructures de traitement des eaux usées obsolètes et une augmentation de la pollution.

  2. Approvisionnement : L’augmentation de la demande est due à une population toujours plus urbaine, mais aussi à une industrialisation croissante et une agriculture toujours très présente. L’approvisionnement est d’autant plus complexe à réaliser dans les pays sous-développés.

  3. Infrastructures : Les nouvelles infrastructures, en plus de répondre aux normes de qualité, permettent une gestion plus raisonnée de la consommation de l’eau, en minimisant au maximum les pertes.

  4. Innovations : Les solutions technologiques sont de plus en plus étudiées et débattues dans le cadre du changement climatique. Parmi elles, le dessalement d’eau de mer, des dispositifs filtrants les eaux usées et polluées, mais surtout son potentiel d’application en médecine grâce aux travaux de recherche avancés sur la théorie de la mémoire de l’eau.

Les risques liés à l’eau sont multiples, d’origine humaine ou naturelle, indépendants ou bien connexes, mais avant tout effrayants. Alors que plus de 2 milliards de personnes ont obtenu des conditions d’assainissement d’eau acceptables sur les 25 dernières années, il reste 2.5 milliards d’habitants en peine d’aménagements sanitaires corrects et 10% de la population qui n’a même pas accès à l’eau potable. Il semblerait que sans découverte scientifique ou innovation technique radicale et si aucune modification majeure n’apparait dans notre consommation d’eau, le graphique ci-dessous progressera drastiquement. En effet, au regard des tendances actuelles, la demande devrait excéder l’offre actuelle de 40% d’ici à 2030. En d’autres termes, il est estimé que plus d’un tiers de la population mondiale n’aura pas accès à l’eau potable en 2030.

Toutes les industries utilisent de l’eau, certaines beaucoup plus que d’autres. Des dispersions existent également sur le niveau de prise en compte des questions relatives aux préoccupations suscitées par la disponibilité à long terme de cette ressource. Les deux industries les plus consommatrices d’eau sont celles de l’agriculture et de l’énergie. Parmi les autres grands consommateurs d’eau, en plus des secteurs des métaux de l’extraction minière, figurent les secteurs de l’alimentation et de la boisson, du textile, des produits chimiques, de l’acier, de la construction automobile et du papier. La nécessité pour les entreprises de regarder des facteurs de pénurie probable d’eau repose sur une appréhension des risques opérationnels ou de réputation, provenant de l’impact environnemental et social au niveau local dû à une exploitation trop importante. Plus généralement, divers risques liés à l’épuisement des ressources continuent de voir le jour tels que, parmi les plus pressants, les conséquences des sécheresses, la disparition de terres végétales, la désertification, l’appauvrissement et la rareté des ressources, et l’épuisement des nappes phréatiques. Sur le plan environnemental, selon une étude de 1990 à 2014 sur les pays du G20, les évènements météorologiques tels que les inondations et les cas de sécheresses ont respectivement entrainé la mort de 76.000 et 3.000 personnes, à raison de 1064 et 79 occurrences et entrainant 500 et 100 milliards de dommages. Ces évolutions, dont beaucoup seront exercées par le réchauffement climatique, semblent s’accélérer et ont des répercussions sur de nombreuses industries. L’existence de base de données extra-financière sur l’adaptation des entreprises à ces différents risques permet à l’investisseur d’enrichir son analyse. Il pourra engager un dialogue actionnarial auprès des entreprises et user de ses droits de vote pour motiver des changements. Il apparait que dans le secteur de l’agronomie, la consommation directe d’eau pour la production de matières premières agricoles représente à peine un millième de la consommation indirecte issue des usines tout au long de la chaine d’approvisionnement. Il pourra aussi décider de se positionner sur des entreprises prenant une responsabilité particulière sur le sujet en adoptant des mesures progressistes et qui seront finalement moins impactées sur le plan économique.

