Hugo KAISERHugo KAISERMay 17, 2018
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L’Investissement Socialement Responsable (ISR) est riche de 300 ans d’histoire. A l’origine de l’ISR on trouve la volonté d’investir conformément à ses valeurs. Cela va se traduire essentiellement par le refus de financer certains secteurs mais aussi la volonté de soutenir les plus démunis. Le mouvement religieux philanthropique ‘Quaker’ refusait par exemple d’investir dans l’armement et le commerce des esclaves et prônait l’intégrité et la solidarité. Le développement de l’ISR a été mouvementé mais bien réel et majoritairement porté par l’émergence de nouvelles approches tels que les critères ESG, pour Environnement, Social, Gouvernance, ou les thématiques du développement durable grâce à une mobilisation autour du changement climatique. Mais l’ISR reste pour la majeure partie des investisseurs une notion encore bien trop floue. S’il devait se résumer en un mot, on pourrait convenir d’employer le mot : utilité. En effet, il s’agit du principe même qui encadre ce style de gestion car il permet de rendre utile l’investissement pour la société. Ce terme, qui parait bien vendeur, se doit être accompagné d’une obligation de transparence.

Certains jugeront comme destructeur de performance l’ajout de critères extra-financiers dans la gestion d’actifs, quand d’autres critiqueront l’aspect purement marketing de l’ISR. Afin de contrecarrer ces jugements hâtifs, il semble essentiel de remettre au premier plan le périmètre dans lequel s’inscrit l’ISR et les avantages apportés par ce style de gestion.

Le but de cet exercice n’étant pas de prêcher les convaincus, mais plutôt d’amener au goût du jour une alternative à la gestion d’actifs traditionnelle malheureusement encore trop portée sur le court-terme et les rendements immédiats.

Certaines approches s’intéressent davantage à ce que produit l’entreprise, d’autres à la façon dont elle se comporte.

  • Les approches se focalisant sur les biens ou services proposés par l’entreprise sont notamment :
    • l’exclusion: pour des raisons éthiques, liées au développement durable ou à la santé publique par exemple, certaines activités sont exclues : tabac, armement, énergies fossiles, nucléaire, etc.
    • les thématiques durables: certains thèmes ou secteurs sont structurellement privilégiés car considérés comme contribuant positivement au développement durable : énergies renouvelables, efficacité énergétique, eau, etc.
    • l’impact investing: cet investissement vise, outre la performance financière, à obtenir un impact environnemental ou social concret par exemple en permettant à certaines communautés défavorisées d’améliorer leur niveau de vie : microfinance, projets d’accès à l’énergie, développement de l’agriculture dans les pays émergents, etc.
  • Les approches se focalisant sur le comportement des entreprises sont notamment :
    • le Best in Class: après un examen détaillé des politiques environnementales, sociales et de la gouvernance des entreprises constituant l’univers d’investissement, les entreprises les « plus responsables » de chaque secteur sont retenues.
    • Le Best in Class n’implique pas de déviations sectorielles a priori mais de nombreuses variantes de celui-ci comme le Best in Universe ou le Negative Screening en implique.
    • Les filtres normatifs: ils visent à écarter les entreprises ne respectant pas certaines conventions internationales comme le Pacte Mondial des Nations-Unies.
    • L’engagement: plutôt que d’exclure les entreprises présentant des faiblesses sur certains aspects ESG, le gestionnaire va engager un dialogue structuré avec celles-ci pour tenter de faire évoluer leurs pratiques.

Bien entendu toutes ces approches peuvent être combinées ce qui peut complexifier encore la compréhension de la démarche. Mais alors pourquoi existe-t-il autant de façons de faire de l’ISR ?

  • Chacun a sa propre idée de ce qui est socialement responsable :
    • La plupart des investisseurs français ont une vision positive ou neutre du nucléaire contrairement à leurs voisins.
    • Les divergences sont également nombreuses sur l’armement : est-ce un moyen de défendre et de protéger ou un risque pour la paix?
    • Les questions sociales ou environnementales peuvent revêtir une importance différente selon l’institution que l’on représente, ou nos convictions et valeurs.
  • Gérants et investisseurs responsables poursuivent des objectifs différents:
    • Matérialité ou responsabilité : certains se focalisent sur les problématiques ESG qui peuvent avoir un impact sur la valeur de l’entreprise et donc sur un nombre restreint de critères tandis que d’autres favorisent une vue holistique de l’entreprise que les enjeux soient matériels ou non.
    • Conviction ou budget de risque : des convictions ISR fortes peuvent entrainer des déviations sectorielles significatives qui ne permettent pas toujours de respecter les contraintes d’allocations et de budget de risque des investisseurs institutionnels.