Les objectifs liés au développement durable à horizon 2030 mis en avant par la Banque Mondiale sont grands et ambitieux. Nous pouvons citer par exemple dans notre cas un accès à l’eau potable universel et équitable pour tous ainsi qu’à des conditions sanitaires et d’hygiène adéquates. Egalement des objectifs de réduction de la pollution des nappes phréatiques, des fleuves et des océans, minimiser les déchets de produits chimiques et toxiques et mettre fin au dumping. De plus en intégrant des procédures de gestion des risques liés à la pénurie d’eau pour plus d’efficience dans son utilisation au sein des entreprises consommatrices. Les risques liés aux ressources en eau constituent un exemple remarquable du risque d’épuisement. L’eau apparait comme une des principales questions environnementales dignes d’intérêt pour les investisseurs en raison de sa non-substituabilité. La question est de voir si l’ultime goutte d’eau coulera dans la gorge du dernier Homme sur Terre ou sera utilisée dans un processus de fracturation hydraulique.

Sources :

https://isccp.giss.nasa.gov/role.html

http://www.unesco.org/new/fr/media-services/single-view/news/urgent_need_to_manage_water_more_sustainably_says_un_report/#.VQwyW46G98E

http://sdg.iisd.org/sdgs/goal-6-clean-water-sanitation/

Hugo Kaiser


Hugo KAISERHugo KAISERApril 6, 2017
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Depuis plusieurs décennies, l’agriculture fait l’objet de maintes controverses telles que liées à la gestion de l’eau, l’usage des pesticides et des biotechnologies, la qualité des produits alimentaires et les modèles agro-industriels, les enjeux de santé, la fragilisation des écosystèmes et la perte de biodiversité, le financement public de l’agriculture, etc. Dans le même temps, l’agriculture est source de fortes attentes de la société en termes d’alimentation et de qualité des produits, d’environnement et de cadre de vie mais aussi de lutte contre le changement climatique et de protection de la biodiversité. Si l’agriculture veut pouvoir continuer à nourrir correctement notre planète qui devrait compter près de 9 milliards d’habitants d’ici à 2050, elle se doit de présenter de réels changements, comme par exemple ceux que nous allons développer dans ce guide de l’agriculture du futur.

  • La ville comme terre arable : permaculture et ferme verticale

Alors que l’exode rural est en constante augmentation et globalisé, la tendance devrait continuer à s’accentuer pour atteindre des niveaux d’urbanisation de plus de 80% à horizon 2050, contre tout juste 50% en 2007. 80%, c’est également la surface des terres agricoles déjà surexploitées en 2015. Selon les projections de l’ONU, l’effet combiné de l’urbanisation croissante et de l’augmentation de la population mondiale contribuera à une augmentation de 2,5 milliards de personnes supplémentaires dans les villes.

La permaculture est considérée par certains comme l’avenir de l’agriculture de par son efficacité, sa durabilité, la diversité de ses récoltes et sa proximité avec la ville. Le principe est simple, il s’agit de faire cohabiter plusieurs espèces végétales, telles que légumes et petits arbres fruitiers, avec aussi des arômes, de l’herbe, des fleurs comestibles, etc. au sein d’une même parcelle exploitable et cultivable, un maximum de diversité dans un minimum d’espace, tout en gaspillant moins d’énergie. En d’autres mots, c’est concevoir des cultures, des lieux de vie autosuffisants et respectueux de l’environnement et des êtres vivants, en s’inspirant du fonctionnement des écosystèmes et des savoir-faire traditionnels. Il convient de profiter de tous les éléments et microorganismes naturels présents dans le sol qui travaillent de manière optimale et enrichissent la terre, à condition qu’ils ne soient pas perturbés par des labours ou des apports extérieurs comme les engrais ou les pesticides. En effet, la permaculture vise à nourrir le sol et non la plante directement, améliorer le sol en le rendant toujours plus vivant et fertile afin qu’il fournisse à la plante tous les éléments nutritifs dont elle a besoin, on parle là d’agrader la terre. Il est important de ne pas laisser le sol nu pour garder l’humidité du sol, avec l’utilisation par exemple de paille, de mousse, de bois broyé, de pierre, etc. afin que l’enrichissement du sol se déroule dans des conditions idéales. Il ressort des premières exploitations suivant ce concept que 1000 m2 cultivés par une seule personne en permaculture permettrait de dégager un chiffre d’affaire annuel de plus de 50.000 euros.

Le concept de ferme ou serre verticale est relativement récent, la notion d’agriculture urbaine verticale a en effet été théorisée à partir de 1999. Elle consiste à superposer sur plusieurs étages des cultures et des élevages au cœur des villes afin d’économiser de l’espace sans manquer en rendement. Il s’agit d’un immeuble où des fruits et légumes sont cultivés à grande échelle selon des techniques similaires à celles employées pour les serres. Les végétaux y poussent par hydroponie (hors sol), sur un substrat (sable, billes d’argile, laine de roche, etc.) irrigué au goutte à goutte par une solution composée d’eau distillée et de nutriments. Selon l’inventeur à l’origine du concept, la part de ce mélange non absorbée par les plantes pourrait être recyclée, ce qui réduirait de 70 % leur consommation d’eau. Le chercheur souligne que ces serres géantes n’auraient pas besoin de pesticides, les cultures étant à l’abri des insectes et des bactéries, autant que des aléas climatiques. Leur éclairage artificiel, qui renforce la lumière solaire, maintiendrait une température constante, accélérerait la pousse des plantes et assurerait des récoltes toute l’année. Avec un rendement de quatre à six fois supérieur à celui de l’agriculture conventionnelle. Plus largement, les partisans des fermes verticales affirment qu’elles supprimeraient les effets néfastes de l’expansion urbaine.

A savoir : l’augmentation de la distance entre les lieux de production et nos assiettes, et donc celle du coût du transport, des gaspillages et des risques sanitaires. Les fermes verticales ne présentent a priori que des avantages : recyclage des eaux usées, réduction des émissions de gaz à effet de serre et ralentissement du réchauffement climatique, création d’eau potable grâce à l’évapotranspiration des végétaux, disparition de l’usage des insecticides et autres fertilisants chimiques. En permettant à l’homme d’arrêter d’exploiter les zones actuellement dévolues à l’agriculture, les fermes verticales favoriseraient la réinstallation d’écosystèmes complètement naturels à la campagne, afin d’en préserver la biodiversité.

  • L’Uberisation de l’agriculture : digitalisation, connectivité et robotisation

Dans une économie connaissant des bouleversements majeurs, le secteur agricole, vivant lui aussi une intense mutation technologique, ne pourrait en rien se prémunir contre l’arrivée d’acteurs disruptifs souhaitant faire évoluer les habitudes.

Qu’elles soient portées sur l’exploitation agricole, les services de conseil, mais également dans le domaine de l’agro-écologie et des nouvelles techniques agronomiques, il a été identifié que tous secteurs générant de l’insatisfaction client serait sensible à une perturbation quelle qu’elle soit. Il est évident que, pour de nombreux consommateurs, l’industrie agroalimentaire et notamment les géants de cette industrie font, à tort ou à raison, l’objet d’une certaine défiance, soit sur la qualité de la nourriture produite via l’utilisation de produits phytosanitaires pour la production de céréales, l’élevage intensif pour la production de viande, le recours à des conservateurs et à des additifs alimentaires pour les produits transformés, des produits trop sucrés, trop salés ou trop gras jugés nuisibles à la santé et facteurs de surpoids, soit sur le niveau des prix. L’usage de technologies numériques de pointe se répand rapidement auprès des agriculteurs car elles peuvent les aider à maximiser leurs récoltes et leurs revenus. De multiples équipements agricoles sont dorénavant connectés entre eux, exploitant également des données de géolocalisation. Cet ensemble permet de coordonner et d’optimiser le système agricole. Par exemple, des bineuses automatisées injectent des engrais azotés à une profondeur et à intervalles spécifiques, tandis qu’un semoir suit et dépose les graines directement dans le sol fertilisé.