Cette complexité qui résulte de l’histoire de l’ISR et des différents besoins des investisseurs peut être, de prime abord, perçue comme rébarbative mais elle constitue en réalité pour l’investisseur une opportunité d’investir sur un fonds ISR correspondant réellement à ses attentes et répondant à la question : Qu’est-ce qui est important pour vous ?

  • Le risque de réputation: choisissez un fonds intégrant à minima un filtre normatif.
  • Obtenir une performance qui ne soit pas trop éloignée de celle de l’indice de référence tout en étant ISR : privilégiez une approche Best in Class sans ajout de filtres d’exclusion ou normatifs.
  • Eviter certains risques ESG de long-terme: optez pour une démarche Best in Universe ou Negative Screening ou, à minima, pour une démarche Best in Class centrée sur la matérialité.
  • Avoir un impact en termes de développement durable : orientez-vous vers l’impact investing et les thématiques durables.
  • Bénéficier d’opportunités financières liées à des changements structurels : privilégiez les thématiques durables.

Selon une méta-analyse combinant 2200 études réalisée en 2015 par Friede, Busch et Bassen, environ 90% des données concluent que l’utilisation de critères ESG dans la gestion d’actifs ne pénalise pas la performance financière de l’entreprise. Plus important encore, la grande majorité des études rapporte des résultats supérieurs comparés à la gestion d’actifs traditionnelle.

Les facteurs ESG sont d’importance stratégique dans la gestion d’actifs, une approche d’optimisation des risques ESG au sein d’une allocation d’actifs contribue à accroitre le potentiel de performance tout en minimisant les risques. Une comparaison entre différents portefeuilles diversifiés a montré de manière encore plus probante que le risque des portefeuilles pouvait ainsi être réduit d’environ un tiers.

Il est donc possible d’avoir un impact positif grâce à ses investissements, les rendre utiles à la société, sans contrepartie en termes de performance.


Hugo KAISERHugo KAISERApril 6, 2017
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Depuis plusieurs décennies, l’agriculture fait l’objet de maintes controverses telles que liées à la gestion de l’eau, l’usage des pesticides et des biotechnologies, la qualité des produits alimentaires et les modèles agro-industriels, les enjeux de santé, la fragilisation des écosystèmes et la perte de biodiversité, le financement public de l’agriculture, etc. Dans le même temps, l’agriculture est source de fortes attentes de la société en termes d’alimentation et de qualité des produits, d’environnement et de cadre de vie mais aussi de lutte contre le changement climatique et de protection de la biodiversité. Si l’agriculture veut pouvoir continuer à nourrir correctement notre planète qui devrait compter près de 9 milliards d’habitants d’ici à 2050, elle se doit de présenter de réels changements, comme par exemple ceux que nous allons développer dans ce guide de l’agriculture du futur.

  • La ville comme terre arable : permaculture et ferme verticale

Alors que l’exode rural est en constante augmentation et globalisé, la tendance devrait continuer à s’accentuer pour atteindre des niveaux d’urbanisation de plus de 80% à horizon 2050, contre tout juste 50% en 2007. 80%, c’est également la surface des terres agricoles déjà surexploitées en 2015. Selon les projections de l’ONU, l’effet combiné de l’urbanisation croissante et de l’augmentation de la population mondiale contribuera à une augmentation de 2,5 milliards de personnes supplémentaires dans les villes.