Des plateformes numériques servant de système de gestion des fermes sont apparues dans les années 2000, avec certains géants de l’agriculture comme John Deere, DuPont et Syngenta qui ont initié leurs développements dans cette activité, mais également grâce à l’arrivée d’acteurs spécialisés dans l’information géographique comme les entreprises américaines Trimble Navigation, Mavrx et Planet Labs. Ces plateformes ont pour but de collecter un très grand nombre de données, comme par exemple le comportement dans le temps de certaines graines, les conditions météorologiques, ou encore l’état des sols, auprès de fermes individuelles via l’utilisation de drones, de satellites, du Big Data, de puces RFID (Radio Frequency IDentification), etc. Ces données sont analysées, stockées, comparées et transformées en algorithmes afin d’apporter des recommandations aux différents acteurs pour ajuster les traitements, gérer intelligemment la consommation d’eau, acheter de nouveaux outils plus adaptés, plus performants, moins onéreux, mais aussi pour suivre le cycle de vie des produits, optimiser la production, contrôler les conditions de conservation. Les plateformes numériques dans le secteur de l’agriculture vont permettre à ce secteur d’accroitre la connectivité entre les acteurs, c’est à dire améliorer les techniques existantes, anticiper les futures demandes, mais aussi animer les échanges de bonnes pratiques et sur les risques potentiels avec en début de chaine l’anticipation et la prévention contre l’arrivée de maladies fongiques ou de ravageurs sur les récoltes, puis en bout de chaine l’optimisation des commandes des distributeurs selon la météo et leurs inventaires. Enfin, la création d’un centre de recherche dédié à l’agriculture numérique montre la volonté de la France de s’afficher comme le leader du secteur. Cela passera par la mise en place d’ici 2020 de prototypes de capteurs de détection des états des écosystèmes. Ils permettront de connaître l’état des sols et des végétaux ou encore la qualité sanitaire d’un terrain.

Sur le terrain de la robotique agricole, les innovations technologiques se font principalement sur le début de la chaine de production avec, en plus de drones permettant le contrôle des terres, l’arrivée des premiers robots terrestres. L’université de Sydney a développé RIPPA (Robot for Intelligent Perception and Precision Application), un robot alimenté grâce à ses propres panneaux solaires qui présente la capacité de détecter puis supprimer les mauvaises herbes qui poussent dans les exploitations de légumes. Cependant, le désherbage se fait jusqu’à ce jour encore avec l’utilisation de pesticides, même si les chercheurs de l’université de Sidney sont en train de mettre au point un système de suppression laser. Au niveau français nous avons Oz, un robot plus petit mis au point par la PME Naïo à Toulouse, qui a attaqué le marché du désherbage avec sa bineuse intégrée. En se déplaçant, Oz déracine les mauvaises herbes sans toucher au maïs car il sait distinguer les mauvaises plantes des cultures, quand il arrive au bout d’une rangée, il sait faire demi-tour et enfin, après avoir fini une parcelle, il prévient l’agriculteur par SMS. Oz est au prix de 21.000 euros et il serait rentabilisé en seulement 2 ans par un maraîcher qui exploite 5 hectares. Les robots se développent également rapidement dans tous les métiers de cueillette qui sont encore aujourd’hui réalisés principalement à la main. La récolte manuelle des fruits et légumes consomme énormément de temps pour une moindre valeur ajoutée ce qui pousse le développement de ces robots ramasseurs.

Sources :

http://www.un.org/en/development/desa/news/population/world-urbanization-prospects-2014.html

http://www.slate.fr/story/97861/permaculture

https://www.youtube.com/watch?v=Tp1zGmt7m9w

http://www.objetconnecte.net/agriculture-connectee-2701/

Hugo Kaiser



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