La permaculture est considérée par certains comme l’avenir de l’agriculture de par son efficacité, sa durabilité, la diversité de ses récoltes et sa proximité avec la ville. Le principe est simple, il s’agit de faire cohabiter plusieurs espèces végétales, telles que légumes et petits arbres fruitiers, avec aussi des arômes, de l’herbe, des fleurs comestibles, etc. au sein d’une même parcelle exploitable et cultivable, un maximum de diversité dans un minimum d’espace, tout en gaspillant moins d’énergie. En d’autres mots, c’est concevoir des cultures, des lieux de vie autosuffisants et respectueux de l’environnement et des êtres vivants, en s’inspirant du fonctionnement des écosystèmes et des savoir-faire traditionnels. Il convient de profiter de tous les éléments et microorganismes naturels présents dans le sol qui travaillent de manière optimale et enrichissent la terre, à condition qu’ils ne soient pas perturbés par des labours ou des apports extérieurs comme les engrais ou les pesticides. En effet, la permaculture vise à nourrir le sol et non la plante directement, améliorer le sol en le rendant toujours plus vivant et fertile afin qu’il fournisse à la plante tous les éléments nutritifs dont elle a besoin, on parle là d’agrader la terre. Il est important de ne pas laisser le sol nu pour garder l’humidité du sol, avec l’utilisation par exemple de paille, de mousse, de bois broyé, de pierre, etc. afin que l’enrichissement du sol se déroule dans des conditions idéales. Il ressort des premières exploitations suivant ce concept que 1000 m2 cultivés par une seule personne en permaculture permettrait de dégager un chiffre d’affaire annuel de plus de 50.000 euros.

Le concept de ferme ou serre verticale est relativement récent, la notion d’agriculture urbaine verticale a en effet été théorisée à partir de 1999. Elle consiste à superposer sur plusieurs étages des cultures et des élevages au cœur des villes afin d’économiser de l’espace sans manquer en rendement. Il s’agit d’un immeuble où des fruits et légumes sont cultivés à grande échelle selon des techniques similaires à celles employées pour les serres. Les végétaux y poussent par hydroponie (hors sol), sur un substrat (sable, billes d’argile, laine de roche, etc.) irrigué au goutte à goutte par une solution composée d’eau distillée et de nutriments. Selon l’inventeur à l’origine du concept, la part de ce mélange non absorbée par les plantes pourrait être recyclée, ce qui réduirait de 70 % leur consommation d’eau. Le chercheur souligne que ces serres géantes n’auraient pas besoin de pesticides, les cultures étant à l’abri des insectes et des bactéries, autant que des aléas climatiques. Leur éclairage artificiel, qui renforce la lumière solaire, maintiendrait une température constante, accélérerait la pousse des plantes et assurerait des récoltes toute l’année. Avec un rendement de quatre à six fois supérieur à celui de l’agriculture conventionnelle. Plus largement, les partisans des fermes verticales affirment qu’elles supprimeraient les effets néfastes de l’expansion urbaine.

A savoir : l’augmentation de la distance entre les lieux de production et nos assiettes, et donc celle du coût du transport, des gaspillages et des risques sanitaires. Les fermes verticales ne présentent a priori que des avantages : recyclage des eaux usées, réduction des émissions de gaz à effet de serre et ralentissement du réchauffement climatique, création d’eau potable grâce à l’évapotranspiration des végétaux, disparition de l’usage des insecticides et autres fertilisants chimiques. En permettant à l’homme d’arrêter d’exploiter les zones actuellement dévolues à l’agriculture, les fermes verticales favoriseraient la réinstallation d’écosystèmes complètement naturels à la campagne, afin d’en préserver la biodiversité.

  • L’Uberisation de l’agriculture : digitalisation, connectivité et robotisation

Dans une économie connaissant des bouleversements majeurs, le secteur agricole, vivant lui aussi une intense mutation technologique, ne pourrait en rien se prémunir contre l’arrivée d’acteurs disruptifs souhaitant faire évoluer les habitudes.

Qu’elles soient portées sur l’exploitation agricole, les services de conseil, mais également dans le domaine de l’agro-écologie et des nouvelles techniques agronomiques, il a été identifié que tous secteurs générant de l’insatisfaction client serait sensible à une perturbation quelle qu’elle soit. Il est évident que, pour de nombreux consommateurs, l’industrie agroalimentaire et notamment les géants de cette industrie font, à tort ou à raison, l’objet d’une certaine défiance, soit sur la qualité de la nourriture produite via l’utilisation de produits phytosanitaires pour la production de céréales, l’élevage intensif pour la production de viande, le recours à des conservateurs et à des additifs alimentaires pour les produits transformés, des produits trop sucrés, trop salés ou trop gras jugés nuisibles à la santé et facteurs de surpoids, soit sur le niveau des prix. L’usage de technologies numériques de pointe se répand rapidement auprès des agriculteurs car elles peuvent les aider à maximiser leurs récoltes et leurs revenus. De multiples équipements agricoles sont dorénavant connectés entre eux, exploitant également des données de géolocalisation. Cet ensemble permet de coordonner et d’optimiser le système agricole. Par exemple, des bineuses automatisées injectent des engrais azotés à une profondeur et à intervalles spécifiques, tandis qu’un semoir suit et dépose les graines directement dans le sol fertilisé.

Des plateformes numériques servant de système de gestion des fermes sont apparues dans les années 2000, avec certains géants de l’agriculture comme John Deere, DuPont et Syngenta qui ont initié leurs développements dans cette activité, mais également grâce à l’arrivée d’acteurs spécialisés dans l’information géographique comme les entreprises américaines Trimble Navigation, Mavrx et Planet Labs. Ces plateformes ont pour but de collecter un très grand nombre de données, comme par exemple le comportement dans le temps de certaines graines, les conditions météorologiques, ou encore l’état des sols, auprès de fermes individuelles via l’utilisation de drones, de satellites, du Big Data, de puces RFID (Radio Frequency IDentification), etc. Ces données sont analysées, stockées, comparées et transformées en algorithmes afin d’apporter des recommandations aux différents acteurs pour ajuster les traitements, gérer intelligemment la consommation d’eau, acheter de nouveaux outils plus adaptés, plus performants, moins onéreux, mais aussi pour suivre le cycle de vie des produits, optimiser la production, contrôler les conditions de conservation. Les plateformes numériques dans le secteur de l’agriculture vont permettre à ce secteur d’accroitre la connectivité entre les acteurs, c’est à dire améliorer les techniques existantes, anticiper les futures demandes, mais aussi animer les échanges de bonnes pratiques et sur les risques potentiels avec en début de chaine l’anticipation et la prévention contre l’arrivée de maladies fongiques ou de ravageurs sur les récoltes, puis en bout de chaine l’optimisation des commandes des distributeurs selon la météo et leurs inventaires. Enfin, la création d’un centre de recherche dédié à l’agriculture numérique montre la volonté de la France de s’afficher comme le leader du secteur. Cela passera par la mise en place d’ici 2020 de prototypes de capteurs de détection des états des écosystèmes. Ils permettront de connaître l’état des sols et des végétaux ou encore la qualité sanitaire d’un terrain.

Sur le terrain de la robotique agricole, les innovations technologiques se font principalement sur le début de la chaine de production avec, en plus de drones permettant le contrôle des terres, l’arrivée des premiers robots terrestres. L’université de Sydney a développé RIPPA (Robot for Intelligent Perception and Precision Application), un robot alimenté grâce à ses propres panneaux solaires qui présente la capacité de détecter puis supprimer les mauvaises herbes qui poussent dans les exploitations de légumes. Cependant, le désherbage se fait jusqu’à ce jour encore avec l’utilisation de pesticides, même si les chercheurs de l’université de Sidney sont en train de mettre au point un système de suppression laser. Au niveau français nous avons Oz, un robot plus petit mis au point par la PME Naïo à Toulouse, qui a attaqué le marché du désherbage avec sa bineuse intégrée. En se déplaçant, Oz déracine les mauvaises herbes sans toucher au maïs car il sait distinguer les mauvaises plantes des cultures, quand il arrive au bout d’une rangée, il sait faire demi-tour et enfin, après avoir fini une parcelle, il prévient l’agriculteur par SMS. Oz est au prix de 21.000 euros et il serait rentabilisé en seulement 2 ans par un maraîcher qui exploite 5 hectares. Les robots se développent également rapidement dans tous les métiers de cueillette qui sont encore aujourd’hui réalisés principalement à la main. La récolte manuelle des fruits et légumes consomme énormément de temps pour une moindre valeur ajoutée ce qui pousse le développement de ces robots ramasseurs.

Sources :

http://www.un.org/en/development/desa/news/population/world-urbanization-prospects-2014.html

http://www.slate.fr/story/97861/permaculture

https://www.youtube.com/watch?v=Tp1zGmt7m9w

http://www.objetconnecte.net/agriculture-connectee-2701/

Hugo Kaiser



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